LES INSTITUTIONS HUMAINES PRIMITIVES
SUR le plan émotionnel, l'homme transcende ses ancêtres animaux par son aptitude à goûter l'humour, l'art, et la religion. Sur le plan social, l'homme montre sa supériorité en fabriquant des outils, en communiquant sa pensée, et en établissant des institutions.
Quand des êtres humains restent longtemps groupés en société, ces collectivités manifestent toujours certaines tendances d'activité qui culminent en institutions. Presque toutes les institutions humaines ont fait apparaître une économie de travail tout en contribuant dans une certaine mesure à accroître la sécurité collective.
L'homme civilisé tire une grande fierté du caractère, de la stabilité, et de la permanence des institutions établies, mais toutes les institutions humaines ne représentent que l'accumulation des moeurs du passé telles qu'elles ont été conservées par les tabous et revêtues de dignité par la religion. Ces legs deviennent des traditions, et les traditions se métamorphosent finalement en conventions.
1. -- LES INSTITUTIONS HUMAINES FONDAMENTALES
Toutes les institutions humaines répondent à un besoin social quelconque, passé ou présent, bien que leur développement excessif amoindrisse infailliblement la valeur propre de l'individu en éclipsant la personnalité et en restreignant les initiatives. L'homme devrait dominer ses institutions et non se laisser diriger par ces créations d'une civilisation qui progresse.
Les institutions humaines appartiennent à trois classes générales:
1. Les institutions d'auto-conservation. Ces institutions comprennent les pratiques nées de la faim et des instincts de conservation qui lui sont liés. Nous citerons l'industrie, la propriété, la guerre d'intérêt, et toute la machinerie régulatrice de la société. Tôt ou tard, l'instinct de la peur conduit à établir ces institutions de survivance au moyen de tabous, de conventions, et de sanctions religieuses. Mais la peur, l'ignorance, et la superstition ont joué un rôle prédominant dans la création et le développement ultérieur de toutes les institutions humaines.
2. Les institutions d'auto-perpétuation. Ce sont les créations de la société nées de l'appétit sexuel, de l'instinct maternel, et des sentiments affectifs supérieurs des races. Elles embrassent les sauvegardes sociales du foyer et de l'école, de la vie familiale, de l'éducation, de la morale, et de la religion. Elles comprennent les coutumes du mariage, la guerre défensive, et l'édification des foyers.
3. Les pratiques de satisfaction égoïste. Ce sont les pratiques nées des tendances à la vanité et des sentiments d'orgueil; elles comprennent les coutumes d'habillement et de parure personnelle, les usages sociaux, les guerres de prestige, la danse, les amusements, les jeux, et toutes les formes de plaisirs sensuels. Mais la civilisation n'a jamais produit d'institutions spéciales pour les satisfactions égoïstes.
Ces trois groupes de pratiques sociales sont intimement reliés et dépendent à tout instant les uns des autres. Ils représentent sur Urantia une organisation complexe qui fonctionne comme un seul mécanisme social.
2. -- L'AURORE DE L'INDUSTRIE
L'industrie primitive prit lentement forme comme assurance contre les terreurs de la famine. Dès le début de son existence, l'homme commença à imiter certains animaux qui emmagasinaient de la nourriture pendant les périodes de surabondance en vue des jours de pénurie.
Avant l'apparition d'un premier effort de société et d'industrie, les tribus étaient en général réduites au dénuement et à de véritables souffrances. L'homme primitif devait entrer en lutte avec la totalité du monde animal pour trouver sa nourriture. L'âpreté de la compétition entraîne toujours l'homme vers le niveau de la bête; la pauvreté est son état naturel et tyrannique. La richesse n'est pas un don de la nature; elle résulte du travail, de la connaissance, et de l'organisation.
L'homme primitif se rendit rapidement compte des avantages de l'association. L'association conduisit à l'organisation, et le premier résultat de l'organisation fut la division du travail, avec son économie immédiate de temps et de matériaux. Les spécialisations du travail naquirent d'une adaptation aux pressions extérieures -- suivant les lignes de moindre résistance. Les sauvages primitifs n'ont jamais volontairement ni de bonne grâce fourni un travail réel. C'est la contrainte des nécessités qui les força à s'y plier.
L'homme primitif détestait travailler beaucoup et ne se dépêchait jamais, à moins de se trouver en face d'un grand danger. Le temps considéré comme élément du travail, l'idée d'accomplir une tâche donnée dans une certaine limite de durée, sont des notions entièrement modernes. Les anciens n'étaient jamais pressés. C'est la double exigence d'une lutte intense pour l'existence et de la progression constante des niveaux de vie qui poussa les races primitives, naturellement indolentes, dans les voies de l'industrie.
Le travail et les efforts de conception distinguent l'homme de la bête dont les efforts sont essentiellement instinctifs. La nécessité de travailler est la plus grande bénédiction pour l'homme. Tous les membres de l'état-major du Prince travaillaient; ils firent beaucoup pour ennoblir le travail physique sur Urantia. Adam fut un jardinier; le Dieu des Hébreux travaillait -- il était le créateur et le soutien de toutes choses. Les Hébreux furent la première tribu à attacher un prix suprême à l'industrie; ils furent le premier peuple à décréter que « celui qui ne travaille pas ne mangera pas ». Mais beaucoup de religions du monde retournèrent à l'idéal primitif de l'oisiveté. Jupiter était un joyeux viveur et Bouddha devint un fervent adepte des loisirs.
Les tribus Sangik furent assez industrieuses quand elles demeurèrent loin des tropiques. Mais il y eut un très, très long combat entre les adeptes paresseux de la magie et les apôtres du travail -- les prévoyants de l'avenir.
La première provision humaine s'attacha à la conservation du feu, de l'eau, et de la nourriture. Mais l'homme primitif était un joueur né; il voulait toujours avoir quelque chose pour rien et, dans ces temps anciens, les succès obtenus par un travail assidu furent trop souvent attribués à la magie. La magie mit longtemps à céder la place à la prévoyance, à l'abnégation, et à l'industrie.
3. -- LA SPÉCIALISATION DU TRAVAIL
Dans la société primitive, les divisions du travail furent déterminées par des circonstances d'abord naturelles, puis sociales. L'ordre primitif des spécialisations fut le suivant:
1. La spécialisation fondée sur le sexe. Le travail de la femme se trouva déterminé par la présence sélective des enfants; par nature, les femmes aiment davantage les bébés que ne le font les hommes. La femme devint ainsi la travailleuse routinière, tandis que l'homme chassait et combattait, passant par des périodes nettement marquées de travail et de repos.
Tout au long des âges, les tabous ont contribué à maintenir strictement la femme dans son domaine propre. L'homme a fort égoïstement choisi le travail le plus agréable, laissant à la femme les corvées courantes. L'homme a toujours eu honte de faire le travail de la femme, mais la femme n'a jamais montré de répugnance à accomplir celui de l'homme. Fait étrange à noter, l'homme et la femme ont toujours travaillé de concert à construire et meubler leur foyer.
2. Les modifications dues à l'âge et de la maladie. Ces différences déterminèrent la division suivante du travail: les hommes figés et les infirmes furent chargés de bonne heure de la fabrication des outils et des armes. On les affecta plus tard à la construction des réseaux d'irrigation.
3. Les différenciations fondées sur la religion. Les médecins furent les premiers êtres humains à être exemptés de travail physique; ils furent les pionniers des professions libérales. Les forgerons formaient un petit groupe concurrent des médecins comme magiciens. Leur habileté au travail des métaux les fit craindre. Les « forgerons blancs » et les « forgerons noirs » (1) donnèrent naissance à la croyance primitive aux magies blanche et noire. Cette croyance s'attacha plus tard à la superstition des bons et des mauvais fantômes, des bons et des mauvais esprits.
(1) White smiths ans black smiths. La langue anglaise a conservé les mots smith et blacksmith pour désigner les forgerons.
Les forgerons furent le premier groupe non-religieux à bénéficier de privilèges spéciaux. Ils étaient considérés comme neutres pendant les guerres, et ces loisirs supplémentaires les conduisirent à devenir, en tant que classe, les politiciens de la société primitive. Mais les forgerons abusèrent grossièrement de leurs privilèges et devinrent l'objet d'une haine universelle que leurs concurrents les médecins s'empressèrent d'attiser. Dans cette première épreuve de force entre la science et la religion, la religion, ou plutôt la superstition, triompha. Après avoir été chassés des villages, les forgerons tinrent les premières auberges, les premières hostelleries aux abords des agglomérations.
4. Les maîtres et les esclaves. Les relations entre vainqueurs et vaincus produisirent une nouvelle différenciation du travail, qui signifia le commencement de l'esclavage humain.
5. Les différenciations fondues sur divers dons physiques et mentaux. Les différences inhérentes aux hommes favorisèrent d'autres divisions du travail, car les êtres humains ne naissent pas tous égaux.
Les premiers spécialistes de l'industrie furent les tailleurs de silex et les maçons, puis vinrent les forgerons. Ensuite, les spécialisations collectives se développèrent; des familles et des clans entiers se vouèrent à certains genres de travaux. L'origine de l'une des plus anciennes castes de prêtres, en dehors des médecins tribaux, provint du respect superstitieux porté à une famille de remarquables fabricants de sabres.
Les premiers spécialistes collectifs furent les exportateurs de sel gemme et les potiers. Les femmes fabriquaient la poterie simple et les hommes la poterie de fantaisie. Dans certaines tribus, le tissage et la couture étaient faits par les femmes, dans d'autres par les hommes.
Les premiers commerçants furent des femmes; elles étaient employées comme espionnes, et leur commerce était un accessoire. Le commerce prit bientôt de l'expansion, les femmes servant d'intermédiaires-revendeurs. Puis apparut une classe de marchands qui prirent une commission, un bénéfice, pour leurs services. La croissance du troc entre groupes donna naissance au commerce, et l'échange de la main-d'oeuvre spécialisée suivit l'échange des denrées.
4. -- LES DÉBUTS DU COMMERCE
De même que le mariage par contrat fit suite au mariage par capture, de même le commerce par échange suivit la saisie par raids. Mais une longue période de piraterie intervint entre les pratiques primitives du troc silencieux (sans contact personnel) et le commerce ultérieur par des méthodes d'échange modernes.
Les premiers trocs furent effectués par des commerçants armés qui laissaient leurs biens en un point neutre. Les femmes tinrent les premiers marchés; elles furent les commerçants les plus anciens parce que c'étaient elles qui portaient les fardeaux: les hommes étaient des guerriers. Les comptoirs de vente apparurent très tôt sous forme de murs suffisamment larges pour empêcher les commettants de s'atteindre mutuellement avec leurs armes.
On se servait d'un fétiche pour monter la garde auprès des biens déposés pour le troc silencieux. Ces lieux de marché étaient à l'abri du vol; rien ne pouvait en être retiré qui ne fût troqué ou vendu; avec un fétiche de garde, les biens étaient toujours en sûreté. Les premiers commerçants étaient scrupuleusement honnêtes au sein de leurs propres tribus, mais trouvaient tout à fait normal de tromper des étrangers éloignés. Les premiers Hébreux eux-mêmes observaient un code moral distinct pour leurs affaires avec les Gentils.
Le troc silencieux se perpétua pendant des âges avant que les hommes n'acceptent de se réunir sans armes sur la place sacrée du marché. Ces mêmes places de marchés devinrent les premiers emplacements de sanctuaires et furent connues plus tard dans certaines régions comme « villes de refuge ». Tout fugitif atteignant le lieu du marché était sain et sauf, à l'abri de toute attaque.
Les premiers poids utilisés furent des grains de blé et d'autres céréales. La première monnaie d'échange fut un poisson ou une chèvre. Plus tard, la vache devint une unité de troc.
L'écriture moderne a son origine dans les premières notes commerciales; la première littérature de l'homme fut un document poussant au commerce, une publicité pour du sel. Beaucoup de guerres primitives furent livrées pour la possession de gisements naturels, par exemple de silex, de sel, ou de métaux. Le premier traits officiel signé entre des tribus concernait l'exploitation en commun d'un gisement de sel. Ces lieux de traités fournirent à des tribus variées des occasions de s'unir et d'échanger amicalement et pacifiquement des idées.
L'écriture progressa en passant par les stades « du bâton-message, des cordes à noeuds, des dessins, des hiéroglyphes, et des wampums (colliers de coquillages) » avant d'atteindre les alphabets symboliques primitifs. La transmission des messages se fit d'abord au moyen de signaux de fumée, puis de coureurs, de cavaliers, de chemins de fer, et enfin d'avions, doublés du télégraphe, du téléphone, et des radiocommunications.
Les commettants de l'antiquité firent circuler dans le monde habité des idées nouvelles et des méthodes améliorées. Le commerce, lié à l'aventure, conduisit à l'exploration et à la découverte, lesquelles donnèrent naissance aux moyens de transport. Le commerce a été le grand civilisateur en provoquant les échanges culturels.
5. -- LES DÉBUTS DU CAPITAL
Le capital naît d'un travail comportant renonciation aux résultats immédiats en faveur de l'avenir. Les économies représentent une forme d'assurance pour l'entretien et la survivance. La thésaurisation de la nourriture développa la maîtrise de soi et créa les premiers problèmes de capital et de travail. L'homme qui possédait de la nourriture en réserve, en admettant qu'il ait pu la protéger contre les voleurs, avait un net avantage sur celui qui n'avait rien à manger.
Le banquier primitif était l'homme le plus vaillant de la tribu. Il gardait en dépôt les trésors du groupe, et le clan tout entier était prêt à défendre sa hutte en cas d'attaque. L'accumulation des capitaux individuels et des richesses collectives conduisit donc immédiatement à une organisation militaire. À l'origine, ces précautions étaient destinées à défendre la propriété contre les pillards étrangers, mais on prit bientôt l'habitude de maintenir l'entraînement de l'organisation militaire en lançant des raids sur les propriétés et les richesses des tribus voisines.
Les mobiles essentiels de l'accumulation du capital furent:
1. La faim -- associée à la prévoyance. L'économie et la conservation de la nourriture signifiaient puissance et confort pour ceux qui étaient assez prévoyants pour pourvoir ainsi aux besoins futurs. Le stockage de la nourriture était une bonne assurance contre les risques de famine et de désastre. Tout l'ensemble des moeurs primitives avait en réalité pour but d'aider les hommes à subordonner le présent à l'avenir.
2. L'amour de la famille -- le désir de pourvoir à ses besoins. Le capital représente l'épargne d'un bien malgré la pression des nécessités du jour, afin de s'assurer contre les exigences de l'avenir. Une partie de cet avenir peut concerner la postérité de l'épargnant.
3. La vanité -- le désir de faire étalage de l'accumulation de ses biens. La possession de vêtements de rechange fut l'une des premières marques de distinction. La vanité du collectionneur flatta de bonne heure l'orgueil des hommes.
4. Le rang social -- le vif désir d'acheter un prestige social et politique. Une noblesse commerciale surgit très tôt; l'admission dans ses rangs dépendait de services particuliers rendus à la royauté ou était ouvertement accordée contre un versement d'argent.
5. Le pouvoir -- la soif d'être le maître. Le prêt de trésors était employé comme moyen d'asservissement car, dans ces temps anciens, le taux de l'intérêt était de cent pour cent par an. Les prêteurs se faisaient eux-mêmes rois en se créant une armée permanente de débiteurs. Les serviteurs esclaves comptèrent parmi les premières formes de propriété que l'on accumulait. Dans l'antiquité, l'esclavage pour dettes s'étendait même jusqu'à la possession du corps après la mort.
6. La peur des fantômes des morts -- le salaire payé aux prêtres pour être protégé. Les hommes commencèrent de bonne heure à faire des présents funéraires aux prêtres avec l'idée que cet emploi de leurs biens faciliterait leurs progrès dans la vie future. Les prêtres devinrent ainsi très riches; ils furent les magnats des capitalistes d'autrefois.
7. Le désir sexuel -- le désir d'acheter une ou plusieurs femmes. La première forme de commerce entre les hommes fut l'échange de femmes; il précéda de beaucoup le commerce des chevaux. Mais jamais le troc d'esclaves pour des raisons sexuelles n'a fait progresser la société; ce trafic fut et est toujours une honte raciale, car il a toujours et simultanément gêné le développement de la vie familiale et pollué les aptitudes biologiques des peuples supérieurs.
8. Les nombreuses formes de satisfaction égoïste. Certains ont cherché la fortune parce qu'elle conférait le pouvoir; d'autres peinèrent pour acquérir des droits de propriété parce que cela leur rendait la vie facile. Les hommes primitifs (et d'autres plus évolués) avaient tendance à dilapider leurs ressources en luxe. Les boissons alcooliques et les drogues piquaient la curiosité des races primitives.
À mesure que la civilisation se développa, les hommes eurent de nouvelles raisons d'épargner; de nouveaux besoins s'ajoutaient rapidement à la faim originelle. La pauvreté devint un tel sujet d'horreur que seuls les riches étaient censés aller directement au ciel quand ils mouraient. La propriété devint une valeur si respectée qu'il suffisait de donner un festin prétentieux pour effacer le déshonneur d'un nom.
L'accumulation des richesses devint rapidement la marque de la distinction sociale. Dans certaines tribus, des individus allaient jusqu'à amasser des biens pendant des années uniquement pour faire sensation en les brûlant à l'occasion de quelque fête ou en les distribuant largement aux membres de leur tribu. Cela en faisait de grands hommes. Les peuples modernes eux-mêmes se complaisent à de somptueuses distributions de cadeaux de Noël, tandis que les hommes riches dotent les grandes institutions philanthropiques et éducatives. Les techniques de l'homme varient, mais sa nature ne change aucunement.
Il est toutefois équitable de rappeler que bien des hommes riches de l'antiquité distribuèrent une grande partie de leur fortune par peur d'être tués par ceux qui convoitaient leurs trésors. Des hommes fortunées sacrifiaient communément des douzaines d'esclaves pour montrer leur dédain des richesses.
Bien que le capital ait contribué à libérer les hommes, il a énormément compliqué leur organisation sociale et industrielle. Son emploi abusif par des capitalistes injustes n'infirme pas le fait que le capital est la base de la société industrielle moderne. Grâce à lui et aux inventions, la génération actuelle jouit d'un degré de liberté qui n'a jamais été atteint auparavant sur terre. Nous rappelons cela comme un fait et non pour justifier les nombreux abus que des conservateurs égoïstes et inconséquents ont fait du capital.
6. -- L'IMPORTANCE DU FEU DANS LA CIVILISATION
La société primitive avec ses quatre sections -- industrielle, législative, religieuse, et militaire -- se forma en employant le feu, les animaux, les esclaves, et la propriété.
L'allumage des feux a séparé d'un seul coup et pour toujours l'homme de l'animal; c'est l'invention ou la découverte humaine fondamentale. Le feu permit à l'homme de demeurer sur le sol la nuit, car tous les animaux en ont peur. Le feu encouragea les rapports sociaux à la tombée du jour. Non seulement il protégeait du froid et des bêtes féroces, mais il protégeait aussi contre les fantômes. On rechercha d'abord sa lumière plutôt que sa chaleur; beaucoup de tribus arriérées refusent encore aujourd'hui de dormir sans qu'une flamme brûle toute la nuit.
Le feu fut un grand civilisateur, car il fournit à l'homme le premier moyen d'être altruiste sans rien perdre; un homme pouvait offrir des braises à un voisin sans se priver lui-même de feu. Au foyer familial, le feu était entretenu par la mère ou par la fille aînée; il fut le premier éducateur, car il exigeait de la vigilance et forçait à faire confiance. Le foyer primitif n'était pas constitué par une cheminée, mais par la famille elle-même réunie autour du feu, de l'être familial. Quand un ils fondait un nouveau foyer, il emportait un brandon de l'être familial.
Bien qu'Andon, l'inventeur du feu, eût évité de le traiter comme un objet d'adoration, beaucoup de ses descendants considérèrent la flamme comme un fétiche ou un esprit. Ils ne surent pas tirer bénéfice du feu pour l'hygiène, car ils se refusaient à brûler leurs détritus. L'homme primitif craignait le feu et cherchait toujours à le garder dans de bonnes dispositions; c'est pourquoi il l'aspergeait d'encens. En aucune circonstance les anciens n'auraient craché dans un feu, pas plus qu'ils n'auraient passé entre quelqu'un et un feu allumé. L'humanité primitive tenait même pour sacrés les pyrites de fer et les silex utilisés pour allumer le feu.
C'était un péché d'éteindre une flamme si une hutte prenait feu, on la laissait brûler. Les feux des temples et des mausolées étaient sacrés et ne devaient jamais s'éteindre. On avait cependant coutume de rallumer de nouveaux feux chaque année ou après une calamité quelconque. Les femmes furent choisies comme prêtresses parce qu'elles étaient les gardiennes des feux familiaux.
Les premiers mythes sur le feu descendu de chez les dieux naquirent de l'observation d'incendies provoqués par la foudre. Les idées sur l'origine surnaturelle du feu conduisirent directement à son adoration, et le culte du feu donna naissance à la coutume du « passage dans les flammes », pratique qui fut conservée jusqu'à l'époque de Moïse. L'idée que l'on passe à travers le feu après la mort persiste toujours. Le mythe du feu fut un grand lien dans les temps primitifs, et subsiste encore dans le symbolisme des Parsis.
Le feu incita l'homme à faire cuire ses aliments; « manger-cru » devint un terme de dérision. La cuisson diminua la dépense d'énergie vitale nécessaire pour digérer la nourriture et laissa ainsi à l'homme primitif quelques forces pour se cultiver socialement; en même temps, l'élevage réduisait l'effort indispensable pour se procurer des aliments et donnait du temps pour les activités sociales.
Il ne faut pas oublier que le feu ouvrit la porte à la métallurgie et conduisit plus récemment à la découverte de la puissance de la vapeur et aux utilisations actuelles de l'électricité.
7. -- L'EMPLOI DES ANIMAUX
À l'origine, le monde animal tout entier était l'ennemi de l'homme; les êtres humains durent apprendre à se protéger contre les bêtes. L'homme commença par manger les animaux, mais apprit plus tard à les domestiquer et à les dresser pour le servir.
La domestication des animaux apparut fortuitement. Les sauvages chassaient les troupeaux à peu près comme les Indiens américains chassaient le bison. En encerclant le troupeau, ils pouvaient garder le contrôle des animaux et ne les tuer que dans la mesure où ils en avaient besoin pour se nourrir. Ils construisirent plus tard des enclos et capturèrent des troupeaux entiers.
Il fut facile d'apprivoiser certains animaux, mais beaucoup d'entre eux, à l'instar des éléphants, ne se reproduisaient pas en captivité. On découvrit bientôt que certaines espèces supportaient la présence de l'homme et se reproduisaient en captivité. La domestication des animaux s'instaura ainsi par l'élevage sélectif, art qui a fait de grands progrès depuis l'époque de Dalamatia.
Le chien fut le premier animal à être domestiqué; la difficile expérience de son dressage commença lorsqu'un certain chien, après avoir accompagné un chasseur toute une journée, le suivit jusque chez lui. Pendant des générations, le chien servit de nourriture, d'animal de compagnie, et d'auxiliaire pour la chasse et les transports. A l'origine, les chiens ne faisaient que hurler, mais plus tard ils apprirent à aboyer. Le flair subtil du chien fit naître l'idée qu'il était capable de voir les esprits, et c'est ainsi qu'apparut le culte du chien-fétiche. L'emploi de chiens de garde permit pour la première fois au clan tout entier de dormir la nuit. On prit alors l'habitude d'employer des chiens de garde pour protéger le foyer contre les esprits aussi bien que contre les ennemis matériels. Quand le chien aboyait, c'était signe qu'un homme ou une bête approchait, mais quand il hurlait, les esprits ne devaient pas être loin. Même aujourd'hui, beaucoup de gens croient encore que le hurlement d'un chien la nuit est un signe de mort.
Tant que les hommes furent des chasseurs, ils restèrent assez bons pour les femmes, mais après la domestication des animaux, alors que régnait en outre la confusion de Caligastia, beaucoup de tribus traitèrent leurs femmes d'une façon honteuse, en n'ayant pas beaucoup plus d'égards pour elles que pour leurs animaux. Les traitements brutaux infligés aux femmes par les hommes constituent l'un des chapitres les plus sombres de l'histoire d'Urantia.
8. -- L'ESCLAVAGE, FACTEUR DE CIVILISATION
Les hommes primitifs n'hésitèrent jamais à réduire leurs compagnons en esclavage. La femme fut le premier esclave, un esclave familial. Les peuplades pastorales asservirent les femmes en faisant des partenaires sexuelles inférieures. Cette sorte d'esclavage sexuel découla directement de l'indépendance accrue des hommes par rapport aux femmes.
Il n'y a pas si longtemps, l'esclavage était le sort des prisonniers de guerre qui refusaient la religion de leurs vainqueurs. Dans les temps plus anciens, les captifs étaient mangés ou torturés à mort, ou contraints de se combattre mutuellement, ou sacrifiés aux esprits, ou réduits en esclavage. L'esclavage fut un grand progrès sur le massacre des vaincus et le cannibalisme.
L'esclavage fut un pas en avant vers un traitement plus clément des prisonniers de guerre. L'embuscade d'Aï (1) , suivie du massacre total des hommes, des femmes, et des enfants, le roi seul étant épargné pour satisfaire la vanité du vainqueur, est une image fidèle des boucheries barbares auxquelles se livraient même des peuples supposés civilisés. Le coup de main contre Og, roi de Basan (2) , fut tout aussi brutal et efficace. Les Hébreux « détruisaient complètement » leurs ennemis et s'emparaient de tous leurs biens à titre de butin. Ils imposaient un tribut à toutes les villes sous peine de «destruction de tous les mâles ». Mais beaucoup de tribus de la même époque manifestaient moins d'égoïsme tribal et avaient depuis longtemps commencé à adopter les captifs supérieurs.
| (1) Josué VIII. |
| (2) Deutéronome III. |
Les chasseurs, par exemple les Peaux-Rouges américains, ne pratiquaient pas l'esclavage. Ils adoptaient leurs captifs ou bien ils les tuaient. L'esclavage n'était pas répandu chez les peuples pasteurs parce qu'ils avaient besoin de peu d'ouvriers. En temps de guerre, les peuplades de bergers avaient l'habitude de tuer tous les hommes captifs et de n'emmener en esclavage que les femmes et les enfants. Le code de Moïse contient des dispositions spécifiques pour régulariser les mariages de ces captives. Si elles ne plaisaient pas, les Hébreux avaient le droit de les chasser, mais ils n'avaient pas le droit de vendre comme esclaves leurs épouses répudiées -- ce fut au moins un progrès de la civilisation. Bien que le niveau social des Hébreux fût grossier, il était malgré tout très supérieur à celui des tribus environnantes.
Les pasteurs furent les premiers capitalistes; leurs troupeaux représentaient un capital, et ils vivaient sur l'intérêt -- le croît naturel. Ils n'étaient guère enclins à confier leurs richesses aux soins d'esclaves ou de femmes. Plus tard, ils firent des prisonniers masculins qu'ils forcèrent à cultiver le sol. Telle est l'origine première du servage -- l'homme attaché à la terre. Les Africains apprenaient facilement à labourer la terre, et c'est pourquoi ils devinrent la grande race esclave.
L'esclavage fut un maillon indispensable dans la chaîne de la civilisation humaine. Il constitua le pont sur lequel la société passa du chaos et de l'indolence à l'ordre et aux activités de la civilisation; il contraignit au travail les peuples arriérés et paresseux, ce qui procura à leurs supérieurs les richesses et les loisirs permettant le progrès social.
L'institution de l'esclavage força l'homme à inventer les mécanismes régulateurs de la société primitive; elle donna naissance aux premières formes de gouvernement. L'esclavage exige une forte réglementation; il disparut virtuellement pendant le Moyen Âge européen parce que les seigneurs féodaux ne pouvaient plus contrôler leurs esclaves. Les tribus arriérées des anciens temps, tout comme les aborigènes australiens d'aujourd'hui, n'eurent jamais d'esclaves.
Il est vrai que l'esclavage fut opprimant, mais c'est à l'école de l'oppression que les hommes apprirent l'industrie. Les esclaves partagèrent en fin de compte les bienfaits d'une société supérieure qu'ils avaient bien involontairement contribué à bâtir. L'esclavage crée une organisation culturelle et des réalisations sociales, mais attaque bientôt insidieusement la société par l'intérieur et se révèle la plus grave des maladies sociales destructrices.
Les inventions mécaniques modernes ont rendu l'esclavage suranné. L'esclavage, comme la polygamie, sont en voie de disparaître parce qu'ils ne payent pas. Par contre, il s'est toujours révélé désastreux de libérer d'un seul coup un grand nombre d'esclaves; leur émancipation progressive donne lieu à moins de troubles.
À l'heure actuelle, les hommes ne sont plus des esclaves sociaux, mais des milliers de personnes permettent à l'ambition de les asservir par des dettes. L'esclavage involontaire a cédé la place à une forme nouvelle et améliorée de servitude industrielle modifiée.
Bien que l'idéal de la société soit la liberté universelle, l'oisiveté ne devrait jamais être tolérée. Toute personne valide devrait être forcée d'accomplir une quantité de travail au moins suffisante pour la faire vivre.
La société moderne agit en sens contraire. L'esclavage a presque disparus; les animaux domestiques sont en train d'en faire autant, et la civilisation revient au feu -- au monde inorganique -- pour l'énergie dont elle a besoin. L'homme est sorti de l'état sauvage grâce au feu, à l'esclavage, et aux animaux. Aujourd'hui, il reprend la route inverse; il rejette le concours des esclaves et l'assistance des animaux, et cherche à arracher aux réserves élémentaires de la nature de nouveaux secrets et de nouvelles sources de richesse et de puissance.
9. -- LA PROPRIÉTÉ PRIVÉE
Bien que la société primitive fût virtuellement communautaire, les hommes primitifs ne pratiquaient pas les doctrines modernes du communisme. Le communisme de ces premiers temps n'était ni une pure théorie ni une doctrine sociale; il était un ajustement automatique simple et pratique. Cet esprit communautaire empêchait le paupérisme et la misère. La mendicité et la prostitution étaient à peu près inconnues dans ces anciennes tribus.
Le communisme primitif ne nivela pas spécialement les hommes par le bas; il n'exalta pas la médiocrité, mais donna une prime à l'oisiveté et à la paresse, étouffa l'industrie, et détruisit l'ambition. L'esprit communautaire fut l'échafaudage indispensable à la croissance de la société primitive, mais il céda la place à l'évolution d'un ordre social plus élevé, parce qu'il allait à l'encontre de quatre puissants sentiments humains:
1. La famille. L'homme ne cherche pas seulement à accumuler des biens; il désire léguer son capital à sa progéniture. Dans la société communautaire primitive, le capital laissé par un homme au moment de sa mort était soit consommé immédiatement, soit réparti entre les membres de son groupe. On n'héritait pas d'une propriété -- les droits successoraux étaient de cent pour cent. La coutume ultérieure d'accumuler des capitaux et de transmettre la propriété par héritage représenta un progrès social très net, et ceci en dépit des grossiers abus ultérieurs accompagnant le mauvais emploi du capital.
2. Les tendances religieuses. L'homme primitif voulait également se constituer une propriété comme un point de départ pour sa vie dans sa prochaine existence. Ce mobile explique pourquoi l'on garda si longtemps la coutume d'ensevelir les biens personnels d'un défunt avec lui. Les anciens croyaient que seuls les riches survivaient à la mort avec quelque dignité et plaisir dans l'immédiat. Ceux qui enseignèrent les religions révélées, et plus spécialement les éducateurs chrétiens, furent les premiers à proclamer que les pauvres pouvaient obtenir leur salut dans les mêmes conditions que les riches.
3. Le désir de liberté et de loisirs. Aux premiers temps de l'évolution sociale, la mainmise du groupe sur les revenus individuels était pratiquement une forme d'esclavage; le travailleur devenait l'esclave de l'oisif. La faiblesse auto-destructrice de ce communisme fut que les imprévoyants prirent l'habitude de vivre aux crochets des économes. Même chez nos contemporains, les imprévoyants comptent sur l'Etat (sur les contribuables économes) pour prendre soin d'eux. Ceux qui n'ont pas de capitaux s'attendent toujours à être nourris par ceux qui en ont.
4. Le besoin de sécurité et de puissance. Ce communisme fut finalement éliminé par les fraudes d'individus progressistes et prospères qui eurent recours à divers subterfuges pour éviter de devenir esclaves des paresseux oisifs de leur tribu. Au début, la thésaurisation fut secrète, car l'insécurité des temps primitifs empêchait d'accumuler visiblement des capitaux. Même plus tard, il fut extrêmement dangereux d'amasser de trop grandes richesses; on était sûr que le roi forgerait quelque accusation pour confisquer les biens d'un homme fortuné. D'ailleurs, quand un homme riche mourait, les funérailles étaient retardées jusqu'à ce que la famille ait fait don d'une forte somme à une institution publique ou au roi, ce qui était une forme de taxe successorale.
Dans les premiers temps, les femmes étaient propriété de la communauté et la mère dominait la famille. Les chefs primitifs possédaient toutes les terres et étaient propriétaires de toutes les femmes; un mariage ne pouvait se conclure sans le consentement du chef de la tribu. Quand le communisme disparut, les femmes devinrent propriété individuelle, et le père de famille assuma peu à peu le pouvoir domestique. C'est ainsi que le foyer apparut; les coutumes prédominantes de polygamie furent progressivement remplacées par la monogamie. (La polygamie est la survivance du concept d'esclavage de la femme dans le mariage. La monogamie est l'idéal, libre de tout esclavage, de l'association incomparable d'un seul homme et d'une seule femme dans la merveilleuse et difficile entreprise d'édifier un foyer, d'élever des enfants, de se cultiver mutuellement, et de s'améliorer.)
À l'origine, tous les biens, y compris les outils et les armes, étaient propriété commune de la tribu. La propriété privée comprit d'abord toutes les choses qu'un individu avait personnellement touchées. Si un étranger buvait dans une coupe, cette coupe était désormais la sienne. Plus tard, toute place où du sang avait été versé devenait la propriété de la personne ou du groupe blessé.
La propriété privée fut donc respectée à l'origine parce qu'on la supposait chargée d'une certaine partie de la personnalité de son possesseur. L'honnêteté à l'égard de la propriété reposait en sécurité sur cette superstition; nulle police n'était nécessaire pour protéger les biens personnels. Il n'y avait pas de vols à l'intérieur du groupe, mais les hommes n'hésitaient pas à s'approprier les biens des autres tribus. Les relations de propriété ne prenaient pas fin avec la mort; de bonne heure les effets personnels furent brûlés, puis ensevelis avec le défunt, et plus tard hérités par la famille survivante ou par la tribu.
Les effets personnels d'ordre décoratif tirèrent leur origine du port d'amulettes; la vanité doublée de la peur des fantômes amena les hommes primitifs à résister à toute tentative de les délester de leurs amulettes favorites auxquelles ils attribuaient plus de valeur qu'au nécessaire.
L'emplacement où il dormait fut l'une des premières propriétés de l'homme. Plus tard, des domiciles furent attribués par le chef de la tribu, qui détenait toute la propriété foncière pour le compte du groupe. Bientôt, l'emplacement du feu conféra la propriété. Plus tard encore, un puits constitua un droit sur les terres attenantes.
Les trous d'eau et les puits figurèrent parmi les premières possessions privées. Toutes les pratiques fétichistes furent employées pour protéger les trous d'eau, les puits, les arbres, les récoltes, et le miel. Quand la foi dans les fétiches disparut, des lois furent élaborées pour protéger la propriété privée. Mais les lois sur le gibier, les droits de chasse, précédèrent de beaucoup les lois foncières. Les hommes rouges américains ne comprirent jamais la propriété privée des terres; ils ne pouvaient saisir le point de vue de l'homme blanc.
La propriété privée fut jalonnée de bonne heure par des insignes de famille, lointaine origine des emblèmes héraldiques. Les biens fonciers pouvaient aussi être placés sous la garde des esprits. Les prêtres «consacraient » un terrain qui reposait alors sous la protection des tabous magiques érigés sur lui. On disait des propriétaires de ce terrain qu'ils avaient un « titre de prêtre ». Les Hébreux portaient un grand respect à ces bornes familiales: « Maudit soit celui qui déplacera la borne de son voisin » (1). Ces jalons de pierre portaient les initiales du prêtre. Les arbres eux-mêmes devenaient propriété privée quand ils étaient marqués d'initiales.
(1) Deutéronome XIX-14 et XXVII-17.
Dans les temps primitifs, seules les récoltes étaient propriétés privées, mais des récoltes successives conféraient un droit; l'agriculture fut ainsi la genèse de la propriété privée des terres. Les individus ne reçurent d'abord une terre qu'en viager; à leur mort, la terre revenait à la tribu. Les tout premiers droits fonciers donnés aux individus par la tribu furent des tombeaux -- des cimetières familiaux. À une époque plus récente, la terre appartint à ceux qui l'entourèrent d'une barrière. Mais les villes se réservèrent toujours certaines terres comme pâtures publiques et pour servir en cas de siège; les « biens communaux » sont la survivance des formes primitives de propriété collective.
Ce fut finalement l'Etat qui attribua la propriété aux individus, en se réservant le droit de lever des impôts. Une fois qu'ils eurent assuré leurs titres, les propriétaires fonciers purent percevoir des loyers, et la terre devint une source de revenus -- un capital. Finalement la terre devint vraiment négociable, avec des ventes, des transferts, des hypothèques, et des forclusions.
La propriété privée accrut la liberté et renforça la stabilité; mais la possession privée de la terre ne reçut de sanction sociale qu'après l'échec du contrôle et de la direction par la communauté. Elle fut bientôt suivie de l'apparition successive d'esclaves, de serfs, et de classes sociales dépourvues de terres. Mais le perfectionnement du machinisme délivre progressivement l'homme de l'esclavage des travaux serviles.
Le droit de propriété n'est pas absolu il est purement social. Mais les gouvernements, les lois, l'ordre, les droits civils, les libertés sociales, les conventions, la paix, et le bonheur que connaissent les peuples modernes se sont tous développés autour de la propriété privée des biens.
L'ordre social actuel n'est pas nécessairement juste -- il n'est ni divin ni sacré mais l'humanité fera bien d'aller lentement pour procéder à des modifications. Le système que vous avez mis en place est bien supérieur à tous ceux qu'ont connu vos ancêtres. Quand vous changerez l'ordre social, assurez-vous que vous le ferez pour un ordre meilleur. Ne vous laissez pas convaincre d'expérimenter avec les formules rejetées par vos aïeux. Allez de l'avant, ne reculez pas! Laissez l'évolution se poursuivre! Ne faites pas un pas en arrière.
[Présenté par un Melchizédek de Nébadon.]
L'AURORE DE LA CIVILISATION
VOICI le commencement du récit du long, très long combat de l'espèce humaine allant de l'avant, partant d'un statut un peu meilleur qu'une existence animale, et passant par les âges intermédiaires pour arriver aux temps plus récents où une civilisation réelle, bien qu'imparfaite, s'est développée parmi les races supérieures de l'humanité.
La civilisation est une acquisition; elle n'est pas biologiquement inhérente à la race; c'est pourquoi tous les enfants doivent être élevés dans une ambiance de culture et chaque génération successive doit recevoir à nouveau son éducation. Les qualités supérieures de la civilisation -- scientifiques, philosophiques, et religieuses -- ne se transmettent pas d'une génération à l'autre par héritage direct. Ces réalisations culturelles ne sont préservées que par la protection éclairée du patrimoine social.
L'évolution sociale d'ordre coopératif fut inaugurée par les instructeurs de Dalamatia. Pendant trois cent mille ans, l'humanité fut élevée dans l'idée qu'il fallait agir collectivement. Les hommes bleus profitèrent plus que tous les autres de ces enseignements sociaux primitifs; les hommes rouges en profitèrent dans une certaine mesure, et les hommes noirs moins que tous les autres. A des époques plus récentes, les races jaune et blanche ont présenté le développement social le plus avancé d'Urantia.
1. -- LA PROTECTION PAR LA SOCIÉTÉ
Quand les hommes sont amenés à se rapprocher étroitement, ils apprennent souvent à s'aimer mutuellement, mais les hommes primitifs ne débordaient pas naturellement de sentiments fraternels ni du désir de contacts sociaux avec leurs semblables. C'est plutôt par de tristes expériences que les races primitives apprirent que « l'union fait la force »; et c'est ce manque d'attirance fraternelle naturelle qui fait actuellement obstacle à une réalisation immédiate de la fraternité des hommes sur Urantia.
De bonne heure, l'association devint le prix de la survie. L'homme isolé était impuissant s'il ne portait pas une marque tribale témoignant de son appartenance à un groupe qui se vengerait certainement de toute attaque contre lui. Même à l'époque de Caïn, il était funeste d'aller seul au loin sans porter la marque de quelque groupe. La civilisation est devenue l'assurance de l'homme contre une mort violente, et ses primes sont payées par la soumission aux nombreuses exigences légales de la société.
La société primitive fut ainsi fondée sur les nécessités réciproques et sur l'accroissement de sécurité dû aux associations. C'est sous l'empire de la peur de l'isolement et grâce à une coopération donnée à contrecoeur que la société humaine a évolué pendant des cycles millénaires.
Les hommes primitifs apprirent de bonne heure que les groupes sont beaucoup plus grands et plus forts que la simple somme des individus qui les composent. Cent hommes unis et travaillant à l'unisson peuvent déplacer un gros bloc de pierre; une vingtaine de gardiens de la paix bien entraînés peuvent contenir une foule en colère. C'est ainsi que naquit la société, non d'une simple association numérique, mais plutôt grâce à l'organisation de coopérateurs intelligents. La coopération n'est pas une caractéristique naturelle de l'homme; celui-ci apprend à coopérer d'abord par peur, et plus tard parce qu'il découvre que c'est très avantageux pour faire face aux difficultés du temps présent et pour se protéger contre les périls supposés de l'éternité.
Les peuples qui s'organisèrent ainsi de bonne heure en sociétés primitives obtinrent de meilleurs résultats dans leurs attaques contre la nature ainsi que dans leur défense contre leurs semblables. Ils avaient de plus grandes possibilités de survie. La civilisation a donc constamment progressé sur Urantia malgré ses nombreux reculs. C'est uniquement parce que la valeur de survie est accrue par l'association que les nombreuses bévues des hommes n'ont réussi jusqu'à présent ni à arrêter ni à détruire la civilisation humaine.
La société culturelle contemporaine est un phénomène plutôt récent. Cela est bien démontré par la survie, à l'heure actuelle, de conditions sociales aussi primitives que celles des aborigènes australiens, et des Boschimans et Pygmées d'Afrique. Chez ces peuplades arriérées, on peut encore observer quelque peu l'hostilité tribale, la suspicion personnelle, et d'autres traits hautement anti-sociaux si caractéristiques de toutes les races primitives. Ces misérables restes des peuples a-sociaux de jadis témoignent éloquemment du fait que la tendance individualiste naturelle de l'homme ne peut lutter avec succès contre les organisations et associations de progrès social plus efficaces et plus puissantes.
Ces races non sociales arriérées et soupçonneuses, dont les dialectes changent tous les soixante ou quatre-vingts kilomètres, montrent dans quel monde vous auriez risqué de vivre s'il n'y avait pas eu les enseignements de l'état-major corporel du Prince Planétaire et les apports ultérieurs du groupe adamique des élévateurs raciaux.
L'expression moderne « retour à la nature » est une illusion de l'ignorance, une croyance à la réalité d'un ancien « âge d'or » fictif. La légende de l'âge d'or a pour seule base historique l'existence de Dalamatia et d'Eden, mais ces sociétés améliorées étaient loin de réaliser les rêves utopiques.
2. -- LES FACTEURS DE PROGRÈS SOCIAL
La société civilisée résulte des efforts initiaux des hommes pour surmonter leur aversion de l'isolement, ce qui n'implique pas nécessairement une affection mutuelle. L'état turbulent actuel de certains groupes primitifs illustre bien les difficultés que traversèrent les premières tribus. Bien que les membres d'une civilisation puissent se heurter et se combattre, et bien que la civilisation elle-même puisse apparaître comme un ensemble incohérent de tentatives et de luttes, elle n'en démontre pas moins un effort soutenu, et non la monotonie mortelle de la stagnation.
Le niveau de l'intelligence a puissamment contribué au rythme de la progression culturelle, mais la société a essentiellement pour but de diminuer l'élément risque dans le mode de vie individuel. Elle progresse à l'allure même où elle réussit à diminuer la souffrance et à augmenter l'élément plaisir dans la vie. C'est ainsi que le corps social tout entier avance lentement vers le but de sa destinée -- la survie ou la disparition -- selon qu'il recherche sa préservation ou son plaisir égoïste. Le conservatisme fait naître la société, tandis que l'excès des jouissances détruit la civilisation.
Une société s'occupe de se perpétuer, de se conserver, et de se satisfaire, mais l'épanouissement de l'homme est digne de devenir l'objectif immédiat de beaucoup de groupes culturels.
L'instinct grégaire naturel à l'homme ne suffit pas à expliquer le développement d'organisations sociales semblables à celles qui existent actuellement sur Urantia. Bien que cette propension innée soit à la base de la société humaine, une grande part de la sociabilité de l'homme est un acquêt. Deux grandes influences qui contribuèrent aux associations primitives d'êtres humains furent la faim et l'amour sexuel, besoins instinctifs que les hommes partagent avec le monde animal. Deux autres sentiments ont rapproché les êtres humains et les ont maintenus rapprochés, la vanité et la peur.
L'histoire n'est que le compte-rendu de la lutte millénaire des hommes pour leur nourriture. L'homme primitif ne pensait que lorsqu'il avait faim; économiser de la nourriture fut son premier renoncement, son premier acte de discipline personnelle. Avec le développement de la société, la faim cessa d'être le seul motif d'association. De nombreuses autres sortes de faims, le désir d'assouvir des besoins divers, conduisirent l'humanité à s'associer plus étroitement. Mais la société d'aujourd'hui est surchargée par la croissance excessive de prétendus besoins humains. La civilisation occidentale du XXième siècle piétine et gémit sous l'énorme poids mort du luxe et la multiplication désordonnée des envies et des désirs humains. La société moderne subit la tension d'une phase fort dangereuse d'inter-association à grande échelle et d'interdépendance hautement complexe.
La pression sociale de la faim, de la vanité, et de la peur des fantômes fut continue, mais celle de la satisfaction sexuelle fut temporaire et sporadique. A lui seul, le désir sexuel ne contraignait pas les hommes et les femmes primitifs à assumer les lourdes charges de l'entretien d'un foyer. Le foyer primitif fut fondé sur l'effervescence sexuelle du mâle privé de satisfactions fréquentes, et sur le profond amour maternel de la femme, amour qu'elle partage dans une certaine mesure avec les femelles de tous les animaux supérieurs. La présence d'un enfant sans défense détermina la première différenciation entre les activités masculines et féminines; la femme dut entretenir une résidence fixe où elle pouvait cultiver le sol. Depuis les temps les plus reculés, l'endroit où se tient la femme a toujours été considéré comme le foyer.
La femme devint donc de bonne heure indispensable à l'évolution du plan social, moins à cause d'une éphémère passion sexuelle que par suite du besoin de nourriture; elle était une partenaire essentielle à la conservation de soi. Elle était un fournisseur de nourriture, une bête de somme, et une compagne capable de supporter de grands abus sans ressentiment violent; en plus de tous ces traits désirables, elle était un moyen toujours présent de satisfaction sexuelle.
Presque toutes les valeurs durables de la civilisation ont leurs racines dans la famille. La famille fut le premier groupement pacifique couronné de succès, car l'homme et la femme apprirent à concilier leurs antagonismes tout en enseignant la recherche de la paix à leurs enfants.
La fonction du mariage dans l'évolution est d'assurer la survie de la race, et non simplement de réaliser un bonheur personnel. Les vrais objectifs du foyer consistent à se préserver et à se perpétuer. La satisfaction égoïste est accessoire; elle n'est essentielle que comme stimulant assurant l'association sexuelle. La nature exige la survivance, mais les arts de la civilisation ne cessent d'accroître les plaisirs du mariage et les satisfactions de la vie familiale.
Si nous élargissons la notion de vanité pour y faire entrer l'orgueil, l'ambition, et l'honneur, nous pouvons alors discerner non seulement comment ces propensions contribuent à former des associations humaines, mais aussi comment elles maintiennent les hommes réunis, puisque ces sentiments seraient vains sans un public à impressionner. À la vanité s'adjoignirent bientôt d'autres sentiments et d'autres impulsions nécessitant un cadre social pour s'exhiber et s'assouvir. Ce groupe de sentiments donna naissance aux premières manifestations de tous les arts et cérémonies et de toutes les formes de compétitions et de jeux sportifs.
La vanité contribua puissamment à la naissance de la société, mais au moment où ces révélations sont faites, les efforts tortueux d'une génération vaniteuse menacent d'inonder et de submerger toute la structure complexe d'une civilisation hautement spécialisée. Le besoin de plaisirs a depuis longtemps supplanté la faim; les objectifs sociaux légitimes de l'auto-préservation se transforment rapidement en formes viles et menaçantes de satisfactions égoïstes. L'instinct de conservation édifie la société; le déchaînement des satisfactions détruit infailliblement la civilisation.
3. -- L'INFLUENCE SOCIALE DE LA PEUR DES FANTOMES
Les désirs primitifs produisirent la société originelle, mais la peur des fantômes assura sa cohésion et imprima à son existence un aspect extra-humain. La peur ordinaire avait une origine physiologique: la peur de la douleur physique, la faim inassouvie, ou quelque calamité terrestre; mais la peur des fantômes fut une sorte de terreur nouvelle et sublime.
Le plus important facteur individuel dans l'évolution de la société humaine fut probablement de rêver des fantômes. Bien que la plupart des rêves eussent troublé profondément la pensée primitive, les fantômes apparus en rêve terrorisèrent littéralement les premiers hommes et amenèrent les rêveurs superstitieux à se jeter dans les bras les uns des autres avec une volonté sincère d'association pour se protéger mutuellement contre les dangers invisibles, vagues, et imaginaires du monde des esprits. Rêver des fantômes fut une des différences qui apparut le plus tôt entre la pensée humaine et la pensée animale. Les animaux n'imaginent pas la survie après la mort.
À part le facteur des fantômes, toute la société fut fondée sur des instincts biologiques et des besoins fondamentaux. Mais la peur des fantômes introduisit dans la civilisation un nouveau facteur, une peur qui s'écarte et va au delà des besoins élémentaires de l'individu, et s'élève même bien au-dessus des luttes pour préserver les collectivités. La crainte des esprits des trépassés mit en lumière une nouvelle et étonnante forme de peur, une terreur effroyable et puissante, qui donna un coup de fouet aux ordres sociaux relâchés des premiers âges et provoqua la formation des groupes primitifs, plus sérieusement disciplinés et mieux contrôlés, de l'antiquité. Par la peur superstitieuse de l'irréel et du surnaturel, cette superstition insensée, qui subsiste encore en partie, prépara la pensée des hommes à une découverte ultérieure, celle de « la crainte du Seigneur qui est le commencement de la sagesse » (1) . Les peurs sans fondement dues à l'évolution sont destinées à être supplantées par le respect craintif de la Déité inspiré par la révélation. Le culte primitif de la peur des fantômes devint un lien social puissant et, depuis ce jour bien lointain, l'humanité s'est toujours plus ou moins efforcée d'atteindre la spiritualité.
La faim et l'amour rapprochèrent les hommes; la vanité et la peur des fantômes les gardèrent unis; mais ces seuls sentiments, sous l'influence des révélations pacificatrices, sont incapables de supporter les tensions provoquées par les suspicions et les irritations des associations humaines. Sans l'aide des sources supra-humaines, la tension sociale aboutit à une rupture quand elle atteint certaines limites; les mêmes influences qui avaient contribué établir la société -- faim, amour, vanité, et peur -- conspirent alors à plonger l'humanité dans la guerre et les effusions de sang.
La tendance à la paix de la race humaine n'est pas un don naturel; elle dérive des enseignements de la religion révélée, de l'expérience accumulée des races progressives, et plus spécialement des enseignements de Jésus, le Prince de la Paix.
(1) Job XXVIII-28. Psaume CXI-10.
4. -- L'ÉVOLUTION DES MOEURS
Toutes les institutions sociales modernes proviennent de l'évolution des coutumes primitives de vos ancêtres sauvages; les conventions d'aujourd'hui sont les coutumes d'hier élargies et modifiées. L'habitude est pour l'individu l'homologue de la coutume pour le groupe; les coutumes des groupes se transforment en usages populaires ou en traditions tribales -- en conventions de masse. Toutes les institutions de la société humaine contemporaine ont leur modeste origine dans ces premiers efforts.
Il faut se rappeler que les moeurs prirent naissance dans un effort pour adapter la vie des groupes aux conditions d'existence en masse; les moeurs furent la première institution sociale de l'homme. Toutes ces réactions tribales résultèrent de l'effort accompli pour éviter la douleur et l'humiliation tout en cherchant à jouir des plaisirs et du pouvoir. L'origine des usages populaires, à l'instar de celle des langages, est toujours inconsciente et non-intentionnelle, donc toujours enveloppée de mystère.
La peur des fantômes conduisit l'homme primitif à envisager le surnaturel; elle établit ainsi des bases solides pour les puissantes influences sociales de la morale et de la religion, qui à leur tour préservèrent intactes de génération en génération les moeurs et coutumes de la société. Les moeurs se trouvèrent de bonne heure établies et cristallisées par la croyance que les trépassés tenaient jalousement à la manière dont ils avaient vécu et dont ils étaient morts. On croyait donc qu'ils puniraient implacablement les personnes osant traiter avec une négligence dédaigneuse les règles de vie qu'ils avaient respectées pendant leur incarnation. Cette doctrine est parfaitement illustrée par le respect que la race jaune porte actuellement à ses ancêtres. Les religions primitives qui apparurent plus tard renforcèrent puissamment l'action de la peur des fantômes en stabilisant les moeurs, mais le développement de la civilisation a progressivement libéré l'humanité des liens de la peur et de l'esclavage de la superstition.
Avant la libération apportée par l'enseignement libéral des maîtres de Dalamatia, l'homme était la victime impuissante du rituel des moeurs; le sauvage primitif était prisonnier d'un cérémonial sans fin. Tout ce qu'il faisait depuis son réveil matinal jusqu'au moment où il s'endormait le soir dans sa caverne devait être accompli exactement d'une certaine façon, conformément aux usages populaires de sa tribu. Il était esclave de la tyrannie des moeurs; sa vie ne comportait rien de libre, de spontané, ni d'original. Aucun progrès naturel ne le menait vers une existence mentale, morale, ou sociale supérieure.
Les hommes primitifs étaient enserrés dans l'étau de la coutume; le sauvage était un véritable esclave des usages; mais de temps à autre apparurent des types variants de personnalités qui osèrent inaugurer de nouvelles manières de penser et des méthodes de vie améliorées. Néanmoins, l'inertie de l'homme primitif constitue le frein de sécurité biologique contre la précipitation consistant à se lancer trop soudainement dans les dérèglements désastreux accompagnant une civilisation qui progresse trop vite.
Toutefois, ces coutumes ne sont pas un mal sans contrepartie; leur évolution devrait se poursuivre. Il est presque toujours fatal pour le maintien de la civilisation de vouloir les modifier globalement par une révolution radicale. La coutume est le fil de continuité de la civilisation. La voie de l'histoire humaine est jonchée de vestiges de coutumes abandonnées et de pratiques sociales surannées; mais nulle civilisation n'a survécu en abandonnant ses moeurs, à moins d'avoir adopté des coutumes meilleures et mieux appropriées.
La survie d'une société dépend principalement de l'évolution progressive de ses moeurs. Le processus d'évolution des coutumes est fondé sur le désir d'expérimenter. Des idées nouvelles sont mises en avant -- la concurrence s'ensuit. Une civilisation progressive embrasse les idées avancées et elle dure; le temps et les circonstances choisissent en dernier ressort le groupe le plus apte à survivre. Cela ne signifie pas que chaque changement distinct et isolé dans la composition de la société humaine ait été un gain. Non! certes non! car il y eut maints et maints reculs dans la longue lutte de la civilisation d'Urantia vers le progrès.
5. -- LES TECHNIQUES DU SOL -- LES ARTS D'ENTRETIEN
La terre est le théâtre de la société; les hommes en sont les acteur. L'homme doit toujours adapter son jeu pour se conformer à la situation de la terre. L'évolution des moeurs dépend toujours de la densité de la population. Ceci est vrai, bien qu'il soit difficile de le discerner. Les techniques des hommes pour traiter le sol, ou arts d'entretien, ajoutées à leur niveau de vie, forment le total des usages populaires constituant les moeurs. Et la somme des adaptations humaines aux exigences de la vie correspond à sa civilisation agricole.
Les premières cultures de l'homme apparurent le long des fleuves de l'hémisphère oriental; d'autre part, il y eut quatre grandes étapes dans la marche en avant de la civilisation:
1. Le stade de la cueillette. La contrainte alimentaire, la faim, conduisit à la première forme D'organisation industrielle, les chaînes primitives de cueillette de la nourriture. La ligne des marcheurs de la faim parcourant un pays en glanant la nourriture s'étendait parfois sur quinze kilomètres. Ce fut le stade primitif de culture nomade et c'est le mode de vie actuel des Boschimans d'Afrique.
2. Le stade de la chasse. L'invention des armes-outils permit aux hommes de devenir des chasseurs et de se libérer ainsi en grande partie de l'esclavage de la nourriture. Un Andonite réfléchi qui s'était sérieusement meurtre le poing dans un combat violent redécouvrit l'idée d'utiliser, au lieu de son bras, un long bâton à l'extrémité duquel il avait attaché avec des tendons un morceau de silex dur pour remplacer le poing. De nombreuses tribus firent, chacune de leur côté, des découvertes de ce genre, et les diverses formes de marteaux représentèrent l'un des grands pas en avant de la civilisation humaine. Certains indigènes australiens n'ont guère dépassé ce stade à l'heure actuelle.
Les hommes bleus devinrent des chasseurs et des trappeurs experts. En barrant les rivières, ils prenaient de grandes quantités de poissons dont ils séchaient le surplus en prévision de l'hiver. De nombreuses formes de pièges et de traquenards ingénieux furent employées pour attraper le gibier, mais les races les plus primitives ne chassaient pas les animaux de grande taille.
3. Le stade pastoral. Cette phase de la civilisation fut rendue possible par la domestication des animaux. Les Arabes et les indigènes d'Afrique figurent parmi les peuples pastoraux les plus récents.
La vie pastorale apporta une atténuation supplémentaire à l'esclavage alimentaire. L'homme apprit à vivre sur l'intérêt de son capital, sur le croît de son troupeau. Il eut ainsi plus de loisirs pour faire des progrès et se cultiver.
La société pré-pastorale avait été une société de coopération sexuelle, mais l'extension de l'élevage plongea la femme dans un abîme d'esclavage social. Aux époques primitives, l'homme avait la charge d'assurer la nourriture animale tandis que la femme devait fournir les légumes comestibles. La dignité du statut féminin s'abaissa donc considérablement dès que l'homme entra dans l'ère pastorale de son existence. La femme dut encore travailler pour produire les aliments végétaux nécessaires à la vie, alors que l'homme n'eut plus qu'à recourir à son troupeau pour fournir de la nourriture animale en abondance. L'homme devint ainsi relativement indépendant de la femme, et le statut de la femme déclina régulièrement pendant tout l'âge pastoral. Vers la fin de cette période, la femme n'était guère plus qu'un animal humain, réduit à travailler et à porter la descendance de l'homme, tout comme les animaux des troupeaux sur qui l'on comptait pour travailler et mettre bas leurs petits. Les hommes de l'âge pastoral portaient un grand amour à leurs troupeaux; il est d'autant plus regrettable qu'ils n'aient pu développer une affection plus profonde pour leurs femmes.
4. Le stade agricole. Cette ère fut inaugurée par la culture des plantes, qui représente le type le plus élevé de civilisation matérielle. Caligastia et Adam s'efforcèrent d'enseigner l'horticulture et l'agriculture. Adam et Eve furent des jardiniers et non des pasteurs, car à cette époque le jardinage était une forme avancée de culture. La culture des plantes exerce une influence ennoblissante sur toutes les races de l'humanité.
L'agriculture fit plus que quadrupler la densité de population du monde. Elle peut se combiner avec les occupations pastorales du stade agricole précédent. Quand les trois stades chevauchent, l'homme chasse et la femme cultive le sol.
Il y a toujours eu des frictions entre les bergers et les laboureurs. Le chasseur et le pasteur sont militants et belliqueux; l'agriculteur est plus pacifique. L'association avec les animaux suggère la lutte et la force; l'association avec les plantes instille l'esprit de patience, de quiétude, et de paix. L'agriculture et l'industrie sont les activités de la paix. Leur faiblesse commune, en tant qu'activités sociales sur le plan mondial, est leur monotonie et leur manque d'aventures.
La société humaine a évolué en partant du stade de la chasse et passé par celui de l'élevage pour atteindre le stade terrien de l'agriculture. Chaque étape de cette progression de la civilisation fut marquée par une diminution constante du nomadisme; les hommes se mirent à vivre de plus en plus à leur foyer.
Maintenant l'industrie s'ajoute à l'agriculture, avec un accroissement correspondant de l'urbanisation et une multiplication des groupes non-agricoles parmi les classes de citoyens. Mais une civilisation industrielle ne peut espérer survivre si ses dirigeants ne se rendent pas compte que les développements sociaux, même les plus élevés, doivent toujours reposer sur une base agricole saine.
6. -- L'ÉVOLUTION DE LA CULTURE
L'homme est une créature du sol, un enfant de la nature; quels que soient ses efforts pour échapper à la terre, il est certain d'échouer en dernier ressort. « Tu es poussière et tu redeviendras poussière (1) » est littéralement vrai pour l'humanité tout entière. La lutte fondamentale de l'homme a été, est, et sera toujours la conquête de la terre. Les premières associations d'êtres humains primitifs eurent pour seul objectif de gagner ces batailles pour la terre. La densité de la population est sous-jacente à toute civilisation sociale.
(1) Genèse III-19.
L'intelligence de l'homme accrut le rendement de la terre grâce aux arts et aux sciences; en même temps, l'accroissement naturel de sa descendance fut quelque peu contrôlé, assurant ainsi les moyens d'existence et les loisirs permettant d'établir une civilisation culturelle.
La société humaine est commandée par une loi décrétant que la population doit varier en proportion directe des arts du sol et en proportion inverse du niveau de vie. Tout au long des âges primitifs, encore plus qu'à présent, la loi de l'offre et de la demande concernant l'homme et la terre détermina la valeur estimative de l'un et de l'autre. Pendant les périodes où les terres libres abondaient -- territoires inoccupés -- le besoin d'hommes était grand et la valeur de la vie humaine fortement rehaussée en conséquence; les pertes de vies étaient alors considérées comme plus horribles. Pendant les périodes de rareté des terres et de surpeuplement correspondant, la vie humaine représentait comparativement une moindre valeur, si bien que la guerre, les famines, et les épidémies étaient alors considérées avec moins d'inquiétude.
Quand le rendement de la terre diminue, ou quand la population s'accroît, l'inévitable lutte reprend et les pires traits de la nature humaine remontent à la surface. L'accroissement du rendement de la terre, l'extension des arts mécaniques, et la réduction de la population tendent tous à encourager le meilleur côté de la nature humaine.
Une société de défricheurs produit des manoeuvres non qualifiés; les beaux-arts et le véritable progrès scientifique, ainsi que la culture spirituelle, ont toujours eu leurs meilleures chances de prospérer dans les grands centres de vie soutenus par une population agricole et industrielle un peu moins dense que la moyenne du pays. Les villes multiplient toujours le pouvoir de leurs habitants, pour le bien comme pour le mal.
La prolifération des familles a toujours subi l'influence du niveau de vie. Plus le niveau s'élève, plus le nombre d'enfants décroît, jusqu'au point où la famille se stabilise ou s'éteint graduellement.
Tout au long des âges, les standards de vie ont déterminé la qualité d'une population survivante en contraste avec sa seule quantité. Les niveaux de vie d'une classe localisée donnent naissance à de nouvelles castes sociales, à de nouvelles moeurs. Quand les niveaux de vie deviennent trop compliqués ou comportent un luxe excessif, ils tournent rapidement au suicide. Les castes résultent directement de la forte pression sociale d'une concurrence due à la densité de la population.
Les races primitives eurent souvent recours à des pratiques restrictives de la population; toutes les tribus primitives tuaient les enfants mal venus ou malades. Avant l'époque de l'achat des épouses, on tuait souvent les petites filles à leur naissance. Les nouveau-nés étaient parfois étranglés, mais la méthode la plus courante consistait à les laisser mourir de froid. Un père de jumeaux insistait généralement pour que l'un des deux soit tué, car on croyait que les naissances multiples étaient dues à la magie ou à l'infidélité. Pourtant, les jumeaux de même sexe étaient généralement épargnés. Bien que ces tabous sur les jumeaux aient été jadis presque universels, ils ne firent jamais partie des moeurs des Andonites; ces peuples considéraient toujours les jumeaux comme d'heureux présages.
De nombreuses races apprirent la technique de l'avortement, et cette pratique devint très courante après l'établissement du tabou sur les enfants de célibataires. Les jeunes filles eurent longtemps pour coutume de tuer leur enfant mais, dans les groupes plus civilisés, les enfants illégitimes devinrent pupilles de leur grand'mère maternelle. De nombreux clans primitifs furent virtuellement exterminés par les pratiques conjointes de l'avortement et de l'infanticide. Toutefois, malgré la tyrannie des moeurs, il était très rare de voir tuer des enfants après qu'ils eussent pris le sein une seule fois -- l'amour maternel est trop fort.
Il subsiste encore au vingtième siècle des restes de ces pratiques primitives de contrôle des naissances. Dans une tribu d'Australie, les mères refusent d'élever plus de deux ou trois enfants. Il n'y a pas très longtemps, les membres d'une tribu cannibale mangeaient chaque enfant cinquième né. À Madagascar, quelques tribus détruisent encore tous les enfants nés certains jours néfastes, et cette pratique provoque la mort d'environ vingt-cinq pour cent des nouveau-nés.
Du point de vue mondial, le surpeuplement n'a jamais posé de question grave dans le passé, mais si les guerres se raréfient et si la science réussit à maîtriser progressivement les maladies humaines, il peut devenir un problème sérieux dans un proche avenir. À ce moment-là, la grande épreuve de sagesse dans la conduite du monde se présentera. Les dirigeants d'Urantia auront-ils la clairvoyance et le courage de favoriser la multiplication d'êtres humains moyens et stabilisés, ou de favoriser celle des groupes extrêmes, d'une part ceux qui dépassent la normale et d'autre part la masse vertigineusement croissante des êtres inférieurs à la normale? L'homme normal devrait être encouragé; il est l'épine dorsale de la civilisation et la source des génies mutants de la race. L'homme inférieur à la normale devrait être gardé sous le contrôle de la société; il ne devrait pas en être produit plus qu'il n'en faut pour travailler aux niveaux inférieurs de l'industrie, aux tâches qui demandent une intelligence dépassant le niveau animal, mais exigent des activités d'un niveau tellement inférieur qu'elles deviennent véritablement un esclavage et un asservissement pour les types supérieurs de l'humanité.
[Présenté par un Melchizédek jadis stationné sur Urantia.]
LA RÉBELLION PLANÉTAIRE
IL est impossible de comprendre les problèmes associés à l'existence de l'homme sur Urantia sans avoir des notions sur certaines grandes époques du passé, notamment sur l'occurrence et les conséquences de la rébellion planétaire. Bien que ce soulèvement n'ait pas eu de conséquences sérieuses sur le progrès de l'évolution organique, il modifia notablement le cours de l'évolution sociale et du développement spirituel. Toute l'histoire hyperphysique de la planète fut profondément influencée par cette calamité dévastatrice.
1. -- LA TRAHISON DE CALIGASTIA
Caligastia avait eu la charge d'Urantia depuis trois cent mille ans lorsque Satan, l'assistant de Lucifer, fit l'une de ses visites l'inspection périodiques. Quand Satan arriva sur la planète, son aspect ne ressemblait en rien à vos caricatures de son infâme majesté. Il était, et il est toujours, un fils Lanonandek d'un grand éclat. « Et ce n'est pas étonnant, car Satan lui-même est une brillante créature de lumière (1) ».
Au cours de cette inspection, Satan informa Caligastia de la « Déclaration de Liberté » que Lucifer se proposait alors de faire et, ainsi que nous le savons maintenant, le Prince tomba d'accord pour trahir la planète dès que la rébellion serait annoncée. Les personnalités loyales de l'univers éprouvent un dédain particulier pour le Prince Caligastia à cause de cette trahison préméditée de sa mission. Le Fils Créateur exprima ce mépris lorsqu'il dit: « Tu ressembles à ton chef, Lucifer, et tu as perpétué son iniquité d'une façon coupable. Il fut un falsificateur dès qu'il commença à s'exalter lui-même, parce qu'il ne demeurait pas dans la vérité ».
Dans tout le travail administratif d'un univers local, nulle mission importante n'est jugée plus sacrée que celle d'un Prince Planétaire qui prend la responsabilité du bien-être et de la direction des mortels évolutionnaires sur un monde nouvellement habité. De toutes les formes du mal, aucune n'a d'effet plus destructeur sur le statut de la personnalité que la trahison d'une charge et la déloyauté envers des amis confiants. En commettant délibérément ce péché, Caligastia faussa si complètement sa personnalité que sa pensée ne fut plus jamais pleinement capable de retrouver son équilibre.
Il existe de nombreuses façons d'envisager le péché mais, du point de vue philosophique universel, le péché est le comportement d'une personnalité qui résiste sciemment à la réalité cosmique. On peut considérer l'erreur comme une fausse conception ou comme une déformation de la réalité. Le mal est une réalisation incomplète des réalités universelles ou un ajustement défectueux à ces dernières. Mais le péché est une résistance réfléchie à la réalité divine -- un choix conscient de s'opposer au progrès spirituel -- tandis que l'iniquité consiste à défier ouvertement et avec persistance la réalité reconnue; elle représente un tel degré de désintégration de la personnalité qu'elle frise la démence cosmique.
L'erreur suggère un manque d'acuité intellectuelle; le mal, un défaut de sagesse; et le péché, une pauvreté spirituelle abjecte; mais l'iniquité dénote que le contrôle de la personnalité est en voie de disparaître.
Quand le péché a été bien des fois choisi et souvent répété, il peut devenir une habitude. Les pécheurs impénitents peuvent facilement devenir iniques et se rebeller dans leur coeur contre l'univers et toutes ses réalités divines. Alors que toutes les formes de péché peuvent être pardonnées, nous doutons qu'un être inique confirmé puisse jamais éprouver de regrets sincères pour ses méfaits ou accepter le pardon de ses péchés.
(1) Cf. 2 Corinthiens XI-14.
2. -- LE DÉBUT DE LA RÉBELLION
Peu après l'inspection de Satan et alors que l'administration planétaire était à la veille de réaliser de grandes choses sur Urantia, un jour au milieu de l'hiver des continents septentrionaux, Caligastia tint une longue conférence avec son associé Daligastia, à la suite de laquelle ce dernier convoqua les dix conseils d'Urantia en session extraordinaire. L'assemblée fut ouverte par la déclaration que le Prince Caligastia était sur le point de se proclamer souverain absolu d'Urantia et exigeait que tous les groupes administratifs abdiquent en remettant toutes leurs fonctions et tous leurs pouvoirs entre les mains de Daligastia, désigné comme mandataire en attendant la réorganisation du gouvernement planétaire et la redistribution consécutive des charges de l'autorité administrative.
La présentation de cette ahurissante demande fut suivie du magistral appel de Van, président du conseil suprême de coordination. Cet éminent administrateur et remarquable juriste stigmatisa la proposition de Caligastia en la dénonçant comme un acte frisant la rébellion planétaire. Il conjura ses collègues de s'abstenir de toute participation tant que l'on n'aurait pas interjeté appel auprès de Lucifer, Souverain du Système de Satania; il obtint l'appui de l'état-major tout entier. En conséquence, un appel fut lancé à Jérusem d'où revinrent immédiatement des ordres désignant Caligastia comme souverain suprême d'Urantia et enjoignant une obéissance absolue et aveugle à ses commandements. C'est en réponse à ce message stupéfient que le noble Van fit son fameux discours de sept heures dans lequel il accusait formellement Daligastia, Caligastia, et Lucifer d'outrager la souveraineté de l'univers de Nébadon; il fit alors appel aux Très Hauts d'Édentia pour être soutenu et confirmé.
Entre-temps les circuits du système avaient été coupés; Urantia était isolée. Tous les groupes de vie céleste présents sur la planète se trouvèrent soudain isolés sans préavis, c'est-à-dire totalement privés de tous avis et conseils extérieurs.
Daligastia proclama officiellement Caligastia « Dieu d'Urantia et suprême au dessus de tout ». Avec cette proclamation, les dés étaient jetés; chaque groupe se retira et commença ses délibérations, discussions destinées finalement à déterminer le sort de toutes les personnalités supra-humaines sur la planète.
Des séraphins et des chérubins et d'autres êtres célestes furent impliqués dans les décisions de cette lutte implacable, de ce long et coupable conflit. De nombreux groupes supra-humains qui se trouvaient par hasard sur Urantia au moment de son isolement y furent retenus et, à l'instar des séraphins et de leurs associés, contraints de choisir entre le péché et la droiture -- entre les voies de Lucifer et la volonté du Père invisible.
La bataille se poursuivit pendant plus de sept ans. Tant que chaque personnalité touchée n'eut pas pris sa décision définitive, les autorités d'Édentia ne voulurent pas interférer et n'intervinrent pas. C'est alors seulement que Van et ses associés loyaux reçurent leur justification et furent dégagés de leur longue anxiété et de leur intolérable incertitude.
3. -- LES SEPT ANNÉES DÉCISIVES
La nouvelle que la rébellion avait éclaté sur Jérusem, capitale de Satania, fut télédiffusée par le conseil des Melchizédeks. Les Melchizédeks chargés des affaires urgentes furent immédiatement envoyés à Jérusem, et Gabriel se porta volontaire pour représenter le Fils Créateur dont l'autorité avait été mise au défi. En même temps que l'annonce de l'état de rébellion dans Satania, le système fut mis en quarantaine, isolé de ses systèmes frères. Il y eut « guerre dans le ciel (1) » (dans le quartier général de Satania) et elle s'étendit à toutes les planètes du système local.
(1) Apocalypse XII-7.
Sur Urantia, quarante membres de l'état-major corporel des cent (y compris Van) refusèrent de se joindre à l'insurrection. De nombreux assistants humains (modifiés et autres) de l'état-major furent également de nobles et braves défenseurs de Micaël et du gouvernement de son univers. Il y eut une terrible perte de personnalités parmi les séraphins et les chérubins. Près de la moitié des séraphins administratifs et des séraphins provisoirement attachés à la planète firent cause commune avec leur chef et avec Daligastia pour défendre la cause de Lucifer. 40.119 médians primaires se joignirent à Caligastia, mais les 9.881 autres restèrent fidèles à leur mission.
Le Prince félon mit en place les médians déloyaux et d'autres groupes de personnalités rebelles, et les organisa pour exécuter ses ordres, tandis que Van rassemblait les médians loyaux et d'autres groupes fidèles et commençait la grande bataille pour sauver l'état-major planétaire et les autres personnalités célestes bloquées sur Urantia.
Durant la lutte, les loyalistes s'installèrent dans un établissement peu protégé et sans remparts situé à quelques kilomètres à l'est de Dalamatia, mais leurs habitations étaient gardées jour et nuit par les médians loyaux toujours vigilants et attentifs, et ils avaient en leur possession l'inestimable arbre de vie.
Lors de l'éclatement de la rébellion, des chérubins et des séraphins loyaux, aidés de trois médians fidèles, assurèrent la garde de l'arbre de vie et permirent seulement aux quarante loyalistes de l'état-major et à leurs associés humains modifiés d'avoir accès aux fruits et aux feuilles de cette plante énergétique. Ces Andonites modifiés associés à Van étaient au nombre de cinquante-six; seize autres qui avaient suivi l'état-major déloyal refusèrent d'entrer en rébellion avec leurs maîtres.
Au long des sept années décisives de la rébellion de Caligastia, Van se consacra totalement à prendre soin de son armée loyale d'hommes, de médians, et d'anges. La clairvoyance spirituelle et la constance morale qui permirent à Van de conserver cette attitude inébranlable de loyauté envers le gouvernement de l'univers étaient le produit d'une pensée claire, d'un raisonnement sage, d'un jugement logique, d'une motivation sincère, d'un dessein généreux, d'une loyauté intelligente, d'une mémoire expérientielle, d'un caractère discipliné, et d'une personnalité consacrée sans réserve à faire la volonté du Père paradisiaque.
Ces sept années d'attente furent un temps d'examen de conscience et de discipline de l'âme. De pareilles crises dans les affaires de l'univers démontrent la prodigieuse influence de la pensée comme facteur de choix spirituel. Education, formation, et expérience sont des facteurs vitaux dans la plupart des décisions de toute créature morale évolutionnaire, mais il est parfaitement possible à l'esprit intérieur d'entrer en contact direct avec les pouvoirs qui déterminent les décisions de la personnalité humaine et de permettre ainsi à la volonté totalement consacrée de la créature d'accomplir des actes stupéfiants de dévotion loyale à la volonté et aux voies du Père céleste. C'est précisément ce qui arriva dans l'expérience d'Amadon, l'associé humain modifié de Van.
Amadon est le héros humain le plus remarquable de la rébellion de Lucifer. Ce descendant mâle d'Andon et de Fonta fut l'un des cent mortels qui avaient apporté leur plasma vivant à l'état-major du Prince, et il ne cessa pas, depuis cet événement, d'être attaché à Van à titre d'associé et d'assistant humain. Amadon choisit de rester aux côtés de son chef pendant toute cette longue lutte éprouvante; ce fut un spectacle vivifiant de voir cet enfant des races évolutionnaires demeurer insensible aux sophismes de Daligastia, tandis qu'au cours des sept années de la lutte Van et ses associés loyaux résistaient avec une fermeté inébranlable à tous les enseignements trompeurs du brillant Caligastia.
Caligastia, avec un maximum d'intelligence et une vaste expérience des affaires de l'univers, s'égara -- il embrassa le péché. Amadon, avec un minimum d'intelligence et une absence totale d'expérience universelle, resta opiniâtrement au service de l'univers et fidèle à son associé. Van employa à la fois sa pensée et son esprit dans une magnifique et efficace combinaison de résolution intellectuelle et de perspicacité spirituelle; il atteignit ainsi le niveau expérientiel d'épanouissement de la personnalité de l'ordre le plus élevé auquel on puisse parvenir. Quand la pensée et l'esprit sont pleinement unis, ils ont le potentiel nécessaire pour créer des valeurs supra-humaines, voire même des réalités morontielles.
On pourrait raconter indéfiniment les événements sensationnels de ces jours tragiques, mais enfin la dernière personnalité en jeu prit sa décision définitive, et alors, mais alors seulement, un Très Haut d'Édentia arriva en compagnie des Melchizédeks chargés des problèmes d'urgence pour se saisir de l'autorité sur Urantia. Les annales panoramiques du règne de Caligastia furent effacées sur Jérusem et la période probatoire de la réhabilitation planétaire commença.
4. -- LES CENT DE CALIGASTIA APRÈS LA RÉBELLION
Après avoir procédé à l'appel nominatif final, on constata que les membres corporels de l'état-major du prince s'étaient répartis comme suit: Van et tous les membres de son tribunal coordonnateur étaient restés loyaux. Ang et trois membres du conseil de l'alimentation avaient survécu. Tout le conseil de la domestication des animaux avait rejoint la rébellion, ainsi que tous les consultants chargés de la protection contre les bêtes de proie. Fad et cinq membres du collège d'enseignement étaient sauvés. Nod et toute la commission de l'industrie et du commerce avaient suivi Caligastia. Hap et tout le collège de la religion révélée restaient loyaux à Van et à son noble groupe. Lut et tout le conseil de la santé étaient perdus. Le conseil de l'art et de la science resta loyal dans sa totalité mais Tut et tous les membres de la commission des gouvernements tribaux s'égarèrent. Sur les cent, quarante étaient donc sauvés. Ils furent transférés plus tard sur Jérusem, d'où ils reprirent leur périple vers le Paradis.
Les soixante membres de l'état-major planétaire qui prirent parti pour la rébellion choisirent Nod pour chef. Ils travaillèrent de tout coeur pour le Prince rebelle, mais s'aperçurent bientôt qu'ils étaient privés, du soutien des circuits vitaux du système. Ils prirent conscience du fait qu'ils avaient été rabaissés au statut des êtres mortels. Ils étaient certes surhumains, mais en même temps matériels et mortels. Dans un effort pour accroître leur nombre, Daligastia ordonna un recours immédiat à la reproduction sexuée, sachant parfaitement que les soixante membres originels de l'état-major qui l'avaient suivi et leurs quarante-quatre associés andoniques modifiés étaient condamnés à mourir tôt ou tard. Après la chute de Dalamatia, l'état-major déloyal émigra vers le nord et vers l'est. Les descendants de ses membres furent connus longtemps sous le nom de Nodites, et leur lieu d'habitation comme « pays de Nod »(1).
(1) Genèse IV-16.
La présence de ces extraordinaires surhommes et super-femmes, abandonnés par suite de la rébellion et s'unissant bientôt aux fils et aux filles de la terre, donna aisément naissance aux histoires traditionnelles des dieux descendant du ciel pour s'unir aux mortels. Telle fut l'origine des mille et une légendes de nature mythique, mais fondées sur les faits consécutifs à la rébellion, qui prirent place plus tard dans les contes et les traditions folkloriques de divers peuples dont les ancêtres étaient entrés en contact avec les Nodites et leurs descendants.
Privés de subsistance spirituelle, les rebelles de l'état-major moururent finalement de mort naturelle. Une grande part de l'idolâtrie ultérieure des races humaines doit son origine au désir de perpétuer le souvenir de ces êtres hautement honorés à l'époque de Caligastia.
Au moment de leur arrivée sur Urantia, les cent de l'état-major avaient été temporairement détachés de leurs Ajusteurs de Pensée. Immédiatement après l'arrivée des syndics Melchizédeks, les personnalités loyales (à l'exception de Van) furent renvoyées à Jérusem et réunies à leurs Ajusteurs en attente. Nous ne connaissons pas le sort des soixante rebelles de l'état-major; leurs Ajusteurs demeurent toujours sur Jérusem. Les choses resteront sans doute en l'état jusqu'à ce que l'ensemble de la rébellion de Lucifer ait été définitivement jugé et que l'on ait statué sur le sort de tous ses participants.
Il était très difficile à des êtres comme les anges et les médians de concevoir que de brillants dirigeants de confiance comme Caligastia et Daligastia puissent s'égarer -- commettre un péché perfide. Ces êtres qui succombèrent au péché -- ils n'entrèrent pas en rébellion délibérément ni de façon préméditée -- furent fourvoyés par leurs supérieurs, abusés par les chefs en qui ils avaient confiance. Il était également facile de gagner le soutien des mortels évolutionnaires à mentalité primitive.
En grande majorité, les êtres humains et surhumains qui furent victimes de la rébellion de Lucifer sur Jérusem et sur les différentes planètes induites en erreur se sont depuis longtemps repentis de leur folie. Nous croyons vraiment que tous ces pénitents sincères seront réhabilités d'une manière ou d'une autre et réintégrés à une phase déterminée du service de l'univers quand les Anciens des Jours auront jugé en dernier ressort les affaires de la rébellion de Satania, ce qu'ils ont récemment entrepris.
5. -- LES RÉSULTATS IMMÉDIATS DE LA RÉBELLION
Une grande confusion régna dans Dalamatia et aux alentours pendant près de cinquante ans après l'instigation de la rébellion. Une tentative fut faite pour réorganiser radicalement et complètement le monde entier; la révolution prit la place de l'évolution en tant que politique de progrès culturel et d'amélioration raciale. Un progrès soudain du niveau culturel apparut parmi les éléments supérieurs et partiellement éduqués résidant à Dalamatia ou dans le voisinage, mais quand on essaya d'appliquer ces nouvelles méthodes radicales aux peuplades éloignées, il en résulta immédiatement un désordre indescriptible et un pandémonium racial. La liberté fut rapidement transformée en licence par les hommes primitifs à moitié évolués de cette époque.
Très tôt après la rébellion, tout l'état-major séditieux se trouva engagé dans une défense énergique de la ville contre les hordes de demi-sauvages qui assiégeaient ses murs en application des doctrines de liberté qui leur avaient été prématurément enseignées. Des années avant que le magnifique quartier général fût englouti par les vagues des mers du sud, les tribus mal dirigées et mal instruites de l'arrière-pays de Dalamatia s'étaient déjà abattues dans un assaut sauvage sur la ville splendide, chassant vers le nord l'état-major de la sécession et ses associés.
Le plan de Caligastia pour reconstruire immédiatement la société humaine selon ses idées sur les libertés individuelles et collectives se révéla rapidement un échec plus ou moins complet. La société s'effondra vite à son ancien niveau biologique, et la lutte pour le progrès dut recommencer entièrement à partir d'un point à peine plus avancé qu'au début du régime de Caligastia, car le soulèvement avait aggravé l'état de confusion dans le monde.
Cent soixante-deux ans après la rébellion, un raz de marée balaya Dalamatia; le quartier général planétaire s'enfonça au-dessous du niveau de la mer et n'émergea plus avant la disparition de presque tous les vestiges de la noble culture de ces âges splendides.
Quand la première capitale du monde fut engloutie, elle n'abritait que des types inférieurs des races Sangik d'Urantia, des rénégats qui avaient converti le temple du Père en un sanctuaire dédié à Nod, le faux dieu de la lumière et du feu.
6. -- VAN - L'INÉBRANLABLE
Les partisans de Van se retirèrent de bonne heure dans les hautes terres de l'ouest de l'Inde, où ils furent à l'abri des attaques lancées par les races en pleine confusion des basses terres. De ce lieu de retraite, ils songèrent à préparer la réhabilitation du monde, comme leurs antiques prédécesseurs Badonites avaient jadis inconsciemment travaillé au bien-être de l'humanité juste avant la naissance des tribus Sangik.
Avant l'arrivée des syndics Melchizédeks, Van confia la gestion des affaires humaines à dix commissions de quatre membres chacune, commissions identiques à celles du régime du Prince. Les Porteurs de Vie résidents les plus anciens assurèrent la présidence temporaire de ce conseil de quarante, qui fonctionna pendant les sept années d'attente. Des groupes semblables d'Amadonites se chargèrent de ces responsabilités quand les trente-neuf membres loyaux de l'état-major retournèrent à Jérusem.
Ces Amadonites descendaient du groupe de 144 Andonites loyaux auquel appartenait Amadon, et auxquels il donna son nom. Ce groupe comprenait trente-neuf hommes et cent cinq femmes. Sur ce nombre, cinquante-six avaient un statut d'immortalité et, à l'exception d'Amadon, ils furent tous transférés avec les membres loyaux de l'état-major. Les éléments restants de ce noble groupe continuèrent leur oeuvre sur terre jusqu'à la fin de leur incarnation, sous la direction de Van et d'Amadon. Ils formèrent le levain biologique qui se multiplia et continua d'assurer la direction du monde pendant les longs âges ténébreux qui suivirent la rébellion.
Van fut laissé sur Urantia jusqu'à l'arrivée d'Adam et y demeura le chef en titre de toutes les personnalités supra-humaines opérant sur la planète. Amadon et lui furent sustentés pendant plus de cent cinquante mille ans par la technique de l'arbre de vie en liaison avec le ministère de vie spécialisé des Melchizédeks.
Les affaires d'Urantia furent longtemps administrées par un conseil de syndics planétaires, douze Melchizédeks confirmés par ordre du chef doyen de la constellation, le Très Haut Père de Norlatiadek. Les syndics Melchizédeks étaient assistés d'un comité consultatif consistant en: un des aides loyaux du Prince déchu, les deux Porteurs de Vie résidents, un Fils Trinitisé faisant son apprentissage, un Fils instructeur volontaire, une Brillante Étoile du Soir venant périodiquement d'Avalon, les chefs des séraphins et des chérubins, des conseillers venus de deux planètes voisines, le directeur général de la vie angélique subalterne, et Van, commandant en chef des médians. C'est ainsi qu'Urantia fut gouvernée et administrée jusqu'à l'arrivée d'Adam. Il n'y a rien d'étrange à ce qu'une place ait été assignée au loyal et courageux Van dans le conseil des syndics planétaires qui administra pendant si longtemps les affaires d'Urantia.
Les douze syndics Melchizédeks d'Urantia firent une oeuvre héroïque. Ils préservèrent les restes de la civilisation, et leur politique planétaire fut fidèlement exécutée par Van. Moins de mille ans après la rébellion, Van avait disséminé plus de trois cent cinquante groupes pionniers dans le monde. Ces avant-postes de la civilisation consistaient largement en descendants des Andonites loyaux légèrement croisés de races Sangik (particulièrement d'hommes bleus) et de Nodites.
Malgré le terrible recul provoqué par la rébellion, il restait sur terre beaucoup de bonnes lignées biologiquement prometteuses. Sous le contrôle supérieur des syndics Melchizédeks, Van et Amadon continuèrent leur oeuvre. Ils encouragèrent l'évolution naturelle de la race humaine, faisant progresser l'évolution physique des hommes jusqu'au point culminant justifiant l'envoi d'un Fils et d'une Fille Matériels sur Urantia.
Van et Amadon restèrent sur terre jusqu'à l'arrivée d'Adam et d'Eve. Quelques années après, ils furent transférés à Jérusem, où Van fut réuni à son Ajusteur qui l'attendait. Van sert maintenant pour le compte d'Urantia en attendant l'ordre de reprendre le long, long chemin vers la perfection du Paradis et vers la destinée non-révélée du Corps des Mortels de la Finalité en voie d'assemblement.
Il convient de noter qu'au moment où Van fit appel aux Très Hauts d'Édentia, après que Lucifer eut soutenu Caligastia sur Urantia, les Pères de la Constellation notifièrent immédiatement une décision appuyant Van sur tous les points en litige. Ce verdict ne réussit pas à atteindre Van parce que les circuits planétaires de communication furent coupés pendant sa transmission. C'est tout récemment que ce jugement tangible fut découvert en possession d'un transmetteur d'énergie relayée chez qui il avait été bloqué depuis l'isolement d'Urantia. Sans cette découverte faite à la suite des recherches des médians d'Urantia, la remise de cette décision aurait attendu le rétablissement d'Urantia dans les circuits de la constellation. Cet accident apparent dans les communications interplanétaires était possible parce que les transmetteurs d'énergie peuvent recevoir et transmettre l'intelligence, mais ne peuvent prendre l'initiative des communications.
Le statut technique de Van dans les annales juridiques de Satania ne fut pas effectivement et définitivement établi avant l'enregistrement sur Jérusem du jugement des Pères d'Édentia.
7. -- LES RÉPERCUSSIONS LOINTAINES DU PÉCHÉ
Les conséquences personnelles (centripètes) du rejet volontaire et persistant de la lumière par une créature sont à la fois inévitables et individuelles; elles n'intéressent que la Déité et la créature en question. Cette récolte d'iniquité destructrice de l'âme est la moisson intérieure de la créature volitive inique.
Il n'en est pas de même pour les répercussions externes du péché. Les conséquences impersonnelles (centrifuges) du péché commis sont inévitables et collectives, et touchent toutes les créatures qui vivent dans la zone affectée par ces événements.
Cinquante mille ans après l'effondrement de l'administration planétaire, les affaires terrestres étaient si désorganisées et retardées que la race humaine avait très peu gagné par rapport au statut évolutionnaire général existant au moment de l'arrivée de Caligastia trois cent cinquante mille ans auparavant. À certains égards, des progrès avaient été accomplis, à d'autres, beaucoup de terrain avait été perdu.
Le péché n'est jamais purement localisé dans ses effets. Les secteurs administratifs de l'univers sont des organismes; la condition d'une personnalité doit dans une certaine mesure être partagée par tous. Le péché étant un comportement de la personne vis-à-vis de la réalité, il est destiné à faire apparaître sa moisson inhérente négative sur tous les niveaux connexes de valeurs universelles. Mais les pleines conséquences des idées erronées, des mauvaises actions, ou des projets entachés de péché sont subies seulement au niveau de l'accomplissement proprement dit. La transgression de la loi de l'univers peut être fatale dans le domaine physique sans impliquer sérieusement la pensée ni porter atteinte à l'expérience spirituelle. Le péché n'est chargé de conséquences fatales pour la survie de la personnalité que s'il représente le comportement de l'être tout entier, le choix de sa pensée et la volonté de son âme.
Le mal et le péché ont des conséquences dans les domaines matériels et sociaux et peuvent même parfois retarder le progrès spirituel sur certains niveaux de réalité universelle, mais le péché d'un être quelconque ne dérobe jamais à un autre le droit divin de parvenir à la survie de la personnalité. La survivance éternelle ne peut être mise en péril que par les décisions de la pensée et le choix de l'âme de l'intéressé lui-même.
Le péché commis sur Urantia ne retarda presque pas l'évolution biologique, mais il eut pour effet de priver les races humaines du plein bénéfice de l'héritage adamique. Le péché retarde énormément le développement intellectuel, la croissance morale, le progrès social, et l'aboutissement spirituel des masses. Il n'empêche pas un individu qui choisit de connaître Dieu et d'accomplir sincèrement la volonté divine d'atteindre la plus haute spiritualité.
Caligastia se rebella, Adam et Eve firent défaut, mais nulle personne née ensuite sur Urantia n'a souffert de ces erreurs dans son expérience spirituelle individuelle. Tous les mortels nés sur Urantia depuis la rébellion de Caligastia ont été quelque peu pénalisés dans le temps, mais le bonheur futur de leurs âmes n'a jamais été le moins du monde compromis dans l'éternité. Nul ne subit jamais une privation spirituelle essentielle à cause du péché d'autrui. Le péché est pleinement personnel pour ce qui est de la culpabilité morale ou des conséquences spirituelles, nonobstant ses profondes répercussions dans le domaine social, intellectuel, et administratif.
Nous ne pouvons sonder la sagesse qui permet de telles catastrophes, mais nous pouvons toujours discerner les effets bénéfiques des troubles locaux quand ils se reflètent sur l'ensemble de l'univers.
8. -- LE HÉROS HUMAIN DE LA RÉBELLION
Bien des êtres courageux s'opposèrent à la rébellion de Lucifer sur les divers mondes de Satania, mais les annales de Salvington décrivent Amadon comme le caractère le plus remarquable de tout le système à cause de sa glorieuse résistance au raz de marée de la sédition et de son inébranlable dévotion à Van -- ils restèrent tous deux inflexibles dans leur loyauté envers la suprématie du Père invisible et de son Fils Micaël.
Au moment où se produisirent ces événements mémorables, j'occupais un poste sur Édentia et j'ai toujours conscience de la profonde joie que j'éprouvais en prenant connaissance des messages de Salvington qui nous rapportaient jour après jour l'incroyable opiniâtreté, la dévotion transcendante, et la merveilleuse loyauté de ce descendant jadis à moitié sauvage de la branche originelle et expérimental de la race andonique.
D'Édentia jusqu'à Uversa en passant par Salvington, pendant sept longues années, la première question de tous les êtres célestes subordonnés au sujet de la rébellion de Satania était encore et toujours: « Que devient Amadon d'Urantia? Tient-il toujours bon?»
Si la rébellion de Lucifer a handicapé le système local et ses mondes déchus, si la perte de Caligastia et de ses associés égarés a freiné temporairement le progrès de la constellation de Norlatiadek, considérez par contre l'effet produit par l'immense retentissement de la conduite inspirante de cet étonnant enfant de la nature et du groupe résolu de ses 143 compagnons qui luttèrent inébranlablement pour les concepts les plus élevés de gestion et d'administration de l'univers contre la formidable pression adverse exercée par leurs supérieurs déloyaux. Permettez-moi de vous assurer que cet exploit a déjà fait plus de bien dans l'univers de Nébadon et le superunivers d'Orvonton que le total du mal et des malheurs créés par la rébellion de Lucifer.
Cette aventure éclaire magnifiquement et d'une manière émouvante la sagesse du plan universel du Père pour mobiliser le Corps de la Finalité Humaine au Paradis et recruter en grande partie ce vaste groupe de mystérieux serviteurs de l'avenir dans l'argile commune des mortels en progression ascendante -- précisément des mortels semblables à l'inébranlable Amadon.
[Présenté par un Melchizédek de Nébadon.]
LE PRINCE PLANÉTAIRE D'URANTIA
L'AVÈNEMENT d'un Fils Lanonandek sur un monde moyen signifie que la volonté, la faculté de choisir le sentier de la survie éternelle, a pris naissance dans la pensée des hommes primitifs. Mais sur Urantia, le Prince Planétaire arriva presque un demi-million d'années après l'apparition de la volonté humaine.
Il y a environ cinq cent mille ans, concurremment avec l'apparition des six races de couleur ou races Sangik, Caligastia, le Prince Planétaire, arriva sur Urantia. Il y avait alors sur terre presque un demi-milliard d'êtres humains primitifs, assez bien répartis sur l'Europe, l'Asie, et l'Afrique. Le quartier général du Prince, établi en Mésopotamie, était à peu près au centre du monde habité.
1. -- LE PRINCE CALIGASTIA
Caligastia était un Fils Lanonandek, le numéro 9.344 de l'ordre secondaire. Il avait acquis de l'expérience dans l'administration des affaires de l'univers local en général et, à une époque plus récente, dans la direction du système local de Satania en particulier.
Antérieurement au règne de Lucifer sur Satania, Caligastia avait été attaché au comité consultatif des Porteurs de Vie sur Jérusem. Il occupa ensuite une situation élevée dans l'entourage personnel de Lucifer et y accomplit assez bien cinq missions successives d'honneur et de confiance.
Caligastia chercha très tôt à obtenir un mandat de Prince Planétaire, mais à plusieurs reprises, lorsque sa requête fut présentée à l'approbation des conseils de la constellation, elle n'obtint pas l'assentiment des Pères de la Constellation. Caligastia semblait particulièrement désireux d'être envoyé comme chef planétaire sur un monde décimal ou modificateur de vie. Après plusieurs rejets de sa demande, il fut finalement affecté à Urantia.
Caligastia quitta Jérusem pour son poste de dirigeant d'une planète avec une réputation enviable de fidélité et de dévouement au bien-être de son univers d'origine et de résidence, nonobstant une certaine instabilité caractéristique doublée d'une tendance à désapprouver, en certaines affaires mineures, l'ordre établi.
J'étais présent à Jérusem lorsque le brillant Caligastia quitta la capitale du système. Nul prince planétaire ne s'embarqua jamais pour une carrière de règne sur un monde avec une expérience préparatoire plus riche ni avec de plus belles perspectives que Caligastia en ce jour mémorable il y a un demi-million d'années. Une chose est certaine: tandis que j'exécutais ma tâche de transmettre le récit de cet événement sur les télédiffusions de l'univers local, je ne nourrissais pas un instant, même au moindre degré, l'idée que ce noble Lanonandek trahirait si tôt sa mission sacrée de conservateur planétaire et souillerait si horriblement le beau nom de son ordre élevé de fils de l'univers. Je considérais vraiment Urantia comme l'une des cinq ou six planètes les plus privilégiées de tout Satania pour avoir un penseur si expérimenté, si brillant, et si original au gouvernail de ses affaires mondiales. Je ne compris pas alors que Caligastia était en train de tomber insidieusement amoureux de lui-même; je n'avais pas encore pleinement saisi les subtilités de l'orgueil personnel.
2. -- L'ÉTAT-MAJOR DU PRINCE
Le Prince Planétaire d'Urantia ne fut pas envoyé seul pour accomplir sa mission; il était accompagné du corps habituel d'adjoints administratifs et d'assistants.
À la tête de ce groupe se trouvait Daligastia, l'adjoint-associé du Prince Planétaire. Daligastia était aussi un Fils Lanonandek secondaire et portait le numéro 319.407 de l'ordre. Il avait rang d'assistant au moment de son affectation comme associé de Caligastia.
L'état-major planétaire comprenait un grand nombre de coopérateurs angéliques et une foule d'autres êtres célestes chargés de faire progresser les intérêts et de promouvoir le bien-être des races humaines. De votre point de vue, le groupe le plus intéressant était celui des membres corporels de l'état-major du Prince -- ceux que l'on appelle parfois les cent de Caligastia.
Ces cent membres rematérialisés de l'état-major du Prince furent choisis par Caligastia parmi plus de 785.000 citoyens ascendants de Jérusem qui se portèrent volontaires pour se lancer dans l'aventure d'Urantia. Les cent provenaient chacun d'une planète différente, et aucun d'entre eux n'était Urantien.
Ces volontaires de Jérusem furent directement amenés de la capitale du système sur Urantia par transport séraphique. Après leur arrivée, ils furent maintenus enséraphinés jusqu'à ce que l'on ait pu leur procurer des formes de personnalité appropriées à la double nature de leur service planétaire spécial, un corps physique formé de chair et de sang, mais également en résonance avec les circuits de vie du système.
Peu de temps avant l'arrivée de ces cent citoyens de Jérusem, les deux Porteurs de Vie superviseurs, qui résidaient sur Urantia et qui avaient déjà leurs plans mis au point, demandèrent à Jérusem et à Edentia la permission de transplanter le plasma vital de cent survivants sélectionnés de la race d'Andon et de Fonta dans les corps matériels prévus pour les membres corporels de l'état-major du Prince. La requête fut accordée sur Jérusem et approuvée sur Edentia.
En conséquence, les Porteurs de Vie choisirent dans la postérité d'Andon et de Fonta cinquante hommes et cinquante femmes qui représentaient la survivance des meilleures lignées de cette race unique. A une ou deux exceptions près, ces Andonites qui contribuèrent à faire progresser la race étaient étrangers les uns aux autres. Partant d'endroits très éloignés, ils furent rassemblés au seuil du quartier général planétaire du Prince grâce aux directives des Ajusteurs de Pensée coordonnées avec des gouvernes séraphiques. Là, les cent sujets humains furent remis entre les mains de la commission fort experte de volontaires venus d'Avalon (1), qui ordonna d'extraire matériellement une portion du plasma vital de ces descendants d'Andon. Ces matériaux vivants furent ensuite transférés dans les corps matériels construits à l'usage des cent membres Jérusémites de l'état-major du Prince. Entre-temps, ces citoyens nouvellement arrivés de la capitale du système avaient été maintenus dans le sommeil du transport séraphique.
Ces opérations, ainsi que la création physique de corps spéciaux pour les cent de Caligastia, donnèrent naissance à de nombreuses légendes dont beaucoup furent ultérieurement confondues avec des traditions plus récentes touchant l'installation planétaire d'Adam et d'Eve.
L'opération de repersonnalisation toute entière, depuis l'arrivée des transports séraphiques amenant les cent volontaires de Jérusem jusqu'au moment où ils reprirent conscience comme êtres ternaires du royaume, dura exactement dix jours.
(1) Univers local voisin de celui de Nébadon
3. -- DALAMATIA -- LA VILLE DU PRINCE
Le quartier général du Prince Planétaire était situé dans la région du Golfe Persique d'alors, dans un district correspondant à la Mésopotamie d'aujourd'hui.
Le climat et le paysage mésopotamiens de ces temps étaient très différents des conditions qui ont parfois prévalu depuis lors; ils convenaient sous tous les rapports aux entreprises de l'état-major du Prince et de ses assistants. Il était nécessaire qu'un climat aussi favorable fit partie de l'ambiance naturelle destinée à inciter les primitifs d'Urantia à faire certains progrès initiaux en culture et en civilisation. La tâche essentielle de ces âges était de transformer ces chasseurs en bergers, avec l'espoir qu'ils évolueraient plus tard en agriculteurs casaniers et pacifiques.
Le quartier général du Prince Planétaire sur Urantia était un exemple typique de ce genre de stations sur une jeune sphère en voie de développement. Le noyau de l'établissement du Prince était une ville très simple mais très belle, enclose dans une muraille de douze mètres de haut. Ce centre mondial de culture fut nommé Dalamatia en l'honneur de Daligastia.
Le plan de la ville comportait dix subdivisions, avec les bâtiments des quartiers généraux des dix conseils de l'état-major corporel situés au centre de chacune de ces subdivisions. Au milieu de la ville s'élevait le temple du Père invisible. Le quartier général administratif du Prince et de ses associés était réparti en douze salles groupées à proximité immédiate du temple.
Les bâtiments de Dalamatia étaient tous à un étage, à l'exception des quartiers généraux des conseils, qui avaient deux étages, et du temple central du Père de tous, qui était petit mais comportait trois étages.
La ville était bâtie avec le meilleur matériau de construction de ces temps primitifs -- la brique. On avait employé très peu de pierre ou de bois. La construction des maisons et l'architecture des villages furent très améliorées chez les peuplades avoisinantes par l'exemple de Dalamatia.
Près du quartier général du Prince vivaient des êtres humains de toutes couleurs et de toutes classes. C'est parmi ces tribus voisines que furent recrutés les premiers élèves des écoles du Prince. Bien que les premières écoles de Dalamatia aient été rudimentaires, elles apportaient tout ce qui pouvait être fait pour les hommes et les femmes de cet âge primitif.
L'état-major corporel du Prince attirait continuellement autour de lui les individus supérieurs des tribus environnantes. Après avoir formé et inspiré ces élèves, il les renvoyait chez eux enseigner et guider leurs groupes ethniques respectifs.
4. -- LES PREMIERS JOURS DES CENT
L'arrivée de l'état-major du Prince créa une profonde impression. Il fallut presque un millier d'années pour que la nouvelle parvint au loin, mais les tribus voisines du quartier général mésopotamien furent prodigieusement influencées par les enseignements et la conduite des cent nouveaux habitants d'Urantia. Une grande partie de votre mythologie ultérieure provient des légendes tronquées des temps primitifs où les membres de l'état-major du Prince furent repersonnalisés sur Urantia en tant que surhommes.
L'obstacle le plus sérieux à la bonne influence des maîtres extra-planétaires est la tendance des mortels à les considérer comme des dieux; mais, à part la technique de leur apparition sur terre, les cent de Caligastia -- cinquante hommes et cinquante femmes -- n'eurent recours ni à des méthodes surnaturelles ni à des manipulations supra-humaines.
L'état-major corporel n'en était pas moins supra-humain. Ses membres commencèrent leur mission sur Urantia en tant qu'êtres ternaires et extraordinaires:
1. Ils étaient corporels et relativement humains, car ils avaient incorporé le véritable plasma vivant d'une des races humaines, celui de la race andonique d'Urantia.
Les cent membres de l'état-major du Prince étaient divisés par moitié quant au sexe, et répartis selon leur statut mortel antérieur. Chaque personne du groupe était capable de participer à la naissance d'un nouvel ordre d'êtres physiques, mais ils avaient été soigneusement avisés de n'avoir recours à la parenté que sous certaines conditions. C'est une coutume pour l'état-major corporel d'un Prince Planétaire de procréer ses successeurs seulement quelque temps avant de se retirer du service planétaire spécial. Cette procréation a généralement lieu au moment de l'arrivée de l'Adam et de l'Eve Planétaires, ou peu après.
C'est pourquoi ces êtres spéciaux ne savaient guère ou pas du tout quels types de créatures matérielles pourraient naître de leur union sexuelle. Ils ne le surent jamais, car avant qu'ils fussent parvenus à cette étape de leur oeuvre mondiale, la rébellion avait renversé le régime tout entier, et ceux qui jouèrent plus tard le rôle de parents avaient été isolés des courants de vie du système.
Les membres matérialisés de l'état-major de Caligastia avaient la couleur de peau et le langage de la race andonique. Ils se nourrissaient comme les mortels du royaume, avec la différence que les corps re-créés de ce groupe se satisfaisaient parfaitement d'un régime végétarien. C'est une des considérations qui fixa le choix de leur résidence dans une région chaude, riche en fruits et en toutes sortes de noix. La pratique consistant à vivre d'un régime végétarien remonte au temps des cent de Caligastia, car cette coutume se répandit même au loin et affecta le mode d'alimentation de nombreuses tribus voisines issues de races évolutionnaires autrefois exclusivement carnivores.
2. Les cent étaient des êtres matériels mais surhumains, du fait qu'ils avaient été reconstitués sur Urantia comme hommes et femmes uniques d'un ordre spécial et élevé.
À l'époque où ils jouissaient d'une citoyenneté provisoire sur Jérusem, les membres de ce groupe n'avaient pas encore fusionné avec leurs Ajusteurs de Pensée. Quand ils se portèrent volontaires et furent envoyés en service planétaire en liaison avec les ordres filiaux descendants, leurs Ajusteurs furent détachés. Mais ces Jérusémites étaient des êtres surhumains -- ils possédaient une âme de croissance ascendante. Au cours de la vie incarnée, l'âme est à l'état embryonnaire; elle naît (ressuscitée) dans la vie morontielle et subit une croissance dans les mondes morontiels successifs. Les âmes des cent de Caligastia avaient ainsi grandi par l'expérience progressive des sept mondes des maisons et atteint le statut de citoyenneté sur Jérusem.
Conformément à leurs instructions, les membres de l'état-major ne s'engagèrent pas dans la reproduction sexuelle, mais ils étudièrent minutieusement leur constitution personnelle et explorèrent soigneusement toutes les phases imaginables de liaisons intellectuelles (mentales) et morontielles (psychiques). C'est au cours de la trente-troisième année de leur séjour à Dalamatia, longtemps avant que le rempart ne fût terminé, que le numéro deux et le numéro sept du groupe Danite découvrirent par hasard un phénomène accompagnant la liaison de leurs personnalités morontielles (censément non sexuelle et immatérielle); le résultat de cette aventure se révéla être la première des créatures médianes primaires. Le nouvel être était parfaitement visible pour les cent et pour leurs associés célestes, mais demeurait invisible aux yeux des hommes et des femmes des différentes tribus humaines. Sous l'autorité du Prince Planétaire, tous les membres corporels de l'état-major se mirent à procréer des êtres similaires et tous y réussirent en suivant les instructions du couple danite de pionniers. C'est ainsi que l'état-major du Prince amena en fin de compte à l'existence le corps originel de 50.000 médians primaires.
Ces créatures de type médian furent très utiles pour exécuter les opérations du quartier général du monde. Elles étaient invisibles aux êtres humains, mais l'existence de ces semi-esprits invisibles fut enseignée aux premiers habitants de Dalamatia, et pendant des siècles ils constituèrent l'essentiel du monde des esprits pour ces mortels en évolution.
3. Les cent de Caligastia étaient personnellement immortels, ou impérissables. Les compléments antidotes des courants de vie du système circulaient dans leurs formes maternelles. Si la rébellion ne leur avait pas fait perdre contact avec les circuits de vie, ils auraient continué à vivre indéfiniment jusqu'à l'arrivée ultérieure d'un Fils de Dieu ou jusqu'au moment où ils auraient été libérés de leurs fonctions pour reprendre leur voyage interrompu vers Havona et le Paradis.
Les compléments antidotes des courants de vie de Satania provenaient du fruit de l'arbre de vie, un arbuste d'Edentia envoyé sur Urantia par les Très Hauts de Norlatiadek au moment de l'arrivée de Caligastia. A l'époque de Dalamatia, l'arbre poussait dans la cour centrale du temple du Père invisible, et le fruit de cet arbre de vie permettait aux êtres matériels de l'état-major du Prince, qui autrement auraient été mortels, de vivre indéfiniment tant qu'ils y avaient accès.
Sans avoir de valeur pour les races évolutionnaires, cette super-nourriture suffisait parfaitement pour conférer une vie continue aux cent de Caligastia ainsi qu'aux cent Andonites modifiés qui leur étaient associés.
Il convient d'expliquer à cet égard qu'au moment où les cent Andonites contribuèrent par une fraction de leur plasma germinatif humain à la rematérialisation des membres de l'état-major du Prince, les Porteurs de Vie introduisirent dans les corps mortels de ces Andonites le complément des circuits du système. Cela leur permit de continuer à vivre concurremment à l'état-major, siècle après siècle, en défiant la mort physique.
Les cent Andonites furent finalement informés de leur contribution aux nouvelles formes de leurs supérieurs, et ces mêmes cent enfants des tribus d'Andon furent maintenus au quartier général à titre de serviteurs personnels des membres corporels de l'état-major du Prince.
5. -- L'ORGANISATION DES CENT
Les cent étaient organisés pour le service en dix conseils autonomes de dix membres chacun. Lorsque deux conseils au moins siégeaient en session commune, ces assemblées de liaison étaient présidées par Daligastia. Les dix groupes étaient constitués comme suit:
1. Le conseil de l'alimentation et du bien-être matériel. Ce groupe était présidé par Ang. L'alimentation, la distribution de l'eau, l'habillement, et le progrès matériel de l'espèce humaine entraient dans les attributions de ce corps d'experts. Ils enseignèrent le forage des puits, le captage des sources, et l'irrigation. Ils apprirent aux gens venus des hautes altitudes et des régions nordiques à améliorer leurs méthodes pour traiter les peaux destinées à servir de vêtements; les professeurs d'arts et de sciences introduisirent plus tard le tissage.
Les méthodes de conservation de la nourriture firent de grands progrès. Les aliments furent conservés par cuisson, séchage, et fumage, devenant ainsi la première forme de la propriété. Les hommes apprirent à se prémunir contre les famines qui décimaient périodiquement le monde.
2. Le conseil de la domestication et de l'utilisation des animaux. Ce conseil avait pour tâche de choisir et d'élever les animaux les mieux adaptés pour aider les êtres humains à porter des fardeaux et à se transporter eux-mêmes, pour fournir de la nourriture, et plus tard pour servir à cultiver le sol. Ce corps expert était dirigé par Bon.
Des animaux utiles de plusieurs espèces maintenant éteintes furent dressés, ainsi que d'autres qui se perpétuèrent comme animaux domestiques jusqu'à notre époque. L'homme vivait depuis longtemps en compagnie du chien, et l'homme bleu avait déjà réussi à apprivoiser l'éléphant. Les bovins furent améliorés par un élevage soigné, au point de devenir une précieuse source de nourriture; le beurre et le fromage devinrent des éléments courants du régime humain. Les hommes apprirent à employer les boeufs pour porter des fardeaux, mais le cheval ne fut domestiqué qu'à une date ultérieure. Les membres de ce corps furent les premiers à enseigner aux hommes l'usage de la roue pour faciliter la traction.
Ce fut à cette époque que les pigeons voyageurs furent employés pour la première fois; ils étaient emportés pour les longs voyages et servaient à envoyer des messages ou à demander de l'aide. Le groupe de Bon réussit à dresser les grands fandors comme oiseaux transporteurs de passagers, mais leur race s'éteignit il y a plus de trente mille ans.
3. Les consultants chargés de triompher des bêtes de proie. Il n'était pas suffisant que l'homme primitif essaye de domestiquer certains animaux; il fallait encore qu'il apprenne à se protéger de la destruction par le reste du monde animal hostile. Le groupe instructeur correspondant était commandé par Dan.
Les murailles des anciennes villes avaient pour but aussi bien de protéger contre les bêtes féroces que d'empêcher les attaques inopinées d'humains hostiles. Les gens qui ne vivaient pas à l'abri des murailles devaient compter sur des habitations arboricoles, des huttes de pierre, et des feux entretenus toute la nuit. C'est pourquoi il était tout à fait normal que ces éducateurs consacrent beaucoup de temps à instruire leurs élèves en matière d'améliorations de l'habitat humain. Grâce à l'emploi de meilleures techniques et de pièges, de grands progrès furent accomplis dans la soumission du monde animal.
4. Le collège chargé de propager et de conserver la connaissance. Ce groupe organisa et dirigea les efforts purement éducatifs de ces âges primitifs. Il était présidé par Fad. Les procédés éducatifs de Fad consistaient à superviser les emplois tout en enseignant des méthodes de travail améliorées. Fad formula le premier alphabet et introduisit un système d'écriture. Son alphabet comprenait vingt-cinq caractères. Les peuples primitifs écrivaient sur des écorces d'arbre, des tablettes d'argile, des plaques de pierre, un genre de parchemin fait de peaux martelées, et une sorte de papier rudimentaire tiré des nids de guêpes. La bibliothèque de Dalamatia, détruite peu après la révolte de Caligastia, contenait plus de deux millions de manuscrits séparés; on l'appelait la « maison de Fad ».
Les hommes bleus avaient une prédilection marquée pour l'écriture alphabétique; ce sont eux qui firent les plus grands progrès dans cette direction. Les hommes rouges préféraient l'écriture picturale, tandis que les races jaunes s'orientèrent vers l'emploi de symboles pour les mots et les idées, très semblables à ceux qu'elles emploient actuellement. Mais l'alphabet et bien d'autres valeurs importantes furent ensuite perdus pour le monde pendant les désordres qui accompagnèrent la rébellion. L'apostasie de Caligastia détruisit l'espoir d'un langage universel, au moins pour des âges innombrables.
5. La commission de l'industrie et du commerce. Ce conseil était chargé de développer l'industrie parmi les tribus et de promouvoir le commerce entre les divers groupes pacifiques. Son chef était Nod. Toutes les formes de manufacture primitive furent encouragées par les membres de ce corps. Ils contribuèrent directement à élever le niveau de vie en fournissant de nombreuses marchandises nouvelles destinées à frapper l'imagination des hommes primitifs. Ils étendirent énormément le commerce du sel amélioré par le conseil des sciences et des arts.
C'est parmi les groupes éclairés instruits dans les écoles de Dalamatia que fut pratiqué le premier crédit commercial. Une bourse centrale de crédit fournissait des jetons symboliques qui étaient acceptés au lieu des objets réels de troc. Le monde n'améliora ces méthodes d'affaires que des centaines de milliers d'années plus tard.
6. Le collège de la religion révélée. Ce corps fut lent à fonctionner. La civilisation d'Urantia fut littéralement forgée entre l'enclume de la nécessité et les marteaux de la peur. Ce groupe avait cependant fait des progrès considérables dans sa tentative pour substituer la crainte du Créateur à la peur de la créature (culte des fantômes) quand ses travaux furent interrompus par les désordres accompagnant l'éclatement de la rébellion. Le président de ce conseil s'appelait Hap.
Aucun membre de l'état-major du Prince ne voulut présenter des révélations susceptibles de compliquer l'évolution; ils ne le firent que comme un apogée après avoir épuisé les forces de l'évolution. Mais Hap céda au désir des habitants de la ville de voir établir une forme de service religieux. Son groupe donna aux Dalamatiens les sept cantiques du culte ainsi que la formule de louange quotidienne, puis leur enseigna finalement la « prière au Père qui était:
« Père de tous, dont nous honorons le Fils, considère-nous avec faveur. Délivre-nous de la crainte de tout, sauf de toi. Fais de nous une joie pour nos divins maîtres et place pour toujours la vérité sur nos lèvres. Délivre-nous de la violence et de la colère; donne-nous le respect de nos aînés et de ce qui appartient à nos voisins. Pour réjouir notre coeur, donne-nous cette saison de verts pâturages et des troupeaux féconds. Nous prions pour hâter la venue de celui qui nous est promis et doit nous élever, et nous souhaitons de faire ta volonté sur ce monde comme d'autres la font sur des mondes supérieurs.
Bien que l'état-major du Prince fît limité aux moyens naturels et aux méthodes ordinaires d'amélioration des races, il présenta la promesse du don adamique d'une nouvelle race comme but de la croissance évolutionnaire après que le développement biologique aurait atteint son apogée.
7. Les gardiens de la santé et de la vie. Ce conseil s'occupa d'introduire un système sanitaire et d'encourager une hygiène primitive; il était dirigé par Lut.
Ses membres enseignèrent beaucoup de choses qui furent perdues dans le désordre des âges ultérieurs et ne furent jamais redécouvertes avant le vingtième siècle. Ils apprirent à l'humanité que cuire, rôtir, et faire bouillir étaient des moyens d'éviter les maladies; ils enseignèrent également que la cuisson des aliments diminuait grandement la mortalité infantile et facilitait le sevrage précoce.
Bon nombre des premiers enseignements donnés par les gardiens de la santé du groupe de Lut furent conservés parmi les tribus terrestres jusqu'à l'époque de Moïse, mais très dénaturés et profondément modifiés.
Le principal obstacle à la promotion de l'hygiène chez ces peuples ignorants consistait dans le fait que les facteurs réels de nombreuses maladies étaient trop petits pour être vus à l'oeil nu, et aussi que ces hommes avaient tous un respect superstitieux pour le feu. Il fallut des milliers d'années pour les persuader de brûler les détritus. Entre-temps, on les pressa vivement d'enterrer leurs immondices en putréfaction. Le grand progrès sanitaire de cette époque provint de la propagation des connaissances concernant les propriétés vivifiantes et antitoxiques de la lumière solaire.
Avant l'arrivée du Prince, les bains avaient été un cérémonial exclusivement religieux. Il fut vraiment très difficile de persuader les hommes de laver leur corps pour leur santé. Finalement, Lut incita les maîtres religieux à inclure les ablutions dans les cérémonies purificatrices qui devaient être accomplies une fois par semaine en liaison avec les dévotions de midi concernant le culte du Père de tous.
Les gardiens de la santé cherchèrent également à remplacer par la poignée de main l'échange de salive ou la boisson de sang qui étaient le sceau de l'amitié personnelle et le gage de la loyauté tribale. Mais une fois dégagées de l'influence pressante des enseignements de leurs maîtres supérieurs, ces peuplades primitives ne tardèrent pas à reprendre leurs pratiques destructives de santé et propagatrices de maladies, nées de l'ignorance et de la superstition.
8. Le Conseil planétaire des arts et des sciences. Ce corps contribua beaucoup à améliorer les techniques industrielles des hommes primitifs et à élever leur concept de la beauté. Son chef s'appelait Mek.
Les arts et les sciences étaient à un niveau très bas dans le monde entier, mais les rudiments de la physique et de la chimie furent enseignées aux Dalamatiens. La poterie et les arts décoratifs furent tous améliorés, et les idéaux de la beauté humaine bien rehaussés, mais la musique ne fit guère de progrès avant l'arrivée de la race violette.
Malgré les incitations réitérées de leurs maîtres, les hommes primitifs ne consentirent pas à faire des expériences sur l'énergie de la vapeur; ils ne purent jamais surmonter leur peur du pouvoir explosif de la vapeur en vase clos. Toutefois, ils se laissèrent finalement persuader de travailler les métaux au feu, bien qu'un morceau de métal chauffé au rouge fût pour eux un objet de terreur.
Mek contribua beaucoup à élever la culture des Andonites et a améliorer les arts des hommes bleus. Un croisement des hommes bleus avec les souches andoniques produisit des hommes très doués artistiquement, et beaucoup d'entre eux devinrent des maîtres sculpteurs. Ils ne travaillaient ni la pierre ni le marbre, mais leurs oeuvres d'argile, durcies par cuisson, ornaient les jardins de Dalamatia.
Les arts ménagers firent de grands progrès dont la plupart furent perdus pendant les longs âges sombres de la rébellion et ne furent jamais retrouvés avant les temps modernes.
9. Les gouverneurs des relations tribales supérieures. C'était le groupe chargé d'élever la société humaine au niveau d'un Etat. Son chef était Tut.
Ces dirigeants contribuèrent beaucoup à provoquer des mariages entre membres de tribus différentes. Ils encouragèrent les humains à se faire la cour et à se marier après mûre réflexion et amples occasions de faire connaissance. Les danses purement guerrières furent affinées et mises au service de fins sociales précieuses. De nombreux jeux d'émulation furent introduits, mais les anciens peuples étaient austères; le sens de l'humour ne fleurissait guère dans ces tribus primitives. Ces pratiques ne survécurent guère aux désordres causés par l'insurrection planétaire.
Tut et ses associés travaillèrent à promouvoir des associations collectives de nature pacifique, à réglementer et à humaniser la guerre, à coordonner les relations entre tribus, et à améliorer les gouvernements tribaux. Une culture plus avancée se développa dans les parages de Dalamatia, et cette amélioration des relations sociales eut une influence très heureuse sur les tribus plus lointaines. Mais le type de civilisation qui prévalait au quartier général du Prince était tout à fait différent de la société barbare qui évoluait ailleurs, tout comme au Cap, en Afrique du Sud, la société contemporaine est totalement différente de la culture rudimentaire des Boschimans de petite taille vivant plus au nord.
10. La cour suprême de coordination tribale et de coopération raciale. Ce conseil suprême était dirigé par Van et servait de cour d'appel pour les neuf autres commissions spéciales chargées de superviser les affaires humaines. Ce conseil avait un vaste champ d'action, car il était chargé de toutes les affaires terrestres ne ressortissant pas spécifiquement des autres groupes. Ce corps choisi avait reçu d'Edentia l'approbation des Pères de la Constellation avant d'être autorisé à remplir les fonctions de cour suprême d'Urantia.
6. -- LE RÈGNE DU PRINCE
Le degré de culture d'une planète se mesure à l'héritage social de ses autochtones; la rapidité de son expansion culturelle est entièrement déterminée par l'aptitude des habitants à assimiler des idées nouvelles et avancées.
L'assujettissement à la tradition produit une stabilité et une coopération en liant sentimentalement le présent au passé, mais en même temps il étouffe l'esprit d'initiative et asservit le pouvoir créateur de la personnalité. Le monde entier était près dans une impasse de moeurs traditionnelles quand les cent de Caligastia arrivèrent et commencèrent à proclamer le nouvel évangile de l'initiative individuelle à l'intérieur des groupes sociaux du moment. Mais cette règle bénéfique fut si rapidement interrompue que les races n'ont jamais été entièrement libérées de l'esclavage des coutumes; la mode continue encore à dominer indûment Urantia.
Les cent de Caligastia -- sortant des mondes des maisons de Satania -- connaissaient bien les arts et la culture de Jérusem, mais cette connaissance est presque sans valeur sur une planète barbare peuplée d'humains primitifs. Ces êtres sages savaient mieux faire que d'entreprendre la transformation soudaine, ou le relèvement en masse, des races primitives de ce temps. Ils comprenaient bien la lenteur de l'évolution de l'espèce humaine et ils s'abstinrent sagement de toute tentative pour modifier radicalement le mode de vie des hommes sur terre.
Chacune des dix commissions planétaires se mit à faire progresser lentement et naturellement les intérêts dont elle avait la charge. La technique consistait à attirer les meilleurs éléments des tribus environnantes et, après les avoir formés, à les renvoyer chez leurs peuples respectifs comme émissaires de progrès social.
Jamais des émissaires étrangers ne furent envoyés à une race, sauf à la demande spécifique du peuple en question. Ceux qui travaillèrent à l'élévation et au progrès d'une tribu ou d'une race données étaient toujours natifs de cette tribu ou de cette race. Les cent n'auraient jamais tenté d'imposer à une tribu les habitudes et les moeurs d'une autre race, même supérieure. Ils travaillaient toujours patiemment à élever et à faire progresser dans chaque race les moeurs ayant subi l'épreuve du temps. Les peuples simples d'Urantia apportèrent leurs coutumes sociales à Dalamatia non pour les échanger contre des pratiques nouvelles et meilleures, mais pour qu'elles fussent magnifiées au contact d'une culture plus élevée et en s'associant à des pensées supérieures. Le processus était lent, mais très efficace.
Les instructeurs de Dalamatia cherchèrent à ajouter une sélection sociale consciente à la sélection purement naturelle de l'évolution biologique. Ils ne déréglèrent pas la société humaine, mais accélérèrent notablement son évolution normale et naturelle. Leur mobile était la progression par évolution et non la révolution par révélation. Il avait fallu des âges à la race humaine pour acquérir le peu de religion et de morale qu'elle possédait; les surhommes avaient mieux à faire que de dérober à l'humanité ces quelques progrès en la jetant dans la confusion et la consternation qui apparaissent toujours quand des êtres savants et supérieurs entreprennent d'élever les races arriérées en les instruisant et en les éclairant à l'excès.
Lorsque des missionnaires chrétiens s'en vont au coeur de l'Afrique, où fils et filles sont censés rester sous l'autorité et la direction de leurs parents pendant toute la vie de ces derniers, ils n'apportent que le désordre et l'effondrement de toute autorité quand ils cherchent, au cours d'une seule génération, à remplacer cette pratique par l'enseignement que les enfants doivent être libérés de toute entrave familiale après l'âge de vingt-et-un ans.
7. -- LA VIE À DALAMATIA
Bien que d'une beauté exquise et conçu pour inspirer du respect aux primitifs de cet âge, le quartier général du Prince était somme toute modeste. Les bâtiments n'étaient pas particulièrement importants du fait que les instructeurs importés avaient pour but d'encourager le développement éventuel de l'agriculture par l'introduction de l'élevage. Les réserves de terres dans l'enceinte de la ville étaient suffisantes pour que les pâtures et les jardins maraîchers puissent nourrir une population d'environ vingt mille âmes.
Les intérieurs du temple cultuel central et des bâtiments des dix groupes de surhommes superviseurs étaient vraiment de belles oeuvres d'art. Les bâtiments résidentiels étaient des modèles de netteté et de propreté, mais tout y était très simple et tout à fait primitif en comparaison des développements ultérieurs. A ce quartier général de la culture, on n'employait que des méthodes appartenant naturellement à Urantia.
Les membres corporels de l'état-major du Prince habitaient des demeures simples, mais exemplaires, qu'ils entretenaient comme foyers familiaux destinés à inspirer et à impressionner favorablement les observateurs séjournant au centre social et au quartier général éducatif du monde.
L'ordre défini de la vie familiale et le groupement d'une seule famille dans une seule résidence à un endroit relativement stable datent du temps de Dalamatia et furent principalement dus à l'exemple et aux enseignements des cent et de leurs élèves. Le foyer en tant qu'unité sociale ne fut jamais une réussite avant que les super-hommes et les super-femmes de Dalamatia eussent amené les humains à aimer leurs petits-enfants et les enfants de leurs petits-enfants et à faire des projets pour eux. Le sauvage aime son fils, mais le civilisé aime également son petit-fils.
Les membres de l'état-major du Prince vivaient par couples comme des pères et des mères. Il est vrai qu'eux-mêmes n'avaient pas d'enfants, mais les cinquante maisons modèles de Dalamatia n'abritaient jamais moins de cinq cents enfants adoptés, dont beaucoup d'orphelins, choisis parmi les familles supérieures des races andonique et sangik. Ces enfants bénéficiaient de la discipline et de la formation de ces super-parents et ensuite, après avoir passé trois ans dans les écoles du Prince (ils y entraient entre treize et quinze ans), ils étaient tout à fait aptes au mariage et prêts à recevoir leur mandat d'émissaires du Prince auprès des tribus nécessiteuses de leurs races respectives.
Fad présenta le plan d'éducation de Dalamatia, qui fut exécuté sous forme d'une école industrielle dans laquelle les élèves apprenaient par la pratique et se formaient eux-mêmes par l'accomplissement quotidien de tâches utiles. Ce plan d'éducation ne négligeait pas la place de la méditation et de la sensibilité dans le développement du caractère, mais il mettait au premier plan la formation manuelle. L'instruction était individuelle et collective. L'enseignement était donné par des hommes et des femmes et par des couples agissant conjointement. La moitié de l'instruction collective se faisait en séparant les élèves par sexe, l'autre moitié en éducation mixte. Les étudiants apprenaient individuellement la dextérité manuelle et se réunissaient en groupes ou classes pour acquérir le sens de la société. Ils étaient entraînés à fraterniser avec des groupes tantôt plus jeunes, tantôt plus âgés, et avec des adultes, ainsi qu'à travailler en équipe avec ceux de leur âge. On les familiarisait également avec des associations telles que les groupes familiaux, les équipes de jeu, et les classes d'école.
Parmi les derniers étudiants formés en Mésopotamie pour travailler avec leurs races respectives se trouvaient des Andonites des hautes terres de l'Inde occidentale mêlés à des représentants des hommes rouges et des hommes bleus; plus tard encore, un petit nombre d'hommes jaunes furent également admis.
Hap offrit aux races primitives une loi morale. Ce code s'appelait « Le Chemin du Père » et consistait dans les sept commandements suivants:
| 1. Tu ne craindras ni ne serviras aucun Dieu, sauf le Père de tous. | |
| 2. Tu ne désobéiras pas au Fils du Père, le souverain du monde, et tu ne manqueras pas de respect envers ses associés surhumains. | |
| 3. Tu ne mentiras pas quand tu seras appelé devant les juges du peuple. | |
| 4. Tu ne tueras ni homme, ni femme, ni enfant. | |
| 5. Tu ne déroberas ni les biens ni le bétail de ton voisin. | |
| 6. Tu ne toucheras pas à la femme de ton ami. | |
| 7. Tu ne feras pas montre d'irrévérence envers tes parents ni envers les anciens de la tribu. |
Ceci resta la loi de Dalamatia pendant près de trois cent mille ans. De nombreuses pierres sur lesquelles cette loi fut gravée reposent actuellement sous la mer au large de la Mésopotamie et de la Perse. La coutume se forma de garder en mémoire un de ces commandements pour chaque jour de la semaine et de l'employer comme salut et comme action de grâces aux repas.
À cette époque, la mesure du temps était le mois lunaire compté pour vingt-huit jours. A l'exception du jour et de la nuit, c'était la seule unité de temps connue des peuples primitifs. La semaine de sept jours fut introduite dans les moeurs par les instructeurs de Dalamatia pour la simple raison que sept est le quart de vingt-huit. La signification du chiffre sept dans le superunivers leur offrit sans aucun doute l'occasion d'insérer un rappel spirituel dans le calcul habituel du temps, mais la période hebdomadaire n'a pas d'origine naturelle.
La campagne était très bien colonisée dans un rayon de cent soixante kilomètres autour de la ville. Aux alentours immédiats, des centaines d'anciens élèves des écoles du Prince s'engageaient dans l'élevage et mettaient encore autrement en pratique l'instruction qu'ils avaient reçue de son état-major et de ses nombreux assistants humains. Quelques-uns se lancèrent dans l'agriculture et l'horticulture.
L'humanité ne fut pas contrainte au dur labeur de la terre, en pénitence d'un péché supposé. « Tu mangeras le fruit des champs à la sueur de ton front (1) » ne fut pas un châtiment prononcé contre l'homme pour avoir participé aux folies de la rébellion de Lucifer sous la direction du traître Caligastia. La culture du sol est inhérente à l'établissement d'une civilisation progressive sur les mondes évolutionnaires, et cette injonction fut le centre de tout l'enseignement du Prince Planétaire et de son état-major pendant les trois cent mille ans qui séparèrent leur arrivée sur Urantia des jours tragiques où Caligastia prit parti pour le rebelle Lucifer. Le travail de la terre n'est pas une malédiction; c'est plutôt une suprême bénédiction pour tous ceux qui peuvent ainsi se livrer à la plus humaine de toutes les activités humaines.
Au moment où la rébellion éclata, Dalamatia avait une population fixe de presque six mille habitants. Ce chiffre comprend les étudiants à demeure, mais ne tient pas compte des visiteurs et des observateurs dont le nombre s'élevait toujours à plus de mille. Vous ne pouvez guère, ou pas du tout, vous rendre compte des merveilleux progrès de ces temps très lointains. Les admirables bénéfices de cette époque furent pratiquement tous effacés par l'horrible confusion et les abjectes ténèbres spirituelles qui suivirent la tromperie et la sédition catastrophiques de Caligastia.
8. -- LES MÉCOMPTES DE CALIGASTIA
Quand nous nous penchons sur la longue carrière de Caligastia, nous ne trouvons dans sa conduite qu'un seul trait caractéristique susceptible d'attirer l'attention; il était extrêmement individualiste. Il avait tendance à prendre parti pour presque tous les protestataires et il accordait généralement sa sympathie à ceux qui exprimaient avec modération des critiques implicites. Nous détectons que cette tendance à mal supporter l'autorité, à s'offenser légèrement de toute forme de contrôle, apparut de bonne heure chez lui. S'il était légèrement froissé des conseils de ses aînés et quelque peu rétif à toute autorité supérieure, il n'en avait pas moins fait preuve de loyauté envers les chefs de l'Univers et d'obéissance aux ordres des Pères de la Constellation chaque fois qu'il avait été mis à l'épreuve. Nulle véritable faute ne fut jamais trouvée en lui jusqu'au moment de sa honteuse trahison d'Urantia.
Il convient de remarquer que Lucifer et Caligastia avaient tous deux été patiemment instruits et affectueusement avertis de leur tendance à critiquer et du développement subtil de leur orgueil, qui avait pour corollaire un sentiment exagéré de leur propre importance. Mais tous ces efforts pour les aider avaient été interprétés à tort comme des critiques sans fondement et des ingérences injustifiées dans leurs libertés personnelles. Caligastia et Lucifer estimèrent que leurs conseillers amicaux étaient animés par les mobiles fort répréhensibles qui commençaient à dominer leur propre pensée déformée et leur propre conception erronée. Ils jugèrent leurs généreux conseillers d'après l'évolution de leur propre égocentrisme.
À partir de l'arrivée du Prince Caligastia, la civilisation planétaire progressa d'une manière assez normale pendant près de trois cent mille ans. A part le fait qu'Urantia était une sphère modificatrice de vie, donc sujette à de nombreuses irrégularités et à des épisodes inhabituels de fluctuations évolutionnaires, la carrière de la planète se poursuivit de façon très satisfaisante jusqu'au moment de la rébellion de Lucifer et de la trahison simultanée de Caligastia. Toute la partie de l'histoire qui leur est postérieure a été définitivement modifiée par cette erreur catastrophique ainsi que par l'échec ultérieur d'Adam et d'Eve dans l'accomplissement de leur mission planétaire.
Le Prince d'Urantia sombra dans les ténèbres au moment de la rébellion de Lucifer, précipitant ainsi la planète dans un long désordre. Il fut ensuite privé de l'autorité souveraine par l'action coordonnée des chefs de la constellation et d'autres autorités de l'univers. Il partagea les inévitables vicissitudes de l'isolement d'Urantia jusqu'à l'époque du séjour d'Adam sur la planète et contribua à faire échouer le plan de relèvement des races humaines par l'infusion du sang vital de la nouvelle race violette -- les descendants d'Adam et d'Eve.
Le pouvoir qu'avait le Prince déchu de troubler les affaires humaines fut considérablement restreint par l'influence de Machiventa Melchizédek qui s'incarna à l'époque d'Abraham. Par la suite, au cours de l'incarnation de Micaël, le Prince traître fut finalement dépouillé de toute autorité sur Urantia.
La doctrine d'un démon personnel sur Urantia, bien qu'elle ait quelque fondement dans la présence planétaire du traître et perfide Caligastia, est néanmoins totalement fictive lorsqu'elle enseigne qu'un tel « démon » peut influencer la pensée humaine normale à l'encontre de son libre choix naturel. Même avant l'effusion de Micaël sur Urantia, ni Caligastia ni Daligastia ne furent jamais capables d'opprimer les mortels ni de forcer aucun individu normal à faire quoi que ce soit à l'encontre de sa volonté humaine. Le libre arbitre humain est suprême en matière de morale. Même l'Ajusteur de Pensée intérieur se refuse à contraindre l'homme à former une seule pensée ou à accomplir un seul acte contraires au choix de la volonté personnelle de son associé humain.
Maintenant le rebelle du royaume, dépouillé de tout pouvoir de nuire à ses anciens sujets, attend que les Anciens des Jours d'Uversa jugent en dernier ressort tous ceux qui ont participé à la rébellion de Lucifer.
[Présenté par un Melchizédek de Nébadon.]
LE SUPERCONTRÔLE DE L'ÉVOLUTION
LA vie matérielle évolutionnaire de base -- la vie antérieure à la pensée -- résulte d'une élaboration des Maîtres Contrôleurs Physiques et du ministère de transmission de la vie par les Sept Maîtres Esprits en conjonction avec les soins actifs des Porteurs de Vie mandatés. A la suite du fonctionnement coordonné de cette triple activité créatrice, il se développe une aptitude physique organique à penser -- des mécanismes matériels destinés à réagir intelligemment aux stimulants du milieu externe, et ultérieurement aux stimulants internes provenant de l'organe de pensée lui-même.
Il y a donc trois niveaux distincts de production et d'évolution de la vie:
| 1. Le domaine physico-énergétique -- production de l'aptitude mentale. | |
| 2. Le ministère de pensée des esprits adjuvats -- empiétant sur l'aptitude spirituelle. | |
| 3. La dotation spirituelle de la pensée humaine -- culminant dans l'octroi des Ajusteurs de Pensée. |
Les niveaux non-enseignables de réaction machinale de l'organisme au milieu sont les domaines des contrôleurs physiques. Les esprits-mentaux adjuvats activent et règlent les types de pensée adaptables ou non-machinaux -- les mécanismes de réaction des organismes capables d'apprendre par expérience. De même que les adjuvats spirituels manipulent ainsi les potentiels de la pensée, de même les Porteurs de Vie exercent un contrôle discrétionnaire considérable sur les aspects ambiants des processus évolutionnaires jusqu'au moment où apparaît la volonté humaine l'aptitude à connaître Dieu et le pouvoir de choisir de l'adorer.
C'est l'activité intégrée des Porteurs de Vie, des contrôleurs physiques, et des adjuvats spirituels qui conditionne le cours de l'évolution organique sur les mondes habités. C'est pourquoi l'évolution -- sur Urantia ou ailleurs -- est toujours préméditée et jamais accidentelle.
1. -- LES FONCTIONS DES PORTEURS DE VIE
Les Porteurs de Vie sont doués de potentiels de métamorphose de la personnalité que très peu d'ordres de créatures possèdent. Ces Fils de l'univers local sont capables d'opérer dans trois phases différentes de l'existence. Ils accomplissent généralement leurs tâches en tant que Fils de la phase moyenne, ce qui représente leur état originel. Mais un Porteur de Vie à ce stade d'existence ne pourrait pas agir dans les domaines électro-chimiques en tant qu'organisateur d'énergies physiques et de particules matérielles destinées à composer des unités vivantes.
Les Porteurs de Vie sont capables d'opérer et opèrent effectivement sur les trois niveaux suivants:
| 1. Le niveau physique de l'électro-chimie. | |
| 2. La phase médiane habituelle d'existence quasi-morontielle. | |
| 3. Le niveau semi-spirituel avancé. |
Quand les Porteurs de Vie se préparent à entreprendre une implantation de vie, et qu'ils ont choisi les emplacements propres à leur entreprise, ils convoquent la commission archangélique de transmutation des Porteurs de Vie. Ce groupe est formé de dix ordres de personnalités diverses, y compris les contrôleurs physiques et leurs associés; il est présidé par le chef des archanges, qui agit en cette qualité par ordre de Gabriel et avec la permission des Anciens des Jours. Quand ces êtres sont convenablement mis en circuit, ils peuvent effectuer sur les Porteurs de Vie les modifications qui leur permettront d'opérer immédiatement sur le niveau physique de l'électrochimie.
Après que les archétypes de vie aient été formulés et que les organisations matérielles aient été dûment complétées, les forces supra-matérielles impliquées dans la propagation de la vie deviennent aussitôt actives, et la vie se manifeste. Les Porteurs de Vie sont alors immédiatement replacés dans l'état médian normal d'existence de leur personnalité, état dans lequel ils peuvent manipuler les éléments vivants et manoeuvrer les organismes en évolution, alors même qu'ils sont dépouillés de toute capacité d'organiser -- de créer -- de nouveaux archétypes de matière vivante.
Après que l'évolution organique ait suivi un certain cours et que le libre arbitre du type humain soit apparu dans les organismes évolutifs les plus élevés, les Porteurs de Vie doivent soit quitter la planète, soit faire voeu de renoncement; c'est-à-dire qu'ils doivent prendre l'engagement de s'abstenir à l'avenir de toute tentative pour influencer le cours de l'évolution organique. Quand ces voeux sont volontairement prononcés par les Porteurs de Vie qui choisissent de demeurer sur la planète pour conseiller dans l'avenir ceux qui seront chargés de protéger les créatures volitives nouvellement évoluées, il est fait appel à une commission de douze membres, présidée par le Chef des Etoiles du Soir, agissant par l'autorité du Souverain du Système et avec la permission de Gabriel; les Porteurs de Vie sont alors immédiatement transmués à la troisième phase d'existence de la personnalité -- le niveau semi-spirituel d'existence. J'ai toujours opéré sur Urantia sous cette troisième phase d'existence depuis l'époque d'Andon et de Fonta.
Nous attendons avec plaisir le moment où l'univers sera ancré dans la lumière de la vie, et peut-être un quatrième stade d'existence dans lequel nous serions totalement spirituels, mais la technique par laquelle nous pourrions atteindre cet état supérieur et désirable ne nous a jamais été révélée.
2. -- LE PANORAMA DE L'ÉVOLUTION
L'histoire de l'ascension des hommes, depuis l'état d'algue marine jusqu'à la domination des créations terrestres, n'est qu'une épopée de combats biologiques et de survie mentale. Les ancêtres fondamentaux de l'homme furent littéralement la vase et le limon des fonds océaniques déposés dans les baies et les lagunes chaudes et relativement stagnantes du vaste littoral des antiques mers intérieures, ces mêmes eaux dans lesquelles les Porteurs de Vie établirent les trois implantations de vie.
Parmi les types primitifs de végétaux marins qui participèrent aux changements historiques amenant des organismes à la frontière de la vie animale, très peu d'espèces existent encore aujourd'hui. Les éponges sont les survivants de l'un de ces types intermédiaires primitifs; ces organismes représentent une étape de la transition progressive du végétal à l'animal. Ces premières formes transitoires n'étaient pas identiques aux éponges modernes, mais très similaires; c'étaient de véritables organismes intermédiaires -- ni végétaux ni animaux -- qui conduisirent finalement au développement de formes de vie véritablement animales.
Les bactéries, simples organismes végétaux d'une nature très primitive, ont très peu changé depuis la prime aurore de la vie; elles font même preuve de régression du fait de leur comportement parasitaire. Beaucoup de champignons représentent également un mouvement rétrograde de l'évolution, du fait que ces plantes ont perdu leur aptitude à produire de la chlorophylle et sont devenues plus ou moins parasitaires. La majorité des bactéries qui provoquent les maladies, et leurs corps auxiliaires, les virus, appartiennent en fait à ce groupe de champignons parasitaires rétrogrades. Au cours des âges écoulés depuis lors, l'immense royaume de la vie végétale a évolué à partir d'ancêtres dont descendent aussi les bactéries.
Bientôt, et soudain, apparut le type protozoaire plus élevé de la vie animale. Depuis ces temps très lointains, l'amibe, le type même de l'organisme animal monocellulaire, s'est perpétuée presque sans modification. Elle s'ébat aujourd'hui à peu près comme elle le faisait quand elle représentait la plus récente et la plus grande étape de l'évolution de la vie. Cette créature microscopique et ses cousins protozoaires correspondent dans la création animale aux bactéries dans le règne végétal; ils représentent la survivance des premières étapes évolutionnaires de différenciation de la vie liées à un échec dans leur développement ultérieur.
Les animaux monocellulaires de type primitif ne tardèrent pas à s'associer en colonies, d'abord sur le plan du volvox, et bientôt selon les lignées de l'hydre et de la méduse. Plus tard apparurent par évolution les astéries, crinoïdes, oursins, holothuries, centripèdes, insectes, araignées, crustacés, et les groupes très proches des lombrics et des sangsues, bientôt suivis par les mollusques -- l'huître, la pieuvre, et l'escargot. Des centaines et des centaines d'espèces apparurent et périrent; mention est faite seulement de celles qui survécurent à l'interminable lutte. Ces spécimens non-progressifs, ainsi que la famille des poissons apparue plus tard, représentent aujourd'hui des types stationnaires d'animaux primitifs et inférieurs, branches de l'arbre de vie qui ne parvinrent pas à progresser.
La scène était ainsi prête pour l'apparition des premiers animaux vertébrés, les poissons. De la famille des poissons jaillirent deux modifications exceptionnelles, la grenouille et la salamandre. C'est la grenouille qui inaugura dans la vie animale la série de différenciations progressives qui culminèrent finalement dans l'homme lui-même.
La grenouille est l'un des plus anciens survivants parmi les ancêtres de la race humaine, mais elle ne réussit pas non plus à progresser, et son aspect d'aujourd'hui n'a guère changé depuis ces temps reculés. Parmi les races de l'aurore de la vie, la grenouille est l'unique espèce ancestrale qui vive encore sur terre. Parmi les ancêtres de la race humaine, toutes les espèces intermédiaires entre la grenouille et l'Esquimau ont maintenant disparu.
Les grenouilles donnèrent naissance aux reptiles, une grande famille animale virtuellement éteinte, mais qui, avant de disparaître, fut à l'origine de toute la famille des oiseaux et des nombreux ordres de mammifères.
Le plus grand bond isolé de toute l'évolution pré-humaine fut probablement accompli quand un reptile devint un oiseau. Les types d'oiseaux d'aujourd'hui -- aigles, canards, pigeons, et autruches -- descendent tous des énormes reptiles des temps préhistoriques.
Le royaume des reptiles, descendant de la famille des grenouilles, est représenté aujourd'hui par quatre branches survivantes: deux non-progressives, les serpents et les lézards, ainsi que leurs cousins, les crocodiles et les tortues; une partiellement progressive, la famille des oiseaux; la quatrième représente les ancêtres des mammifères et la lignée descendant directement jusqu'à l'espèce humaine. Bien que les reptiles du passé aient disparu depuis longtemps, leur énormité a trouvé un écho chez l'éléphant et le mastodonte, tandis que leurs formes particulières se sont perpétuées chez les kangourous sauteurs.
Quatorze phyla (1) seulement sont apparus sur Urantia, les poissons formant le dernier, et aucune classe nouvelle ne s'est développée depuis les oiseaux et les mammifères.
(1) Phylum, souche cellulaire mère d'une série d'êtres formant un embranchement zoologique.
C'est à partir d'un agile petit dinosaure reptile d'habitudes carnivores, mais pourvu d'un cerveau relativement important, que surgirent soudain les mammifères placentaires. Ils se développèrent rapidement et dans beaucoup de voies différentes; non seulement ils donnèrent naissance aux variétés communes modernes, mais ils évoluèrent aussi vers des types marins, comme les baleines et les phoques, et vers des navigateurs aériens comme la famille des chauves-souris.
L'homme évolua donc à partir des mammifères supérieurs dérivés principalement de l'implantation occidentale de vie effectuée dans les anciennes mers abritées d'orientation est-ouest. Les groupes oriental et central d'organismes vivants progressèrent favorablement au début vers les niveaux pré-humains d'existence animale. À mesure que les âges passèrent, le foyer oriental de la vie se révéla incapable d'atteindre un niveau satisfaisant de statut pré-humain d'intelligence, car il avait subi des pertes si répétées et si irrémédiables des types les plus élevés de son plasma germinatif qu'il fut définitivement privé du pouvoir de réhabiliter les potentialités humaines.
Comme la qualité d'aptitude mentale à se développer était très nettement inférieure dans le groupe oriental à celle des deux autres groupes, les Porteurs de Vie, avec l'assentiment de leurs supérieurs, manipulèrent le milieu ambiant de façon à circonscrire davantage les tendances pré-humaines inférieures de la vie évolutive. D'après les apparences extérieures, l'élimination des groupes inférieurs de créatures fut accidentelle, mais en réalité elle fut entièrement préméditée.
À une date ultérieure du déploiement évolutionnaire de l'intelligence, les ancêtres lémuriens de l'espèce humaine se trouvèrent beaucoup plus avancés en Amérique du Nord que dans les autres régions; c'est pourquoi ils furent amenés à quitter le cadre d'implantation de vie occidentale pour émigrer par le pont terrestre de Béring et le long de la côte vers le sud-ouest de l'Asie, où ils continuèrent à évoluer et bénéficièrent de l'addition de certaines tendances du groupe central de vie. L'homme évolua ainsi à partir de certaines lignées vitales du centre-ouest, mais dans les régions du centre-est.
C'est de cette façon que la vie implantée sur Urantia évolua jusqu'à l'ère glaciaire, époque où l'homme lui-même apparut pour la première fois et commença son épopée planétaire. L'apparition de l'homme primitif sur terre au cours de l'âge glaciaire ne fut pas non plus un simple accident; elle résulta d'un plan. Les rigueurs et la sévérité climatique de l'ère glaciaire étaient parfaitement adaptées au but recherché: encourager la production d'un type robuste d'être humain doué d'une prodigieuse aptitude à survivre.
3. -- LE DÉVELOPPEMENT DE L'ÉVOLUTION
Il ne sera guère possible d'expliquer aux penseurs humains d'aujourd'hui maints événements bizarres et apparemment grotesques de la progression évolutionnaire primitive. En dépit de leur apparence étrange, toutes ces évolutions d'êtres vivants ont suivi un plan préconçu, mais nous n'avons pas le droit d'intervenir arbitrairement dans le développement des archétypes de vie une fois qu'ils ont commencé à fonctionner.
Les Porteurs de Vie peuvent employer toutes les ressources naturelles possibles et toutes les circonstances fortuites susceptibles de concourir au progrès évolutif de l'expérience de vie, mais il ne leur est pas permis d'intervenir mécaniquement dans l'évolution végétale ou animale, ni d'agir arbitrairement sur son cours et son orientation.
Vous avez appris que les mortels d'Urantia se sont développés par l'évolution d'une grenouille primitive et que cette lignée ascendante, portée en puissance par une unique grenouille, échappa de justesse à la destruction en une certaine occasion. Il ne faut pas en déduire que l'évolution de l'humanité aurait été arrêtée par un accident à cet instant critique. A ce même moment, nous observions et entretenions au moins mille lignées de vie mutantes, différentes, et très éloignées les unes des autres, qui auraient pu être dirigées vers divers archétypes de développement pré-humain. La grenouille ancestrale en question représentait notre troisième sélection, les deux premières lignées ayant péri malgré tous nos efforts pour les conserver.
Même la perte d'Andon et de Fonta avant qu'ils n'aient procréé une descendance n'aurait pu empêcher l'évolution humaine; elle l'aurait seulement retardés. Après l'apparition d'Andon et de Fonta et avant que les potentiels mutants humains de la vie animale fussent épuisés, il n'évolua pas moins de sept mille lignées favorables qui auraient pu atteindre un type humain de développement. Du reste, beaucoup de ces bonnes lignées furent assimilées plus tard par les différentes branches de l'espèce humaine en voie d'expansion.
Longtemps avant que le Fils et la Fille Matériels, les régénérateurs biologiques, n'arrivent sur une planète, les potentiels humains de l'espèce animale évolutive ont été épuisés. Ce stade biologique de la vie animale est révélé aux Porteurs de Vie par la troisième phase de mobilisation des esprits adjuvats. Ce phénomène se produit automatiquement en même temps que toute la vie animale a épuisé son aptitude à donner naissance à des potentiels mutants d'individus pré-humains.
L'humanité doit résoudre ses problèmes de développement mortel sur Urantia à l'aide des souches humaines qu'elle possède -- aucune race nouvelle n'évoluera plus dans l'avenir à partir de sources pré-humaines. Cela n'écarte nullement la possibilité d'atteindre des niveaux beaucoup plus élevés de développement humain en entretenant intelligemment les potentiels évolutionnaires qui subsistent encore dans les races humaines. Ce que nous, les Porteurs de Vie, nous faisons pour conserver et promouvoir les lignées de vie avant l'apparition de la volonté humaine, les hommes doivent le faire pour eux-mêmes après cet événement, quand nous nous sommes retirés de toute participation active à l'évolution. d'une manière générale, le destin évolutionnaire de l'homme repose dans ses propres mains, et l'intelligence scientifique doit tôt ou tard remplacer le fonctionnement chaotique d'une sélection naturelle non-contrôlée et d'une survie soumise au hasard.
À propos du développement de l'évolution, il convient de souligner que s'il vous arrive dans un avenir lointain d'être attaché à un corps de Porteurs de Vie, vous aurez d'amples et nombreuses occasions de présenter des suggestions et d'apporter toutes les améliorations possibles aux plans et aux techniques de conduite et de transplantation de la vie. Soyez patients! Si votre imagination est fertile, si vous avez de bonnes idées sur de meilleures méthodes d'administration pour n'importe quelle partie des domaines universels, vous aurez certainement l'occasion de les présenter à vos associés et collègues administrateurs dans les âges à venir.
4. -- L'AVENTURE D'URANTIA
Ne perdez pas de vue le fait qu'Urantia nous fut assignée comme monde pour y expérimenter la vie. Nous avons fait sur cette planète notre soixantième tentative pour modifier, et améliorer si possible, l'adaptation à Satania des archétypes de vie de Nébadon, et il est reconnu que nous avons réalisé de nombreux changements bénéfiques dans les archétypes de vie standards. Pour être précis, nous avons élaboré sur Urantia et fait ressortir de façon satisfaisante au moins vingt-huit particularités de modification de vie qui seront utiles à tout Nébadon dans tous les temps à venir.
Mais jamais sur aucun monde l'établissement de la vie n'est expérimental dans le sens de tenter quelque chose d'inconnu et de non-essayé. L'évolution de la vie est une technique toujours progressive, différenciée, et variable, mais jamais employée à l'aveuglette, sans contrôle, ni totalement expérimentale au sens accidentel.
De nombreux traits de la vie humaine prouvent abondamment que le phénomène de l'existence mortelle a été intelligemment conçu et préparé, que l'évolution organique n'est pas un simple accident cosmique. Une cellule vivante blessée est capable d'élaborer certaines substances chimiques qui ont le pouvoir de stimuler et d'activer les cellules normales voisines, de manière que celles-ci commencent immédiatement à secréter d'autres substances qui facilitent les processus de guérison de la blessure. En même temps, les cellules normales intactes commencent à proliférer -- elles se mettent effectivement à l'oeuvre pour créer de nouvelles cellules remplaçant les cellules semblables détruites par l'accident.
Cette action et cette réaction chimiques touchant la guérison des blessures et la reproduction des cellules représentent le choix, fait par les Porteurs de Vie, d'une formule embrassant plus de cent mille phases et traits de réactions chimiques et de répercussions biologiques possibles. Plus d'un demi-million d'expériences spécifiques furent effectuées par les Porteurs de Vie dans leurs laboratoires avant qu'ils ne s'arrêtent définitivement à cette formule pour l'expérience de vie sur Urantia.
Quand les savants d'Urantia connaîtront davantage ces substances chimiques curatives, ils pourront soigner les blessures plus efficacement; indirectement, ils sauront mieux contrôler certaines maladies graves.
Depuis l'établissement de la vie sur Urantia, les Porteurs de Vie ont amélioré cette technique curative en l'introduisant sur un autre monde de Satania. Elle apporte maintenant un plus grand soulagement à la douleur et exerce un meilleur contrôle sur la capacité de prolifération des cellules normales associées.
Il y eut beaucoup de particularités uniques dans l'expérience de vie d'Urantia, mais les deux épisodes les plus remarquables de son histoire furent l'apparition de la race andonique avant l'évolution des six peuples de couleur, et l'apparition ultérieure et simultanée des mutants Sangik au sein d'une seule famille. Urantia est le premier monde de Satania où les six races de couleur soient issues de la même famille humaine. Elles surgissent ordinairement, avec des lignées diversifiées, par suite de mutations indépendantes à l'intérieur de la souche animale pré-humaine. Elles apparaissent habituellement sur terre une à une et successivement au cours de longues périodes, en commençant par l'homme rouge, en passant par les diverses autres couleurs, et en finissant par l'indigo.
Une autre variation de procédé importante fut l'arrivée tardive du Prince Planétaire. En règle générale, le prince apparaît sur une planète à peu près au moment où la volonté se développe. Si ce plan avait été suivi, Caligastia aurait pu venir sur Urantia même du vivant d'Andon et de Fonta au lieu d'arriver presque cinq cent mille ans plus tard, simultanément avec l'apparition des six races Sangik.
Sur un monde habité ordinaire, un Prince Planétaire aurait été accordé à la requête des Porteurs de Vie lors de l'apparition d'Andon et de Fonta, ou peu de temps après. Mais comme Urantia avait été désignée comme planète modificatrice de vie, un accord antérieur avait prévu que les Melchizédeks observateurs, au nombre de douze, seraient envoyés comme conseillers auprès des Porteurs de Vie et comme surveillants de la planète jusqu'à l'arrivée ultérieure du Prince Planétaire. Ces Melchizédeks arrivèrent au moment où Andon et Fonta prirent les décisions qui permirent à des Ajusteurs de Pensée d'habiter leur pensée humaine.
Les efforts faits sur Urantia par les Porteurs de Vie pour améliorer les archétypes de vie de Satania eurent nécessairement pour effet de produire de nombreuses formes de vie transitoires apparemment inutiles. Mais les gains qui en ont déjà découlé suffisent à justifier les modifications propres à Urantia des normes archétypales de vie.
Il était dans notre intention de produire de bonne heure une manifestation de la volonté dans la vie évolutionnaire d'Urantia, et nous y parvînmes. Habituellement, la volonté n'émerge pas avant que les races de couleur aient longtemps existé; elle apparaît généralement d'abord chez les types supérieurs d'hommes rouges. Votre monde est la seule planète de Satania où le type humain de volonté soit apparu dans une race antérieure aux races de couleur.
Dans notre effort pour conjuguer et associer les facteurs héréditaires qui devaient finalement conduire aux ancêtres mammifères de la race humaine, nous nous trouvâmes confrontés par la nécessité de permettre la mise en oeuvre de milliers d'autres combinaisons et associations de facteurs héréditaires apparemment inutiles. Vos regards apercevront certainement beaucoup de ces sous-produits étranges de nos efforts quand vous vous pencherez sur le passé de la planète, et je comprends parfaitement à quel point certaines de ces choses doivent être troublantes du point de vue limité des hommes.
5. -- LES VICISSITUDES DE L'ÉVOLUTION DE LA VIE
Ce fut une source de regrets pour nous, les Porteurs de Vie, que tous nos efforts pour modifier la vie intelligente sur Urantia aient été pareillement handicapés par de tragiques perversions échappant à notre contrôle: la trahison de Caligastia et la défaillance d'Adam.
Dans toute cette aventure biologique, notre plus grande déception fut la réversion, sur une échelle aussi vaste et aussi inattendue, de certaines vies végétales primitives aux niveaux pré-chlorophylliens de bactéries parasitaires. Cet accident de la vie des plantes a provoqué de nombreuses maladies désolantes chez les mammifères supérieurs, et particulièrement chez l'espèce humaine, plus vulnérable. Quand nous nous trouvâmes en face de cette situation embarrassante, nous n'attachâmes pas trop d'importance à ces difficultés, car nous savions que l'apport ultérieur du plasma vital adamique renforcerait assez la résistance de la race amalgamée résultante pour la mettre pratiquement à l'abri de toutes les maladies provoquées par des organismes végétaux; mais nos espoirs furent brisés par la malencontreuse défaillance adamique.
L'univers des univers, y compris le petit monde appelé Urantia, n'est pas administré simplement pour s'adapter à nos convenances ou recevoir notre approbation, et encore moins pour répondre à nos caprices ou pour satisfaire notre curiosité. Sans aucun doute, les êtres sages et tout-puissants qui sont responsables de la gestion de l'univers savent exactement ce qu'ils font; il convient donc aux Porteurs de Vie et il importe aux mortels de participer, dans une attente patiente et un esprit de coopération sincère, à la règle de la sagesse, au règne de la puissance, et à la marche du progrès.
Bien entendu, il existe certaines compensations aux épreuves, telles que l'effusion de Micaël sur Urantia. Mais indépendamment de toutes ces considérations, les directeurs célestes supérieurs de votre planète expriment leur confiance pleine et entière dans le triomphe ultime de l'évolution raciale humaine et dans la justification finale de nos plans et de nos archétypes de vie originels.
6. -- LES TECHNIQUES ÉVOLUTIONNAIRES DE LA VIE
Il est impossible de déterminer avec précision et simultanément la position exacte et la vitesse d'un objet en mouvement; toute tentative pour mesurer l'une entraîne inévitablement une modification de l'autre. L'homme mortel se trouve en face du même genre de paradoxe quand il entreprend l'analyse chimique du protoplasme. Le chimiste peut déterminer la composition du protoplasme mort, mais il ne peut percevoir ni l'organisation physique ni le fonctionnement dynamique du protoplasme vivant. Le savant s'approchera toujours plus près des secrets de la vie, mais il ne les découvrira jamais pour la simple et unique raison qu'il doit tuer le protoplasme pour pouvoir l'analyser. Le protoplasme mort pèse le même poids que le protoplasme vivant, mais ce n'est pas le même.
Les végétaux et les êtres vivants possèdent un don d'adaptation originel. Dans chaque plante ou cellule animale vivante, dans chaque organisme vivant -- matériel ou spirituel -- existe un désir insatiable d'atteindre une perfection toujours accrue par ajustement au milieu ambiant, d'adapter l'organisme, et de mieux assimiler la vie. Ces efforts interminables de toutes les créatures vivantes prouvent chez elles l'existence d'une recherche innée de la perfection.
L'étape la plus importante de l'évolution végétale fut le développement de l'aptitude à produire de la chlorophylle; la seconde en importance fut la transformation évolutive de la spore en une graine complexe. En tant qu'agent reproducteur, la spore est très efficace, mais il lui manque les possibilités de variété et de versatilité inhérentes à la graine.
Un des épisodes les plus complexes et les plus utiles de l'évolution des types supérieurs d'animaux a consisté dans le développement suivant: l'atome de fer contenu dans les molécules du courant sanguin est devenu capable d'accomplir la double tâche de transporter l'oxygène et d'éliminer le gaz carbonique. Cette action des cellules rouges du sang montre comment les organismes en évolution peuvent adapter leurs fonctions aux variations et aux changements du milieu ambiant. Les animaux supérieurs et l'homme oxygènent leurs tissus grâce à l'action du fer contenu dans les cellules rouges du sang, fer qui transporte l'oxygène vers les cellules vivantes et élimine tout aussi efficacement le gaz carbonique. D'autres métaux peuvent toutefois être utilisés pour la même fin. La seiche emploie le cuivre pour cette fonction, et l'outre de mer (l'ascidie) emploie le vanadium.
Ces ajustements biologiques se poursuivent, ainsi qu'en fait foi l'évolution de la dentition des mammifères supérieurs d'Urantia; les ancêtres éloignés de l'homme eurent jusqu'à trente-six dents, puis commença un réajustement adaptatif vers les trente-deux dents de l'homme primitif et de ses proches parents. Actuellement l'espèce humaine tend lentement à n'avoir plus que vingt-huit dents. Le processus évolutif est toujours activement en cours et s'adapte aux circonstances de la planète.
Beaucoup d'ajustements apparemment mystérieux des organismes vivants sont purement chimiques, totalement matériel. A n'importe quel moment, plus de 15 millions de réactions chimiques entre les sécrétions hormonales d'une douzaine de glandes endocrines sont susceptibles de se produire dans le courant sanguin d'un être humain.
Les formes inférieures de la vie végétale réagissent totalement au milieu ambiant physique, chimique, et électrique. À mesure que l'on s'élève sur l'échelle de la vie, les ministères de pensée des sept esprits adjuvats entrent en action un à un, et la pensée se met de plus en plus à ajuster, créer, coordonner, et dominer. L'aptitude des animaux à s'adapter à l'air, à l'eau, et à la terre n'est pas un don surnaturel; c'est un ajustement hyperphysique.
La physique et la chimie seules ne peuvent expliquer comment l'être humain a évolué en partant du protoplasme primordial des mers primitives. La faculté d'apprendre, la mémoire, et la sensibilité différentielle au milieu ambiant sont des dons de la pensée. Les lois de la physique ne sont pas modifiables par l'éducation; elles sont invariables et immuables. Il en va de même pour les réactions chimiques, elles sont uniformes et intangibles. En dehors de la présence de l'Absolu Inconditionné, les réactions chimiques et électriques sont prévisibles. Par contre, la pensée peut tirer profit de l'expérience et s'instruire par les habitudes réactionnelles du comportement en réponse à la répétition des stimulants.
Les organismes pré-intelligents réagissent aux stimulants de l'ambiance, mais les organismes réactifs au ministère de la pensée peuvent manipuler et ajuster le milieu ambiant lui-même.
Le cerveau physique et le système nerveux associé possèdent une sensibilité innée au ministère de la pensée, exactement comme la pensée évoluante d'une personnalité possède une certaine aptitude innée de réceptivité spirituelle; la pensée contient par conséquent les potentiels de progrès et d'aboutissement spirituels. L'évolution intellectuelle, sociale, morale, et spirituelle dépend du ministère des sept esprits-mentaux adjuvats et de leurs associés hyperphysiques.
7. -- LES NIVEAUX ÉVOLUTIONNAIRES DE LA PENSÉE
Les sept esprits-mentaux adjuvats sont les ministres universels de la pensée pour les êtres intelligents inférieurs d'un univers local. Cet ordre de pensée est administré depuis le siège de l'univers local ou depuis un monde qui lui est relié, mais les capitales systémiques ont une influence pour diriger la fonction de la pensée inférieure.
Sur un monde évolutionnaire, presque tout dépend de l'action des sept adjuvats; mais ils sont des ministres de la pensée et ne s'occupent pas de l'évolution physique, domaine des Porteurs de Vie. Néanmoins, leurs dotations spirituelles sont parfaitement intégrées au processus naturel et établi de l'évolution et du régime propre des Porteurs de Vie; c'est pourquoi, dans le phénomène de la pensée, les mortels sont incapables de discerner autre chose que l'action de la nature et le travail des processus naturels, bien que vous soyez parfois un peu embarrassés pour expliquer la totalité de ce qui touche aux réactions naturelles de la pensée quand elle est associée à la matière. Du reste, si l'évolution d'Urantia avait suivi de plus près les plans originaux, vous observeriez dans le phénomène de la pensée encore moins de faits susceptibles de retenir votre attention.
Les sept esprits adjuvats sont plus comparables à des circuits qu'à des entités. Sur les mondes ordinaires, ils sont couplés en circuit avec d'autres fonctions auxiliaires de l'univers local. Cependant, sur les planètes où l'on expérimente la vie, ils sont relativement isolés. Sur Urantia, vu la nature particulière des archétypes de vie, les adjuvats inférieurs ont eu beaucoup plus de difficultés pour entrer en contact avec les organismes évolutionnaires que ce n'eût été le cas avec des types vitaux plus normalisés.
Sur un monde évolutionnaire moyen, les sept esprits adjuvats sont également beaucoup mieux synchronisés avec les stades avancés du développement animal qu'ils ne l'ont été sur Urantia. A une exception près, les adjuvats ont éprouvé plus de difficultés à entrer en contact avec la pensée en évolution des organismes d'Urantia qu'au cours de toutes leurs opérations dans l'ensemble de l'univers de Nébadon. Sur le monde formant exception, il s'était développé de nombreuses formes de phénomènes limites -- des combinaisons confuses de réactions organiques du type machinal non-enseignable et du type non-machinal enseignable.
Les sept esprits adjuvats n'entrent pas en contact avec les ordres purement machinaux organiquement sensibles au milieu ambiant. Ces réactions pré-intelligentes des organismes vivants appartiennent uniquement aux domaines énergétiques des centres de pouvoir, des contrôleurs physiques, et de leurs associés.
L'acquisition du potentiel d'aptitude à apprendre par expérience marque l'entrée en fonction des esprits adjuvats, fonctions qu'ils exercent depuis les pensées les plus humbles des existences primitives et invisibles jusqu'aux types les plus élevés sur l'échelle évolutionnaire des êtres humains. Ils sont la source et le modèle du comportement plus ou moins mystérieux et des réactions rapides incomplètement comprises de la pensée envers le milieu matériel ambiant; on ne saurait les expliquer autrement. Ces influences fidèles et toujours sûres doivent poursuivre longtemps leur ministère préalable avant que la pensée animale n'atteigne les niveaux humains de réceptivité spirituelle.
Les adjuvats opèrent exclusivement dans l'évolution de la pensée expérimentatrice jusqu'au niveau de la sixième phase, l'esprit d'adoration. À ce niveau se produit un inévitable chevauchement de ministères le phénomène selon lequel le supérieur descend vers l'inférieur pour se coordonner avec lui en vue d'atteindre ultérieurement des niveaux avancés de développement. Un ministère spirituel encore supplémentaire accompagne l'action du septième et dernier adjuvat, l'esprit de sagesse. Tout au long du ministère du monde de l'esprit, les individus ne subissent jamais de transitions abruptes dans la coopération spirituelle; les changements sont toujours graduels et réciproques.
Les domaines de réaction physique (électrochimique) et mentale aux stimulations du milieu ambiant devraient toujours être différenciés. Il faut les reconnaître comme des phénomènes autres que les activités spirituelles. Les domaines de la gravité physique, mentale, et spirituelle sont des royaumes distincts de la réalité cosmique, nonobstant leurs corrélations intimes.
8. -- L'ÉVOLUTION DANS L'ESPACE ET LE TEMPS
Espace et temps sont indissolublement liés; c'est une association innée. Les délais du temps sont inévitables en présence de certaines conditions de l'espace.
Si vous êtes surpris qu'il faille tant de temps pour effectuer les changements évolutionnaires du développement de la vie, je répondrai que nous ne pouvons pas obtenir que les processus de la vie se déroulent plus vite que les métamorphoses physiques d'une planète ne le permettent. Il nous faut attendre le développement physique naturel d'une planète; nous n'avons absolument aucun contrôle sur l'évolution géologique. Si les conditions physiques le permettaient, nous pourrions prendre nos dispositions pour parachever l'évolution complète de la vie en beaucoup moins d'un million d'années. Mais nous sommes tous sous la juridiction des Dirigeants Suprêmes du Paradis, et le temps n'a pas d'existence au Paradis.
L'étalon de mesure du temps de l'individu est la durée de sa vie. Toutes les créatures sont ainsi conditionnées par le temps, et c'est pourquoi elles considèrent l'évolution comme un processus interminable. Pour ceux d'entre nous dont la durée de vie n'est pas limitée par une existence temporelle, l'évolution ne semble pas une opération tellement prolongée. Au Paradis, où le temps n'existe pas, toutes ces choses sont présentes dans la pensée de l'Infinité et les actes de l'Eternité.
De même que l'évolution de la pensée dépend du lent développement des conditions physiques qui la retarde, de même le progrès spirituel dépend de l'expansion mentale; le retard intellectuel le freine infailliblement. Cela ne signifie pas que l'évolution spirituelle dépende de l'éducation, de la culture, ou de la sagesse. L'âme peut évoluer indépendamment de la culture mentale, mais non en l'absence de la faculté mentale et du désir de faire la volonté du Père céleste -- de choisir la survie et de rechercher une perfection toujours accrue. Bien que la survie puisse ne pas dépendre de la possession de la connaissance et de la sagesse, le progrès en dépend très certainement.
Dans les laboratoires évolutionnaires cosmiques, la pensée domine toujours la matière, et l'esprit est toujours en corrélation avec la pensée. Si ces différentes dotations n'arrivent pas à se synchroniser et à se coordonner, des retards peuvent se produire; mais si l'individu connaît réellement Dieu et désire vraiment le trouver et lui ressembler, alors sa survie est assurée en dépit des handicaps du temps. Le statut physique peut handicaper la pensée, et la perversité mentale peut retarder l'aboutissement spirituel, mais si un homme a choisi de toute son âme, aucun de ces obstacles ne peut triompher de sa volonté.
Quand les conditions physiques sont mûres, des évolutions mentales soudaines peuvent avoir lieu. Quand le statut de la pensée est propice, des transformations spirituelles soudaines peuvent se produire. Quand les valeurs spirituelles reçoivent la considération qui leur est due, les significations cosmiques deviennent discernables; alors la personnalité se trouve progressivement libérée des handicaps du temps et délivrée des limitations de l'espace.
[Présenté par un Porteur de Vie de Nébadon résidant sur Urantia.]