LA FOI DE JÉSUS
JÉSUS avait en Dieu une foi sublime venant du coeur. Il éprouva les hauts et les bas ordinaires de l'existence humaine, mais il ne mit jamais religieusement en doute les soins et les directives de Dieu. Sa foi était le fruit d'une clairvoyance née de l'activité de la présence divine de son Ajusteur intérieur. Cette foi n'était ni traditionnelle, ni simplement intellectuelle; elle était entièrement personnelle et purement spirituelle.
Le Jésus humain voyait Dieu comme étant saint, juste, et grand, aussi bien que véridique, beau, et bon. Il focalisa dans sa pensée tous ces attributs de la divinité en tant que « volonté du Père qui est aux cieux ». Le Dieu de Jésus était simultanément « le Saint d'Israël » et « le Père céleste vivant et aimant ». Le concept de Dieu en tant que Père n'était pas originel chez lui, mais Jésus exalta et éleva l'idée au niveau d'une expérience sublime en apportant une nouvelle révélation de Dieu et en proclamant que toute créature humaine est un enfant de ce Père de l'amour, un fils de Dieu.
Jésus ne s'accrocha pas à la foi en Dieu comme une âme se débattant dans une guerre contre l'univers et menant une lutte à mort contre un monde hostile et pécheur. Il n'avait pas recours à la foi uniquement pour se consoler au milieu des soucis ou pour s'encourager devant la menace du désespoir. La foi n'était pas pour lui une simple compensation illusoire aux réalités déplaisantes et aux tristesses de la vie. En face de toutes les difficultés naturelles et des contradictions temporelles de l'existence humaine, il éprouvait la tranquillité d'une confiance suprême et indiscutée en Dieu, et le prodigieux sentiment de vivre, par la foi, dans la présence même du Père céleste. Cette foi triomphante était une expérience vivante d'épanouissement spirituel effectif. La grande contribution de Jésus aux valeurs de l'expérience humaine ne fut pas de révéler tant d'idées nouvelles au sujet du Père céleste, mais plutôt de démontrer si magnifiquement et humainement un type nouveau et supérieur de foi vivante en Dieu. Jamais sur aucun monde de notre univers, ni dans la vie d'aucun homme, Dieu ne devint une réalité aussi vivante que dans l'expérience de Jésus de Nazareth.
Les habitants d'Urantia et de toutes les autres planètes de l'univers local découvrent dans la vie terrestre du Maître une religion d'un type nouveau et supérieur, une religion basée sur les relations spirituelles personnelles avec le Père Universel, et entièrement validée par l'autorité suprême d'une expérience personnelle authentique. La foi vivante de Jésus était plus qu'une cogitation intellectuelle et n'était pas une méditation mystique.
La théologie peut fixer, formuler, définir, et dogmatiser la foi mais, dans la vie humaine de Jésus, la foi était personnelle, vivante, originale, spontanée, et purement spirituelle. Elle n'était ni un respect pour la tradition, ni une simple croyance intellectuelle tenue pour un credo sacré, mais plutôt une expérience sublime et une profonde conviction qui le tenaient en sécurité. Sa foi était si réelle et si totalement inclusive qu'elle balaya absolument tous les doutes spirituels et détruisit efficacement tout désir opposé. Rien ne put arracher Jésus de l'ancrage spirituel dans cette foi fervente, sublime, et intrépide. même en face de la défaite apparente, ou dans l'angoisse des déceptions et d'un désespoir menaçant, il se tenait calmement dans la présence divine, sans peur, et pleinement conscient d'être spirituellement invincible. Jésus bénéficiait de l'assurance tonifiante de posséder une foi stoïque; dans chaque situation éprouvante de la vie, il fit infailliblement preuve d'une fidélité sans discussion à la volonté du Père. Et cette foi superbe ne fut pas ébranlée, même par la menace cruelle et écrasante d'une mort ignominieuse.
Chez les génies religieux, une puissante foi spirituelle conduit trop souvent directement à un fanatisme désastreux, à l'exagération du facteur religieux, mais ce ne fut pas le cas pour Jésus. Sa vie pratique ne fut pas affectée défavorablement par sa foi extraordinaire et sa claire compréhension de l'esprit, parce que son exaltation spirituelle était l'expression entièrement inconsciente et spontanée de son âme dans son expérience personnelle avec Dieu.
La foi spirituelle de Jésus, ardente et indomptable, ne devint jamais fanatique, car elle n'essaya jamais de s'imposer à son jugement intellectuel bien équilibré concernant les valeurs relatives des situations pratiques et ordinaires de la vie sociale, économique, et morale. Le Fils de l'Homme était une personnalité humaine splendidement unifiée; il était un être divin parfaitement doué; sa nature humaine et sa nature divine étaient magnifiquement coordonnées dans une personnalité unique opérant sur terre. Le Maître coordonnait toujours la foi de l'âme avec les sages appréciations d'une expérience mûrie. Sa foi personnelle, son espérance spirituelle, et sa dévotion morale étaient toujours liées dans une incomparable unité religieuse associant harmonieusement un sens aigu de la réalité et le caractère sacré de toutes les allégeances humaines -- honneur personnel, amour familial, obligations religieuses, devoir social, et nécessités économiques.
La foi de Jésus se représentait toutes les valeurs spirituelles comme incluses dans le royaume de Dieu, et c'est pourquoi il disait: « Cherchez d'abord le royaume des cieux ». Jésus voyait dans la communauté idéale et évoluée du royaume la réalisation et l'accomplissement de « la volonté de Dieu ». L'essentiel de la prière qu'il enseigna à ses disciples était: « Que ton règne vienne, que ta volonté soit faite ». Ayant ainsi conçu le royaume comme incluant la volonté de Dieu, il se consacra à le manifester avec un étonnant oubli de soi et un enthousiasme illimité. Mais dans toute l'intensité de sa mission et durant sa vie extraordinaire, il ne fit jamais apparaître l'acharnement d'un fanatique ni l'exaltation superficielle d'un égoïste religieux.
Toute la vie du Maître fut constamment conditionnée par sa foi vivante, sa sublime expérience religieuse. Ce comportement spirituel dominait complètement sa pensée et ses sentiments, ses croyances et ses prières, ses enseignements et ses sermons. Cette foi personnelle d'un fils en la certitude de la gouverne et la sécurité de la protection du Père céleste imprégna sa vie extraordinaire d'un profond contenu de réalité spirituelle. Cependant, malgré cette intime conscience de ses relations étroites avec la divinité, lorsqu'un disciple s'adressa à lui en l'appelant Bon Maître, le divin Galiléen répliqua immédiatement: « Pourquoi m'appelles-tu bon? » Quand nous nous trouvons en face de ce splendide oubli de soi, nous commençons à comprendre comment le Père Universel trouva possible de se manifester si pleinement à Jésus et de se révéler à travers lui aux mortels des royaumes.
En tant qu'homme du royaume, Jésus apporta à Dieu la plus grande de toutes les offrandes: il consacra et dédia sa propre volonté au majestueux service de faire la volonté divine. Jésus interprétait toujours la religion entièrement sous l'aspect de la volonté du Père. Quand vous étudiez la carrière du Maître au point de vue de la prière ou de tout autre trait de la vie religieuse, recherchez moins ses enseignements que ses actes. Jamais Jésus ne fit une prière à titre de devoir religieux. Pour lui, la prière était une expression sincère de comportement spirituel, un exposé de dévotion personnelle, une expression d'actions de grâces, une manière d'échapper à la tension émotive, une prévention de conflit, une exaltation de l'intellect, un renforcement des tendances supérieures, une consécration d'impulsion, une clarification de point de vue, une reddition transcendantale de la volonté, une sublime affirmation de confiance, une révélation de courage, la proclamation d'une découverte, une confession de dévotion suprême, la confirmation d'une consécration, une technique pour aplanir les difficultés, et la puissante mobilisation des pouvoirs conjugués de l'âme pour résister à toutes les tendances humaines à l'égoïsme, au mal, et au péché. Il vécut précisément cette vie de pieuse consécration à faire la volonté de son Père et la termina triomphalement par une prière de cet ordre. Le secret de son incomparable vie religieuse était sa conscience de la présence de Dieu; il l'atteignit par des prières sensées et une adoration sincère -- une communion ininterrompue avec Dieu -- et non par des directives, des voix, des visions, ou des pratiques religieuses extraordinaires.
Dans la vie terrestre de Jésus, la religion était une expérience vivante, un passage direct et personnel du respect spirituel à la droiture pratique. La foi de Jésus porta les fruits transcendants de l'esprit divin. Sa foi n'était ni dépourvue de maturité ni crédule comme celle d'un enfant mais, sous beaucoup de rapports, elle ressemblait mentalement à la confiance candide des enfants. La confiance de Jésus en Dieu ressemblait beaucoup à celle d'un enfant en ses parents. Il avait une profonde confiance dans l'univers, comme les enfants en ont dans l'ambiance paternelle. La foi sincère de Jésus dans la bonté fondamentale de l'univers ressemblait beaucoup à celle d'un enfant dans la sécurité de son entourage terrestre. Jésus dépendait du Père céleste comme un enfant s'appuie sur ses parents terrestres. Jamais sa foi ardente ne mit un instant en doute la certitude que le Père céleste veillait sur lui. Jésus ne fut jamais sérieusement troublé par la peur, le doute, ou le scepticisme. L'incroyance n'habitait pas l'expression libre et originale de sa vie. Il conjuguait le courage solide et intelligent d'un adulte avec l'optimisme sincère d'un enfant croyant. Sa foi avait grandi jusqu'à un tel degré de confiance qu'elle était dépourvue de crainte.
La foi de Jésus atteignait la pureté d'une confiance d'enfant. Elle était si absolue et dépourvue de doutes qu'elle réagissait au charme du contact avec des compagnons et aux merveilles de l'univers. Son sentiment de dépendance envers le divin était si complet et confiant qu'il lui procurait la joie et l'assurance d'une sécurité personnelle absolue. Il n'y avait pas de prétention hésitante dans l'expérience religieuse de Jésus. Dans cette intelligence géante d'adulte, la foi de l'enfant régnait suprêmement en toutes les matières se rapportant à la conscience religieuse. Il n'est pas étonnant qu'il ait une fois dit: « A moins de devenir comme un petit enfant, vous n'entrerez pas dans le royaume ». Bien que la foi de Jésus fût semblable à celle d'un enfant, elle n'était en aucun sens puérile.
Jésus ne demandait pas à ses disciples de croire en lui, mais plutôt de croire avec lui à la réalité de l'amour de Dieu et d'accepter en toute confiance l'assurance de leur filiation avec le Père céleste. Le Maître désire que tous ses fidèles partagent pleinement sa foi transcendante. D'une manière fort touchante, Jésus mit ses partisans au défi non seulement de croire ce qu'il croyait, mais aussi de croire comme il croyait. Telle est la pleine signification de son commandement suprême: « Suis-moi ».
La vie terrestre de Jésus fut consacrée à un seul grand dessein -- faire la volonté du Père, vivre la vie humaine religieusement et par la foi. La foi de Jésus était confiante comme celle d'un enfant, mais sans la moindre présomption. Il prit des décisions fermes et viriles, affronta courageusement de multiples déceptions, surmonta résolument d'extraordinaires difficultés, et fit face sans défaillance aux rudes exigences du devoir. Il fallait une forte volonté et une confiance indéfectible pour croire ce que Jésus croyait et comme il le croyait.
1. -- JÉSUS -- L'HOMME
La dévotion de Jésus à la volonté du Père et au service des hommes représentait plus qu'une décision de mortel et une détermination humaine; c'était une consécration de tout son coeur à cette effusion d'amour sans restriction. Si grand que soit le fait de la souveraineté de Micaël, il ne faut pas séparer des hommes le Jésus humain. Le Maître a effectué son ascension en tant qu'homme et en tant que Dieu; il appartient aux hommes et les hommes lui appartiennent. Il est fort malheureux que la religion soit si mal interprétée qu'elle éloigne le Jésus humain des mortels qui se débattent. Il ne faudrait pas que les discussions sur l'humanité ou la divinité du Christ obscurcissent la vérité salutaire que Jésus de Nazareth était un homme religieux qui réussit, par la foi, à connaître et à faire la volonté de Dieu; il fut l'homme le plus véritablement religieux qui ait jamais vécu sur Urantia.
Les temps sont mûrs pour constater la résurrection symbolique du Jésus humain, sortant du tombeau des traditions théologiques et des dogmes religieux de dix-neuf siècles. Il faut cesser de sacrifier Jésus de Nazareth, même au concept splendide du Christ glorifié. Quel service transcendant rendrait la présente révélation si, par elle, le Fils de l'Homme pouvait être dissocié de la théologie traditionnelle et présenté, en tant que Jésus vivant, à l'Eglise qui porte son nom et à toutes les autres religions! La communauté chrétienne des croyants n'hésiterait certainement pas à réadapter sa foi et ses pratiques religieuses, de manière à pouvoir « suivre » le Maître dans la démonstration de sa vie réelle de dévotion religieuse à faire la volonté de son Père et de consécration désintéressée au service des hommes. Les Chrétiens déclarés craignent-ils de dévoiler que leur communauté autarchique et non consacrée manque de respectabilité sociale et souffre d'inadaptations économiques égoïstes? Le christianisme institutionnel craint-il que l'autorité ecclésiastique traditionnelle ne soit mise en péril, et même peut-être renversée, si le Jésus de Galilée est rétabli dans la pensée et l'âme des hommes en tant qu'idéal de vie religieuse personnelle? En vérité, les réadaptations sociales, les transformations économiques, les régénérescences morales, et les révisions religieuses de la civilisation chrétienne seraient radicales et révolutionnaires si la religion vivante de Jésus supplantait soudainement la religion théologique à propos de Jésus.
« Suivre Jésus », cela signifie partager personnellement sa foi religieuse et entrer dans l'esprit de la vie du Maître consacrée au service désintéressé des hommes. L'une des choses les plus importantes de la vie humaine consiste à trouver ce que Jésus croyait, à découvrir ses idéaux, et à s'efforcer d'accomplir le dessein élevé de sa vie. De toutes les connaissances humaines, celle qui présente la plus grande valeur est de connaître la vie religieuse de Jésus et la manière dont il la vécut.
Les gens du peuple étaient heureux d'entendre Jésus, et ils réagiraient encore à la présentation de sa vie humaine sincère de motivation religieuse consacrée, si ces vérités étaient à nouveau proclamées dans le monde. Les gens l'écoutaient avec plaisir parce qu'il était l'un d'eux, un citoyen sans prétention; le plus grand instructeur religieux du monde était en vérité un laïc.
Les croyants au royaume ne devraient pas avoir pour but d'imiter à la lettre la vie incarnée de Jésus, mais plutôt de partager sa foi, d'avoir confiance en Dieu comme lui, et de croire aux hommes comme il croyait en eux. Il ne discutait jamais la paternité de Dieu et la fraternité des hommes; il était une illustration vivante de la première et un profond exemple de la seconde.
De même que les hommes doivent progresser de la conscience de l'humain à la compréhension du divin, de même Jésus s'éleva de la nature de l'homme à la conscience de Dieu. Le Maître effectua cette grande ascension de l'humain au divin par l'accomplissement conjugué de son intelligente foi humaine et des actes de son Ajusteur intérieur. La réalisation effective de sa divinité totale (toujours pleinement consciente de la réalité de son humanité) passa par sept stades où sa foi le rendait conscient de sa divinisation progressive. Ces stades furent marqués par les extraordinaires événements suivants dans l'expérience d'effusion du Maître:
2. -- LA RELIGION DE JÉSUS
Peut-être une réforme aura-t-elle un jour un impact assez profond pour que l'Église chrétienne revienne aux purs enseignements religieux de Jésus, auteur et affineur de notre foi. On peut prêcher une religion à propos de Jésus, mais la religion de Jésus doit nécessairement être vécue. Dans l'enthousiasme de la Pentecôte, Pierre inaugura involontairement une nouvelle religion, celle du Christ ressuscité et glorifié. L'apôtre Paul transforma plus tard ce nouvel évangile en christianisme, religion où il incorpora ses propres opinions théologiques et décrivit sa propre expérience personnelle avec le Jésus de la route de Damas L'évangile du royaume est basé sur l'expérience religieuse personnelle de Jésus de Galilée, tandis que le christianisme l'est à peu près exclusivement sur l'expérience religieuse personnelle de l'apôtre Paul. Presque tout le Nouveau Testament est consacré non à décrire la vie religieuse significative et inspirante de Jésus, mais à analyser l'expérience religieuse de Paul et à décrire ses convictions religieuses personnelles. Les seules exceptions notables à cette affirmation, à part certains chapitres de Matthieu, de Marc, et de Luc, sont l'Epître aux Hébreux et l'Epître de Jacques. Même Pierre ne revint qu'une fois dans ses écrits sur la vie religieuse personnelle de son Maître. Le Nouveau Testament est un superbe document chrétien, mais ne reflète que piètrement la religion de Jésus.
La vie incarnée de Jésus dépeint une croissance religieuse transcendante, commençant par les idées de respect primitif, continuant par des années de communion spirituelle personnelle, et parvenant finalement au statut exalté de la conscience de son unité avec le Père. Ainsi, en une seule courte vie, Jésus franchit l'expérience de la progression spirituelle religieuse que les hommes commencent sur terre et n'achèvent généralement qu'à la fin de leur long séjour dans les écoles d'éducation spirituelles des niveaux successifs de la carrière pré-paradisiaque. Jésus progressa à partir d'une conscience purement humaine où il était certain, par la foi, d'une expérience religieuse personnelle, jusqu'aux hauteurs spirituelles sublimes où il épanouit positivement sa nature divine et où il prit conscience de son association étroite avec le Père Universel dans l'administration d'un univers. Son humble statut de dépendance humaine l'avait incité à répondre spontanément à l'interlocuteur qui l'appelait Bon Maître: « Pourquoi m'appelles-tu bon? Nul n'est bon sinon Dieu ». La conscience sublime de sa divinité parachevée le conduisit à s'écrier: « Qui d'entre vous me convaincra de péché? » Cette ascension progressive de l'humain au divin fut un accomplissement purement terrestre. Lorsque Jésus eut ainsi atteint la divinité, il était encore le même Jésus humain, le Fils de l'Homme aussi bien que le Fils de Dieu.
Marc, Matthieu, et Luc font quelque peu ressortir le caractère du Jésus humain se lançant dans la magnifique lutte pour connaître la volonté de son Père et pour l'exécuter. Jean présente un portrait du triomphant Jésus marchant sur terre avec la pleine conscience de sa divinité. La grande erreur commise par ceux qui ont étudié la vie du Maître est que certains ont conçu Jésus comme entièrement humain, tandis que d'autres l'ont imaginé comme uniquement divin. Durant toute son expérience, il fut véritablement à la fois humain et divin, et il l'est encore maintenant.
La plus grande faute consista en ceci : le Jésus humain fut reconnu comme ayant une religion, tandis que le Jésus divin (le Christ) devint une religion presque du jour au lendemain. Le christianisme de Paul assura l'adoration du divin Christ, mais perdit à peu près complètement de vue la vaillance et les luttes du Jésus humain de Galilée. Or c'est ce dernier qui, par le courage de sa foi religieuse personnelle et l'héroïsme de son Ajusteur intérieur, s'éleva des bas niveaux de l'humanité pour s'unir à la divinité, devenant ainsi le chemin nouveau et vivant par lequel tous les mortels peuvent effectuer la même ascension depuis l'humanité jusqu'à la divinité. A tous les stades de spiritualité et sur tous les mondes, les hommes peuvent trouver dans la vie personnelle de Jésus ce qui les fortifiera et les inspirera pendant qu'ils progressent des niveaux spirituels inférieurs aux valeurs divines supérieures, depuis le commencement jusqu'à la fin de toute expérience religieuse personnelle.
A l'époque où fut écrit le Nouveau Testament, non seulement ses auteurs croyaient profondément à la divinité du Christ ressuscité, mais aussi ils croyaient pieusement et sincèrement à son retour quasi-immédiat sur terre pour parfaire le royaume des cieux. Cette foi solide dans le retour immédiat du Seigneur contribua beaucoup à faire omettre dans le récit les références qui décrivaient les expériences et les attributs purement humains du Maître. Tout le mouvement chrétien s'écarta du portrait humain de Jésus de Nazareth pour s'orienter vers l'exaltation du Christ ressuscité, le Seigneur Jésus glorifié qui devait bientôt revenir.
Jésus fonda la religion de l'expérience personnelle en faisant la volonté de Dieu et en servant la confraternité humaine. Paul fonda une religion où Jésus glorifié devenait un objet d'adoration, et où la confraternité se composait de compagnons croyant au divin Christ. Ces concepts du Maître et de l'apôtre existaient potentiellement dans la vie divine-humaine de Jésus durant son effusion, et il est vraiment dommage que ses fidèles n'aient pas réussi à créer une religion unifiée qui aurait dûment reconnu à la fois la nature humaine et la nature divine du Maître; les deux étaient inséparablement liées dans sa vie terrestre et glorieusement exposées dans l'évangile originel du royaume.
On ne serait ni choqué ni troublé par certaines vigoureuses proclamations de Jésus si l'on voulait seulement se rappeler qu'il était l'homme religieux le plus sincère et le plus dévoué du monde. Il était un mortel entièrement dédié, consacré sans réserve à faire la volonté de son Père. Beaucoup de ses sentences apparemment dures représentaient plutôt une profession personnelle de foi et une promesse de dévouement que des commandements à ses disciples. Ce furent son unité de dessein et sa dévotion désintéressée qui lui permirent de faire en une seule vie des progrès aussi extraordinaires dans la conquête de la pensée humaine. Beaucoup de ses déclarations devraient être considérées comme des confessions de ce qu'il exigeait de lui-même et non comme des exigences imposées à ses fidèles. Dans sa dévotion à la cause du royaume, Jésus brûla les ponts derrière lui; il sacrifia tout ce qui était un obstacle à l'exécution de la volonté de son Père.
Jésus bénissait les pauvres parce qu'ils étaient généralement sincères et pieux; il condamnait les riches parce qu'ils étaient généralement libertins et impies. Mais il condamnait aussi les pauvres quand ils étaient impies, et louait les hommes fortunés quand ils étaient pieux et dévoués.
Jésus amenait les hommes à se sentir chez eux dans le monde; il les délivrait de l'esclavage des tabous et leur enseignait que le monde n'est pas fondamentalement mauvais. Il n'avait pas le désir ardent d'échapper a sa vie terrestre. Durant son incarnation, il maîtrisa une technique pour faire la volonté de son Père d'une manière agréable à Dieu. Il atteignit une vie religieuse idéaliste au milieu d'un monde réaliste. Jésus ne partageait pas le point de vue pessimiste de Paul sur l'humanité. Le Maître considérait les hommes comme fils de Dieu et prévoyait un avenir éternel et magnifique pour tous ceux qui choisiraient de survivre. Il n'était pas un sceptique moral; il regardait les hommes positivement, et non négativement. Il estimait que la plupart des hommes étaient plus faibles que méchants, plus désaxés que dépravés. Mais quel que fût leur statut, ils étaient tous les enfants de Dieu et ses frères.
Il enseigna aux hommes à s'attribuer une haute valeur dans le temps et dans l'éternité. A cause de cette haute estime que Jésus avait pour les hommes, il était prêt à se dépenser au service assidu de l'humanité. Cette valeur infinie qu'il attribuait au fini faisait de la règle d'or un facteur essentiel de sa religion. Quel mortel ne serait pas soulevé par la foi extraordinaire que Jésus a en lui?
Jésus n'offrit pas de règles pour le progrès social. Sa mission était religieuse, et la religion est une expérience exclusivement individuelle. Jésus prêcha une fraternité des hommes basée sur la reconnaissance de la paternité de Dieu, et cette fraternité transcende les buts ultimes de la société dans les accomplissements les plus évolués qu'elle puisse espérer. L'idéal de tout aboutissement social ne peut être réalisé que par la venue du royaume divin.
3. -- LA SUPRÉMATIE DE LA RELIGION
L'expérience religieuse personnelle, spirituelle, résout efficacement la plupart des difficultés humaines. Elle sélectionne, évalue, et adapte tous les problèmes humains. La religion n'écarte ni ne supprime les ennuis humains, mais elle les dissout, les absorbe, les éclaire, et les transcende. La véritable religion unifie la personnalité pour qu'elle s'adapte bien à toutes les nécessités humaines. La foi religieuse -- la gouverne positive de la divine présence intérieure -- permet infailliblement aux hommes qui connaissent Dieu de jeter un pont sur l'abîme qui existe d'une part entre la logique qui reconnaît la Première Cause Universelle comme étant Cela, et d'autre part les affirmations positives de l'âme qui révèle que cette première cause est Lui, le Père céleste de l'évangile de Jésus, le Dieu personnel du salut humain.
Il n'y a que trois éléments dans la réalité universelle: les faits, les idées, et les rapports. La conscience religieuse identifie ces réalités en tant que science, philosophie, et vérité. La philosophie aurait tendance à considérer ces activités comme la raison, la sagesse, et la foi -- la réalité physique, la réalité intellectuelle, et la réalité spirituelle. Nous autres médians, nous avons l'habitude d'appeler ces réalités choses, significations, et valeurs.
La compréhension progressive de la réalité équivaut à s'approcher de Dieu. La découverte de Dieu, la conscience d'être identique à la réalité, équivaut à éprouver le parachèvement de soi -- le soi entier, la totalité de soi. L'expérience de la réalité totale est la pleine compréhension de Dieu, la finalité de l'expérience de la connaissance de Dieu.
Le résumé complet de la vie humaine consiste à savoir que l'homme est éduqué par les faits, ennobli par la sagesse, et sauvé -- justifié -- par la foi religieuse.
La certitude physique consiste en la logique de la science; la certitude morale, en la sagesse de la philosophie; la certitude spirituelle, en la vérité de l'expérience religieuse authentique.
La pensée humaine peut atteindre de hauts niveaux d'intelligence spirituelle et les sphères correspondantes de valeurs divines, parce qu'elle n'est pas entièrement matérielle. Il existe un noyau d'esprit dans la pensée de l'homme -- l'Ajusteur de la présence divine. Il y a trois preuves distinctes que cet esprit habite la pensée humaine:
1. La communauté humanitaire -- l'amour. La pensée purement animale peut être grégaire pour se protéger, mais seul l'intellect habité par l'esprit est généreusement altruiste et inconditionnellement aimant.
2. L'interprétation de l'univers -- la sagesse. Seule la pensée habitée par l'esprit peut comprendre que l'univers est bienveillant pour les individus.
3. L'évaluation spirituelle de la vie -- l'adoration. Seul l'homme habité par l'esprit peut comprendre la divine présence et chercher à atteindre une expérience plus complète de cet avant-goût de divinité.
La pensée humaine ne crée pas de valeurs réelles; l'expérience humaine ne procure pas la clairvoyance universelle -- la récognition des valeurs morales et le discernement des significations spirituelles. Concernant cette clairvoyance, tout ce que la pensée humaine peut faire consiste à découvrir, reconnaître, interpréter, et choisir.
Les valeurs morales de l'univers deviennent des acquêts intellectuels par l'exercice des trois jugements, ou choix fondamentaux, de la pensée humaine:
| 1. Le jugement de soi -- le choix moral. | |
| 2. Le jugement social -- le choix éthique. | |
| 3. Le jugement de Dieu -- le choix religieux. |
Il en ressort que tout progrès humain est effectué par une technique conjointe d'évolution-révélation.
Si un amant divin ne vivait pas en lui, l'homme ne pourrait aimer généreusement et spirituellement. Si un interprète ne vivait pas dans sa pensée, l'homme ne pourrait se rendre compte de l'unité de l'univers. Si une entité douée de connaissance ne demeurait pas en lui, l'homme serait dans l'impossibilité d'apprécier les valeurs morales et de reconnaître les significations spirituelles. Or cet amant divin vient de la source même de l'amour infini; cet interprète est une fraction de l'Unité Universelle; cette entité est l'enfant de la Source-Centre de toutes les valeurs absolues de la réalité éternelle et divine.
L'évaluation morale avec une signification religieuse -- la clairvoyance spirituelle -- implique le choix individuel entre le bien et le mal, la vérité et l'erreur, le matériel et le spirituel, l'humain et le divin, le temps et l'éternité. La survie humaine dépend dans une grande mesure de la consécration de la volonté humaine à choisir les valeurs triées par le sélecteur des valeurs spirituelles -- l'interprète et l'unificateur intérieur. L'expérience religieuse personnelle comporte deux phases: la découverte par la pensée humaine, et la révélation par le divin esprit intérieur. Par un excès de raisonnements sophistiqués ou par suite de la conduite impie de personnages se disant religieux, il se peut qu'un homme, ou même une génération, suspende ses efforts pour découvrir Dieu qui l'habite; les hommes peuvent cesser de progresser vers l'aboutissement à la révélation divine. Mais un tel comportement dépourvu de progrès spirituel ne peut durer longtemps à cause de la présence et de l'influence des Ajusteurs de Pensée.
La réalité du contact avec un habitant divin est une profonde expérience qui transcende pour toujours la grossière technique matérialiste des sciences physiques. On ne peut ni mettre la joie spirituelle sous un microscope, ni peser l'amour dans une balance, ni mesurer au mètre les valeurs morales; et l'on ne peut pas non plus chiffrer la qualité de l'adoration spirituelle.
Les Hébreux avaient une religion de sublimité morale. Les Grecs établirent une religion de beauté. Paul et ses confrères fondèrent une religion de foi, d'espérance, et de charité. Jésus révéla et donna l'exemple d'une religion d'amour: la sécurité dans l'amour du Père, avec la joie et la satisfaction résultant du partage de cet amour au service de la confraternité humaine.
Chaque fois qu'un homme fait un choix moral réfléchi, il subit immédiatement l'expérience d'une nouvelle invasion divine de son âme. Le choix moral constitue la religion en tant que mobile de réaction intérieure aux conditions extérieures. Cette religion réelle n'est pas une expérience purement subjective. Elle signifie que l'ensemble subjectif de l'individu est engagé dans une réaction significative et intelligente à l'objectivité totale -- à l'univers et à son Auteur.
L'exquise expérience d'aimer et d'être aimé est purement subjective, mais cela n'en fait pas une illusion psychique. L'activité de l'Ajusteur de Pensée -- de l'unique réalité vraiment divine et objective associée aux humains -- paraît entièrement subjective aux mortels qui la constatent. Le contact des hommes avec Dieu, la réalité la plus haute, ne s'effectue que par l'expérience purement subjective de le reconnaître, de l'adorer, et de se rendre compte de la filiation avec lui.
La véritable adoration religieuse n'est pas un futile monologue où l'on se trompe soi-même. L'adoration est une communion personnelle avec ce qui est divinement réel, avec la source même de la réalité. Par l'adoration, l'homme aspire à devenir meilleur et à atteindre finalement ainsi l'apogée du bien.
L'idéalisation de la vérité, de la beauté, et de la bonté, et la tentative de les servir ne sont pas un substitut à l'expérience religieuse authentique -- la réalité spirituelle. La psychologie et l'idéalisme ne sont pas l'équivalent de la réalité religieuse. Les projections de l'intellect humain peuvent, il est vrai, donner naissance à de faux dieux -- des dieux à l'image de l'homme -- mais la véritable conscience de connaître Dieu n'a pas cette origine; elle réside dans l'esprit intérieur. Beaucoup de systèmes religieux proviennent de formules issues de l'intellect humain, mais le fait d'avoir conscience de Dieu ne fait pas nécessairement partie de ces absurdes institutions d'esclavage religieux.
Dieu n'est pas une simple invention de l'idéalisme humain; il est la source même de toutes les intelligences et des valeurs supra-animales. Dieu n'est pas une hypothèse formulée pour unifier les concepts humains de vérité, de beauté, et de bonté; il est la personnalité d'amour de qui toutes ces manifestations de l'univers sont issues. La vérité, la beauté, et la bonté du monde des hommes sont unifiées par la spiritualité croissante de l'expérience des ascendeurs s'élevant vers les réalités du Paradis. On ne peut concevoir clairement l'unité de la vérité, de la beauté, et de la bonté que dans l'expérience spirituelle d'une personnalité connaissant Dieu.
La moralité est l'indispensable base préexistante de la conscience personnelle de Dieu, de la claire conception personnelle que l'Ajusteur intérieur est présent, mais cette moralité n'est ni la source de l'expérience religieuse, ni la clairvoyance spirituelle qui en résulte. La nature morale est supra-animale mais sub-spirituelle. La moralité équivaut à reconnaître le devoir, à se rendre compte du bien et du mal. La zone morale s'interpose entre le type de pensée des animaux et celui des hommes, de même que la morontia fonctionne entre les sphères matérielles et spirituelles d'aboutissement personnel.
La pensée évolutionnaire est capable de découvrir la loi, la morale, et l'éthique, mais c'est l'Ajusteur intérieur, l'esprit effusé, qui révèle à la pensée humaine évoluante le législateur, le Père-source de tout ce qui est vrai, beau, et bon. Un homme ainsi éclairé possède une religion; il est spirituellement équipé pour entreprendre la longue et aventureuse recherche de Dieu.
La moralité n'est pas nécessairement spirituelle; elle peut être entièrement et purement humaine, bien que la véritable religion rehausse toutes les valeurs morales et les rende beaucoup plus significatives. La moralité sans religion ne réussit ni à révéler la bonté ultime, ni à assurer la survie des valeurs morales, même des siennes propres. La religion rehausse et glorifie tout ce que la morale reconnaît et approuve, et elle en assure la survie.
La religion se tient au-dessus de la science, de l'art, de la philosophie, de l'éthique, et de la morale, mais sans en être indépendante. Toutes sont indissolublement liées dans l'expérience humaine personnelle et sociale. La religion est l'expérience suprême de l'homme dans sa nature matérielle, mais le caractère fini du langage rend impossible à la théologie de jamais dépeindre d'une manière appropriée l'expérience religieuse réelle.
La clairvoyance religieuse possède le pouvoir de transformer une défaite en désirs supérieurs et en nouvelles déterminations. L'amour est le motif le plus élevé que l'homme puisse utiliser dans son ascension de l'univers, mais quand l'amour est dépouillé de vérité, de beauté, et de bonté, il n'est que sentimentalité, déformation philosophique, illusion psychique, et tromperie spirituelle. L'amour doit toujours être défini à nouveau sur les niveaux successifs de la progression morontielle et spirituelle.
L'art est issu de la tentative des hommes pour échapper au manque de beauté de leur entourage; il est un geste vers le niveau morontiel. La science est l'effort des hommes pour résoudre les énigmes apparentes de l'univers matériel. La philosophie est leur tentative pour unifier l'expérience humaine. La religion est le témoignage suprême de l'homme magnifiquement tendu vers la réalité finale, sa détermination de trouver Dieu et de lui ressembler.
Dans le domaine de l'expérience religieuse, les possibilités spirituelles sont des réalités potentielles. La poussée humaine en avant n'est pas une illusion psychique. Toutes les élucubrations des hommes au sujet de l'univers peuvent ne pas correspondre à des faits, mais une grande, une très grande partie de ces tentatives se rapproche de la vérité.
La vie de certains hommes est trop grande et noble pour descendre au bas niveau d'une simple réussite. L'animal doit s'adapter à son entourage, mais l'homme religieux transcende son entourage; il échappe ainsi aux limitations du présent monde matériel par la clairvoyance de l'amour divin. Ce concept de l'amour engendre dans l'âme humaine l'effort supra-animal pour trouver la vérité, la beauté, et la bonté; quand elle les trouve, l'âme est glorifiée dans leur étreinte elle est consumée du désir de les vivre et d'agir selon la droiture.
Ne vous découragez pas l'évolution humaine est encore en cours de progrès, et la révélation de Dieu au monde, en et par Jésus, ne fera pas défaut.
Le grand défi lancé aux hommes modernes consiste à établir de meilleures communications avec le divin Moniteur qui habite la pensée humaine. Leur plus grande aventure en incarnation est leur effort sain et équilibré pour faire progresser la conscience de soi dans les domaines imprécis de la conscience embryonnaire de l'âme, en essayant de tout coeur d'atteindre la conscience de l'esprit -- le contact avec la divine présence. Cette expérience constitue la conscience divine; elle confirme puissamment la vérité pré-existante de l'expérience religieuse consistant à connaître Dieu. La conscience de l'esprit équivaut à connaître la réalité de la filiation avec Dieu. A défaut, l'assurance de cette filiation est l'expérience de la foi.
La conscience de Dieu équivaut à intégrer la personnalité avec l'univers sur ses niveaux les plus élevés de réalité spirituelle. Seul est impérissable le contenu spirituel d'une valeur quelconque. Même dans l'expérience humaine, ce qui est vrai, beau, et bon ne saurait périr. Si l'homme ne choisit pas de survivre, alors l'Ajusteur survivant conserve les réalités nées de l'amour et nourries dans le service. Toutes ces choses font partie du Père Universel. Le Père est amour vivant, et cette vie du Père existe dans ses Fils. Et l'esprit du Père habite les fils de ses Fils -- les hommes mortels. Quand tout a été dit et fait, l'idée du Père reste encore le concept humain le plus élevé de Dieu.
APRÈS LA PENTECÔTE
LES résultats de la prédication de Pierre le jour de la Pentecôte eurent une influence décisive sur la politique future et les plans de la majorité des apôtres dans leurs efforts pour proclamer l'évangile du royaume. Pierre fut le véritable fondateur de l'Église chrétienne; Paul apporta le message chrétien aux Gentils, et les croyants grecs le propagèrent dans tout l'empire romain.
Liés par la tradition et tyrannisés par les prêtres, les Hébreux, en tant que peuple, refusèrent d'accepter soit l'évangile de Jésus sur la paternité de Dieu et la fraternité des hommes, soit la proclamation de Pierre et de Paul sur la résurrection et l'ascension du Christ (base du christianisme ultérieur); par contre, le reste de l'empire romain fut réceptif aux enseignements chrétiens en évolution. À cette époque, la civilisation occidentale était intellectuelle, fatiguée de la guerre, et complètement sceptique sur toutes les religions existantes et les philosophies universelles. Les peuples du monde occidental, bénéficiaires de la culture grecque, avaient une tradition révérée d'un grand passé. Ils pouvaient contempler un héritage de grands accomplissements en philosophie, en art, en littérature, et en progrès politiques. Mais malgré tous ces succès, ils n'avaient pas de religion satisfaisante pour l'âme. Leurs profonds désirs spirituels restaient insatisfaits.
C'est sur une société humaine se trouvant à ce stade que les enseignements de Jésus contenus dans le message chrétien furent soudainement projetés. Un nouvel ordre de vie fut ainsi présenté aux coeurs affamés des peuples occidentaux. Cette situation impliquait un conflit immédiat entre les anciennes pratiques religieuses et la nouvelle version christianisée du message de Jésus au monde. Ce conflit devait se terminer soit par une nette victoire des anciennes ou des nouvelles croyances, soit par une sorte de compromis. L'histoire montre que la lutte se termina par un compromis. Le christianisme eut l'ambition d'embrasser un programme trop étendu pour qu'un peuple quelconque puisse l'assimiler dans l'espace d'une ou deux générations. Ce programme n'était pas un simple appel spirituel tel que Jésus l'avait présenté à l'âme des hommes. De bonne heure, le christianisme prit nettement position sur les rituels religieux, l'éducation, la magie, la médecine, l'art, la littérature, la loi, le gouvernement, la morale, la réglementation sexuelle, la polygamie, et même, dans une mesure limitée, sur l'esclavage. Le christianisme n'émergea pas simplement comme une nouvelle religion -- chose que tout l'empire romain et tout l'orient attendaient -- mais comme un nouvel ordre de la société humaine. Cette prétention précipita rapidement le conflit sociomoral des âges. Les idéaux de Jésus, tels qu'ils furent réinterprétés par la philosophie grecque et socialisés dans le christianisme, défiaient maintenant audacieusement les traditions de la race humaine incorporées dans l'éthique, la moralité, et les religions de la civilisation occidentale.
Au début, le christianisme ne fit de conversions que dans les couches inférieures des milieux sociaux et économiques. Mais au commencement du deuxième siècle, l'élite de la culture gréco-romaine s'orienta de plus en plus vers ce nouvel ordre de croyance chrétienne, ce nouveau concept des raisons de vivre et des buts de l'existence.
Comment ce nouveau message d'origine juive, qui avait presque échoué dans son pays natal, put-il capter si vite et si efficacement les meilleurs penseurs de l'empire romain? Le triomphe du christianisme sur les religions philosophiques et les cultes des mystères fut dû aux facteurs suivants:
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1. L'organisation -- Paul était un grand organisateur, et ses successeurs restèrent à sa hauteur. |
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2. Le christianisme était foncièrement hellénisé. Il englobait ce qu'il y avait de meilleur dans la philosophie grecque et dans la théologie hébraïque. |
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3. Mieux que tout, il contenait un nouvel et grand idéal, l'écho de la vie d'effusion de Jésus et le reflet de son message de salut pour toute l'humanité. |
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4. Les dirigeants chrétiens étaient disposés à faire avec le mithracisme les compromis nécessaires pour que plus de la moitié de ses adhérents soient gagnés au culte d'Antioche. |
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5. De même, la génération suivante et les générations subséquentes de dirigeants chrétiens firent encore de tels compromis avec le paganisme que même l'empereur Constantin fut gagné à la nouvelle religion. |
Toutefois, les chrétiens conclurent un marché judicieux avec les païens, en ce sens qu'ils adoptèrent l'apparat du rituel païen tout en obligeant les païens à accepter la version hellénisée du christianisme paulinien. Ils transigèrent plus heureusement avec le paganisme qu'avec le culte mithriaque, mais même dans ce compromis initial, ils sortirent plus que vainqueurs, en ce sens qu'ils réussirent à éliminer les grossières immoralités ainsi que nombre d'autres pratiques répréhensibles des mystères persans.
À tort ou à raison, les premiers chefs du christianisme acceptèrent délibérément des compromis sur les idéaux de Jésus dans un effort pour sauver et propager beaucoup de ses idées. Et ils remportèrent de grands succès. Mais ne vous y trompez pas! Les idéaux compromis du Maître restent latents dans son évangile et finiront par affirmer leurs pleins pouvoirs sur le monde.
Par la paganisation du christianisme, l'ancien ordre de choses gagna nombre de victoires mineures de nature ritualiste, mais les Chrétiens prirent l'ascendant en ce sens que:
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1. Ils firent résonner dans la morale humaine une nouvelle note d'un diapason infiniment plus élevé. |
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2. Ils donnèrent au monde un nouveau concept considérablement agrandi de Dieu. |
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3. L'espoir de l'immortalité devint une partie de l'assurance d'une religion reconnue. |
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4. Jésus de Nazareth fut offert à l'âme affamée des hommes. |
Beaucoup de grandes vérités enseignées par Jésus furent presque perdues dans les premiers compromis, mais elles sommeillent encore dans la religion du christianisme paganisé, qui est elle-même la version paulinienne de la vie et des enseignements du Fils de l'Homme. Même avant d'être paganisé, le christianisme fut d'abord complètement hellénisé. Le christianisme a une dette, une très grande dette envers les Grecs. Ce fut un Grec d'Égypte qui prit la parole si courageusement à Nicée et mit l'assemblée au défi avec tant d'intrépidité que le concile n'osa pas obscurcir le concept de la nature de Jésus au point de risquer de faire perdre au monde la vérité concernant son effusion. Ce Grec s'appelait Athanase. Sans l'éloquence et la logique de ce croyant, les opinions persuasives d'Arius auraient triomphé.
1. -- INFLUENCE DES GRECS
L'hellénisation du christianisme commença réellement le jour mémorable où l'apôtre Paul se présenta devant le conseil de l'aréopage d'Athènes et parla aux Athéniens du « Dieu inconnu ». Là, à l'ombre de l'Acropole, ce citoyen romain proclama aux Grecs sa version de la nouvelle religion qui avait pris naissance dans le pays juif de Galilée. La philosophie grecque et nombre d'enseignements de Jésus présentaient d'étranges similitudes. Ils avaient un but commun -- tous deux visaient à l'émergence des individus, les Grecs à leur émergence sociale et politique, Jésus à leur émergence morale et spirituelle. Les Grecs enseignaient le libéralisme intellectuel conduisant à la liberté politique. Jésus enseignait le libéralisme spirituel conduisant à la liberté religieuse. L'union de ces deux idées formait une nouvelle et puissante charte de la liberté humaine; elle laissait présager la liberté sociale, politique, et spirituelle des hommes.
Le christianisme prit naissance et triompha de toutes les religions opposantes pour deux raisons principales:
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1. Les penseurs grecs étaient disposés à emprunter de bonnes idées nouvelles, même aux Juifs. |
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2. Paul et ses successeurs étaient prêts à des compromis, mais à des compromis astucieux et sagaces; ils étaient de fins négociateurs en matière de théologie. |
Au moment où Paul se dressa à Athènes en prêchant « le Christ et le Christ crucifié », les Grecs étaient spirituellement affamés. Ils étaient investigateurs, intéressés, et recherchaient réellement la vérité spirituelle. N'oubliez jamais que les Romains commencèrent par combattre le christianisme, tandis que les Grecs l'embrassèrent volontiers. Ce furent les Grecs qui, ultérieurement, forcèrent littéralement les Romains à accepter cette religion, sous sa forme modifiée, comme faisant partie de la culture grecque.
Les Grecs révéraient la beauté et les Juifs la sainteté, mais les deux peuples aimaient la vérité. Durant des siècles, les Grecs avalent sérieusement médité et sincèrement discuté tous les problèmes humains -- sociaux, économiques, philosophiques, et politiques -- sauf la religion. Rares étaient les Grecs qui avalent vraiment prêté attention à la religion; ils ne prenaient même pas la leur très au sérieux. Au contraire, les Juifs avaient négligé les autres domaines de la pensée en consacrant leur intelligence à la religion. Ils la prenaient très au sérieux, trop à la lettre. Éclairé par le contenu du message de Jésus, le produit unifié des siècles de pensée de ces deux peuples devint alors la puissance motrice d'un nouvel ordre social humain et, dans une certaine mesure, d'un nouvel ordre humain de croyances et de pratiques religieuses.
À l'époque où Alexandre répandit la philosophie helléniste dans le Proche Orient, l'influence de la culture grecque avait déjà pénétré les pays de la Méditerranée occidentale. Tant qu'ils habitèrent de petites villes, les Grecs eurent de bons résultats avec leur religion et leur politique, mais quand le roi de Macédoine osa faire de la Grèce un empire s'étendant de l'Adriatique à l'Indus, les difficultés commencèrent. L'art et la philosophie de la Grèce étaient parfaitement à la hauteur de l'expansion impériale, mais on ne saurait en dire autant de son administration politique ni de sa religion. Après que les cités-Etats de Grèce se furent développées en un empire, leurs dieux plutôt paroissiaux semblèrent un peu bizarres. Les Grecs étaient vraiment à la recherche d'un Dieu unique, d'un Dieu plus grand et meilleur, lorsque la version christianisée de l'ancienne religion juive leur parvint.
Tel qu'il était, l'empire hellène ne pouvait durer. Sa souveraineté culturelle continua, mais l'empire ne subsista qu'après avoir acquis de l'Occident le génie politique romain pour son administration, et après avoir obtenu de l'Orient une religion dont le Dieu unique possédait une dignité impériale.
Au premier siècle après le Christ, la culture grecque avait déjà atteint son apogée; sa régression avait commencé; l'instruction augmentait , mais le génie diminuait. Ce fut à cette époque précise que les idées et idéaux de Jésus, partiellement incorporés dans le christianisme, devinrent une partie de la culture et de l'instruction grecques qui purent être sauvées.
Alexandre avait foncé sur l'Orient avec le don de la civilisation grecque; Paul attaqua l'Occident avec la version chrétienne de l'évangile de Jésus. Dans toutes les parties de l'Occident où la culture grecque prévalut, le christianisme hellénisé prit racine.
La version orientale du message de Jésus resta plus fidèle aux enseignements du Maître, mais continua à suivre le comportement intransigeant d'Abner. Elle ne progressa jamais comme la version hellénisée, et finit par se perdre dans le mouvement islamique.
2. -- L'INFLUENCE ROMAINE
Les Romains prirent la suite de la culture grecque en substituant des gouvernements représentatifs aux gouvernements par tirage au sort. Ces changements ne tardèrent pas à favoriser le christianisme, en ce sens que Rome introduisit dans tout le monde occidental une tolérance nouvelle pour des langues, des populations, et même des religions étrangères.
À Rome, une grande partie des persécutions primitives contre les Chrétiens fut motivée uniquement par l'emploi malencontreux du mot « royaume » dans leurs prédications. Les Romains toléraient toutes les religions et n'importe laquelle, mais ne supportaient rien de ce qui avait un air de rivalité politique. Aussi, quand ces persécutions religieuses initiales -- si largement dues à des malentendus -- prirent fin, le champ de la propagande religieuse se trouva largement ouvert. Les Romains aimaient s'occuper d'administration politique; ils s'intéressaient peu à l'art et à la religion, mais ils étaient exceptionnellement tolérants pour les deux.
La loi orientale était sévère et arbitraire; la loi grecque était fluide et artistique; la loi romaine avait de la dignité et imposait le respect. L'éducation romaine engendrait une fidélité incomparable et impassible. Les premiers Romains étaient des individus politiquement dévoués et sublimement consacrés. Ils étaient honnêtes, fidèles, et attachés à leurs idéaux, mais sans religion digne de ce nom. Il n'est guère étonnant que leurs éducateurs grecs aient pu les persuader d'accepter le christianisme de Paul.
Les Romains étaient un grand peuple. Ils purent gouverner l'Occident parce qu'ils se gouvernaient eux-mêmes. Leur honnêteté sans précédent, leur consécration, et leur maîtrise résolue de soi formaient un terrain idéal pour la réception et la croissance du christianisme.
Il était facile à ces Gréco-Romains d'être aussi dévoués spirituellement à une Église institutionnelle qu'ils l'étaient politiquement à l'État. Les Romains ne combattirent l'Église qu'au moment où ils craignaient qu'elle ne fît concurrence à l'État. Ayant peu de philosophie nationale ou de culture native, Rome prit pour elle-même la suite de la culture grecque et adopta hardiment l'enseignement du Christ comme philosophie morale. Le christianisme devint la culture morale de Rome, mais ne devint guère sa religion dans le sens d'une expérience individuelle de croissance spirituelle pour ceux qui embrassèrent le nouveau culte d'une manière aussi globale. Il est vrai qu'un bon nombre d'individus ne se contentèrent pas de cette religion d'État superficielle, et trouvèrent pour nourrir leur âme les valeurs cachées des significations réelles contenues dans les vérités latentes du christianisme hellénisé et paganisé.
Le stoïcisme, avec son vigoureux appel « à la nature et à la conscience », n'avait que mieux préparé Rome à recevoir le Christ, au moins dans un sens intellectuel. Les Romains étaient des juristes par nature et par éducation; ils révéraient même les lois de la nature. Maintenant, dans le christianisme, ils discernaient les lois de Dieu dans les lois de la nature. Un peuple qui pouvait produire un Cicéron et un Virgile était mûr pour le christianisme hellénisé de Paul.
C'est ainsi que les Grecs romanisés forcèrent à la fois les Juifs et les Chrétiens à rendre philosophique leur religion, à en coordonner les idées, à rendre systématiques ses idéaux, et à adapter les pratiques religieuses au courant de vie existant. Tout ceci fut immensément aidé par la traduction en grec des Écritures hébraïques et par la rédaction ultérieure en langue grecque du Nouveau Testament.
Contrairement aux Juifs et à de nombreux autres peuples, les Grecs avaient depuis longtemps cru provisoirement à l'immortalité, à une sorte de survie après la mort. Or c'était l'essence de l'enseignement de Jésus; il était donc certain que le christianisme exercerait sur eux un puissant attrait.
Une succession de victoires de la culture grecque et de la politique romaine avait consolidé les pays méditerranéens en un seul empire, avec une seule langue et une seule culture, de sorte que le monde occidental était prêt pour un seul Dieu. Le judaïsme fournissait ce Dieu, mais le judaïsme en tant que religion était inacceptable pour les Grecs romanisés. Philon en aida quelques uns à mitiger leurs opinions, mais le christianisme leur révéla un concept encore meilleur d'un Dieu unique, et ils l'adoptèrent promptement.
3. -- SOUS L'EMPIRE ROMAIN
Après la consolidation de la souveraineté politique romaine et la propagation du christianisme, les Chrétiens se trouvèrent avec un seul Dieu, un grand concept religieux, mais sans empire. Les Gréco-Romains se trouvèrent avec un grand empire, mais sans un Dieu susceptible d'être adoré dans tout l'empire et de servir à l'unifier spirituellement. Les Chrétiens acceptèrent l'empire, et l'empire adopta le christianisme. Les Romains fournirent l'unité de souveraineté politique, les Grecs l'unité de culture et d'instruction, et le christianisme l'unité de pensée et de pratique religieuse.
Rome triompha de la tradition du nationalisme par un universalisme impérial. Pour la première fois dans l'histoire, elle rendit possible à différentes races et nations d'accepter, au moins nominalement, une même religion.
Le christianisme fut adopté à Rome à un moment de lutte ardente entre les vigoureux enseignements des stoïciens et les promesses de salut du culte des mystères. Le christianisme apporta une consolation reposante et un pouvoir libérateur à un peuple spirituellement affamé, dont le langage ne comportait pas de mot signifiant « désintéressement ».
Le christianisme tira son plus grand pouvoir de la manière dont ses croyants vécurent une vie de service, et même de la manière dont ils moururent pour leur foi durant les premiers temps des persécutions rigoureuses.
L'enseignement concernant l'amour du Christ pour les enfants mit bientôt fin à la pratique généralisée de laisser mourir de faim ou de froid les enfants qui n'étaient pas désirés, et particulièrement les filles. Les premières formes d'adoration furent largement copiées sur celles des synagogues juives, modifiées par le rituel mithriaque. Plus tard, on y ajouta beaucoup d'apparat païen. Les Grecs christianisés, prosélytes du judaïsme, formaient l'armature de l'Église chrétienne primitive.
Dans toute l'histoire du monde, le deuxième siècle après le Christ fut le meilleur moment pour qu'une bonne religion puisse progresser dans les pays occidentaux. Durant le premier siècle, le christianisme s'était préparé, par des luttes et des compromis, à prendre racine et à se répandre rapidement. Il adopta l'empereur, et plus tard l'empereur adopta le christianisme. C'était une grande époque pour la diffusion d'une nouvelle religion. On jouissait de la liberté religieuse, les voyages étaient universels, et la pensée ne subissait pas d'entraves.
L'élan spirituel donné par l'acceptation nominale du christianisme hellénisé atteignit Rome trop tard pour empêcher son déclin moral bien amorcé ou pour compenser sa dégénérescence raciale déjà bien établie et croissante. La nouvelle religion était une nécessité culturelle pour la Rome impériale, et il est extrêmement malheureux qu'elle ne soit pas devenue un moyen de salut spirituel dans un sens plus large.
Même une bonne religion ne put sauver un grand empire des résultats certains du manque de participation des individus aux affaires du gouvernement, d'un excès de paternalisme, d'impôts exagérés comportant des abus grossiers dans leur recouvrement, d'un commerce déséquilibré avec le Levant qui drainait l'or, de la folie des plaisirs, de la férule romaine, de la dégradation des femmes, de l'esclavage et de la décadence raciale, des calamités physiques, et d'une Église d'Etat qui devint à tel point une institution qu'elle frisa la stérilité spirituelle.
Les conditions n'étaient pas aussi mauvaises à Alexandrie. Les premières écoles chrétiennes conservèrent beaucoup d'enseignements de Jésus, libres de compromis. Ponténus enseigna Clément, puis suivit Nathanael aux Indes en proclamant le Christ. Bien que certains idéaux des Juifs eussent été sacrifiés pour bâtir le christianisme, il faut constater en toute équité que, vers la fin du deuxième siècle, la quasi-totalité des grands penseurs du monde gréco-romain était devenue chrétienne. Le triomphe approchait de son parachèvement.
L'empire romain dura suffisamment longtemps pour assurer la survie du christianisme même après son effondrement. Nous avons souvent cherché à imaginer ce qui serait arrivé à Rome et dans le monde si l'évangile du royaume avait été adopté à la place du christianisme grec.
4. -- LES AGES DE TÉNEBRES EN EUROPE
Auxiliaire de la société et alliée de la politique, l'Église était condamnée à partager le déclin intellectuel et spirituel de ce qu'on appelle les « âges de ténèbres » européens. Durant cette époque, la religion prit un caractère de plus en plus monastique, ascétique, et réglementaire. Au sens spirituel, le christianisme était en hibernation. À côté de cette religion sommeillante et sécularisée, il exista durant toute cette période un courant continu de mysticisme, une expérience spirituelle fantastique frisant l'irréel et philosophiquement parente du panthéisme.
Durant ces sombres siècles de désespoir, la religion se pratiqua virtuellement sous le manteau. Les individus étaient à peu près perdus devant l'autorité, la tradition, et la dictature de l'Église dominante. Une nouvelle menace spirituelle s'éleva par la création d'une galaxie de « saints » censés avoir une influence spéciale auprès des tribunaux divins; en conséquence, si l'on savait faire efficacement appel à eux, ils devaient pouvoir intercéder en faveur des hommes auprès des Dieux.
Tout en restant impuissant à barrer la route aux âges de ténèbres à leur début, le christianisme était suffisamment socialisé et paganisé pour survivre d'autant mieux à une période prolongée d'obscurantisme moral et de stagnation spirituelle. Il subsista durant la longue nuit de la civilisation occidentale et agissait encore en tant qu'influence morale à l'aurore de la Renaissance. Après l'écoulement des âges de ténèbres, la réhabilitation du christianisme eut pour résultat de faire naître de nombreuses sectes d'enseignement chrétien dont les croyances étaient adaptées à des types spéciaux -- intellectuels, émotifs, et spirituels -- de personnalités humaines. Beaucoup de ces collectivités chrétiennes spéciales, ou familles religieuses subsistent encore à l'époque où nous effectuons cette présentation.
L'histoire montre que le christianisme est né de la transformation involontaire de la religion de Jésus en une religion à propos de Jésus. Elle montre aussi que le christianisme a subi l'hellénisation, la paganisation, la sécularisation, l'institutionnalisme, la dépravation intellectuelle, la décadence spirituelle, l'hibernation morale, les menaces d'anéantissement, la régénérescence ultérieure, la fragmentation en sectes, et plus récemment une réhabilitation relative. Ce curriculum dénote une vitalité qui lui est inhérente et la possession d'immenses facultés de récupération. Le même christianisme est actuellement présent, faisant face à une lutte pour la vie encore plus âpre que les mémorables crises caractéristiques de ses anciennes batailles pour la domination.
La religion est aujourd'hui confrontée par le défi d'un nouvel âge de mentalité scientifique et de tendances matérialistes. Dans ce gigantesque conflit entre le temporel et le spirituel, la religion de Jésus finira par triompher.
5. -- LE PROBLÈME MODERNE
Le XXe siècle a apporté au christianisme et à toutes les autres religions de nouveaux problèmes à résoudre. Plus une civilisation s'élève, plus s'impose aux hommes le devoir impérieux de « chercher d'abord les réalités célestes » dans tous leurs efforts pour stabiliser la société et faciliter la solution de ses problèmes matériels.
Bien souvent la vérité devient confuse et même trompeuse quand elle est disséquée, divisée, isolée, et trop analysée. La vérité vivante ne donne au chercheur un enseignement valable que si elle est embrassée dans sa totalité et en tant que réalité spirituelle vivante; il ne suffit pas qu'elle soit un fait de la science matérielle ou une inspiration d'un art intermédiaire.
La religion est la révélation à l'homme de sa destinée divine et éternelle. La religion est une expérience purement personnelle et spirituelle; elle doit perpétuellement être distinguée des autres formes supérieures d'activité mentale humaine telles que:
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1. Le comportement logique envers les éléments de la réalité matérielle. |
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2. L'appréciation esthétique de la beauté par contraste avec la laideur. |
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3. La reconnaissance éthique des obligations sociales et du devoir politique. |
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4. Même le sens de la moralité humaine n'est pas religieux en soi et par lui-même. |
La religion est destinée à trouver dans l'univers les valeurs qui évoquent la foi, la confiance, et l'assurance; elle culmine dans l'adoration. La religion découvre pour l'âme les valeurs suprêmes qui contrastent avec les valeurs relatives découvertes par la pensée. On ne possède cette clairvoyance surhumaine que par une expérience religieuse authentique.
Il n'est pas plus possible de maintenir un système social durable sans une moralité fondée sur des réalités spirituelles que de maintenir un système solaire sans gravitation.
N'essayez ni de satisfaire la curiosité ni de contenter tous les désirs latents d'aventure qui surgissent dans l'âme pendant la courte durée d'une vie incarnée. Soyez patients! Ne cédez pas à la tentation de vous plonger dans le dérèglement des aventures vulgaires et sordides. Domptez vos énergies et refrénez vos passions. Soyez calmes en attendant le déroulement majestueux d'une carrière sans fin d'aventures progressives et de découvertes passionnantes.
Dans la confusion sur l'origine des hommes, ne perdez pas de vue leur destinée éternelle. N'oubliez pas que Jésus aimait aussi les petits enfants, et qu'il montra clairement et définitivement la grande valeur de la personnalité humaine.
En observant le monde, rappelez-vous que les taches sombres du mal que vous voyez ressortent sur un arrière-plan clair de bien ultime. Vous ne voyez pas simplement le bien sous forme de taches blanches ressortant misérablement sur un noir arrière-plan de mal.
Puisqu'il y a tant de vérités bonnes à publier et à proclamer, pourquoi les hommes prêtent-ils tant d'attention au mal dans le monde simplement parce que le mal apparaît comme un fait? Les belles valeurs spirituelles de la vérité sont plus agréables et exaltantes que le phénomène du mal.
En religion, Jésus recommanda et suivit la méthode de l'expérience, de même que la science moderne poursuit la technique expérimentale. Nous trouvons Dieu par les directives de la clairvoyance spirituelle, mais nous approchons cette clairvoyance de l'âme par l'amour du beau, la poursuite de la vérité, la fidélité au devoir, et l'adoration de la divine bonté. Parmi toutes ces valeurs, l'amour reste le véritable guide vers la clairvoyance réelle.
6. -- LE MATÉRIALISME
Les savants où involontairement précipité l'humanité dans un matérialisme outrancier. Ils ont déclenché une ruse irréfléchie sur la banque morale des âges, mais cette banque de l'expérience humaine dispose de vastes ressources spirituelles et peut faire face aux demandes de retraits qui lui sont présentées. Seuls les irréfléchis sont pris de panique au sujet des actifs spirituels de la race humaine. Quand la ruée matérialiste-laïque aura passé, la religion de Jésus n'aura pas fait banqueroute. La banque spirituelle du royaume des cieux fera des payements de foi, d'espérance, et de sécurité morale à tous ceux qui auront recours à elle « en Son nom ».
Quel que puisse être le conflit apparent entre le matérialisme et les enseignements de Jésus, vous pouvez être assurés que la doctrine du Maître triomphera pleinement au cours des âges à venir. En réalité, il ne peut se produire de véritable controverse entre la vraie religion et la science, car la première ne s'occupe aucunement des choses matérielles. La religion observe simplement vis-à-vis de la science une neutralité bienveillante, tandis qu'elle s'intéresse suprêmement aux savants.
La poursuite de la simple connaissance, quand elle n'est accompagnée ni de l'interprétation par la sagesse ni de la clairvoyance spirituelle due à l'expérience religieuse, conduit finalement au pessimisme et au désespoir humain. Une connaissance bornée est vraiment déconcertante.
A l'époque du présent écrit (1) les pires moments de l'âge matérialiste sont passés; l'aube d'une meilleure compréhension commence déjà à poindre. Les penseurs supérieurs du monde scientifique ont cessé d'avoir une philosophie entièrement matérialiste, mais le commun du peuple incline toujours dans cette direction par suite des enseignements antérieurs. Toutefois, cet âge de réalisme physique n'est qu'un épisode transitoire dans la vie de la race humaine sur terre. La science moderne a laissé intacte la vraie religion -- les enseignements de Jésus traduits dans la vie de ses disciples. Tout l'accomplissement de la science a consisté à détruire les illusions enfantines des fausses interprétations de la vie.
(1) 1935
En ce qui concerne la vie humaine sur terre, la science est une expérience quantitative, et la religion une expérience qualitative. La science s'occupe des phénomènes; la religion traite des origines, des valeurs, et des buts. Quant un savant met en avant des causes pour expliquer des phénomènes physiques, il confesse son ignorance des buts ultimes, et à la fin il se trouve ramené à la première grande cause - le Père Universel du Paradis.
Le passage violent d'un âge de miracles à un âge de machines s'est révélé bouleversant pour les hommes. Le fait que les fausses philosophies matérialistes déploient de l'ingéniosité et de la dextérité dément à lui seul leur prétention d'être exclusivement mécanistes. L'agilité fataliste de la pensée d'un matérialiste contredit perpétuellement ses affirmations que l'univers est un phénomène énergétique aveuglé et sans but.
Le naturalisme machinal de certains hommes supposés instruits et la laïcité inconsidérée de l'homme de la rue s'occupent tous deux exclusivement de choses; ils ne comportent aucune vraie valeur, sanction, ou satisfaction de nature spirituelle, et sont également dépourvus de foi, d'espérance, et d'assurances éternelles. L'une des grandes difficultés de la vie moderne est que les hommes se croient trop occupés pour trouver le temps nécessaire à la méditation spirituelle et à la dévotion religieuse.
Le matérialisme réduit l'homme à l'état d'automate sans âme, et fait simplement de lui un symbole arithmétique jouant un rôle passif dans la formule mathématique d'un univers machinal et dépourvu de romanesque. Mais d'où vient donc cet immense univers de mathématiques sans Maître Mathématicien? La science peut disserter sur la conservation de la matière, mais la religion valide la conservation des âmes humaines -- elle concerne leur expérience avec des réalités spirituelles et des valeurs éternelles.
Un sociologue matérialiste contemporain observe une communauté, fait un rapport à son sujet, et laisse les gens tels qu'il les a trouvés. Il y a dix-neuf cents ans, des Galiléens sans instruction regardèrent Jésus donnant sa vie comme contribution spirituelle à l'expérience inférieure des hommes, et ensuite ils sortirent de Galilée et mirent sens dessus dessous tout l'empire romain.
Les dirigeants religieux modernes commettent une grave erreur en essayant d'appeler leurs contemporains à la bataille au son des trompettes du Moyen Âge. La religion doit se pourvoir elle-même de slogans nouveaux et modernes. Ni la démocratie ni aucune autre panacée politique ne remplaceront le progrès spirituel. Les fausses religions peuvent représenter une évasion hors de la réalité, mais, par son évangile, Jésus a présenté aux hommes l'entrée dans une réalité éternelle de progression spirituelle.
Dire que la pensée « émergea » de la matière n'explique rien. Si l'univers était simplement un mécanisme et si la pensée était solidaire de la matière, nous n'aurions jamais deux interprétations différentes d'un même phénomène observé. Les concepts de vérité, de beauté, et de bonté ne sont inhérents ni à la physique ni à la chimie. Une machine ne peut rien savoir, et encore bien moins connaître la vérité, avoir soif de droiture, et chérir la bonté.
La science peut être physique, mais si un savant discerne la vérité, sa pensée devient aussitôt supramatérielle. La matière ne connaît pas la vérité; elle ne peut non plus aimer la miséricorde ni prendre plaisir aux réalités spirituelles. Les convictions morales basées sur l'éclairement spirituel et enracinées dans l'expérience humaine sont tout aussi réelles et certaines, mais sur un niveau diffèrent et plus élevé, que les déductions mathématiques basées sur des observations physiques.
Si les hommes n'étaient que des machines, ils réagiraient plus ou moins uniformément à un univers matériel. L'individualité n'existerait pas, et la personnalité encore bien moins.
Le fait que le mécanisme absolu du Paradis existe au centre de l'univers des univers en présence de la volition inconditionnée de la Source-Centre Première rend certain pour toujours que les causes déterminantes ne sont pas la loi exclusive du cosmos. Le matérialisme est là, mais il n'est pas exclusif. Le mécanisme est là, mais il est conditionné. Le déterminisme est là, mais il n'est pas seul.
L'univers fini deviendrait finalement uniforme et déterministe s'il n'y avait pas la présence conjuguée de la pensée et de l'esprit. L'influence de la pensée cosmique injecte constamment de la spontanéité, même dans les mondes matériels.
Dans un royaume quelconque d'existence, la liberté ou l'initiative sont directement proportionnelles au degré d'influence spirituelle et au contrôle mental cosmique, c'est-à-dire, dans l'expérience humaine, au degré auquel on se conforme effectivement à « la volonté du Père ». Donc, une fois que vous êtes parti à la recherche de Dieu, c'est la preuve concluante que Dieu vous a déjà trouvé.
La poursuite sincère de la bonté, de la beauté, et de la vérité conduit à Dieu. Toute découverte scientifique démontre l'existence simultanée de la liberté et de la constance dans l'univers. L'inventeur était libre de faire sa découverte. La chose découverte est apparemment constante, car autrement elle n'aurait pu être connue en tant que chose.
7. -- LA VULNÉRABILITÉ DU MATÉRIALISME
Combien les hommes à mentalité matérielle sont insensés de permettre à des théories aussi vulnérables que celles d'un univers machinal de les priver des immenses ressources de l'expérience personnelle de la vraie religion! Contrairement aux théories, les faits ne sont jamais en contradiction avec la véritable foi spirituelle. La science ferait mieux de se consacrer à détruire la superstition plutôt qu'à essayer de ruiner la foi religieuse -- la croyance humaine aux réalités spirituelles et aux valeurs divines.
La science devrait faire matériellement pour les hommes ce que la religion accomplit spirituellement pour eux: étendre l'horizon de la vie et agrandir leur personnalité. La vraie science ne peut avoir de querelle durable avec la vraie religion. La « méthode scientifique » est simplement un étalon intellectuel pour mesurer les aventures matérielles et les accomplissements physiques. Étant matérielle et entièrement intellectuelle, cette méthode ne sert absolument à rien pour évaluer les réalités spirituelles et les expériences religieuses.
L'illogisme des mécanistes modernes est le suivant: si notre univers était simplement matériel et l'homme seulement une machine, cet homme serait entièrement incapable de se reconnaître en tant que machine; de même, un tel robot serait entièrement inconscient du fait que l'univers matériel existe. Dans sa consternation et son désespoir, la science mécaniste n'a pas réussi à reconnaître le fait que la pensée du savant est habitée par un esprit; or c'est la clairvoyance supramatérielle de ce même savant qui formule les concepts erronés et contradictoires en soi d'un univers matérialiste.
Les valeurs paradisiaques d'éternité et d'infinité, de vérité, de beauté, et de bonté, sont dissimulées dans les phénomènes des univers de l'espace-temps. Mais il faut l'oeil de la foi chez un mortel né d'esprit pour détecter et discerner ces valeurs spirituelles.
Les réalités et les valeurs du progrès spirituel ne sont pas une « projection psychologique » -- un simple rêve éveillé et glorifié de la pensée matérielle. Elles sont les prévisions de l'Ajusteur intérieur, l'esprit de Dieu vivant dans la pensée de l'homme. Ne laissez pas vos discussions d'amateurs au sujet des découvertes faiblement entrevues de la « relativité » troubler vos concepts de l'éternité et de l'infinité de Dieu. Et chaque fois que vous êtes pressés par la nécessité d'exprimer votre moi, ne commettez pas la faute d'omettre l'expression de l'Ajusteur, la manifestation de votre réel et meilleur ego.
Si l'univers était uniquement matériel, l'homme matériel ne serait jamais capable de concevoir le caractère machinal de cette existence exclusivement matérielle. Le concept machinal de l'univers est en lui-même un phénomène immatériel de la pensée, et toute pensée est d'origine immatérielle, quelle que soit son apparence d'être complètement conditionnée par la matière et contrôlée mécaniquement.
L'intelligence humaine partiellement évoluée est assez peu douée de sagesse et de suite dans les idées. La vanité des hommes dépasse souvent leurs raisonnements et échappe à leur logique.
Le pessimisme du matérialiste le plus pessimiste est, en soi et par lui-même, une preuve suffisante que l'univers du pessimiste n'est pas entièrement matériel. L'optimisme et le pessimisme sont tous deux des réactions conceptuelles dans une pensée consciente des valeurs aussi bien que des faits. Si l'univers était vraiment conforme à la conception des matérialistes, alors l'homme serait une machine humaine dépourvue de la possibilité de reconnaître consciemment ce fait. Sans la conscience du concept des valeurs dans la pensée née d'esprit, l'homme ne pourrait aucunement reconnaître le fait du matérialisme universel ni les phénomènes machinaux du fonctionnement de l'univers. Une machine ne peut être consciente de la nature ni de la valeur d'une autre machine.
Une philosophie mécaniste de la vie et de l'univers ne saurait être scientifique, parce que la science ne reconnaît et ne traite que des matériaux et des faits. La philosophie est inévitablement superscientifique. L'homme est un fait matériel de la nature, mais sa vie est un phénomène qui en transcende les niveaux matériels, en ce sens qu'elle déploie les attributs contrôlants de la pensée et les qualités créatives de l'esprit.
L'effort sincère des hommes pour devenir des mécanistes représente le phénomène tragique de leurs futiles tentatives pour se suicider intellectuellement et moralement. Mais ils ne peuvent y parvenir.
Si l'univers était uniquement matériel et l'homme uniquement une machine, il n'y aurait pas de science enhardissant les savants à postuler la mécanisation de l'univers. Les machines ne peuvent ni se mesurer, ni se classifier, ni s'évaluer elles-mêmes. Cette oeuvre scientifique ne pourrait être exécutée que par une entité ayant statut de supermachine.
Si la réalité de l'univers n'est qu'une immense mécanique, alors il faut que l'homme soit extérieur à l'univers et séparé de lui pour reconnaître ce fait et devenir conscient de la perspicacité de cette évaluation.
Si l'homme n'est qu'une machine, par quelle technique parvient-il à croire ou à prétendre savoir qu'il est seulement une machine? L'expérience de s'évaluer consciemment soi-même n'est jamais l'attribut d'une simple machine. Un mécaniste avoué et conscient de soi constitue la meilleure réponse possible au mécanisme. Si le matérialisme était un fait, il ne pourrait exister de mécaniste conscient de soi. Il est également vrai qu'il faut d'abord être une personne morale avant de pouvoir accomplir des actes immoraux.
La seule proclamation du matérialisme implique une conscience supramatérielle chez le penseur qui prétend affirmer ce dogme. Un mécanisme peut se détériorer, mais ne peut jamais progresser. Les machines ne peuvent ni penser, ni créer, ni rêver, ni aspirer, ni idéaliser, ni avoir faim de vérité ou soif de droiture. Elles ne motivent pas leur vie par la passion de servir d'autres machines et de choisir pour but de progression éternelle la tâche sublime de trouver Dieu et de s'efforcer de lui ressembler. Les machines ne sont jamais intellectuelles, émotives, esthétiques, éthiques, morales, ni spirituelles.
L'art prouve que l'homme n'est pas machinal, mais ne prouve pas qu'il soit spirituellement immortel. L'art est la morontia humaine, le domaine intermédiaire entre l'homme matériel et l'homme spirituel. La poésie est un effort pour échapper aux réalités matérielles et d'approcher des réalités spirituelles.
Dans une haute civilisation, l'art humanise la science, et à son tour il est spiritualisé par la vraie religion -- la clairvoyance des valeurs spirituelles et éternelles. L'art représente l'évaluation humaine de la réalité dans l'espace-temps. La religion est l'emprise divine des valeurs cosmiques et implique une progression éternelle dans l'ascension et l'expansion spirituelles. L'art temporel n'est dangereux que s'il devient aveugle aux étalons spirituels des archétypes divins que l'éternité reflète en tant qu'ombres réelles du temps. L'art véritable est la manipulation efficace des objets matériels de la vie; la religion est la transformation ennoblissante des faits matériels de la vie et ne cesse jamais d'évaluer l'art du point de vue spirituel.
Il est stupide de supposer qu'un automate pourrait concevoir une philosophie de l'automatisme, et ridicule de penser que ce robot pourrait prétendre se former un tel concept de lui-même et de ses compagnons automates.
Toute interprétation scientifique de l'univers matériel est sans valeur, à moins qu'elle ne comporte la due récognition du savant. Nulle appréciation de l'art n'est authentique si elle ne reconnait pas l'artiste. Nulle évaluation de la morale n'est valable à moins d'inclure le moraliste. Nulle récognition de la philosophie n'est édifiante si elle ignore le philosophe. Quant à la religion, elle ne peut exister sans l'expérience réelle du disciple qui, grâce à cette expérience, cherche à trouver Dieu et à le connaître. Similairement, l'univers des univers est dépourvu de signification en dehors du JE SUIS, le Dieu infini qui l'a créé et qui l'administre sans cesse.
Les mécanistes -- les humanistes -- tendent à dériver avec les courants matériels. Les idéalistes et les spiritualistes osent employer leurs forces avec intelligence et vigueur pour modifier le cours, en apparence purement matériel, des circuits d'énergie.
La science vit par les mathématiques de la pensée. La musique exprime la cadence des émotions. La religion est le rythme spirituel de l'âme en harmonie spatiale-temporelle avec la mélodie des mesures supérieures et éternelles de l'infinité. L'expérience religieuse est quelque chose de vraiment supermathématique dans la vie humaine.
Dans le langage, l'alphabet représente le mécanisme du matérialisme, tandis que les paroles qui expriment la signification de mille pensées, grandes idées, et nobles idéaux -- d'amour et de haine, de lâcheté et de courage -- représentent les accomplissements mentaux. La pensée opère dans le domaine défini à la fois par la loi matérielle et la loi spirituelle; elle est dirigée par l'affirmation de la volonté de la personnalité et limitée par les facteurs inhérents à la situation.
L'univers ne ressemble pas aux lois, mécanismes, et constantes que les savants découvrent et qu'ils finissent par considérer comme la science. Il ressemble plutôt au savant curieux, pensant, choisissant, créant, combinant, et discriminant qui observe ainsi les phénomènes de l'univers et classifie les faits mathématiques inhérents aux phases machinales de l'aspect matériel de la création. L'univers ne ressemble pas non plus à l'effet artistique, mais plutôt à l'artiste qui travaille, rêve, et aspire en cherchant à transcender le monde des choses matérielles par un effort pour atteindre un but spirituel.
C'est le savant, et non la science, qui perçoit la réalité d'un univers d'énergie et de matière en évolution et en progrès. C'est l'artiste, et non l'art, qui démontre l'existence du monde morontiel transitoire interposé entre l'existence matérielle et la liberté spirituelle. C'est le fidèle, et non la religion, qui prouve l'existence des réalités spirituelles et des valeurs divines rencontrées au cours du progrès dans l'éternité.
8. -- LE TOTALITARISME LAÏQUE
Même après que le matérialisme et le machinisme auront été plus ou moins vaincus, l'influence dévastatrice du laïcisme du XXe siècle flétrira encore l'expérience spirituelle de millions d'âmes candides.
Le laïcisme, ou sécularisme moderne, a été nourri par deux influences mondiales. Son père fut l'étroitesse de pensée et le comportement impie de ce que l'on appelle la science du XIX et du XXe siècle -- la science athée. Sa mère fut l'Église chrétienne totalitaire du Moyen Age. Le sécularisme débuta comme une protestation contre la domination à peu près complète de la civilisation occidentale par l'Église chrétienne transformée en institution.
A l'époque de la présente révélation, le climat intellectuel et philosophique prévalant à la fois dans la vie européenne et la vie américaine est nettement laïque -- humaniste. Au cours des trois derniers siècles, la pensée occidentale a été progressivement laïcisée. La religion est devenue de plus en plus une influence nominale, et largement un exercice rituel. En majorité, ceux qui s'avouent chrétiens dans la civilisation occidentale sont involontairement de réels laïcs.
Il a fallu un grand pouvoir, une puissante influence, pour libérer la pensée et la vie des peuples occidentaux de l'emprise desséchante d'une domination ecclésiastique totalitaire. Le laïcisme a brisé les entraves du contrôle de l'Église; il menace maintenant à son tour d'établir un nouveau type de domination athée sur le coeur et la pensée des hommes modernes. L'État politique tyrannique et dictatorial est le rejeton direct du matérialisme scientifique et du laïcisme philosophique. À peine la laïcité eut-elle libéré les hommes de la domination de l'Église passée au rang d'institution, qu'elle les vendit comme esclaves serviles à l'État totalitaire. Le laïcisme n'a libéré les hommes de la servitude ecclésiastique que pour les trahir en les livrant à la tyrannie de l'esclavage politique et économique.
Le matérialisme renie Dieu; le laïcisme se borne à l'ignorer; tout au moins, ce fut son comportement primitif. Plus récemment, le laïcisme a pris une attitude plus militante, et a prétendu prendre la place d'une religion de servitude totalitaire à laquelle il avait jadis résisté. Le laïcisme du XXe siècle tend à affirmer que l'homme n'a pas besoin de Dieu. Mais attention! La philosophie athée de la société humaine ne conduira qu'à des malaises, à l'animosité, au malheur, à la guerre, et à des désastres à l'échelle mondiale.
Le laïcisme ne pourra jamais apporter la paix à l'humanité. Rien ne peut remplacer Dieu dans la société humaine. Mais prenez bien garde! Ne vous hâtez pas d'abandonner les bénéfices de la révolte laïque qui vous a dégagés du totalitarisme ecclésiastique. La civilisation occidentale jouit aujourd'hui de beaucoup de libertés et de satisfactions qui proviennent de la révolte des laïcs. La grande faute du laïcisme fut la suivante: en se révoltant contre le contrôle à peu près total de la vie par l'autorité religieuse, et après s'être libérés de cette tyrannie ecclésiastique, les laïcs ont poursuivi leur activité en instituant une révolte contre Dieu lui-même, parfois tacitement, parfois ouvertement.
C'est à la révolte laïque que vous devez la stupéfiante faculté créative de l'industrie américaine et le progrès matériel sans précédent de la civilisation occidentale. Et parce que la révolte laïque est allée trop loin, et a perdu de vue Dieu et la vraie religion, il s'en est suivi une moisson inattendue de guerres mondiales et d'instabilité internationale.
Il n'est pas nécessaire de sacrifier la foi en Dieu pour jouir des bienfaits de la révolte laïque moderne: tolérance, service social, gouvernement démocratique, et libertés civiles. Il n'était pas indispensable aux laïcs de s'opposer à la vraie religion pour promouvoir la science et faire progresser l'éducation.
Le laïcisme n'est pas le seul auteur de tous les progrès récents dans l'épanouissement de la vie. A l'arrière-plan des gains du XXe siècle, il y a non seulement la science, mais aussi l'action spirituelle occulte et méconnue de la vie et des enseignements de Jésus de Nazareth.
Sans Dieu, sans religion, le laïcisme scientifique ne pourra jamais coordonner ses forces ni harmoniser ses divergences et rivalités d'intérêts, de races, et de nationalismes. Malgré ses accomplissements matérialistes incomparables, la société humaine laïcisée se désintègre lentement. La principale force de cohésion résistant à cette désintégration d'antagonismes est le nationalisme. Or le nationalisme est le principal obstacle à la paix mondiale.
La faiblesse inhérente au laïcisme vient de ce qu'il rejette la morale et la religion en faveur de la politique et du pouvoir. Il est tout simplement impossible d'établir la fraternité des hommes en ignorant ou en reniant la paternité de Dieu.
L'optimisme laïc en matière sociale et politique est une illusion. Sans Dieu, ni la libération et la liberté, ni les biens et la richesse n'apporteront la paix.
La laïcisation complète de la science, de l'éducation, de l'industrie, et de la société ne peut conduire qu'au désastre. Durant le premier tiers du XXe siècle, les Urantiens ont tué plus d'hommes que durant les dix-neuf premiers siècles de la dispensation chrétienne. Et ce n'est que le commencement de l'affreuse moisson du matérialisme et du laïcisme; des destructions plus terribles sont encore à venir (1).
(1) Écrit en 1935 avant la seconde guerre mondiale de 1939-1944
9. -- LE PROBLÈME DU CHRISTIANISME
N'oubliez pas la valeur de votre héritage spirituel, le fleuve de vérité coulant à travers les siècles, même jusqu'à l'époque stérile d'un âge matérialiste et laïc. Dans tous vos valeureux efforts pour vous débarrasser des credos superstitieux des âges passés, assurez-vous que vous vous accrochez bien à la vérité éternelle. Mais soyez patients! Quand la présente révolte superstitieuse aura pris fin, les vérités de l'évangile de Jésus persisteront glorieusement pour éclairer une voie nouvelle et meilleure.
Le christianisme paganisé et socialisé a besoin d'un nouveau contact avec les enseignements sans compromis de Jésus; il languit faute d'une vision élargie de la vie terrestre du Maître. Une révélation nouvelle et plus complète de la religion de Jésus est destinée à triompher d'un empire de laïcisme matérialiste et à renverser un courant mondial de naturalisme mécaniste. Urantia frémit actuellement au bord même d'une de ses époques les plus stupéfiantes et passionnantes de rajustement social, de stimulation morale, et d'éclairement spirituel.
Même grandement modifiés, les enseignements de Jésus ont survécu aux cultes des mystères de leur époque natale, à l'ignorance et à la superstition des âges de ténèbres; maintenant ils triomphent lentement du matérialisme, du machinisme, et du laïcisme du XXe siècle. Les grandes époques d'épreuves et de défaites menaçantes sont toujours des périodes de grande révélation.
La religion a besoin de nouveaux animateurs, d'hommes et de femmes spirituellement douées qui oseront répandre uniquement de Jésus et de ses incomparables enseignements. Si le christianisme persiste à négliger sa propre mission tout en s'affairant à des problèmes sociaux et matériels, il faudra que sa renaissance spirituelle attende la venue des nouveaux instructeurs de la religion de Jésus qui se consacreront exclusivement à la régénération spirituelle des hommes. Alors, ces âmes nées d'esprit fourniront rapidement les directives et l'inspiration nécessaires à la l'organisation sociale, morale, économique, et politique du monde.
L'âge moderne refusera d'accepter une religion incompatible avec les faits et en désaccord avec les conceptions les plus élevées de la vérité, de la beauté, et de la bonté. L'heure est venue de redécouvrir les vrais fondements originels du christianisme aujourd'hui déformé et plein de compromis -- la vie et les enseignements réels de Jésus.
Les hommes primitifs vivaient une vie d'asservissement superstitieux à la peur religieuse. Les civilisés modernes redoutent de tomber sous la domination de fortes convictions religieuses. Les penseurs ont toujours craint d'être liés par une religion. Quand une religion forte et active menace de les dominer, ils tentent invariablement de la rationaliser, d'en faire une tradition, et de la transformer en une institution, dans l'espoir de pouvoir ainsi la contrôler. Par ce processus, même une religion révélée devient une croyance établie et dominée par des hommes. Les hommes et les femmes modernes et intelligents fuient la religion de Jésus par crainte de ce qu'elle leur fera -- et de ce qu'elle fera d'eux. Toutes ces craintes sont bien fondées. En vérité la religion de Jésus domine et transforme ses fidèles; elle exige que les hommes consacrent leur vie à rechercher la connaissance de la volonté du Père céleste et demande que les énergies vivantes soient affectées au service désintéressé de la confraternité des hommes.
Tout simplement, les hommes et les femmes égoïstes ne veulent pas payer ce prix, même en échange du plus grand trésor spirituel qui n’ait jamais été offert aux mortels. Il faut attendre que les hommes aient été suffisamment désillusionnés par les tristes déceptions accompagnant la poursuite insensée et trompeuse de l'égoïsme, et qu'ils aient découvert la stérilité de la religion formaliste. C'est alors seulement qu'ils se tourneront de tout coeur vers l'évangile du royaume, la religion de Jésus de Nazareth.
Le monde a besoin d'une religion de première main. Même le christianisme -- la meilleure religion du XX' siècle -- n'est pas seulement une religion à propos de Jésus, mais il est largement une religion que les hommes expérimentent de seconde main. Ils prennent leur religion intégralement telle qu'elle leur est transmise par leurs chefs religieux acceptés. Quel réveil il y aurait dans le monde si l'on pouvait seulement voir Jésus tel qu'il a réellement vécu sur terre et connaître de première main ses enseignements donnant la vie! Les paroles décrivant de belles choses ne peuvent passionner autant que la vue de ces choses; la récitation de credos ne peut pas non plus inspirer les âmes humaines comme l'expérience de connaître la présence de Dieu. Cependant, la foi attentive gardera toujours ouverte la porte de l'espérance de l'âme humaine pour laisser entrer les éternelles réalités spirituelles des valeurs divines des mondes de l'au-delà.
Le christianisme a osé abaisser ses idéaux devant le défi lancé par l'avidité humaine, la folie guerrière, et la convoitise du pouvoir. Mais la religion de Jésus subsiste comme une convocation spirituelle immaculée et transcendante; elle appelle ce qu'il y a de meilleur dans les hommes à s'élever au-dessus de tous ces héritages de l'évolution animale, et à atteindre par la grâce les hauteurs morales de la véritable destinée humaine.
Le christianisme est menacé de mort lente par le formalisme, l'excès d'organisation, l'intellectualisme, et d'autres tendances non spirituelles. L'Église chrétienne moderne n'est pas une confraternité de croyants dynamiques comme celle que Jésus avait chargée d'effectuer la transformation spirituelle continue des générations successives de l'humanité.
Le christianisme d'aujourd'hui est devenu un mouvement social et culturel autant qu'une croyance et une pratique religieuse. Le courant du christianisme moderne draine un bon nombre d'anciens marécages païens et bien des marais du barbarisme. Beaucoup d'anciennes cascades spirituelles affluent dans le courant culturel d'aujourd'hui en même temps que les cours d'eau venant des hauts plateaux de Galilée, qui sont censés être sa source exclusive.
10. -- L'AVENIR
En vérité, le christianisme a rendu un grand service au monde, mais maintenant c'est de Jésus dont on a le plus besoin. Il faut que le monde voie Jésus vivre à nouveau sur terre dans l'expérience des mortels nés d'esprit qui révèlent effectivement le Maître à tous les hommes. Il est futile de parler d'une renaissance du christianisme primitif; il faut avancer en partant du point où l'on se trouve. Il faut que la culture moderne soit baptisée d'une nouvelle révélation de la vie de Jésus et éclairée par une nouvelle compréhension de son évangile de salut éternel. Quand Jésus sera ainsi élevé dans la pensée des hommes, il les attirera tous à lui. Plutôt que des conquérants, ses disciples devraient être pour l'humanité des sources débordantes d'inspiration et de vie rehaussée. La religion n'est qu'un humanisme exalté jusqu'à ce qu'il soit rendu divin par la découverte que la présence de Dieu est réelle dans l'expérience personnelle de chacun.
La beauté et la sublimité de la vie terrestre de Jésus, son humanité et sa divinité, sa simplicité et son caractère unique présentent une image frappante et attirante du sauvetage des hommes et de la révélation de Dieu. Cet exemple devrait suffire à empêcher les théologiens et les philosophes de toutes les époques d'oser formuler des credos et créer des systèmes théologiques de servitude spirituelle en partant de cette effusion transcendantale de Dieu sous forme d'un homme. En Jésus, l'univers a produit un homme chez qui l'esprit d'amour a vaincu les handicaps matériels du temps et triomphé de son origine physique.
Souvenez-vous toujours que Dieu et l'homme ont besoin l'un de l'autre. Ils sont mutuellement nécessaires pour atteindre l'expérience de la personnalité éternelle dans la destinée divine de la finalité de l'univers.
« Le royaume de Dieu est en vous ». C'est probablement la plus grande proclamation que Jésus n'ait jamais faite, après la déclaration que son Père est un esprit vivant et aimant.
Pour gagner des âmes au Maître, ce n'est pas la première lieue parcourue par obligation, devoir, ou convention qui transformera les hommes et leur monde, mais plutôt la seconde lieue de service libre et de dévotion aimant la liberté; elle dénote que le disciple a tendu la main à la manière de Jésus pour saisir son frère et l'amener, sous gouverne spirituelle, vers le but supérieur et divin de l'existence humaine. Même aujourd'hui, le christianisme parcourt volontiers la première lieue, mais l'humanité languit et marche en trébuchant dans les ténèbres spirituelles parce qu'il y a trop peu de disciples authentiquement prêts à parcourir la seconde lieue -- trop peu de partisans avoués de Jésus qui vivent et aiment réellement comme il enseigna à ses disciples à vivre, aimer, et servir.
L'appel à l'aventure pour construire une société humaine nouvelle et transformée, en faisant renaître spirituellement la confraternité du royaume enseignée par Jésus, devrait passionner tous ceux qui croient en lui et leur inspirer des sentiments plus vifs que les hommes n'en ont jamais éprouvés depuis l'époque où ils étaient ses compagnons terrestres.
Nul système social ou régime politique niant la réalité de Dieu ne peut contribuer d'une manière constructive et durable à l'avancement de la civilisation humaine. Le christianisme, tel qu'il est aujourd'hui subdivisé et laïcisé, présente le plus grand de tous les obstacles à la poursuite du progrès de l'humanité; cela est spécialement vrai en ce qui concerne l'Orient.
La domination ecclésiastique est immédiatement et éternellement incompatible avec la foi vivante, l'esprit croissant, et l'expérience de première main des compagnons de Jésus par la foi dans la confraternité des hommes spirituellement associés au royaume des cieux. Le désir louable de préserver la tradition des accomplissements passés conduit souvent à défendre des modes d'adoration périmés. Le désir bien intentionné d'entretenir d'anciens systèmes de pensée empêche efficacement de présenter des méthodes et moyens nouveaux et appropriés destinés à satisfaire les ardents désirs spirituels de la pensée en expansion et en progrès des hommes modernes. De même, les Églises chrétiennes du XXe siècle se dressent comme des obstacles immenses, mais d'une manière totalement inconsciente, devant le progrès immédiat du véritable évangile -- l'enseignement de Jésus de Nazareth.
Bien des personnes sérieuses, qui seraient heureuses d'offrir leur fidélité au Christ de l'évangile, trouvent très difficile de soutenir avec enthousiasme une Église qui se prétend à tort fondée par Jésus, et qui tient si peu compte de l'esprit de sa vie et de ses enseignements. Jésus n'est pas le fondateur de l'Église chrétienne, mais, de toutes les manières compatible avec sa nature, il l'a entretenue comme le meilleur porte-parole de l'oeuvre de sa vie sur terre.
Si l'Église chrétienne osait seulement adopter le programme du Maître, des milliers de jeunes, apparemment indifférents, se précipiteraient pour s'enrôler dans cette entreprise spirituelle et n'hésiteraient pas à aller jusqu'au bout dans cette grande aventure.
Le christianisme doit sérieusement faire face à la condamnation incorporée dans un de ses propres dictons: « Une maison divisée contre elle-même ne peut subsister ». Le monde non chrétien n'acceptera pas de capituler devant une chrétienté divisée en sectes. Jésus vivant représente le seul espoir possible d'unifier le christianisme. La véritable Église -- la confraternité de Jésus -- est invisible, spirituelle, et caractérisée par l'unité, mais non nécessairement par l'uniformité. L'uniformité est le symbole du monde physique de nature machinale. L'unité spirituelle est le fruit de l'union par la foi avec Jésus vivant. L'Église visible devrait refuser de continuer à handicaper le progrès de la confraternité invisible et spirituelle du royaume de Dieu. Cette confraternité est destinée à devenir un organisme vivant, contrastant avec une organisation sociale passée au rang d'institution. Les organisations sociales peuvent bien être utilisées par la confraternité, mais il ne faut pas qu'elles la supplantent.
Toutefois, le christianisme du XXe siècle mérite considération. Il est le produit du génie moral conjugué des hommes de multiples races ayant connu Dieu durant de nombreux âges; il a vraiment été d'une des plus grandes puissances bénéfiques sur terre. C'est pourquoi les hommes ne devraient pas le considérer à la légère, malgré ses défauts inhérents et acquis. Le christianisme s'efforce encore d'agir par de puissantes émotions morales sur la pensée des hommes réfléchis.
Mais quand l'Église se lance dans le commerce et la politique, elle n'a pas d'excuse; ces alliances impies sont une flagrante trahison du Maître. Les amis sincères de la vérité mettront longtemps à oublier que la puissante Église institutionnelle a souvent eu l'audace d'étouffer des croyances nouvellement nées et de persécuter les porteurs de vérité qui avaient la malchance d'apparaître sous des vêtements non orthodoxes.
Il est malheureusement trop vrai que cette Église n'aurait pas survécu s'il n'y avait eu dans le monde des hommes pour préférer cette sorte d'adoration. Beaucoup d'âmes spirituellement indolentes désirent ardemment une religion ancienne de rites et de traditions sacrées qui fasse autorité. L'évolution humaine et le progrès spirituel ne sont guère suffisants pour permettre à tous les hommes de se dispenser d'une autorité religieuse. La confraternité invisible du royaume peut très bien inclure les groupes familiaux de classes sociales et de caractères variés, pourvu que leurs membres soient disposés à devenir des fils de Dieu, vraiment conduits par l'esprit. Mais, dans cette confraternité de Jésus, il n'y a place ni pour des rivalités sectaires, ni pour des rancunes collectives, ni pour des affirmations de supériorité morale et d'infaillibilité spirituelle.
Les divers groupements de Chrétiens peuvent servir à concilier de nombreux types différents d'hommes désireux de croire, parmi les divers peuples de la civilisation occidentale, mais cette division de la chrétienté présente une sérieuse faiblesse quand elle essaye d'apporter l'évangile de Jésus aux peuples orientaux. Ces races ne comprennent pas encore qu'il existe une religion de Jésus séparée et quelque peu distincte du christianisme, lequel est de plus en plus devenu une religion à propos de Jésus.
Le grand espoir d'Urantia réside dans la possibilité d'une nouvelle révélation de Jésus, avec une présentation neuve et élargie de son message sauveur, qui unirait spirituellement, dans un amour secourable, les nombreuses familles de ceux qui se prétendent aujourd'hui ses fidèles.
Même l'éducation laïque pourrait aider à cette grande renaissance spirituelle si elle voulait prêter plus d'attention à apprendre aux jeunes la manière de faire des plans pour la vie, et d'accomplir des progrès de caractère. Le but de toute éducation devrait consister à entretenir et à poursuivre le dessein suprême de la vie, le développement d'une personnalité digne et bien équilibrée. Il y a grand besoin d'enseigner la discipline morale a la place de tant de satisfactions égoïstes. Sur ces bases, la religion peut apporter la contribution de ses mobiles spirituels pour élargir et enrichir la vie humaine, même jusqu'à la sécurité et à l'élévation de la vie éternelle.
Le christianisme est une religion improvisée; il faut donc qu'elle opère avec une faible démultiplication. Les performances spirituelles à forte démultiplication doivent attendre la nouvelle révélation et l'acceptation plus généralisée de la vraie religion de Jésus. Le christianisme est cependant une puissante religion, puisque les simples disciples d'un charpentier crucifié ont lancé les enseignements qui ont vaincu l'Empire romain en trois siècles et ont poursuivi leur action en triomphant des barbares qui renversèrent Rome. Ce même christianisme a vaincu -- absorbé et exalté -- tout le courant de la théologie hébraïque et de la philosophie grecque. Ensuite, quand la religion chrétienne est entrée dans le coma pendant plus de mille ans par suite d'une dose excessive de mystères et de paganisme, elle s'est ressuscitée elle-même et a virtuellement reconquis tout le monde occidental. Le christianisme contient suffisamment d'enseignements de Jésus pour devenir immortel.
Si seulement le christianisme pouvait saisir une plus grande partie des enseignements de Jésus, il pourrait beaucoup mieux aider les hommes modernes à résoudre leurs problèmes nouveaux et de plus en plus complexes.
Le christianisme souffre d'un grand handicap parce que les penseurs du monde entier l'ont identifié à une partie du système social, de la vie industrielle, et des critères moraux de la civilisation occidentale. C'est ainsi que le christianisme a involontairement paru recommander une société qui chancelle sous la culpabilité de tolérer la science sans idéalisme, la politique sans principes, la fortune sans travail, le plaisir sans restriction, la connaissance sans caractère, le pouvoir sans conscience, et l'industrie sans moralité.
L'espoir du christianisme moderne consiste à cesser de prôner les systèmes sociaux et la politique industrielle de la civilisation occidentale, à s'incliner humblement devant la croix qu'il exalte si vaillamment, et à y apprendre à nouveau de Jésus de Nazareth les plus grandes vérités que les mortels puissent jamais entendre -- l'évangile vivant de la paternité de Dieu et de la fraternité des hommes.
L'EFFUSION DE L'ESPRIT DE VÉRITÉ
VERS une heure de l'après-midi, tandis que les cent vingt croyants étaient en train de prier, ils se rendirent tous compte d'une étrange présence dans la salle. En même temps, ces disciples devinrent conscients d'un sens nouveau et profond de joie, de sécurité, et de confiance spirituelles. Cette nouvelle conscience de force spirituelle fut immédiatement suivie d'une puissante impulsion à sortir pour proclamer publiquement l'évangile du royaume et la bonne nouvelle que Jésus était ressuscité d'entre les morts.
Pierre se leva et déclara que ce devait être la venue de l'Esprit de Vérité que le Maître leur avait promis. Il leur proposa d'aller au temple commencer à proclamer la bonne nouvelle confiée à leurs soins, et tous firent ce que Pierre avait suggéré.
L'éducation de ces hommes leur avait bien appris que l'évangile qu'ils devaient prêcher était la paternité de Dieu et la filiation des hommes, mais à ce moment précis d'extase spirituelle, la meilleure et la plus grande nouvelle à laquelle ils pouvaient penser était le fait que le Maître était ressuscité. Doués d'un pouvoir d'en haut, ils allèrent donc prêcher l'heureuse nouvelle au peuple -- le salut par Jésus -- mais ils tombèrent involontairement dans l'erreur de substituer au message essentiel de l'évangile certains faits associés à l'évangile. Pierre prit inconsciemment l'initiative de cette faute, et bien d'autres le suivirent, jusqu'à Paul, qui créa une nouvelle religion fondée sur cette nouvelle version de la bonne nouvelle. L'évangile du royaume est le fait que Dieu est le Père des hommes, doublé de la vérité corollaire que les hommes sont ses fils par la foi et frères entre eux. Le christianisme, tel qu'il s'est développé depuis la Pentecôte, est le fait que Dieu est le Père du Seigneur Jésus-Christ, associé à l'expérience d'une communion, par la croyance, avec le Christ ressuscité et glorifié.
Il n'est pas étonnant que ces hommes imprégnés d'esprit aient saisi cette occasion d'exprimer leur sentiment de triomphe sur les forces qui avaient cherché à exterminer leur Maître et à mettre fin à l'influence de son enseignement. A ce moment-là, plutôt que de songer à l'essence de l'évangile, il leur était plus facile de se rappeler leur association personnelle avec Jésus et d'être passionnés par l'assurance que le Maître vivait encore, que leur amitié avec lui n'avait pas pris fin, et que l'esprit était vraiment venu sur eux comme il le leur avait promis.
Ces croyants se sentirent soudainement transportés dans un autre monde, dans une nouvelle existence de joie, de pouvoir, et de gloire. Le Maître leur avait dit que le royaume viendrait avec puissance, et certains d'entre eux crurent commencer à discerner ce qu'il avait voulu dire.
Après avoir pris tout ceci en considération, il est facile de comprendre comment ces hommes en arrivèrent à prêcher un nouvel évangile à propos de Jésus à la place de leur message initial sur la paternité de Dieu et la fraternité des hommes.
1. -- LE SERMON DE LA PENTECÔTE
Les apôtres s'étaient cachés pendant quarante jours. Ce 18 mai se trouvait être la fête juive de la Pentecôte, et des milliers de visiteurs de toutes les parties du monde séjournaient à Jérusalem. Bon nombre d'entre eux étaient arrivés pour la fête, mais la majorité était restée dans la ville depuis la Pâque. Maintenant les apôtres, précédemment effrayés, réapparaissaient après leurs semaines de réclusion pour se montrer audacieusement dans le temple et commencer à y prêcher le nouveau message d'un Messie ressuscité. Et tous les disciples étaient également conscients d'avoir reçu un nouveau don spirituel de clairvoyance et de pouvoir.
Il était environ deux heures de l'après-midi lorsque Pierre se leva à l'endroit même où son Maître avait enseigné pour la dernière fois dans le temple et prononcé l'appel passionné qui avait abouti à gagner près de deux mille âmes. Le Maître était parti, mais les apôtres découvrirent subitement que cet épisode le concernant avait un grand pouvoir sur le peuple. Il est bien naturel qu'ils aient continué à proclamer ce qui justifiait leur ancienne dévotion à Jésus et contraignait les hommes à croire en lui. Six des douze apôtres participèrent à cette réunion: Pierre, André, Jacques, Jean, Philippe, et Matthieu. Ils parlèrent pendant plus d'une heure et demie et exprimèrent leurs messages en grec, en hébreu, et en araméen; ils prononcèrent aussi quelques paroles en d'autres langues dont ils avaient quelque notion.
Les chefs des Juifs furent stupéfaits de l'audace des apôtres, mais craignirent de les molester à cause du grand nombre de gens qui croyaient à leur récit.
Vers quatre heures et demie, plus de deux mille nouveaux croyants descendirent avec les apôtres à l'étang de Siloé où Pierre, André, Jacques, et Jean les baptisèrent au nom du Maître. Il faisait nuit quand ils achevèrent de baptiser cette multitude.
La Pentecôte était la grande fête du baptême, le moment où l'on admettait à la communauté des prosélytes du dehors, les Gentils qui désiraient servir Jéhovah. Il était donc plus facile à un grand nombre de Gentils croyants et de Juifs de se faire baptiser ce jour-là. Ce faisant, ils ne rompaient en aucune manière avec la foi juive. Les croyants en Jésus formèrent même pendant quelque temps une secte interne du judaïsme. Tous, y compris les apôtres, restaient fidèles aux exigences essentielles du système cérémoniel juif.
2. -- LA SIGNIFICATION DE LA PENTECÔTE
Jésus vécut et enseigna sur terre un évangile qui dégagea les hommes de la superstition qu'ils étaient des enfants du diable et les éleva à la dignité de fils de Dieu par la foi. Ce message de Jésus, tel qu'il le prêcha et le vécut en son temps, résolvait efficacement les difficultés spirituelles des hommes à l'époque où il fut énoncé. Maintenant que le Maître avait quitté ce monde, il envoyait à sa place l'Esprit de Vérité destiné à vivre dans les hommes et à réaffirmer son message pour chaque nouvelle génération. Ainsi, chaque nouveau groupe de mortels apparaissant à la surface de la terre possède une nouvelle version mise à jour de l'évangile; cette version représente exactement l'éclairement personnel et la gouverne collective qui permettent aux hommes de résoudre efficacement leurs difficultés spirituelles toujours renouvelées et variées.
Bien entendu, la première mission de cet Esprit consiste à entretenir et à personnaliser la vérité, car c'est la compréhension de la vérité qui constitue la forme la plus élevée de la liberté humaine. Ensuite cet Esprit a pour dessein de détruire chez le croyant le sentiment d'être orphelin. Jésus ayant vécu parmi les hommes, tous les croyants éprouveraient un sentiment de solitude si l'Esprit de Vérité n'était pas venu habiter dans les coeurs humains.
L'effusion de l'esprit du Fils prépara efficacement tous les hommes de mentalité normale à l'effusion universelle subséquente de l'esprit du Père (l'Ajusteur) sur toute l'humanité. Dans un certain sens, l'Esprit de Vérité est à la fois l'esprit du Père Universel et celui du Fils Créateur.
Ne commettez pas l'erreur de compter sur l'intellect pour acquérir la ferme conscience de l'Esprit de Vérité désormais répandu. L'esprit ne crée jamais une conscience de lui-même, mais seulement une conscience de l'esprit de Micaël, le Fils. Dès le commencement, Jésus enseigna que l'esprit ne parlerait pas par lui-même. La preuve de votre communion avec l'Esprit de Vérité ne se trouve donc pas dans votre conscience de cet esprit, mais plutôt dans votre expérience d'une communion croissante avec Micaël.
L'esprit vint aussi pour aider les hommes à se rappeler et à comprendre les paroles du Maître, et pour éclairer et réinterpréter sa vie sur terre.
Ensuite, l'Esprit de Vérité vint aider les croyants à constater la justesse des enseignements de Jésus et la valeur de sa vie telle qu'il la vécut en incarnation, et telle qu'il la vit maintenant à nouveau individuellement dans les croyants des générations successives de fils de Dieu imprégnés de son esprit.
Il apparaît ainsi que l'Esprit de Vérité vient réellement pour conduire les croyants dans toute la vérité, pour les faire accéder à la conscience spirituelle vivante et croissante de la filiation éternelle et ascendante avec Dieu.
Jésus vécut une vie qui est une révélation de l'homme soumis à la volonté du Père, et non une vie que chacun doit essayer de suivre à la lettre. Sa vie incarnée, sa mort sur la croix, et sa résurrection ultérieure furent bientôt présentées comme un nouvel évangile de la rançon ainsi payée pour racheter l'homme de l'emprise du malin de la condamnation d'un Dieu offensé. Bien que l'évangile ait été ainsi très déformé, le fait subsiste que ce nouveau message à propos de Jésus comportait bien des vérités et des enseignements fondamentaux de l'évangile initial du royaume. Tôt ou tard, les vérités occultes de la paternité de Dieu et de la fraternité des hommes émergeront pour transformer efficacement la civilisation de toute l'humanité.
Les erreurs intellectuelles citées n'interférèrent en aucune manière avec les grands progrès des croyants en croissance d'esprit. En moins d'un mois après l'effusion de l'Esprit de Vérité, les apôtres firent individuellement plus de progrès spirituels que durant leurs 4 années d'association personnelle et affectueuse avec le Maître. Cette substitution du fait de la résurrection de Jésus à la vérité de l'évangile sauveur de la filiation avec Dieu n'empêcha pas non plus en quoi que ce soit la diffusion rapide de leurs enseignements; au contraire, le fait que le message de Jésus ait été apporté sous l'égide des nouveaux enseignements sur sa personne et sa résurrection parut faciliter grandement la prédication de la bonne nouvelle.
L'expression « baptême d'esprit », qui fut si généralement employée à cette époque, signifiait simplement la réception consciente du don de l'Esprit de Vérité et la récognition personnelle de ce nouveau pouvoir spirituel comme un accroissement de toutes les influences spirituelles précédemment subies par les âmes connaissant Dieu.
Depuis l'effusion de l'Esprit de Vérité, l'homme est sujet à l'enseignement et à la gouverne d'une triple dotation spirituelle: l'esprit du Père (l'Ajusteur de Pensée), l'esprit du Fils (l'Esprit de Vérité), et l'esprit de l'Esprit (le Saint-Esprit).
Le septuple appel des influences spirituelles universelles s'exerce successivement de deux manières sur l'humanité. D'abord les races primitives évolutionnaires subissent le contact progressif des sept esprits-mentaux adjuvats de l'Esprit-Mère de l'univers local. Ensuite, à mesure que l'homme progresse en s'élevant sur l'échelle de l'intelligence et de la perception spirituelle, sept influences d'esprit viennent planer au-dessus de lui et habiter en lui. Voici ces sept esprits des mondes en progrès:
| 1. L'esprit effusé du Père Universel -- l'Ajusteur de Pensée. |
| 2. La présence en esprit du Fils Éternel -- la gravitation spirituelle de l'univers des univers et le chenal certain de toute communion spirituelle. |
| 3. La présence en esprit de l'Esprit Infini -- la pensée spirituelle universelle de toute la création, la source spirituelle de la parenté intellectuelle de toutes les intelligence progressives. |
| 4. L'esprit du Père Universel et du Fils Créateur -- l'Esprit de Vérité, généralement considéré comme l'esprit du Fils de l'univers local. |
| 5. L'esprit de l'Esprit Infini et de l'Esprit de l'univers -- le Saint-Esprit, généralement considéré comme l'esprit de l'Esprit-Mère de l'univers local. |
| 6. L'esprit mental de l'Esprit-Mère de l'univers - les sept esprits-mentaux adjuvats de l'univers local. |
| 7. L'esprit du Père, des Fils, et des Esprits-Mères -- l'esprit au nouveau nom (1) des ascendeurs des royaumes après la fusion de l'âme humaine née d'esprit avec l'Ajusteur de Pensée du Paradis, et après que ces ascendeurs aient atteint ultérieurement la divinité et la glorification du statut du Corps Paradisiaque de la Finalité. |
C'est ainsi que l'effusion de l'Esprit de Vérité apporta au monde et à ses peuples la dernière des dotations spirituelles destinées à les aider dans la recherche ascendante de Dieu.
3. -- CE QUI SE PASSA À LA PENTECÔTE
Beaucoup d'enseignements bizarres et étranges furent associés aux descriptions initiales du jour de la Pentecôte, où l'Esprit de Vérité, le nouvel instructeur, vint habiter l'humanité. Les événements de ce jour ont été confondus au cours des siècles avec les stupides débordements d'un sentimentalisme exacerbé. La principale mission de cet esprit, répandu par le Père et le Fils, consiste à enseigner aux hommes les vérités sur l'amour du Père et la miséricorde du Fils, celles qu'ils peuvent comprendre plus complètement que tous les autres traits de caractère divins. L'Esprit de Vérité cherche en premier lieu à révéler la nature spirituelle du Père et le caractère moral du Fils. Dans son incarnation, le Fils Créateur a révélé Dieu aux hommes; dans leur coeur, l'Esprit de Vérité leur révèle le Fils Créateur. Quand un homme produit dans sa vie les « fruits de l'esprit », il proclame simplement les traits de caractère que le Maître a manifestés dans sa propre vie terrestre. Quand Jésus était sur terre, il a vécu sa vie comme une personnalité déterminée -- Jésus de Nazareth. Mais depuis la Pentecôte, le Maître a pu vivre sa vie à nouveau dans l'expérience de tout croyant instruit de la vérité, car il est « l'esprit intérieur » de l'Esprit de Vérité, le nouvel instructeur.
Bien des événements qui surviennent au cours d'une vie humaine sont difficiles à comprendre et à concilier avec l'idée que nous habitons un univers dans lequel la vérité prévaut et la droiture triomphe. Il apparaît trop souvent que la calomnie, le mensonge, la malhonnêteté, et l'iniquité -- le péché -- ont le dessus. Après tout, la foi triomphe-t-elle du mal, du péché, et de l'iniquité? La réponse est affirmative; la vie et la mort de Jésus sont la preuve éternelle que la vérité de la bonté et la foi des créatures dirigées par l'esprit seront toujours justifiées. Des spectateurs se gaussèrent de Jésus sur la croix en disant: « Voyons si Dieu va venir le délivrer ». Le jour de la crucifixion parut sombre, mais le matin de la résurrection fut glorieusement clair, et le jour de la Pentecôte fut encore plus brillant et joyeux. Les religions de désespoir pessimiste cherchent à se libérer des fardeaux de la vie; elles souhaitent ardemment l'anéantissement dans un sommeil et un repos sans fin. Ce sont les religions de la peur et de la crainte primitives. La religion de Jésus est un nouvel évangile de foi à proclamer à l'humanité qui se débat. Cette religion nouvelle est fondée sur la foi, l'espérance, et l'amour.
La vie humaine avait porté à Jésus ses coups les plus durs, les plus cruels, et les plus sévères. Le Maître avait fait face à ces situations désespérantes avec foi et courage, et avec la détermination inébranlable de faire la volonté du Père. Jésus affronta la vie dans toute sa terrible réalité, et la maîtrisa -- même au moment de sa mort. Il ne se servit pas de la religion pour se libérer de la vie. La religion de Jésus ne cherche pas à échapper à cette vie pour jouir d'une félicité qui vous attend dans une autre existence. La religion de Jésus procure la joie et la paix d'une nouvelle existence spirituelle qui rehausse et ennoblit la vie que les hommes vivent actuellement en incarnation.
Si une religion est un soporifique pour le peuple, elle n'est pas la religion de Jésus. Sur la croix, il refusa de boire le narcotique aveulissant. Son esprit, répandu sur toute chair, est une puissante influence mondiale qui élève l'homme et le fait progresser. Le besoin de progrès spirituel est la plus haute impulsion présente dans le monde. Les croyants qui apprennent la vérité sont les seules âmes progressives et dynamiques sur terre.
À la Pentecôte, la religion de Jésus rompit toutes les restrictions nationales et entraves raciales. Il est éternellement vrai que « là où se trouve l'esprit du Seigneur, là est la liberté » (1). Ce jour-là, l'ESprit de Vérité du Seigneur devint le don personnel du Maître à chaque mortel. Cet esprit fut effusé afin de qualifier les croyants pour prêcher plus efficacement l'évangile du royaume, mais ils commirent l'erreur de prendre l'expérience de recevoir l'esprit ainsi répandu pour une partie de cet évangile qu'ils déformaient inconsciemment.
(1) 2 Corinthiens III-17
N'oubliez pas le fait que l'Esprit de Vérité fut effusé sur tous les croyants sincères, et que les apôtres ne furent pas les seuls bénéficiaires de ce don de l'Esprit. Les cent vingt hommes et femmes assemblés dans la salle du haut reçurent tous le nouvel instructeur, aussi bien que tous les coeurs honnêtes du monde entier. Ce nouvel instructeur fut effusé sur l'humanité, et chaque âme le reçut selon son propre amour de la vérité et sa propre aptitude à saisir et à comprendre les réalités spirituelles. Enfin la vraie religion était libérée de l'emprise des prêtres et de toutes les classes sacrées; enfin elle trouvait sa manifestation réelle dans le coeur individuel des hommes.
La religion de Jésus entretient le type le plus élevé de civilisation humaine, en ce sens quelle crée le type le plus élevé de personnalité spirituelle et proclame la sainteté de la personne ainsi élevée.
La venue de l'Esprit de Vérité à la Pentecôte rendit possible une religion qui n'est ni réformatrice ni conservatrice; cette religion n'est ni ancienne ni nouvelle; elle n'est dominée ni par les jeunes ni par les vieux. Le fait de la vie terrestre de Jésus fournit un point à l'appui pour l'ancre du temps, tandis que l'Esprit de Vérité assure l'expansion perpétuelle et la croissance indéfinie de la religion que Jésus a vécue et de l'évangile qu'il a proclamé. L'esprit guide dans toute la vérité. Il enseigne l'expansion et la croissance constantes d'une religion de progrès sans fin et de révélation divine. Ce nouvel instructeur dévoilera perpétuellement aux croyants cherchant la vérité ce que la personne et la nature du Fils de l'Homme révélaient si divinement.
Les manifestations associées à l'effusion du « nouvel instructeur » et l'accueil fait aux sermons des apôtres par les hommes des diverses races et nations, réunis à Jérusalem, dénotent l'universalité de la religion de Jésus. L'évangile du royaume ne devrait être identifié avec aucune race, culture, ou langue particulières. Le jour de la Pentecôte marqua le grand effort de l'esprit pour libérer la religion de Jésus des entraves juives dont elle avait hérité. Même après cette démonstration où l'esprit fut répandu sur toute chair, les apôtres s'efforcèrent d'abord d'imposer à tous leurs convertis les exigences du judaïsme. Paul lui-même eut des difficultés avec ses compagnons de Jérusalem parce qu'il refusait de soumettre les Gentils à ces pratiques juives. Nulle religion révélée ne peut se répandre dans le monde entier si elle commet la grave erreur de se laisser imprégner par une culture nationale, ou associer à des pratiques raciales, économiques, ou sociales déjà établies. (pas en caractère gras dans le livre)
L'effusion de l'Esprit de Vérité fut complètement indépendante des formes, cérémonies, lieux sacrés, et habitudes spéciales de ceux qui reçurent la plénitude de sa manifestation. Au moment où l'esprit vint sur les personnes assemblées dans la salle du haut, elles étaient simplement assises là et venaient de se plonger dans une prière silencieuse. L'esprit fut effusé à la campagne aussi bien qu'à la ville. Les apôtres n'eurent plus à faire de retraites dans un lieu isolé ni à méditer solitairement durant des années pour recevoir l'esprit. La Pentecôte dissocie définitivement l'idée d'expérience spirituelle et la notion d'une ambiance spécialement favorable.
La Pentecôte, avec sa dotation spirituelle, était destinée à détacher pour toujours la religion du Maître de toute sujétion à la force physique. Les éducateurs de cette nouvelle religion sont désormais munis d'armes spirituelles; ils vont à la conquête du monde avec une indulgence qui ne se dément jamais, une bonne volonté incomparable, et un amour abondant. Ils sont équipés pour triompher du mal par le bien, pour vaincre la haine par l'amour, pour anéantir la peur avec une foi vivante et courageuse dans la vérité. Jésus avait déjà enseigné à ses partisans que sa religion n'était jamais passive; ses disciples devaient toujours être actifs et positifs dans leur ministère de miséricorde et dans leurs manifestations d'amour. Ces croyants ne regardaient plus Jéhovah comme « l'Éternel des Armées ». Ils considéraient maintenant la Déité éternelle comme « le Dieu et le Père du Seigneur Jésus-Christ ». Ils firent au moins ce progrès-là, même sans parvenir à saisir complètement la vérité que Dieu est aussi le Père spirituel de chaque individu.
La Pentecôte dota les hommes du pouvoir de pardonner les injures personnelles, de supporter avec douceur les pires injustices, de rester impassibles en face de dangers effrayants, et de défier les maux de la haine et de la colère par des actes intrépides d'amour et de tolérance. Au cours de son histoire, Urantia a subi les ravages de grandes guerres dévastatrices. Tous les participants à ces conflits terribles ont été battus. Il n'est resté qu'un seul vainqueur, un seul rescapé de ces luttes acharnées, ayant accru sa renommée -- Jésus de Nazareth avec son évangile de triomphe sur le mal par le bien. Le secret d'une meilleure civilisation est inclus dans les enseignements du Maître sur la fraternité des hommes, la bonne volonté pleine d'amour et de confiance mutuelle.
Jusqu'à la Pentecôte, la religion n'avait révélé que l'homme à la recherche de Dieu; depuis la Pentecôte, l'homme recherche encore Dieu, mais on voit aussi briller sur le monde le spectacle de Dieu recherchant les hommes et envoyant son esprit demeurer en eux quand il les a trouvés.
Avant les enseignements de Jésus, qui atteignirent leur apogée à la Pentecôte, les femmes n'étaient que peu ou pas du tout considérées dans les dogmes des anciennes religions. Après la Pentecôte et dans la fraternité du royaume, les femmes se trouvèrent devant Dieu sur un pied d'égalité avec les hommes. Parmi les cent vingt disciples qui reçurent cette visitation spéciale de l'esprit, beaucoup étaient des femmes qui eurent dans ces bénédictions une part égale à celle des croyants masculins. Les hommes ne peuvent plus prétendre monopoliser le ministère du service religieux. Les pharisiens pouvaient continuer à remercier Dieu de n'être pas « nés femmes, lépreux, ou Gentils », mais, parmi les fidèles de Jésus, les femmes ont été définitivement libérées de toute discrimination religieuse basée sur le sexe. La Pentecôte a effacé toute séparation religieuse fondée sur des distinctions raciales, des différences culturelles, des castes sociales, ou des préjugés concernant le sexe. Il n'est pas surprenant que ces croyants à la nouvelle religion se soient écriés: « Là où se trouve l'esprit du Seigneur, là est la liberté ».
La mère et un frère de Jésus se trouvaient parmi les cent vingt croyants. En tant que membres de ce groupe commun de disciples, ils reçurent également l'esprit répandu, mais ne reçurent pas de ce don béni une plus grande part que leurs compagnons. Aucun don spécial ne fut conféré aux membres de la famille terrestre de Jésus. La Pentecôte marqua la fin des prêtrises sociales et de toute croyance à des familles saintes.
Avant la Pentecôte, les apôtres avaient renoncé à bien des choses pour Jésus. Ils avaient sacrifié leur foyer, leur famille, leurs amis, leurs biens terrestres, et leur situation. Lors de la Pentecôte, ils se donnèrent à Dieu, et le Père et le Fils répondirent en se donnant aux hommes -- en envoyant leur esprit vivre dans les hommes. Cette expérience consistant à se perdre et à trouver l'esprit ne fut nullement émotive; elle fut un acte de reddition intelligente et de consécration sans réserve.
La Pentecôte fut l'appel à l'unité spirituelle parmi les croyants à l'évangile. Quand l'esprit descendit sur les disciples à Jérusalem, le même phénomène se produisit à Philadelphie, à Alexandrie, et en tous les autres lieux où demeuraient des croyants sincères. Il fut littéralement vrai « qu'il n'y avait qu'un seul coeur et une seule âme parmi la multitude des croyants ». La religion de Jésus est la plus puissante influence unificatrice que le monde ait jamais connue.
La Pentecôte était destinée à diminuer l'outrecuidance des individus, des groupes, des nations, et des races -- l'esprit d'autoritarisme dont la tension croit au point qu'il se déchaîne périodiquement en guerres dévastatrices. Seule la technique spirituelle peut unifier l'humanité, et l'Esprit de Vérité est une influence mondiale universelle.
La venue de l'Esprit de Vérité purifie le coeur humain et conduit ses bénéficiaires à formuler un but de vie unifié avec la volonté de Dieu et le bonheur des hommes. L'esprit matériel d'égoïsme a été englouti dans ce nouveau don spirituel d'altruisme. La Pentecôte signifie que le Jésus historique est devenu sur-le-champ le divin Fils de l'expérience vivante. Quand la joie de cet esprit répandu est éprouvée consciemment dans la vie humaine, elle est un tonique pour la santé, un stimulant pour la pensée, et une énergie inépuisable pour l'âme.
Ce n'est pas la prière qui fit descendre l'esprit le jour de la Pentecôte, mais elle contribua beaucoup à déterminer l'aptitude réceptive qui caractérisa les croyants individuels. La libéralité de l'effusion ne provient pas de l'émotion suscitée dans le coeur divin par la prière, mais bien souvent la prière creuse des chenaux plus larges et plus profonds par lesquels les dons divins peuvent affluer vers le coeur et l'âme de ceux qui se souviennent ainsi de maintenir, par la prière sincère et la véritable adoration, une communion ininterrompue avec leur Auteur.
4. -- LES DÉBUTS DE L'ÉGLISE CHRÉTIENNE
Quand les ennemis de Jésus s'emparèrent soudainement de lui et le crucifièrent si rapidement entre deux voleurs, ses apôtres et ses disciples furent complètement démoralisés. La pensée que le Maître avait été arrêté, lié, flagellé, et crucifié n'était pas supportable, surtout pour les apôtres. Ils oublièrent ses enseignements et ses avertissements. Peut-être Jésus avait-il été « un prophète puissant en paroles et en oeuvres devant Dieu et tout le peuple » (1), mais il ne pouvait guère être le Messie dont ils avaient espéré qu'il restaurerait le royaume d'Israël.
(1) Cf. Luc XXIV-19.
Vint ensuite la résurrection; elle délivra les apôtres du désespoir et rétablit leur foi dans la divinité du Maître. A maintes reprises ils le virent et lui parlèrent, et il les emmena sur le Mont Olivet où il leur dit adieu et leur annonça qu'il retournait auprès du Père. Il leur recommanda de rester à Jérusalem jusqu'à ce qu'ils soient dotés de pouvoir -- jusqu'à ce que l'Esprit de Vérité soit venu. Le jour de la Pentecôte, ce nouvel instructeur arriva, et les apôtres sortirent immédiatement pour prêcher leur évangile avec une nouvelle Puissance. Ils furent les disciples audacieux et courageux d'un Seigneur vivant, et non d'un chef défunt et vaincu. Le Maître vécut dans le coeur de ces évangélistes. Dieu n'était plus une doctrine dans leur pensée; il était devenu une présence vivante dans leur âme.
« Jour après jour ils persévéraient d'un commun accord dans le temple et rompaient le pain à la maison. Ils prenaient leur nourriture avec joie et unité de coeur, louant Dieu et ayant la faveur de tout le peuple. Ils étaient tous remplis de l'esprit et prononçaient la parole de Dieu avec audace. Et la foule des croyants n'avait qu'un coeur et une âme; aucun d'eux ne disait que les biens qu'il possédait lui appartenaient en propre, et ils avaient toutes choses en commun » (2).
(2) Cf. Actes II-44 à 46.
Qu'était-il arrivé à ces hommes que Jésus avait ordonnés pour aller prêcher l'évangile du royaume, la paternité de Dieu et la fraternité des hommes? Ils avaient un nouvel évangile; ils brûlaient d'une nouvelle expérience; ils étaient pleins d'une nouvelle énergie spirituelle. Leur message avait soudain changé pour devenir la proclamation du Christ ressuscité: « Jésus de Nazareth, cet homme que Dieu approuva par des oeuvres puissantes et des prodiges, qui a été livré conformément au conseil précis et selon la préconnaissance de Dieu, vous l'avez crucifié et fait périr. Il a ainsi accompli les choses que Dieu avait annoncées longtemps d'avance par la bouche de tous les prophètes. C'est ce Jésus que Dieu a ressuscité. Dieu l'a fait à la fois Seigneur et Christ. Ayant été élevé par la main droite de Dieu et ayant reçu du Père la promesse de l'esprit, il a répandu ce que vous voyez et entendez. Repentez-vous, pour que vos péchés puissent être effacés, pour que le Père puisse envoyer le Christ qui a été désigné pour vous, Jésus lui-même, que les cieux doivent recevoir jusqu'au rétablissement de toutes choses » (3).
(3) Actes III-21.
L'évangile du royaume, le message de Jésus, venait d'être changé subitement en évangile du Seigneur Jésus-Christ. Les apôtres proclamaient maintenant les faits de sa vie, de sa mort, et de sa résurrection, et prêchaient l'espoir qu'il reviendrait rapidement sur ce monde pour achever l'oeuvre qu'il avait commencée. Le message des premiers croyants concernait donc la prédication au sujet des faits de sa première venue et l'enseignement de l'espérance de sa seconde venue, événement qu'ils estimaient devoir survenir à très bref délai.
Le Christ allait devenir le credo de l'église qui se formait rapidement: Jésus est vivant après être mort pour les hommes; il a donné l'esprit; il va revenir. Jésus remplissait toutes les pensées des disciples et déterminait toutes leurs conceptions nouvelles de Dieu et de tout le reste. Ils étaient trop enthousiastes de la nouvelle doctrine où « Dieu est le Père du Seigneur Jésus » pour s'occuper de l'ancien message où « Dieu est le Père aimant de tous les hommes », et même de chaque personne prise individuellement. Il est vrai qu'une merveilleuse manifestation d'amour fraternel et de bonne volonté sans pareille prit naissance dans les communautés primitives de croyants, mais elles représentaient des communautés de croyants en Jésus, et non de frères dans le royaume familial du Père qui est aux cieux. Leur bonne volonté provenait de l'amour né du concept de l'effusion de Jésus, et non de la récognition de la fraternité des mortels. Néanmoins, leurs membres étaient remplis de joie et vivaient une vie si nouvelle et si extraordinaire que tous les hommes étaient attirés par leurs enseignements au sujet de Jésus. Ils commirent la grande erreur d'utiliser le commentaire vivant et illustré de l'évangile du royaume au lieu de mettre en valeur l'évangile lui-même, mais même cette fraction représentait la plus grande religion que l'humanité ait connue jusqu'alors.
Évidemment, une nouvelle communauté naissait dans le monde. « La multitude qui croyait persévérait dans la doctrine et la communion des apôtres, rompant le pain et priant » (1). Ils s'appelaient les uns les autres frère et soeur; ils se saluaient d'un saint baiser; ils soignaient les pauvres. C'était une communauté de vie aussi bien que d'adoration; elle ne résultait pas d'un décret, mais du désir de partager leurs biens avec leurs compagnons croyants. Ils espéraient avec confiance que, durant leur génération, Jésus reviendrait parachever l'établissement du royaume du Père. Ce partage spontané des possessions terrestres n'était pas une caractéristique directe de l'enseignement de Jésus; il eut lieu à cause de la sincérité et de la confiance avec laquelle ces hommes et ces femmes croyaient que le Maître allait revenir incessamment pour achever son oeuvre et instaurer le royaume. Mais les résultats finaux de cette expérience bien intentionnée d'amour fraternel inconsidéré furent désastreux et générateurs de chagrins. Des milliers de croyants sincères vendirent leurs propriétés et distribuèrent tous leurs capitaux et autres actifs rentables. Avec le temps, les ressources du « partage égal » chrétien s'amenuisèrent et finirent par s'épuiser -- mais la vie continuait. Au bout de très peu de temps, les croyants d'Antioche firent des collectes pour empêcher leurs coréligionnaires de Jérusalem de mourir de faim.
(1) Actes II-42.
À cette époque, les croyants célébraient le souper du Seigneur de la manière dont il avait été établi, c'est-à-dire qu'ils se rassemblaient pour un repas collectif de bonne communion et prenaient part au sacrement à la fin du repas.
Au début, ils baptisèrent au nom de Jésus; c'est seulement au bout d'une vingtaine d'années qu'ils commencèrent à baptiser « au nom du Père, du Fils, et du Saint-Esprit ». On n'exigeait rien d'autre que le baptème pour l'admission à la communauté des croyants; celle-ci n'avait pas encore d'organisation; elle était simplement la confraternité de Jésus.
La secte de Jésus grandissait rapidement, et une fois de plus les sadducéens en prirent ombrage. Les pharisiens s'inquiétaient peu de la situation, voyant qu'aucun des enseignements n'interférait en quoi que ce soit avec l'observance des lois juives. Mais les sadducéens commencèrent à mettre en prison les dirigeants de la secte de Jésus, jusqu'au moment où Gamaliel, l'un des principaux rabbis, les amena à accepter ses recommandations: « Abstenez-vous de toucher à ces hommes et laissez les tranquilles, car si leur conseil ou leur travail vient des hommes, il sera anéanti; mais s'il vient de Dieu, vous ne pourrez pas les détruire, et peut-être même vous trouverez-vous en conflit avec Dieu » (2). Les Sadducéens décidèrent de suivre l'avis de Gamaliel, et il s'ensuivit une période de paix et de tranquillité à Jérusalem durant laquelle le nouvel évangile à propos de Jésus se répandit rapidement.
(2) Actes V-38 et 39.
Tout se passa donc bien à Jérusalem jusqu'au moment où des croyants grecs arrivèrent en grand nombre d'Alexandrie. Deux élèves de Rodan vinrent à Jérusalem et firent de nombreuses conversions chez les Hellénistes. Parmi les premiers se trouvaient Etienne et Barnabas. Ces Grecs compétents ne partageaient pas le point de vue juif autant que les apôtres, et ne se conformaient pas aussi bien qu'eux au mode d'adoration des Juifs ni à certaines de leurs pratiques cérémonielles. Ce furent les agissements de ces croyants grecs qui mirent fin aux rapports pacifiques entre la confraternité de Jésus d'une part, et les pharisiens et sadducéens d'autre part. Etienne et son ami grec commencèrent à faire des sermons plus conformes à l'enseignement de Jésus, ce qui provoqua un conflit immédiat avec les dirigeants juifs. Au cours d'un sermon public, quand Etienne atteignit la partie de son discours jugée répréhensible, ils se dispensèrent de toute formalité juridique et le lapidèrent à mort sur place.
Etienne, chef de la colonie grecque des croyants en Jésus à Jérusalem, devint ainsi le premier martyr de la foi nouvelle et la cause spécifique de l'organisation officielle de l'Eglise chrétienne primitive. En effet, les croyants firent face à cette nouvelle crise en constatant qu'ils ne pouvaient plus prolonger leur statut de secte inférieure de la religion juive. Ils convinrent tous qu'il fallait se séparer des incroyants. Un mois après la mort d'Étienne, l'Église de Jérusalem avait été organisée sous la direction de Pierre, et Jacques, le frère de Jésus, en avait été nommé chef titulaire.
Alors éclatèrent les nouvelles et implacables persécutions par les Juifs. Les éducateurs actifs de la nouvelle religion à propos de Jésus (religion que l'on appela ultérieurement christianisme à Antioche) se dispersèrent jusqu'aux confins de l'empire en proclamant l'évangile de Jésus. Avant l'époque de Paul, ce furent donc des Grecs qui dirigèrent la diffusion du message. Ces premiers missionnaires, ainsi d'ailleurs que les suivants, reprirent l'itinéraire autrefois suivi par Alexandre, allant à Antioche par Gaza et Tyr, et de là en Macédoine par l'Asie Mineure, puis à Rome et dans les parties les plus lointaines de l'empire.
APPARITIONS FINALES ET ASCENSION
LA seizième manifestation morontielle de Jésus eut lieu le vendredi 5 mai vers neuf heures du soir dans la cour de Nicodème. Ce soir-là, les croyants de Jérusalem avaient fait leur première tentative depuis la résurrection pour se réunir. A ce moment se trouvaient rassemblés les onze apôtres, le groupe des femmes disciples et de leurs compagnes, et une cinquantaine des autres principaux disciples du Maître, comprenant un certain nombre de Grecs. Ces croyants avaient échangé des conversations amicales depuis plus d'une demi-heure lorsque le Maître morontiel apparut soudainement, pleinement visible à tous, et commença immédiatement à les instruire. Jésus dit:
« La paix soit sur vous. Voici le groupe de croyants le plus représentatif -- apôtres et disciples hommes et femmes -- auquel je suis apparu depuis le moment où j'ai été délivré de la chair. Je vous appelle maintenant à témoigner que je vous avais annoncé depuis longtemps qu'il fallait que mon séjour parmi vous prenne fin; je vous ai dit que je devais retourner auprès du Père. Ensuite je vous avais clairement exposé comment les principaux prêtres et dirigeants des Juifs me livreraient pour être mis à mort, et que je ressusciterais. Alors, pourquoi vous êtes-vous tellement laissés déconcerter par toutes ces choses quand elles sont advenues? Et pourquoi avez-vous été surpris quand je suis ressuscité au troisième jour? Si vous n'avez pas réussi à me croire, c'est que vous entendiez mes paroles sans comprendre leur signification.
« Maintenant, vous devriez prêter l'oreille à ce que je dis, de crainte de renouveler la faute d'entendre mon enseignement avec votre cerveau sans en comprendre le sens dans votre coeur. Depuis le commencement de mon séjour parmi vous comme l'un de vos semblables, je vous ai enseigné que mon unique but était de révéler mon Père céleste à ses enfants terrestres. J'ai vécu l'effusion révélatrice de Dieu afin que vous puissiez entrer dans la carrière de la connaissance de Dieu. Je vous ai révélé Dieu comme votre Père au ciel, et je vous ai révélés au ciel comme fils de Dieu sur terre. Dieu vous aime, vous ses fils; c'est un fait. Par la foi en mes paroles, ce fait devient une vérité éternellement vivante dans votre coeur. Si par votre foi vivante, vous devenez divinement conscients de Dieu, alors vous êtes nés d'esprit en tant qu'enfants de lumière et de vie, de cette vie éternelle grâce à laquelle vous ferez l'ascension de l'univers des univers et l'expérience de trouver Dieu le Père au Paradis.
« Je vous exhorte à ne jamais oublier que, votre mission parmi les hommes consiste à proclamer l'évangile du royaume -- la réalité que Dieu est le Père des hommes et la vérité qu'ils sont ses fils. Proclamez la vérité entière de la bonne nouvelle, et non pas seulement une partie de l'évangile sauveur. Mon expérience de résurrection ne change pas votre message. La filiation avec Dieu, par la foi, reste la vérité salutaire de l'évangile du royaume. Vous irez prêcher l'amour de Dieu et le service des hommes. Ce que le monde a le plus besoin de savoir, c'est que les hommes sont les fils de Dieu et que, par la foi, ils peuvent réellement concevoir cette vérité ennoblissante et en faire l'expérience quotidienne. Mon effusion devrait aider tous les hommes à savoir qu'ils sont les enfants de Dieu, mais cette connaissance sera insuffisante s'ils n'arrivent pas à saisir personnellement par la foi la vérité libératrice qu'ils sont les vivants fils spirituels du Père éternel. L'évangile du royaume concerne l'amour du Père et le service de ses enfants sur terre.
« Ici vous partagez ensemble la connaissance de ma résurrection d'entre les morts, mais elle n'a rien d'étrange. J'ai le pouvoir de sacrifier ma vie et de la reprendre; le Père donne ce pouvoir à ses Fils du Paradis. Vous devriez plutôt avoir le coeur ému de savoir que les morts d'un âge ont entrepris l'ascension éternelle peu après que j'eus quitté le tombeau neuf de Joseph d'Arimathie. J'ai vécu ma vie incarnée pour vous montrer comment, par un amour secourable, vous pouvez révéler Dieu à vos semblables, de même qu'en vous aimant et en vous servant je suis devenu une révélation de Dieu pour vous. J'ai vécu parmi vous en tant que Fils de l'Homme pour que vous, et tous les autres hommes, puissiez savoir que vous êtes en vérité les fils de Dieu. Donc, allez maintenant dans le monde entier prêcher à tous les hommes cet évangile du royaume des cieux. Aimez les hommes comme je vous ai aimés; servez vos semblables comme je vous ai servis. Vous avez reçu généreusement, donnez généreusement. Restez à Jérusalem seulement pendant que je vais auprès du Père et jusqu'à ce que je vous envoie l'Esprit de Vérité. Il vous conduira dans un plus vaste domaine de vérité, et je vous accompagnerai dans le monde entier. Je suis avec vous toujours, et je vous laisse ma paix ».
Après que le Maître leur eut parlé, il disparut de leur vue. Les croyants restèrent ensemble toute la nuit, discutant sérieusement les avertissements du Maître et méditant sur tout ce qui leur était arrivé; ils ne se dispersèrent qu'à l'aube. Jacques Zébédée et d'autres apôtres leur racontèrent aussi leurs expériences avez le Maître morontiel en Galilée et leur exposèrent en détail comment il leur était apparu trois fois.
1. -- L'APPARITION À SYCHAR
Le samedi 13 mai de cette année 30, vers quatre heures de l'après-midi, le Maître apparut à Nalda et à environ soixante-quinze Samaritains près du puits de Jacob à Sychar. Les croyants avaient l'habitude de se réunir à cet endroit près duquel Jésus avait parlé à Nalda de l'eau vivante. Ce jour-là, juste au moment où ils avaient fini de discuter les nouvelles de la résurrection, Jésus apparut soudain devant eux et dit:
« La paix soit sur vous. Vous vous réjouissez de savoir que je suis la résurrection et la vie, mais cela ne vous servira de rien si vous n'êtes pas d'abord nés de l'esprit éternel, ce qui vous amène à posséder, par la foi, le don de la vie éternelle. Si vous êtes les fils de mon Père par la foi, vous ne mourrez jamais. L'évangile du royaume vous a appris que tous les hommes sont les fils de Dieu. Il faut que cette bonne nouvelle concernant l'amour du Père céleste pour ses enfants terrestres soit apportée au monde entier. L'heure est venue de ne plus adorer Dieu sur le Mont Gérizim ou à Jérusalem, mais en esprit et en vérité, là où vous êtes, tels que vous êtes. C'est votre foi qui sauve votre âme. Le salut est le don de Dieu à tous ceux qui croient être ses fils. Mais ne vous y trompez pas; bien que le salut soit le don spontané de Dieu et soit offert à tous ceux qui l'acceptent par la foi, il est suivi par l'expérience de porter les fruits de cette vie spirituelle telle qu'elle est vécue en incarnation. L'acceptation de la doctrine de la paternité de Dieu implique que vous acceptiez aussi la vérité corollaire, la fraternité des hommes. Or, si un homme est votre frère, il est plus que votre prochain que le Père vous demande d'aimer comme vous-même. Puisque votre frère appartient à votre propre famille, non seulement vous l'aimerez d'une affection familiale, mais aussi vous le servirez comme vous vous serviriez vous-même. Parce que vous avez été mes frères et que je vous ai ainsi aimés et servis, vous aimerez et servirez de même vos compagnons. Donc, allez dans le monde entier proclamer cette bonne nouvelle à toutes les créatures de chaque race, de chaque tribu, et de chaque nation. Mon esprit vous précédera, et je serai avec vous pour toujours ».
Les Samaritains furent stupéfaits de cette apparition du Maître et partirent en hâte vers les villes et villages voisins, où ils répandirent la nouvelle qu'ils avaient vu Jésus et que celui-ci leur avait parlé. Ce fut la dix-septième apparition morontielle du Maître.
2. -- L'APPARITION EN PHÉNICIE,
La dix-huitième apparition morontielle du Maître eut lieu à Tyr, le mardi 16 mai de cette année 30, un peu avant neuf heures du soir, et de nouveau à la clôture d'une réunion de croyants. Jésus dit:
« La paix soit sur vous. Vous vous réjouissez de savoir que le Fils de l'Homme est ressuscité d'entre les morts parce que vous savez par là même que vos frères et vous survivrez aussi au trépas humain. Mais pour survivre, il faut que vous soyez préalablement nés de l'esprit qui recherche la vérité et trouve Dieu. Le pain de vie et l'eau vivante sont donnés seulement à ceux qui ont faim de vérité et soif de droiture de Dieu. Le fait que les morts ressuscitent n'est pas l'évangile du royaume. Ces grandes vérités et ces faits universels sont tous reliés à l'évangile, parce qu'ils font partie du résultat obtenu par ceux qui croient la bonne nouvelle; ils sont englobés dans l'expérience ultérieure de ceux qui, par la foi, deviennent en fait et en vérité les fils perpétuels du Dieu éternel. Mon Père m'a envoyé dans le monde pour proclamer à tous les hommes le salut de la filiation. De même, je vous envoie au loin pour prêcher ce salut de la filiation. Le salut est un don spontané de Dieu, mais ceux qui sont nés d'esprit commencent immédiatement à montrer les fruits de l'esprit par leur service aimant auprès de leurs semblables. Et voici les fruits de l'esprit divin produits dans la vie des mortels nés d'esprit et connaissant Dieu: service aimant, dévouement désintéressé, fidélité courageuse, équité sincère, honnêteté éclairée, espoir vivace, confiance sans soupçons, ministère de miséricorde, bonté inaltérable, tolérance indulgente, et paix durable. Si de prétendus croyants ne portent pas ces fruits de l'esprit divin dans leur vie, ils sont morts; l'Esprit de Vérité n'est pas en eux; ils sont des sarments inutiles de la vigne vivante et seront bientôt retranchés. Mon Père demande aux enfants de la foi de porter beaucoup de fruits de l'esprit. Si donc vous êtes stériles, il creusera autour de vos racines et coupera vos sarments improductifs. A mesure que vous progresserez vers le ciel dans le royaume de Dieu, il faudra de plus en plus que vous produisiez des fruits de l'esprit. Vous pouvez entrer dans le royaume comme un enfant, mais le Père exige que vous grandissiez, par la grâce, jusqu'à la pleine stature d'un adulte spirituel. Quand vous irez au loin proclamer à toutes les nations la bonne nouvelle de cet évangile, je vous devancerai, et mon Esprit de Vérité demeurera dans votre coeur. Je vous laisse ma paix ».
Ensuite le Maître disparut de leur vue. Le lendemain partirent de Tir des croyants qui témoignèrent de ces faits à Sidon et même à Antioche et à Damas. Jésus avait visité ces croyants durant son incarnation, et ils ne furent pas longs à le reconnaître quand il commença à les enseigner. Bien que ses amis eussent de la peine à reconnaître sa forme morontielle quand elle était rendue visible, ils ne tardaient jamais à identifier sa personnalité quand il leur parlait.
3. -- DERNIERE APPARITION À JÉRUSALEM
De bonne heure le jeudi matin 18 mai, Jésus fit sa dernière apparition sur terre en tant que personnalité morontielle. Tandis que les onze apôtres allaient s'asseoir pour leur repas matinal dans la salle du haut de la maison de Marie Marc, Jésus leur apparut et dit:
« La paix soit sur vous. Je vous ai demandé de rester ici à Jérusalem jusqu'à mon ascension auprès du Père, et même jusqu'à ce que je vous envoie l'Esprit de Vérité qui sera bientôt répandu sur toute chair et vous conférera un pouvoir d'en haut ». Simon le Zélote interrompit Jésus en demandant: « Et alors, Maître, rétabliras-tu le royaume et verrons-nous la gloire de Dieu manifestée sur terre? » Après avoir écouté la question de Simon, Jésus répondit: « Simon, tu restes attaché à tes vieilles idées sur le Messie des Juifs et le royaume matériel, mais tu recevras un pouvoir spirituel quand l'esprit sera descendu sur toi, et tu iras bientôt dans le monde entier prêcher l'évangile du royaume. De même que le Père m'a envoyé dans le monde, de même je t'y envoie. Je souhaite que vous vous aimiez et que vous ayez confiance les uns dans les autres. Judas n'est plus avec vous parce que son amour s'était refroidi et, parce qu'il vous refusait sa confiance, a vous ses compagnons loyaux. N'avez-vous pas lu le passage des Écritures où il est dit: « Il n'est pas bon que l'homme soit seul. Nul ne vit pour lui-même » (1)? Et aussi celui qui dit: « Quiconque veut avoir des amis doit se montrer amical »? Ne vous ai-je pas envoyés enseigner deux par deux afin que vous ne vous sentiez pas seuls, et que vous ne tombiez pas dans les erreurs et les souffrances de l'isolement? Vous savez bien aussi que, durant mon incarnation, je ne me suis jamais permis de rester longtemps seul. Dès le commencement de notre association, j'ai constamment eu deux ou trois d'entre vous auprès de moi ou tout à fait à proximité, même quand je communiais avec le Père. Donc, ayez confiance et confiez-vous les uns aux autres. C'est d'autant plus nécessaire qu'aujourd'hui je vais vous laisser seuls dans le monde. L'heure est venue, je suis sur le point de retourner auprès du Père ».
(1) Genèse II-18.
Après leur avoir ainsi parlé, il leur fit signe de l'accompagner et les conduisit sur le Mont des Oliviers où il leur fit ses adieux en se préparant à quitter Urantia. Le trajet jusqu'à Olivet fut solennel. Aucun des disciples ne prononça un mot depuis le départ de la salle du haut jusqu'au moment où Jésus s'assit avez eux au Mont des Oliviers.
4. -- LES CAUSES DE LA CHUTE DE JUDAS
Dans la première partie de son message d'adieu à ses apôtres, Jésus fit allusion à la perte de Judas et fit ressortir le sort tragique de leur traître compagnon comme un avertissement solennel contre les dangers de l'isolement social et fraternel. Il est peut-être utile, pour les croyants du présent âge et des âges futurs, de passer brièvement en revue les causes de la chute de Judas à la lumière des remarques du Maître et en tenant compte des leçons accumulées des siècles ultérieurs.
En considérant rétrospectivement cette tragédie, nous concevons que si Judas a mal agi, la cause première en était son caractère très marqué de personnalité solitaire, une personnalité fermée et coupée des contacts sociaux ordinaires. Il refusa avec persistance de se confier à ses compagnons apôtres ou de fraterniser franchement avec eux. Le fait qu'il était une personnalité du type solitaire n'aurait pas causé un tel désastre pour Judas si en même temps un autre facteur n'était intervenu: Judas n'était pas parvenu à croître en amour et en grâce spirituelle. Alors, comme pour aggraver encore une méchante affaire, il garda des rancunes persistantes et entretint des refoulements psychologiques, tels que la vengeance et le désir généralisé de «rendre la pareille » à quelqu'un pour toutes ses déceptions.
Cette combinaison malheureuse de particularités individuelles et de tendances mentales concourut à détruire un homme bien intentionné qui n'avait pas réussi à juguler ces maux par l'amour, la foi, et la confiance. Il n'était pas nécessaire que Judas se conduisit mal, et cela ressort bien des cas de Thomas et de Nathanael, qui étaient tous deux affligés de la même sorte de suspicion et hyper-développés dans leur tendance individualiste. André et Matthieu eux-mêmes avaient un fort penchant dans ce sens, mais ces hommes éprouvaient pour leurs compagnons et pour Jésus un amour qui, avec le temps, allait en croissant et non en diminuant. Ils grandirent en grâce et en connaissance de la vérité. Ils devinrent de plus en plus confiants envers leurs frères et développèrent lentement l'aptitude à se confier à leurs compagnons, alors que Judas refusa avec persistance de se confier à ses frères. Quand l'accumulation de ses conflits émotionnels l'obligeait à chercher un exutoire en s'exprimant, il allait invariablement demander l'avis — et recevoir les consolations malavisées — de ses proches parents non spiritualisés, ou bien encore il se confiait à des relations de hasard, qui étaient soit indifférentes, soit hostiles à l'intérêt et au progrès des réalités spirituelles du royaume céleste dont il était sur terre l'un des douze ambassadeurs consacrés.
Judas rencontra la défaite dans sa lutte terrestre à cause des facteurs suivants concernant ses tendances personnelles et ses faiblesses de caractère:
| 1. Il était un être humain du type solitaire. Il était hautement individualiste et choisit, en grandissant, de devenir une personne insociable et renfermée sur elle-même. |
| 2. En tant qu'enfant, la vie lui avait été rendue trop facile. Il éprouvait une rancune amère d'être contrarié. Il s'attendait toujours à gagner; il n'était pas beau joueur. |
| 3. Il n'acquit jamais une technique philosophique pour affronter les déceptions. Au lieu d'accepter la frustration comme un événement régulier et courant de l'existence humaine, il recourait infailliblement à la pratique de blâmer quelqu'un en particulier, ou ses associés collectivement, pour toutes ses difficultés ou ses désappointements personnels. |
| 4. Il avait l'habitude de garder rancune, il nourrissait toujours l'idée de revanche. |
| 5. Il n'aimait pas faire franchement face aux faits; il était malhonnête dans son comportement envers les situations de la vie. |
| 6. Il détestait discuter ses problèmes personnels avec ses proches compagnons. Il refusait de parler de ses difficultés avec ses vrais amis et avec ceux qui l'aimaient réellement. Au cours de ses années d'association avec le Maître, il n'alla pas une seule fois lui soumettre un problème personnel. |
| 7. Il n'apprit jamais qu'après tout les récompenses réelles d'une noble vie sont des prix spirituels, qui ne sont pas toujours distribués pendant cette courte incarnation. |
À la suite de l'isolement persistant de sa personnalité, ses griefs se multiplièrent, ses chagrins s'accrurent, ses anxiétés augmentèrent, et son désespoir atteignit une profondeur presque impossible à supporter.
Bien que cet apôtre égocentrique et ultra-individualiste eût de nombreux troubles psychiques, émotifs et spirituels, ses principales difficultés étaient les suivantes: en tant que personnalité, il était isolé. En pensée, il était soupçonneux et rancunier. Par tempérament, il était revêche et vindicatif. Émotionnellement, il était implacable et insensible à l'amour. Socialement, il ne se confiait pas et restait presque entièrement sur la réserve. En esprit, il devint arrogant et égoïstement ambitieux. Dans la vie, il méconnaissait ceux qui l'aimaient, et dans la mort il n'eut pas d'amis.
Tels sont donc les facteurs mentaux et les influences malignes qui, pris dans leur ensemble, expliquent la conduite d'un croyant en Jésus, jadis bien intentionné et sincère. Même après plusieurs années d'association intime avec cette personnalité transformatrice, il abandonna ses compagnons, répudia une cause sacrée, renonça à son saint appel, et trahit son divin Maître.
5. -- L'ASCENSION DU MAÎTRE
Il était presque sept heures et demie du matin le jeudi 18 mai quand Jésus arriva sur le versant ouest du Mont Olivet avec ses onze apôtres silencieux et quelque peu désorientés. De cet endroit situé aux deux tiers de la montée jusqu'au sommet, ils pouvaient voir le panorama de Jérusalem avec Gethsémani à leurs pieds. Jésus se prépara alors à leur faire ses derniers adieux avant de quitter Urantia. Tandis qu'il se tenait là debout devant eux, ils s'agenouillèrent tous en cercle autour de lui sans y avoir été invités, et le Maître dit:
« Je vous ai demandé de rester à Jérusalem jusqu'à ce qu'un pouvoir d'en haut vous soit donné. Je suis maintenant sur le point de prendre congé de vous et de monter vers mon Père. Bientôt, très bientôt, nous enverrons l'Esprit de Vérité dans ce monde où j'ai séjourné; quand il sera venu, vous commencerez la nouvelle proclamation de l'évangile du royaume, d'abord à Jérusalem, et ensuite jusqu'aux confins du monde. Aimez les hommes avec l'amour dont je vous ai aimés, et servez vos contemporains comme je vous ai servis. Par les fruits spirituels de votre vie, obligez les âmes à croire la vérité que l'homme est un fils de Dieu et que tous les hommes sont frères. Souvenez-vous de tout ce que je vous ai enseigné et de la vie que j'ai vécue parmi vous. Mon amour vous couvre de son ombre, mon esprit habitera en vous, et ma paix demeurera sur vous. Adieu ».
Après avoir ainsi parlé, le Maître morontiel disparut de leur vue. Cette « ascension » de Jésus ne différa en rien de ses autres disparitions de la vision humaine durant les quarante jours de sa carrière morontielle sur Urantia.
Le Maître passa par Jérusem pour se rendre sur Edentia, où les Très Hauts, sous la surveillance du Fils du Paradis, dégagèrent Jésus de Nazareth de l'état morontiel. Ensuite, par les chenaux spirituels de l'ascension, ils le rétablirent dans le statut de filiation paradisiaque et de souveraineté suprême sur Salvington.
Il était environ sept heures quarante-cinq le matin où Jésus sous forme morontielle disparut du champ d'observation de ses onze apôtres pour commencer son ascension vers la droite du Père et y recevoir la confirmation officielle du parachèvement de sa souveraineté sur l'univers de Nébadon.
6. -- PIERRE CONVOQUE UNE RÉUNION
Agissant selon les instructions de Pierre, Jean Marc et plusieurs autres personnes allèrent convoquer les disciples les plus influents à une réunion chez Marie Marc. Vers dix heures et demie du matin, cent vingt des principaux disciples de Jésus vivant à Jérusalem se rassemblèrent pour écouter le compte rendu du message d'adieu du Maître et pour apprendre des détails sur son ascension. Marie, mère de Jésus, se trouvait dans ce groupe. Elle était retournée à Jérusalem avec Jean Zébédée au moment où les apôtres revenaient de leur récent séjour en Galilée. Peu après la Pentecôte, elle retourna chez Salomé à Bethsaïde. Jacques, frère de Jésus, était également présent à cette réunion, la première conférence de disciples convoquée après la fin de la carrière planétaire du Maître.
Simon Pierre prit sur lui de parler au nom de ses compagnons apôtres et fit un rapport passionnant sur la dernière réunion des onze avez leur Maître. Il décrivit d'une manière vraiment touchante l'adieu final du Maître et sa disparition pour l'ascension. Jamais auparavant il n'y avait eu de réunion semblable sur terre; sa première partie dura un peu moins d'une heure. Pierre expliqua ensuite que les apôtres avaient décidé de choisir un successeur à Judas Iscariot, et qu'il y aurait une pause pour décider entre Matthias et Justus, les deux hommes dont la candidature à cette fonction avait été proposée.
Les onze apôtres descendirent alors au rez-de-chaussée où ils se mirent d'accord pour tirer au sort en vue de déterminer lequel de ces hommes deviendrait apôtre et servirait à la place de Judas. Le sort tomba sur Matthias, qui fut proclamé nouvel apôtre. Il fut dûment installé dans sa charge, puis nommé trésorier. Matthias ne joua qu'un rôle effacé dans les activités ultérieures des apôtres.
Peu après la Pentecôte, les jumeaux retournèrent chez eux en Galilée. Simon Zélotès fit une retraite pendant quelque temps avant de repartir prêcher l'évangile. Thomas se fit du souci un peu moins longtemps, puis reprit son enseignement. Nathanael différa de plus en plus d'opinion avec Pierre qui tendait à prêcher à propos de Jésus au lieu de proclamer comme auparavant l'évangile du royaume. Vers le milieu du mois suivant, leur désaccord devint si aiguë que Nathanael se retira et se rendit à Philadelphie pour s'entretenir avez Abner et Lazare. Après y être resté plus d'un an, il alla dans les pays situés au delà de la Mésopotamie afin de prêcher l'évangile tel qu'il le comprenait.
Cela ne laissa que six apôtres, sur les douze originels, pour opérer sur la scène de la proclamation initiale de l'évangile à Jérusalem: Pierre, André, Jacques, Jean, Philippe, et Matthieu.
À midi, les apôtres remontèrent auprès de leurs compagnons dans la salle du haut et annoncèrent que Matthias avait été choisi comme nouvel apôtre. Ensuite Pierre invita tous les croyants à faire une prière en vue d'être prêts à recevoir le don de l'esprit que le Maître avait promis d'envoyer.
APPARITIONS EN GALILÉE
AU moment où les Apôtres quittèrent Jérusalem pour la Galilée, les dirigeants juifs s'étaient considérablement calmés. Jésus n'était apparu qu'à sa famille de croyants au royaume. Du fait que les apôtres se cachaient sans plus prêcher en public, les chefs des Juifs conclurent que, somme toute, le mouvement de l'évangile était bien écrasé. Bien entendu, ils furent déconcertés par la rumeur croissante que Jésus était ressuscité d'entre les morts, mais ils comptaient sur les gardes soudoyés pour contredire efficacement toutes ces histoires en répétant le récit qu'une troupe de disciples de Jésus avait enlevé son corps.
Depuis ce moment-là, et jusqu'à ce que les apôtres eussent été dispersés par la marée montante des persécutions, Pierre fut le chef généralement reconnu du corps apostolique. Jamais Jésus ne lui donna cette autorité, et jamais ses compagnons ne l'élurent officiellement à ce poste de responsabilité: il l'assuma naturellement et le conserva par consentement tacite -- et aussi parce qu'il était parmi eux le principal prédicateur. Les sermons publics devinrent désormais l'occupation majeure des apôtres. Après leur retour de Galilée, Matthias, qu'ils choisirent pour remplacer Judas, devint leur trésorier.
Durant la semaine où ils restèrent à Jérusalem, Marie, mère de Jésus, passa une grande partie de son temps avec les femmes croyantes qui s'arrêtaient chez Joseph d'Arimathie.
Le lundi matin où les apôtres partirent à l'aube pour la Galilée, Jean Marc partit aussi et les suivit hors de la ville. Quand les apôtres eurent dépassé le puits au delà de Béthanie, il se montra parmi eux, avec audace et confiance, persuadé qu'ils ne le renverraient pas.
Les apôtres s'arrêtèrent plusieurs fois sur la route de Galilée pour raconter l'histoire de leur Maître ressuscité; ils n'arrivèrent donc à Bethsaïde que très tard le mercredi soir. Il fallut attendre le jeudi midi pour qu'ils fussent tous réveillés et prêts à prendre leur repas matinal.
1. -- APPARITION PRÈS DU LAC
Le vendredi matin 21 avril de l'an 30 vers six heures, le Maître morontiel fit sa treizième apparition, la première en Galilée, aux dix apôtres pendant que leur bateau s'approchait du rivage près de l'embarcadère habituel de Bethsaïde.
La veille, après que les apôtres eurent passé l'après-midi et le commencement de la soirée dans l'expectative chez Zébédée, Simon Pierre leur suggéra d'aller pêcher, et ils se rangèrent tous a son avis. Ils passèrent toute la nuit avec leurs filets, mais n'attrapèrent pas de poissons. Il leur était un peu indifférent de ne pas faire de prise, car ils avaient beaucoup d'expériences intéressantes à se raconter sur les choses qui leur étaient si récemment arrivées à Jérusalem, mais au lever du jour ils décidèrent de retourner à Bethsaïde. En approchant du rivage, ils virent quelqu'un sur la plage, près du débarcadère, debout à côté d'un feu. Ils crurent d'abord que c'était Jean Marc venu les accueillir à leur retour avec leur pêche, mais en s'approchant encore du rivage ils virent qu'ils s'étaient trompés -- l'homme était plus grand que Jean. Aucun d'eux n'avait eu l'idée que la personne qui se tenait sur la plage était le Maître. Ils ne comprenaient pas bien pourquoi Jésus voulait les rencontrer en plein air, parmi les scènes de leur première vie en commun, et en contact avec la nature, loin de l'ambiance fermée de Jérusalem avec ses associations tragiques de peur, de trahison, et de mort. Il leur avait dit que, s'ils allaient en Galilée, ils les y rencontrerait, et il était sur le point de tenir sa promesse.
Tandis que les apôtres jetaient l'ancre et se préparaient à monter dans la petite barque pour accoster, l'homme sur la plage les interpella: « Garçons, avez-vous pris quelque chose? » Quand ils eurent répondu « Non », l'homme leur dit encore: « Jetez le filet à droite du bateau, et vous trouverez du poisson ». Ils ne savaient pas encore que c'était Jésus qui leur donnait ce conseil, mais d'un commun accord ils jetèrent le filet comme on le leur avait dit, et il fut immédiatement rempli au point qu'ils pouvaient à peine le hisser. Or, Jean Zébédée avait des réflexes rapides; lorsqu'il vit le filet lourdement chargé, il perçut que c'était le Maître qui leur avait parlé. Dès que cette pensée lui vint, il se pencha vers Pierre et lui dit à voix basse: « C'est le Maître ». Pierre était toujours un impulsif et un dévot impétueux. Dès que Jean lui eut soufflé cela à l'oreille, il se dressa et se jeta à l'eau pour rejoindre le Maître au plus vite. Ses compagnons le suivirent de près et accostèrent avec la petite barque en halant derrière eux le filet plein de poissons.
À cette heure, Jean Marc était levé; voyant les apôtres accoster avec le filet lourdement chargé, il courut à la plage à leur rencontre. Apercevant onze hommes au lieu de dix, il conjectura que l'inconnu était Jésus ressuscité et, tandis que les dix hommes étonnés le regardaient en silence, le jeune homme se précipita vers le Maître, s'agenouilla à ses pieds, et dit: « Mon Seigneur et mon Maître ». Alors Jésus parla autrement qu'à Jérusalem où il avait salué les apôtres en disant « la paix soit avec vous ». Il s'adressa d'un ton ordinaire à Jean Marc en lui disant: « Eh bien, Jean, je suis heureux de te revoir dans cette Galilée insouciante où nous pourrons avoir un bon entretien. Reste avec nous, Jean, et viens déjeuner ».
Les dix furent tellement étonnés et surpris d'entendre Jésus parler ainsi au jeune homme qu'ils en oublièrent de haler sur la grève le filet aux poissons. Jésus dit alors: « Ramenez vos poissons et préparez-en quelques-uns pour le déjeuner. Nous avons déjà du feu et beaucoup de pain ».
Pendant que Jean Marc rendait hommage au Maître, Pierre reçut un choc à la vue des braises qui rougeoyaient là sur la plage. La scène lui rappelait avec trop de vivacité le feu de charbon de bois à minuit dans la cour d'Annas, où il avait renié le Maître, mais il se ressaisit, s'agenouilla aux pieds de Jésus et s'écria: « Mon Seigneur et mon Maître! »
Ensuite Pierre se joignit à ses compagnons qui halaient le filet. Après avoir amené leur prise à terre, ils comptèrent les poissons et en trouvèrent 153 grands. Ils renouvelèrent l'erreur d'appeler cela une pêche miraculeuse. Il n'y eut aucun miracle lié à cet épisode. Le Maître avait simplement exercé sa pré-connaissance. Il savait que les poissons étaient là, et indiqua en conséquence aux apôtres où il fallait lancer leur filet.
Jésus leur dit ensuite: « Maintenant venez tous déjeuner; même les jumeaux devraient s'asseoir pendant que je cause avec vous. Jean Marc préparera les poissons ». Jean Marc apporta sept poissons de bonne taille; le Maître les mit sur le feu, et quand ils furent cuits, le garçon les servit aux dix. Puis Jésus rompit le pain et le passa à Jean qui, à son tour, le servit aux apôtres affamés. Après que tous eurent été servis, Jésus pria Jean Marc de s'asseoir tandis que lui-même servait le poisson et le pain au jeune garçon. Pendant qu'ils mangeaient, Jésus causa avec eux et leur rappela leurs nombreuses expériences communes en Galilée et près de ce même lac.
C'était la troisième fois que Jésus se manifestait aux apôtres réunis en groupe. Au début, quand Jésus les interpella en leur demandant s'ils avaient du poisson, ils ne soupçonnèrent pas son identité; en effet, c'était une expérience très courante pour ces pêcheurs de la Mer de Galilée d'être accostés ainsi, en abordant au rivage, par les marchands de poisson de Tarichée; ceux-ci étaient généralement là en vue d'acheter les prises fraîches pour les établissements de séchage.
Jésus s'entretint durant plus d'une heure avec les dix apôtres et Jean-Marc. Ensuite il marcha de long en large sur la plage et leur parla en les prenant deux par deux mais les paires d'apôtres étaient différentes de celles qu'il avait envoyées répandre l'enseignement. Les onze apôtres étaient descendus tous ensemble de Jérusalem, mais à mesure qu'ils s'approchaient de la Galilée, Simon le Zélote se découragea de plus en plus, si bien qu'au moment où ils arrivèrent à Bethsaïde il abandonna ses compagnons et retourna chez lui.
Avant de prendre congé des apôtres, ce matin-là, Jésus ordonna que deux d'entre eux se portent volontaires pour aller chercher Simon Zélotès et le ramener le même jour. Cet ordre fut exécuté par Pierre et André.
2. -- CAUSERIES AVEC LES APÔTRES DEUX PAR DEUX
Quand ils eurent fini de déjeuner, et tandis que les autres restaient assis près du feu, Jésus fit signe à Pierre et à Jean de l'accompagner dans une promenade sur la plage. Au cours de leur marche, Jésus dit à Jean: « Jean, m'aimes-tu? » Et lorsque Jean eut répondu: « Oui, Maître, de tout mon coeur », le Maître dit: « Alors, Jean, renonce à ton intolérance et apprends à aimer les hommes comme je t'ai aimé. Consacre ta vie à prouver que l'amour est la plus grande chose du monde. C'est l'amour de Dieu qui pousse les hommes à chercher le salut. L'amour est l'ancêtre de toute bonté spirituelle, il est l'essence de ce qui est vrai et beau ».
Jésus se tourna ensuite vers Pierre et lui demanda: « Pierre, m'aimes-tu? » Pierre répondit « Seigneur, tu sais que je t'aime de toute mon âme ». Alors Jésus dit: « Si tu m'aimes, Pierre, nourris mes agneaux. Ne néglige pas ton ministère auprès des faibles, des pauvres et des jeunes. Prêche l'évangile sans crainte ni préférence; n'oublie jamais que Dieu ne fait pas acception de personnes. Sers tes contemporains comme je t'ai servi, pardonne aux hommes comme je t'ai pardonné. Laisse l'expérience t'enseigner la valeur de la méditation et le pouvoir de la réflexion intelligente ».
Après qu'ils eurent marché encore un peu plus loin, le Maître se tourna vers Pierre et demanda: « Pierre, m'aimes-tu réellement? » Et Simon dit: « Oui, Seigneur, tu sais que je t'aime ». Et Jésus dit à nouveau: « Alors prends bien soin de mes brebis. Sois un bon et fidèle berger pour le troupeau. Ne trahis pas sa confiance en toi. Ne te laisse pas surprendre par l'ennemi. Reste tout le temps sur tes gardes -- veille et prie ».
Après qu'ils eurent encore fait quelques pas, Jésus se tourna vers Pierre et lui demanda pour la troisième fois: « Pierre, m'aimes-tu vraiment? » Alors Pierre, légèrement attristé de ce que le Maître parût se méfier de lui, dit avec une profonde émotion: « Seigneur, tu connais toutes choses; tu sais donc que je t'aime réellement et vraiment ». Alors Jésus lui dit: « Nourris mes brebis. N'abandonne pas le troupeau. Sers d'exemple et d'inspiration à tous tes compagnons bergers. Aime le troupeau comme je vous ai aimés, et consacre-toi à son bonheur comme j'ai consacré ma vie à votre bonheur. Et suis-moi jusqu'à la fin ».
Pierre interpréta littéralement cette dernière recommandation -- qu'il devait continuer à suivre Jésus. Se tournant vers lui, il montra Jean du doigt et demanda: « Si je te suis, que fera celui-là? » Percevant que Pierre avait mal compris ses paroles, Jésus dit: « Pierre, ne t'occupe pas de ce que feront tes frères. Si je veux que Jean reste après que tu sois parti, et même jusqu'à ce que je revienne, en quoi cela te concerne-t-il? Assure-toi seulement que tu me suis ».
Cette remarque se répandit parmi les frères et fut reçue comme une affirmation de Jésus que Jean ne mourrait pas avant que le Maître ne revienne établir le royaume en Puissance et en gloire, comme beaucoup le pensaient et l'espéraient. Cette interprétation des paroles de Jésus joua un grand rôle pour ramener Simon le Zélote au service et pour le maintenant à l'oeuvre.
Après être revenu vers les autres apôtres, Jésus repartit pour une promenade et une causerie avec André et Jacques. Lorsqu'ils eurent parcouru une petite distance, Jésus dit à André: « André, as-tu confiance en moi? » Quand l'ancien chef des apôtres entendit Jésus lui poser une telle question, il s'arrêta et répondit: « Oui, Maître, j'ai en toi une confiance totale, et tu le sais ». Alors Jésus dit: « André, si tu as confiance en moi, aie plus de confiance en tes frères -- même en Pierre. Je t'ai confié autrefois leur direction. Il faut maintenant que tu fasses confiance aux autres, tandis que je te quitte pour aller vers le Père. Quand tes frères commenceront à se disperser à cause de l'acharnement des persécutions, sois un conseiller sage et prévenant pour Jacques, mon frère par le sang, car on le chargera de lourds fardeaux que son expérience ne lui permet pas de porter. Ensuite, continue à avoir confiance, car je ne te ferai pas défaut. Quand tu en auras fini sur terre, tu viendras auprès de moi ».
Puis Jésus se tourna vers Jacques en lui demandant: « Jacques, as-tu confiance en moi? » Bien entendu Jacques lui répondit: « Oui, Maître, j'ai confiance en toi de tout mon coeur ». Alors Jésus lui dit: « Jacques, si tu avais plus confiance en moi, tu serais moins impatient avec tes frères. Si tu veux avoir confiance en moi, cela t'aidera à être bon pour la confraternité des croyants. Apprends à peser les conséquences de tes paroles et de tes actes. Rappelle-toi que la récolte est conforme à la semence. Prie pour la tranquillité d'esprit et cultive la patience. Avec la foi vivante, ces grâces te soutiendront quand viendra l'heure de boire la coupe du sacrifice. N'aie jamais de crainte; quand tu en auras fini sur terre, tu viendras aussi demeurer près de moi ».
Jésus parla ensuite à Thomas et à Nathanael. Il dit au premier: « Thomas, me sers-tu? » Thomas répondit: « Oui, Seigneur, je te sers maintenant et toujours ». Alors Jésus dit: « Si tu veux me servir, sers mes frères humains comme je t'ai servi. Ne te lasse pas d'agir dans ce sens, mais persévère comme ayant reçu l'ordination de Dieu pour ce service d'amour. Quand tu auras achevé ton service pour moi sur terre, tu serviras avec moi en gloire. Thomas, il faut que tu cesses de douter, et que tu accroisses ta foi et ta connaissance de la vérité. Crois en Dieu comme un enfant, mais cesse d'agir d'une manière aussi enfantine. Aie du courage; sois fort dans la foi et puissant dans le royaume de Dieu ».
Ensuite le Maître dit à Nathanael: « Nathanael, me sers-tu? » Et l'apôtre répondit: « Oui, Maître, et avec une affection sans partage ». Alors Jésus dit: « Si donc tu m'aimes de tout ton coeur, assure-toi que tu te consacres au bonheur de mes frères terrestres avec une affection infatigable. Mêle l'amitié à tes conseils et ajoute l'amour à ta philosophie. Sers tes contemporains comme je t'ai servi. Sois fidèle aux hommes, comme moi j'ai veillé sur toi. Sois moins critique; espère moins de certains hommes, et diminue ainsi l'étendue de tes déceptions. Quand tu auras fini ton oeuvre ici-bas, tu serviras en haut avec moi.
Après cela, le Maître s'entretint avec Philippe et Matthieu. Il dit au premier: « Philippe, m'obéis-tu? » Philippe répondit: « Oui, Seigneur, je t'obéirai même au prix de ma vie ». Alors Jésus lui dit: « Si tu veux m'obéir, va dans les pays des Gentils et proclame l'évangile. Les prophètes t'ont dit qu'il valait mieux obéir que sacrifier. Par la foi, tu es devenu un fils du royaume connaissant Dieu. Il n'y a qu'une seule loi à observer -- c'est le commandement d'aller proclamer l'évangile du royaume. Cesse de craindre les hommes; n'aie pas peur de prêcher la bonne nouvelle de la vie éternelle à tes semblables qui languissent dans les ténèbres et ont soif de la lumière de vérité. Philippe, tu ne t'occuperas plus d'argent et de marchandises. Tu es désormais, exactement comme tes frères, libre de prêcher la bonne nouvelle. Je te précéderai, et je t'accompagnerai jusqu'à la fin ».
Puis le Maître s'adressa à Matthieu et lui demanda: « Matthieu, as-tu à coeur de m'obéir? » Matthieu répondit: « Oui, Seigneur je suis entièrement consacré à faire ta volonté ». Alors le Maître lui dit: « Matthieu, si tu veux m'obéir, va enseigner à tous les peuples l'évangile du royaume. Tu ne procureras plus à tes frères les choses matérielles de la vie; désormais tu iras aussi proclamer la bonne nouvelle du salut spirituel. A partir de maintenant, n'aie plus en vue que d'exécuter le commandement de prêcher cet évangile du royaume du Père. De même que j'ai fait sur terre la volonté du Père, de même tu accompliras ta mission divine. Rappelle-toi que Juifs et Gentils sont tous deux tes frères. Ne crains aucun homme quand tu proclameras les vérités salutaires de l'évangile du royaume des cieux. Et là où je vais, tu viendras bientôt ».
Enfin il fit une promenade et eut un entretien avec Jacques et Jude, les jumeaux Alphée. Il s'adressa aux deux ensemble et leur demanda: « Jacques et Jude, croyez-vous en moi? » Et après qu'ils eurent tous deux répondu « Oui, Maître, nous croyons », Jésus dit: « Je vais bientôt vous quitter. Vous voyez que je vous ai déjà quittés physiquement. Je ne demeurerai que peu de temps dans ma forme actuelle avant d'aller auprès de mon Père. Vous croyez en moi vous êtes mes apôtres, et vous le serez toujours. Continuez à croire quand je serai parti et à vous rappeler votre association avec moi après que vous serez peut-être retournés au travail dont vous aviez l'habitude avant de venir vivre avec moi. Ne laissez jamais un changement dans votre travail extérieur influer sur votre obéissance. Ayez foi en Dieu jusqu'à la fin de vos jours terrestres. N'oubliez jamais que si vous êtes des fils de Dieu par la foi, tout travail honnête pour le royaume est sacré. Rien de ce que fait un fils de Dieu ne peut être ordinaire. Donc, faites désormais votre travail comme s'il était pour Dieu. Quand vous en aurez fini sur ce monde, j'ai d'autres mondes meilleurs où vous travaillerez aussi pour moi. Dans toute cette oeuvre, sur ce monde et sur d'autres, j'oeuvrerai avec vous et mon esprit demeurera en vous ».
Il était près de dix heures quand Jésus revint de son entretien avec les jumeaux Alphée. En quittant les apôtres, il leur dit: « Au revoir, jusqu'à ce que je vous revoie tous demain à midi sur la montagne de votre ordination ». Après avoir ainsi parlé, il disparut de leur vue.
3. -- SUR LA MONTAGNE DE L'ORDINATION
Le samedi 22 avril de cette année 30, les onze apôtres se réunirent à midi au rendez-vous sur la montagne proche de Capharnaüm, et Jésus apparut parmi eux. Cette réunion eut lieu sur la montagne même où le Maître les avait désignés comme ses apôtres et comme ambassadeurs sur terre du royaume du Père. Ce fut la quatorzième manifestation morontielle de Jésus.
Alors les onze apôtres s'agenouillèrent en cercle autour du Maître; ils l'entendirent confirmer leurs missions et le virent reproduire la scène de l'ordination comme la première fois où ils avaient été choisis pour le travail particulier du royaume. Tout ceci, sauf la prière du Maître, leur remémora leur consécration antérieure au service du Père. Lorsque le Maître -- le Jésus morontiel -- pria ce jour-là, ce fut sur un ton de majesté et avec des paroles de pouvoir telles que les apôtres n'en avaient jamais entendu auparavant. Le Maître parlait maintenant aux dirigeants de l'univers comme quelqu'un qui, dans son propre univers, dispose de tous les pouvoirs et de toute l'autorité. Les onze hommes n'oublièrent jamais cette expérience de reconsécration aux engagements antérieurs de leur rôle d'ambassadeurs. Le Maître passa juste une heure sur cette montagne avec ses ambassadeurs et, après leur avoir affectueusement dit au revoir, il disparut de leur vue.
Nul ne revit Jésus durant une semaine. Les apôtres n'avaient réellement aucune idée de ce qu'il fallait faire, car ils ne savaient pas si le Maître était allé vers le Père. Dans cet état d'incertitude, ils s'arrêtèrent à Bethsaïde. Ils n'osaient pas aller à la pêche, de crainte de le manquer s'il venait. Durant toute la semaine, Jésus fut occupé avec les créatures morontielles d'Urantia et par les opérations de la transition morontielle qu'il subissait sur ce monde.
4. -- LA RÉUNION AU BORD DU LAC
La nouvelle des apparitions de Jésus se répandait dans toute la Galilée; des croyants en nombre croissant arrivaient tous les jours à la maison de Zébédée pour s'informer de la résurrection du Maître et découvrir la vérité sur ces prétendues apparitions. De bonne heure dans la semaine, Pierre fit savoir qu'une réunion publique aurait lieu au bord de la mer à trois heures de l'après-midi, le jour du prochain sabbat.
En conséquence, le samedi 29 avril à trois heures, plus de cinq cents croyants des environs de Capharnaüm se rassemblèrent à Bethsaïde pour entendre Pierre prêcher son premier sermon depuis la résurrection. L'apôtre était au mieux de sa forme et après qu'il eut achevé son attrayant discours, presque tous les auditeurs furent convaincus que le Maître était ressuscité d'entre les morts.
Pierre termina son sermon en disant « Nous affirmons que Jésus de Nazareth n'est pas mort; nous déclarons qu'il est sorti du tombeau; nous proclamons que nous l'avons vu et que nous lui avons parlé ». A peine finissait-il de faire cette proclamation de foi que le Maître apparut à côté de lui sous sa forme morontielle, en pleine vue de tout cet auditoire auquel il parla d'un ton familier en disant: « Que la paix soit sur vous, et je vous laisse ma paix ». Après qu'il leur fut ainsi apparu et leur eut ainsi parlé, il disparut de leur vue. Ce fut la quinzième manifestation morontielle de Jésus ressuscité.
À cause de certaines choses que le Maître avait dites aux onze durant leur conférence sur la montagne de l'ordination, les apôtres avaient eu l'impression que leur Maître ferait bientôt une apparition publique devant un groupe de croyants galiléens, et qu'après cela ils devraient retourner à Jérusalem. En conséquence, le lendemain matin dimanche 30 avril, les onze quittèrent Bethsaïde de bonne heure pour aller à Jérusalem. Ils s'arrêtèrent longuement pour prêcher et enseigner sur la route descendant le Jourdain, de sorte qu'ils arrivèrent seulement très tard le mercredi 3 mai chez les Marc à Jérusalem.
Ce fut un triste retour au foyer pour Jean Marc. Juste quelques heures avant qu'il n'arrive chez lui, son père, Elie Marc, était mort soudain d'une hémorragie cérébrale. Leur certitude de la résurrection des morts contribua beaucoup à consoler les apôtres; mais en même temps ils furent véritablement affligés par la perte de leur bon ami qui avait été leur ferme soutien, même dans des moments très difficiles et décevants. Jean Marc fit tout ce qu'il put pour consoler sa mère. Parlant pour elle, il invita les apôtres à continuer à conserver sa maison comme domicile; et les onze firent de la pièce du haut leur quartier général jusqu'au jour de la Pentecôte.
Les apôtres étaient volontairement rentrés à Jérusalem après la tombée de la nuit pour ne pas être aperçus par les autorités juives. Ils n'apparurent pas non plus en public à l'occasion des funérailles d'Elie Marc. Ils restèrent toute la journée du lendemain tranquillement isolés dans cette mémorable chambre du haut.
Le jeudi soir, les apôtres y eurent une merveilleuse réunion et s'engagèrent tous, sauf Thomas, Simon Zélotès, et les jumeaux Alphée, à paraître en public pour prêcher le nouvel évangile du Seigneur ressuscité. Déjà se dessinaient les premières étapes de la transformation de l'évangile du royaume -- la filiation avec Dieu et la fraternité avec les hommes -- en une proclamation de la résurrection de Jésus. Nathanael s'opposa à ce changement dans l'essentiel de leur message public, mais ne put ni résister à l'éloquence de Pierre, ni triompher de l'enthousiasme des disciples, spécialement de la ferveur des femmes croyantes.
Ainsi, sous la vigoureuse direction de Pierre et dès avant l'ascension de Jésus auprès du Père, les représentants bien intentionnés du Maître inaugurèrent le subtil processus de transformation de la religion de Jésus en une forme nouvelle et modifiée de religion à propos de Jésus.