LA PREMIÈRE TOURNÉE DE PRÉDICATION EN GALILÉE
LA première tournée de prédication publique en Galilée commença le samedi 18 janvier de l'an 28; elle dura environ deux mois et se termina par un retour à Capharnaüm le 17 mars. Au cours de cette tournée, Jésus et les douze apôtres, assistés des anciens apôtres de Jean, prêchèrent l'évangile et baptisèrent des croyants à Rimmon, Jotapata Rama, Zabulon, Iron, Gishala, Chorazin, Madon, Cana, Naïn, et Endor. Ils habitèrent dans ces villes pour y enseigner, tandis que dans beaucoup de villes moins importantes ils proclamaient l'évangile du royaume à leur passage.
C'était la première fois que Jésus permettait à ses associés de prêcher librement. Au cours de cette tournée, il ne les mit en garde qu'en trois occasions: il leur recommanda de ne pas aller à Nazareth et d'être discrets lors de leur passage à Capharnaüm et à Tibériade. Ce fut une grande source de satisfaction pour les apôtres de sentir qu'ils étaient enfin libres de prêcher et d'enseigner sans restriction. Ils se lancèrent avec beaucoup de sérieux et une grande joie dans la prédication de l'évangile, les soins aux malades, et le baptême des croyants.
1. -- PRÉDICATION À RIMMON
La petite ville de Rimmon avait jadis été vouée à l'adoration de Ramman, un dieu babylonien de l'air. Beaucoup d'enseignements babyloniens primitifs et d'enseignements ultérieurs de Zoroastre étaient encore inclus dans les croyances des Rimmonites; c'est pourquoi Jésus et les vingt-quatre consacrèrent beaucoup de temps à bien leur expliquer la différence entre ces anciennes croyances et le nouvel évangile du royaume. Pierre y prêcha sur «Aaron et le Veau d'Or », l'un des grands sermons du début de sa carrière.
Beaucoup de citoyens de Rimmon se mirent à croire aux enseignements de Jésus, mais ils causèrent de grandes difficultés à leurs coreligionnaires quelques années plus tard. Dans le court espace d'une seule vie, il est malaisé de convertir des adorateurs de la nature à la pleine communion de l'adoration d'un idéal spirituel.
Un grand nombre des meilleures conceptions babyloniennes et persanes sur la lumière et les ténèbres, le bien et le mal, le temps et l'éternité, furent incorporées plus tard dans les doctrines du christianisme actuel; leur inclusion rendit les enseignements chrétiens plus immédiatement acceptables aux peuples du Proche Orient. De la même manière, l'inclusion de nombreuses théories de Platon sur l'esprit idéal ou les archétypes invisibles de toutes les choses visibles et matérielles, telles que Philon les adapta à la théologie hébraïque, rendit les enseignements chrétiens de Paul plus faciles à accepter par les Grecs occidentaux.
Ce fut à Rimmon que Todan entendit pour la première fois l'évangile du royaume; il porta plus tard ce message en Mésopotamie et plus loin encore. Il fut parmi les premiers à prêcher la bonne nouvelle aux habitants d'au delà de l'Euphrate.
2. -- À JOTAPATA
Bien que les habitants de Jotapata eussent écouté Jésus et ses apôtres avec bonheur et que beaucoup d'entre eux eussent accepté l'évangile du royaume, c'est le discours de Jésus aux vingt-quatre, le second soir de leur séjour dans cette petite ville, qui fut l'événement marquant de la mission à Jotapata. Nathanael avait des pensées confuses sur les enseignements du Maître concernant la prière, les actions de grâces, et l'adoration. En réponse à ses questions, Jésus parla très longuement pour mieux expliquer son enseignement. Résumé en langage moderne, son discours peut être présenté comme mettant l'accent sur les points suivants:
1. Quand un homme éprouve dans son coeur un respect conscient et persistant pour l'iniquité, il détruit graduellement la liaison établie par l'âme en prière avec les circuits spirituels de communication entre l'homme et son Créateur. Naturellement, Dieu entend la supplique de son enfant, mais si le coeur humain héberge délibérément et avec persistance des concepts d'iniquité, il s'ensuit que la communion personnelle entre l'enfant terrestre et son Père céleste se perd progressivement.
2. Les prières incompatibles avec les lois de Dieu connues et établies sont en abomination aux Déités du Paradis. Si les hommes ne veulent pas écouter les Dieux parlant à leur création par les lois de l'esprit, de la pensée, et de la matière, cet acte de dédain conscient et délibéré des créatures détourne les personnalités spirituelles de prêter l'oreille aux requêtes personnelles de ces mortels anarchiques et désobéissants. Jésus cita à ses apôtres le passage suivant du Prophète Zacharie: « Mais ils refusèrent d'écouter et opposèrent une épaule revêche et se bouchèrent les oreilles pour ne pas entendre. Oui, ils rendirent leur coeur dur comme de la pierre, de crainte d'entendre ma loi et les paroles que mon esprit leur a envoyées par les prophètes; c'est pourquoi les résultats de leurs mauvaises pensées retombent comme un grand courroux sur leurs têtes coupables. Et il arriva qu'ils crièrent pour recevoir miséricorde, mais nulle oreille n'était ouverte pour les écouter » (1). Puis Jésus cita le proverbe du sage qui disait: « Si quelqu'un détourne son oreille d'écouter la loi divine, même sa prière sera une abomination » (2).
| (1) Cf. Zacharie VII-11 à 13. |
| (2) Proverbes XXVIII-9. |
3. En ouvrant de leur côté le chenal reliant Dieu à l'homme, les mortels rendent immédiatement disponible le flot constant du ministère divin auprès des créatures des mondes. Quand un homme entend l'esprit de Dieu parler dans son coeur, cette expérience comporte en soi le corollaire que simultanément Dieu entend la prière de cet homme. Le pardon du péché opère de la même façon infaillible. Le Père céleste vous a pardonné avant même que vous ayez pensé à le lui demander, mais ce pardon n'est pas utilisable dans votre expérience religieuse personnelle avant le moment où vous pardonnez à votre prochain. En fait, le pardon de Dieu n'est pas conditionné par votre pardon à vos semblables, mais en expérience, tout se passe comme s'il l'était. Le synchronisme entre le pardon divin et le pardon humain était reconnu et inclus dans la prière enseignée par Jésus à ses apôtres.
4. Il existe dans l'univers une loi fondamentale de justice, que la miséricorde est impuissante à tourner. Les gloires désintéressées du Paradis ne peuvent être reçues par une créature complètement égoïste des royaumes du temps et de l'espace. Même l'amour infini de Dieu ne peut imposer le salut de la survie éternelle à une créature qui ne choisit pas de survivre. La miséricorde dispose d'une grande latitude d'effusion, mais après tout, il y a des mandats de justice que l'amour, même conjugué à la miséricorde, ne peut efficacement abroger. Jésus cita de nouveau les Écritures hébraïques: « Je vous ai appelés, et vous n'avez pas voulu entendre; j'ai tendu la main, mais nul n'y a pris garde. Vous avez réduit à néant tous mes conseils et refusé mes reproches. À cause de ce comportement rebelle, il est inévitable que vous ne receviez pas de réponse quand vous ferez appel à moi. Ayant rejeté le chemin de la vie, vous pourrez me rechercher avec diligence à l'époque de vos souffrances, mais vous ne me trouverez point »(3).
(3) Cf. Proverbes I-24 à 28.
5. Quiconque veut recevoir miséricorde doit montrer de la miséricorde; ne jugez point afin de n'être pas jugés. C'est avec l'esprit dont vous jugez autrui que vous serez également jugés. La miséricorde n'abroge pas entièrement l'équité universelle. À la fin, il s'avérera que « quiconque ferme son oreille au cri du pauvre criera à l'aide un jour à son tour, et nul ne l'entendra ». La sincérité d'une prière est l'assurance qu'elle sera entendue. La sagesse spirituelle et la compatibilité universelle d'une demande déterminent le moment, le mode, et le degré de la réponse. Un père avisé ne répond pas à la lettre aux sottes prières de ses enfants ignorants et inexpérimentés, bien qu'en formulant des demandes absurdes ces enfants puissent éprouver beaucoup de plaisir et réellement satisfaire leur âme.
6. Quand vous serez entièrement consacrés à faire la volonté du Père céleste, toutes vos demandes seront exaucées, parce que vos prières seront pleinement conformes à la volonté du Père, et que celle-ci est constamment manifeste dans son immense univers. Lorsqu'un véritable fils désire une chose et que le Père infini la veut, cette chose EXISTE. Une telle prière ne peut rester sans réponse, et nulle autre sorte de requête ne peut être pleinement exaucée.
7. Le cri du juste est l'acte de foi de l'enfant de Dieu qui ouvre la porte de la maison du Père où sont tenues en réserve la bonté, la vérité, et la miséricorde; tous ces beaux présents attendent depuis longtemps que les fils s'approchent et se les approprient. La prière ne change pas le comportement de Dieu envers l'homme, mais elle change le comportement de l'homme envers le Père invariant. C'est le mobile d'une prière qui lui donne le droit d'accès à l'oreille divine, et non le statut social, économique, ou extérieurement religieux de celui qui prie.
8. On ne doit employer la prière ni pour éluder les délais du temps, ni pour transcender les handicaps de l'espace. La prière n'est pas une technique destinée à se mettre en avant ou à obtenir des avantages injustes sur ses semblables. Une âme entièrement égoïste est incapable de prier au sens véritable du mot. Jésus dit: « Que votre délice suprême soit le caractère de Dieu, et il exaucera certainement les désirs sincères de votre coeur ». « Remettez vos voies au Seigneur, confiez-vous à lui, et il agira ». « Car le Seigneur entend le cri de l'indigent et il aura égard à la prière du miséreux».
9. « Je suis venu du Père. Si donc vous avez jamais un doute sur ce qu'il faut demander au Père, demandez-le en mon nom; je présenterai votre supplique d'une manière adaptée à vos besoins et désirs réels, et conforme à la volonté de mon Père ». Gardez-vous contre le grand danger de devenir égocentriques dans vos prières. Évitez de prier beaucoup pour vous-mêmes; priez davantage pour le progrès spirituel de vos frères. Évitez les prières matérialistes; priez spirituellement et pour l'abondance des dons de l'esprit.
10. Quand vous priez pour les malades et les affligés, ne vous attendez pas à ce que vos suppliques remplacent les soins affectueux et intelligents nécessaires à ces affligés. Priez pour le bonheur de votre famille, de vos amis, et de vos semblables, mais priez spécialement pour ceux qui vous maudissent, et faites des prières miséricordieuses pour ceux qui vous persécutent. « Quant au moment où il faut prier, je ne vous l'indiquerai pas. Seul l'esprit qui demeure en vous peut vous inciter à formuler les requêtes exprimant vos relations intérieures avec le Père des esprits ».
11. Nombre de personnes n'ont recours à la prière qu'au moment où elles se trouvent en difficulté. Cette pratique est sotte et fallacieuse. Il est vrai que vous faites bien de prier quand vous êtes tourmentés, mais vous devriez également songer a parler à votre Père en tant que fils, même quand tout va bien pour votre âme. Que vos suppliques réelles soient toujours faites en secret. Ne laissez pas les hommes entendre vos prières personnelles. Les prières d'actions de grâces conviennent à des groupes d'adorateurs, mais la prière de l'âme est une affaire personnelle. La seule forme de prière qui convienne à tous les enfants de Dieu est: « Néanmoins, que ta volonté soit faite ».
12. Tous les croyants à cet évangile devraient prier sincèrement pour l'expansion du royaume des cieux. Parmi toutes les prières des Écritures hébraïques, c'est sur la supplique suivante du Psalmiste que Jésus fit les commentaires les plus approbateurs: « Crée en moi un coeur pur, O Dieu, et renouvelle en moi un esprit droit. Débarrasse-moi de mes péchés secrets et préserve ton serviteur de toute transgression présomptueuse » (4). Jésus fit de longs commentaires sur les relations entre la prière et les paroles étourdies et offensantes. Il cita le passage: « Mets une garde à ma bouche, O Éternel, et veille sur la porte de mes lèvres » (5). Et Jésus dit encore: « La langue humaine est un organe que peu d'hommes savent dompter, mais l'esprit intérieur peut transformer ce membre indiscipliné en une aimable voix de tolérance un vivifiant ministère de miséricorde »(6).
| (4) Psaume LI-10. |
| (5) Psaume CXLI-3. |
| (6) Cf. Jacques III-5 et 8. |
13. Jésus enseigna que, dans l'ordre d'importance, la prière pour connaître la volonté du Père occupe la première place. La prière pour recevoir les directives divines sur le sentier de la vie terrestre vient immédiatement après. En réalité, cela signifie que l'on prie pour obtenir la sagesse divine. Jésus n'enseigna jamais que l'on pouvait gagner des connaissances humaines et une habileté spéciale par la prière, mais il enseigna que la prière est un facteur dans l'expansion de notre aptitude à recevoir la présence de l'esprit divin. Quand Jésus apprenait à ses associés à prier en esprit et en vérité, il expliquait qu'il s'agissait de prier sincèrement et conformément aux lumières que l'on possède, de prier de tout coeur avec intelligence, sérieux, et persévérance.
14. Jésus mit ses disciples en garde contre l'idée que leurs prières seraient rendues plus efficaces par des répétitions imagées, par une phraséologie éloquente, ou par des jeûnes, des pénitences, et des sacrifices. Mais il exhorta ses partisans à employer la prière pour s'élever à la véritable adoration au moyen des actions de grâces. Jésus déplorait de trouver si peu de l'esprit des actions de grâces dans les prières et le culte de ses disciples. À cette occasion, il fit la citation suivante des Écritures: «C'est une bonne chose que de rendre grâces à l'Éternel et de louer par des cantiques le nom du Très Haut, de reconnaître tous les matins sa tendre bonté et tous les soirs sa fidélité, car Dieu m'a rendu heureux par ses oeuvres. En toutes choses je rendrai grâces conformément à la volonté de Dieu » (1).
15. Jésus dit ensuite: « Ne vous préoccupez pas constamment de vos besoins ordinaires. N'ayez pas d'appréhension au sujet du problème de votre existence terrestre. En toutes ces matières, par des prières et des suppliques et dans un sincère esprit d'actions de grâces, exposez vos besoins au Père qui est aux cieux ». Puis il cita encore les Écritures: « Je louerai le nom du Seigneur par un cantique et je le magnifierai par mes actions de grâces. Cela plaira plus à l'Éternel qu'un boeuf ou un taureau avec ses cornes et son sabot divisé » (2).
| (1) Cf. Psaume XCII-1 et 2. |
| (2) Psaume LXIX-30 et 31. |
16. Jésus enseigna à ses disciples qu'après avoir fait leur prière au Père ils devaient rester quelque temps dans un recueillement silencieux pour donner à l'esprit intérieur les meilleures chances de parler à l'âme attentive. C'est au moment où la pensée humaine est dans une attitude de sincère adoration que l'esprit du Père parle le mieux aux hommes. Nous adorons Dieu grâce à l'aide de l'esprit intérieur du Père et à l'illumination de la pensée humaine par le ministère de la vérité. Jésus enseigna que l'adoration rend l'adorateur de plus en plus semblable à l'être qu'il adore. L'adoration est une expérience transformatrice par laquelle le fini s'approche graduellement de l'Infini, et en dernier lieu atteint sa présence.
Jésus exposa encore beaucoup d'autres vérités sur la communion de l'homme avec Dieu, mais la plupart de ses apôtres ne pouvaient assimiler complètement son enseignement.
3. -- L'ARRÊT À RAMA
C'est à Rama que Jésus eut la mémorable discussion avec le vieux philosophe grec qui enseignait que la science et la philosophie sont suffisantes pour satisfaire les besoins de l'expérience humaine. Jésus écouta avec patience et sympathie cet éducateur grec et reconnut la vérité de bon nombre de ses affirmations. Mais lorsqu'il eut achevé son exposé, Jésus lui dit que, dans son analyse de l'existence humaine, il avait omis d'expliquer «d'où, pourquoi, et vers quoi ». Jésus ajouta: « C'est à l'endroit où tu finis que nous commençons. Pour l'âme humaine, la religion est une révélation traitant des réalités spirituelles que la pensée seule ne pourrait jamais découvrir ni sonder complètement. Les efforts intellectuels peuvent révéler les faits de la vie, mais l'évangile du royaume dévoile les vérités de l'existence. Tu as analysé les ombres matérielles de la vérité; veux-tu maintenant m'écouter pendant que je te parlerai des réalités éternelles et spirituelles qui projettent comme des ombres temporelles transitoires les faits matériels de l'existence? » Durant plus d'une heure, Jésus enseigna à ce Grec les vérités salutaires de l'évangile du royaume. Le vieux philosophe fut sensible au mode d'approche du Maître et, vu que son coeur était sincèrement honnête, il crut très vite à cet évangile de salut.
Les apôtres étaient un peu déconcertés par la manière franche dont Jésus avait donné son assentiment à de nombreuses propositions du Grec, mais un peu plus tard Jésus leur dit en privé: « Mes enfants, ne vous étonnez pas de ma tolérance pour la philosophie grecque. Une certitude intérieure véritable et authentique ne craint rien d'une analyse extérieure, pas plus que la vérité n'est froissée par une critique honnête. N'oubliez jamais que l'intolérance est le masque couvrant ceux qui entretiennent des doutes secrets sur la véracité de leurs croyances. Nul n'est jamais dérangé par le comportement de ses voisins s'il a parfaitement confiance dans la vérité qu'il croit de tout coeur. Le courage est la confiance des gens consciencieusement honnêtes au sujet des choses qu'ils professent de croire. Les hommes sincères ne craignent pas l'examen critique de leurs convictions profondes et de leurs nobles idéaux.
Le second soir à Rama, Thomas posa à Jésus la question suivante: «Maître, comment un néophyte de ton enseignement peut-il vraiment savoir, être réellement certain de la vérité de cet évangile du royaume? »
Jésus répondit à Thomas: « L'assurance que tu es entré dans la famille du royaume du Père, et que tu survivras éternellement avec les enfants du royaume, est entièrement une affaire d'expérience personnelle -- de foi dans la parole de vérité. L'assurance spirituelle est l'équivalent de ton expérience religieuse personnelle dans les réalités éternelles de la vérité divine; en d'autres termes, elle est égale à ta compréhension intelligente des réalités de la vérité, augmentée de ta foi spirituelle et diminués de tes doutes honnêtes.
« Le Fils de l'Homme possède par nature la vie du Père. Vous avez été dotés de l'esprit vivant du Père; vous êtes donc fils de Dieu. Vous survivrez à la vie incarnée du monde matériel parce que vous êtes identifiés avec l'esprit vivant du Père, avec le don de la vie éternelle. En vérité, nombreux sont ceux qui avaient cette vie avant que je ne vienne ici de chez le Père, et de nombreux autres ont reçu cet esprit parce qu'ils ont cru à ma parole. Toutefois, je vous déclare qu'au moment ou je retournerai auprès du Père, il enverra son esprit dans le coeur de tous les hommes.
« Vous ne pouvez observer l'esprit divin à l'oeuvre dans votre pensée, mais il existe une méthode pratique pour découvrir le degré auquel vous avez abandonné le contrôle de vos pouvoirs psychiques à l'enseignement et aux directives de l'esprit intérieur venu du Père céleste: c'est le degré de votre amour pour vos semblables. Cet esprit du Père participe à l'amour du Père; quand il vous domine, il vous conduit infailliblement dans la direction de l'adoration divine et de la considération affectueuse pour votre prochain. Au début, vous croyez que vous êtes fils de Dieu parce que mon enseignement vous a rendus plus conscients des directives de la « présence intérieure » de notre Père; mais l'Esprit de Vérité sera bientôt répandu sur toute chair: il vivra parmi les hommes et les enseignera tous, comme moi-même je vis actuellement parmi vous et vous adresse des paroles de vérité. Cet Esprit de Vérité, parlant pour les dons spirituels de votre âme, vous aidera à savoir que vous êtes des fils de Dieu. Il témoignera infailliblement auprès de la « présence intérieure du Père », auprès de votre esprit, qui habitera alors tous les hommes, comme il en habite actuellement quelques-uns, et vous dira que vous êtes en réalité des fils de Dieu.
« Tout enfant terrestre qui suit les directives de cet esprit finira par connaître la volonté de Dieu, et quiconque s'abandonne à la volonté de mon Père vivra éternellement. Le chemin allant de la vie terrestre à l'état éternel ne vous a pas été décrit clairement. Il y a cependant un chemin, un chemin qui a toujours existé, et je suis venu le rendre nouveau et vivant. Quiconque entre dans le royaume a déjà la vie éternelle -- il ne périra jamais. Vous comprendrez mieux tout ceci quand je serai retourné vers mon Père et que vous serez capables d'examiner rétrospectivement vos expériences actuelles ».
Tous ceux qui entendirent ces paroles bénies furent grandement encouragés. Les enseignements juifs au sujet de la survie des justes étaient confus et incertains. Il était donc reposant et vivifiant pour les disciples de Jésus d'entendre ces paroles très précises et positives promettant la survie éternelle à tous les croyants.
Les apôtres continuèrent à prêcher et à baptiser les croyants, tout en conservant l'habitude d'aller de porte en porte réconforter les déprimés et apporter leur ministère aux malades et aux affligés. L'organisation apostolique fut agrandie, en ce sens que chaque apôtre de Jésus avait désormais pour associé un apôtre de Jean le Baptiste. Abner était l'associé d'André. Ce plan prévalut jusqu'au moment où tous descendirent à Jérusalem pour la Pâque suivante.
Durant le séjour à Zabulon, l'instruction spéciale donnée par Jésus consista principalement en de nouvelles discussions sur les obligations réciproques dans le royaume. Elles comprenaient un enseignement destiné à clarifier les différences entre l'expérience religieuse personnelle et les bons rapports résultant des obligations religieuses sociales. Ce fut l'une des rares occasions où le Maître analysa les aspects sociaux de la religion. Durant son existence terrestre, Jésus donna très peu d'instructions à ses disciples au sujet de la socialisation de la religion.
À Zabulon, la population était de race mixte; les habitants n'étaient ni des Juifs ni des Gentils, et très peu d'entre eux crurent réellement en Jésus, bien qu'ils eussent entendu parler de la guérison des malades à Capharnaüm.
4. -- L'ÉVANGILE À IRON
À Iron, comme dans bien des villes de Galilée et de Judée, même les plus petites, il y avait une synagogue, et au début de son ministère Jésus avait l'habitude de prendre la parole dans ces synagogues le jour du sabbat. Parfois il prêchait à l'office du matin, et alors Pierre ou l'un des autres apôtres faisait un sermon l'après-midi. Bien souvent Jésus et les apôtres prêchaient également en semaine aux assemblées du soir à la synagogue. Bien que les chefs religieux eussent pris de plus en plus violemment parti contre Jésus à Jérusalem, ils n'exerçaient aucun contrôle direct sur les synagogues en dehors de cette ville. C'est seulement à une époque plus tardive du ministère public de Jésus qu'ils réussirent à faire naître contre lui une opposition suffisamment générale pour provoquer la fermeture à peu près complète des synagogues à son enseignement. En cette année 28, toutes les synagogues de Galilée et de Judée lui étaient ouvertes.
Il y avait à Iron des mines très importantes pour l'époque, et Jésus n'avait jamais partagé la vie des mineurs. Durant son séjour à Iron, il passa donc la majeure partie de son temps dans les mines. Il y travailla avec les mineurs du fond, pendant que les apôtres visitaient les foyers et prêchaient sur les places publiques. La réputation de Jésus comme guérisseur s'était répandue même jusqu'à ce village lointain, et de nombreux malades et affligés cherchèrent secours auprès de lui. Beaucoup d'entre eux tirèrent grand profit de son ministère de guérison, mais dans aucun de ces cas, sauf dans celui du lépreux, le Maître n'accomplit de guérison dite miraculeuse.
Tard dans l'après-midi du troisième jour à Iron, Jésus revenant des mines et se dirigeant vers son logement passa par hasard dans une ruelle latérale où se trouvait la misérable masure d'un certain lépreux. Alors qu'il en approchait, le malade, qui avait entendu parler de la réputation de Jésus comme guérisseur, osa l'accoster au passage devant sa porte et s'agenouilla devant lui en disant: « Seigneur, si seulement tu le voulais, tu pourrais me purifier. J'ai entendu le message de tes disciples, et j'entrerais dans le royaume si je pouvais être purifié ». Le lépreux disait cela parce que, chez les Juifs, on interdisait aux lépreux d'assister aux offices de la synagogue ou de pratiquer tout autre culte public. Cet homme croyait réellement qu'il ne pouvait être reçu dans le royaume à venir avant d'avoir obtenu la guérison de sa lèpre. Lorsque Jésus le vit dans cette affliction et entendit ses paroles de foi opiniâtre, son coeur humain fut touché et sa pensée divine émue de compassion. Tandis que Jésus le regardait, l'homme tomba face contre terre en adoration. Alors le Maître étendit sa main, le toucha, et dit: « Je le veux -- sois pur. Et l'homme fut immédiatement guéri; la lèpre avait cessé de l'affliger.
Jésus releva l'homme et lui ordonna: « Prends garde de ne parler à personne de ta guérison, mais vaque plutôt en paix à tes affaires; montre-toi aux prêtres et offre les sacrifices commandés par Moïse en témoignage de ta purification ». Mais cet homme ne fit pas ce que Jésus lui avait ordonné; il répandit dans la localité la nouvelle que Jésus avait effacé sa lèpre, et comme il était connu dans tout le village, les gens pouvaient constater de visu qu'il avait été guéri de sa maladie. Il n'alla pas trouver les prêtres comme Jésus le lui avait prescrit. À la suite de la diffusion de la nouvelle que Jésus l'avait guéri, le Maître fut assailli par des malades au point qu'il fut obligé de se lever de bonne heure le lendemain et de quitter les lieux. Il n'y revint pas, mais resta deux jours dans les faubourgs, près des mines, en continuant à enseigner les mineurs croyants au sujet de l'évangile du royaume.
Cette guérison du lépreux fut le premier soi-disant miracle que Jésus ait accompli intentionnellement et délibérément jusqu'alors. Et il s'agissait d'un cas de lèpre réelle.
D'Iron le groupe partit pour Gischala, où il passa deux jours à proclamer l'évangile, puis il se rendit à Chorazin, où il consacra près d'une semaine à prêcher la bonne nouvelle sans pouvoir gagner beaucoup de croyants au royaume. En aucun endroit où Jésus enseigna, il ne rencontra un refus aussi général de son message. Le séjour à Chorazin fut très déprimant pour la plupart des apôtres; André et Abner eurent beaucoup de peine à soutenir le courage de leurs collègues. Puis ils traversèrent tranquillement Capharnaüm pour aller au village de Madon, où ils réussirent un peu mieux. Dans la pensée de la plupart des apôtres prévalait l'idée que leur échec dans les villes si récemment visitées provenait de l'insistance de Jésus pour que, ni dans leur enseignement ni dans leurs sermons, ils ne fassent allusion à lui en tant que guérisseur. Combien ils auraient désiré qu'il guérisse encore un lépreux ou manifeste son pouvoir d'une autre manière pour attirer l'attention de la population! Mais le Maître resta insensible à leurs instantes sollicitations.
5. -- DE RETOUR À CANA
Le groupe apostolique fut grandement encouragé lorsque Jésus annonça: «Demain nous irons à Cana ». Les apôtres savaient qu'ils y rencontreraient un auditoire sympathique, car Jésus y était bien connu. À Cana, ils réussissaient bien dans leurs efforts pour faire entrer des croyants dans le royaume lorsque Titus, un noble citoyen de Capharnaüm, arriva le troisième jour. Il ne croyait que partiellement, et son fils était très gravement malade. Ayant appris que Jésus était à Cana, il se hâta d'aller l'y trouver. Les croyants de Capharnaüm estimaient que Jésus pouvait guérir n'importe quelle maladie.
Lorsque ce noble eut rejoint Jésus, il le supplia de venir en hâte à Capharnaüm et de guérir son fils malade. Tandis que les apôtres attendaient la réponse en retenant leur respiration, Jésus regarda le père de l'enfant malade et dit: « Combien de temps vous supporterai-je? Le pouvoir de Dieu est au milieu de vous, mais à moins de voir des signes et de contempler des prodiges, vous refusez de croire ». Mais le noble implora Jésus et dit: « Seigneur, je crois, mais viens avant que mon enfant ne périsse, car au moment où je l'ai quitté il était à l'article de la mort ». Jésus baissa la tête, prit un instant de méditation silencieuse, puis reprit soudain: « Retourne chez toi, ton fils vivra ». Titus crut à la parole de Jésus et se hâta de retourner à Capharnaüm. À son retour, ses serviteurs sortirent à sa rencontre en lui disant: « Réjouis-toi, car l'état de ton fils s'est amélioré -- il est vivant ». Alors Titus leur demanda à quelle heure la convalescence avait commencé, et les serviteurs lui répondirent: « La fièvre l'a quitté hier soir vers sept heures ». Et le père se rappela que c'était à peu près l'heure où Jésus lui avait dit: « Ton fils vivra ». Titus crut désormais de tout coeur, et sa famille se mit également à croire. Son fils devint un puissant ministre du royaume et sacrifia plus tard sa vie avec ceux qui souffrirent à Rome. Toute la maisonnée de Titus, leurs amis, et même les apôtres considérèrent cet épisode comme un miracle, mais ce n'en était pas un. Du moins ce ne fut pas un miracle de guérison d'une maladie physique. C'était simplement un cas de pré-connaissance concernant le jeu d'une loi naturelle, le genre de connaissance auquel Jésus eut fréquemment recours après son baptême.
À nouveau, Jésus fut obligé de quitter hâtivement Cana à cause de l'intérêt excessif soulevé par le second épisode de cette sorte accompagnant son ministère dans ce village. Les habitants se souvenaient de l'eau et du vin, et maintenant que Jésus était supposé avoir guéri le fils du noble à une si grande distance, non seulement ils lui amenaient les malades et les affligés, mais ils lui envoyaient aussi des messagers lui demandant de guérir des malades à distance. Voyant que tout le pays était en effervescence, Jésus dit « Allons à Naïn ».
6. -- LE FILS DE LA VEUVE DE NAÏN
Ces gens croyaient aux signes; c'était une génération cherchant des prodiges. À ce moment-là, les habitants de la Galilée centrale et méridionale s'étaient mis à penser à Jésus et à son ministère personnel en termes de miracles. Des dizaines, puis des centaines de personnes honnêtes, souffrant de désordres purement nerveux et affligées de troubles émotionnels, se présentaient devant Jésus puis retournaient chez elles en annonçant à leurs amis que Jésus les avait guéries. Ces gens ignorants et simples d'esprit considéraient les cas de guérison mentale comme des guérisons physiques et des cures miraculeuses.
Lorsque Jésus chercha à quitter Cana pour aller à Naïn, une grande multitude de croyants et une foule de curieux le suivirent. Ils voulaient voir des miracles et des prodiges et n'allaient pas être déçus. Tandis que Jésus et ses apôtres approchaient de la porte de la ville, ils croisèrent une procession funéraire se rendant au cimetière voisin pour y porter le fils unique d'une veuve de Naïn. Cette femme était très respectée, et la moitié du village suivait les porteurs du cercueil du garçon supposé mort. Lorsque le cortège arriva à la hauteur de Jésus et de sa suite, la veuve et ses amis reconnurent le Maître et le supplièrent de ramener le fils à la vie. Leur attente d'un miracle était portée à un tel diapason qu'ils croyaient Jésus capable de guérir n'importe quelle maladie humaine; pourquoi ce guérisseur ne pourrait-il pas aussi ressusciter les morts? Importuné de la sorte, Jésus s'avança, souleva le couvercle du cercueil, et examina le garçon. Il découvrit que le jeune homme n'était pas réellement mort et perçut la tragédie que sa présence pouvait éviter. Il se tourna donc vers la mère et dit « Ne pleure pas. Ton fils n'est pas mort il vit. Il te sera rendu ». Puis il prit le jeune homme par la main et dit: « Réveille-toi et lève-toi ». Et le garçon censément mort ne tarda pas à s'asseoir et à parler, et Jésus renvoya chacun chez soi.
Jésus s'efforça de calmer la multitude et tenta vainement d'expliquer que le garçon n'était pas réellement mort, qu'il ne l'avait pas ramené de la tombe, mais tout fut inutile. La foule qui le suivait et tout le village de Naïn furent excités au plus haut degré de frénésie émotive. Beaucoup furent saisis de peur, d'autres de panique, tandis que d'autres se mettaient à prier et à se lamenter sur leurs péchés. On ne put disperser que longtemps après la tombée de la nuit la foule qui poussait des clameurs. Bien entendu, malgré l'affirmation de Jésus que le garçon n'était pas mort, tout le monde répéta avec insistance qu'un miracle avait eu lieu et que le mort avait été ressuscité. Jésus eut beau leur dire que le garçon était simplement en catalepsie, ils expliquèrent que c'était sa manière de parler et attirèrent l'attention sur le fait que sa grande modestie l'incitait toujours à dissimuler ses miracles.
La nouvelle que Jésus avait ressuscité d'entre les morts le fils de la veuve se répandit donc dans toute la Galilée et en Judée, et un grand nombre de ceux qui l'apprirent y crurent. Jamais Jésus ne réussit à faire entièrement comprendre, même à ses apôtres, que le fils de la veuve n'était pas réellement mort au moment où il l'invita à se réveiller et à se lever. Toutefois Jésus les convainquit suffisamment pour faire supprimer l'épisode dans tous les écrits ultérieurs, sauf dans l'évangile de Luc qui le raconta tel qu'on le lui avait rapporté. À nouveau Jésus fut tellement assiégé en tant que guérisseur qu'il partit de bonne heure le lendemain matin pour Endor.
7. -- À ENDOR
À Endor, Jésus échappa pour quelques jours aux clameurs des foules réclamant la guérison physique. Durant le séjour en ce lieu, le Maître raconta, pour l'instruction des apôtres, l'histoire du roi Saül et de la sorcière d'Endor. Jésus exposa clairement à ses apôtres que les médians égarés et rebelles, qui avaient si souvent personnifié les esprits supposés des morts, seraient bientôt maîtrisés, de sorte qu'ils ne pourraient plus accomplir ces actes étranges. Il dit à ses disciples qu'après son retour auprès du Père, et après que le Père et lui auraient répandu leur esprit sur toute chair, ces êtres semi-spirituels -- appelés esprits impurs -- ne pourraient plus posséder les mortels ayant l'intelligence débile ou tournée vers le mal.
Jésus expliqua en outre à ses apôtres que les esprits des humains trépassés ne reviennent pas sur le monde de leur origine pour communiquer avec les vivants. C'est seulement après l'écoulement d'un âge dispensationnel qu'il serait possible à l'esprit évolué de certains mortels de revenir sur terre, et même alors ce ne serait que dans des cas exceptionnels et comme un facteur de l'administration spirituelle de la planète.
Après deux jours de repos, Jésus dit à ses apôtres: « Retournons demain matin à Capharnaüm pour y demeurer et y enseigner pendant que les environs se calment. Entre temps, chez nous, ils se seront déjà partiellement remis de cette sorte d'excitation ».
QUATRE JOURNÉES MÉMORABLES À CAPHARNAÜM
Jésus et les apôtres arrivèrent à Capharnaüm le soir du mardi 13 janvier de cet an 28. Comme à l'habitude, ils installèrent leur quartier général dans la maison de Zébédée à Bethsaïde. Maintenant que Jean le Baptiste avait été mis à mort, Jésus se prépara à inaugurer ouvertement sa première tournée de prédication publique en Galilée. La nouvelle du retour de Jésus se répandit rapidement dans la ville, et le lendemain matin de bonne heure Marie, mère de Jésus, se hâta de partir pour Nazareth afin de s'entretenir avec son fils Joseph.
Jésus passa le mercredi, le jeudi, et le vendredi chez Zébédée, instruisant ses apôtres et les préparant à leur première grande tournée de prédication publique. Il reçut aussi, soit isolément soit en groupes, un grand nombre d'investigateurs sérieux. Par le truchement d'André, il s'arrangea pour parler dans la synagogue le jour du sabbat suivant.
Tard le vendredi, Ruth, la plus jeune soeur de Jésus, lui rendit secrètement visite. Ils passèrent presque une heure ensemble dans un bateau ancré à courte distance du rivage. Nul être humain, sauf Jean Zébédée, ne connut jamais cette visite, et le Maître lui recommanda de n'en parler à personne. Ruth était le seul membre de la famille de Jésus qui ait cru, avec constance et sans défaillance, à la divinité de la mission terrestre de son frère dès qu'elle eut acquis une conscience spirituelle et tout au long du ministère mouvementé de Jésus, de sa mort, de sa résurrection, et de son ascension. Finalement, elle passa dans les mondes de l'au-delà sans avoir jamais douté du caractère surnaturel de la mission incarnée de son frère-père. En ce qui concernait sa famille terrestre, la petite Ruth fut la principale consolation de Jésus durant les cruelles épreuves de son jugement, de sa condamnation, et de sa crucifixion.
1. -- LE FRUCTUEUX COUP DE FILET
Le vendredi matin de la même semaine, tandis que Jésus enseignait sur le rivage, son auditoire le serra de tellement près au bord de l'eau qu'il fit signe à des pêcheurs occupant un bateau voisin de venir à son secours. Il monta dans le bateau et continua pendant plus de deux heures à enseigner la foule assemblée. Cet esquif s'appelait « Simon »; c'était l'ancien bateau de pêche de Simon Pierre, et il avait été construit des propres mains de Jésus. Ce matin-là, il était utilisé par David Zébédée et deux amis qui venaient de retourner vers la côte après une nuit de pêche infructueuse sur le lac. Ils nettoyaient et réparaient leurs filets au moment où Jésus fit appel à leur assistance.
Après que Jésus eut fini d'enseigner la foule, il dit à David: « Tu as perdu du temps en venant à mon secours, alors permets-moi de travailler avec toi. Allons pêcher. Dirige-toi vers les fonds qui sont là-bas, et jette tes filets pour une prise ». Mais Simon, l'un des aides de David, répondit: «Maître, c'est inutile. Nous avons peiné toute la nuit et nous n'avons rien pris; toutefois, puisque tu le demandes, nous allons sortir et lancer les filets ». Simon consentit à suivre les directives de Jésus parce que son patron David lui avait fait signe d'un geste. Quand ils furent arrivés à l'endroit désigné par Jésus, ils immergèrent leurs filets et prirent une telle quantité de poissons qu'ils craignirent de voir leurs filets se déchirer; ils firent signe à leurs associés restés au bord du rivage de venir à la rescousse. Lorsqu'ils eurent rempli les trois bateaux de poissons presque au point de les faire chavirer, Simon tomba aux genoux de Jésus en disant: «Écarte-toi de moi, Maître, car je suis coupable ». Simon et tous les participants à cet épisode furent stupéfaits de ce fructueux coup de filet. À partir de ce jour, David Zébédée, son aide Simon, et leurs associés abandonnèrent leurs filets et suivirent Jésus.
Ce ne fut en aucun sens une pêche miraculeuse. Jésus avait étudié de près la nature; il était un pêcheur expérimenté et connaissait les habitudes des poissons dans la Mer de Galilée. En cette occasion, il avait simplement dirigé les pêcheurs vers l'endroit où les poissons se trouvaient généralement à cette heure-là de la journée. Mais les disciples de Jésus considérèrent toujours le fait comme un miracle.
2. -- UN APRÈS-MIDI À LA SYNAGOGUE
Lors du sabbat suivant, au service de l'après-midi dans la synagogue, Jésus prêcha son sermon sur « La Volonté du Père qui est aux Cieux ». Le matin, Pierre avait prêché sur « Le Royaume ». À la réunion du jeudi soir à la synagogue, André avait enseigné en prenant pour sujet: « La Nouvelle Voie ». À cette date, le nombre de personnes qui croyaient en Jésus était plus élevé à Capharnaüm que dans toute autre ville de la terre.
Cet après-midi de sabbat, tandis que Jésus enseignait dans la synagogue et prenait, conformément à la coutume, son premier texte dans La Loi, il lut dans le Livre de l'Exode: « Tu serviras le Seigneur, ton Dieu, et il bénira ton pain et ton eau, et toute maladie sera ôtée de toi (1) » Il choisit son second texte dans Les Prophètes et lut dans Isaïe: « Lève-toi et resplendis, car ta lumière est venue et la gloire du Seigneur s'est levée sur toi. L'obscurité peut couvrir la terre, et de profondes ténèbres recouvrir le peuple, mais l'esprit de l'Éternel se lèvera sur toi, et l'on verra la gloire divine t'accompagner. Même les Gentils viendront vers cette lumière, et beaucoup de grands penseurs s'abandonneront à son éclat » (2).
| (1) Exode XXIII-25. |
| (2) Isaïe LX-1 à 3. |
Ce sermon fut un effort de la part de Jésus pour exposer clairement le fait que la religion est une expérience personnelle. Entre autres choses, le Maître dit:
Vous savez bien que si un père au coeur tendre aime sa famille comme un tout, il la considère comme un groupe à cause de sa solide affection pour chaque membre de cette famille. Il faut cesser d'approcher le Père en tant qu'enfant d'Israël, mais le faire comme enfant de Dieu. En tant que groupe, vous êtes en vérité les enfants d'Israël, mais à titre individuel chacun de vous est un enfant de Dieu. Je ne suis pas venu révéler le Père aux enfants d'Israël, mais plutôt apporter individuellement aux croyants la connaissance de Dieu et la révélation de son amour et de sa miséricorde, en tant qu'expérience personnelle authentique. Les prophètes ont tous enseigné que Jéhovah rend soin de son peuple, que Dieu aime Israël. Moi je suis venu parmi vous proclamer une vérité plus grande, une vérité que beaucoup des derniers prophètes avaient déjà saisie, la vérité que Dieu vous aime -- chacun de vous -- en tant qu'individus. Pendant toutes ces générations vous avez eu une religion raciale ou nationale; maintenant je suis venu vous donner une religion personnelle.
« Ce n'est même pas une idée nouvelle. Parmi vous, bien des personnes spirituellement douées ont connu cette vérité, car certains prophètes vous l'ont enseignée. N'avez-vous pas lu dans les Écritures le passage où le Prophète Jérémie dit: « En ces jours on ne dira plus: les pères ont mangé des raisins verts et les dents des enfants ont été agacées. Chaque homme mourra pour sa propre iniquité; tout homme qui mangera des raisins verts aura ses propres dents agacées. Voici, les jours viennent où je ferai une nouvelle alliance avec mon peuple, non selon l'alliance que j'ai conclue avec leurs pères quand je les ai fait sortir de la terre d'Égypte, mais selon la nouvelle voie. J'écrirai ma loi dans leur coeur. Je serai leur Dieu et ils seront mon peuple. Ce jour-là un homme ne dira plus à son voisin: Connais-tu l'Éternel? Non! Car ils me connaîtront tous personnellement depuis le plus humble jusqu'au plus grand » (3).
(3) Cf. Jérémie XXXI-29 à 34.
« N'avez-vous pas lu ces promesses? Ne croyez-vous pas aux Écritures? Ne comprenez-vous pas que les paroles du prophète sont accomplies par ce que vous voyez aujourd'hui même? Jérémie ne vous a-t-il pas exhorté à faire de la religion une affaire du coeur, à vous lier à Dieu en tant qu'individus? Le prophète ne vous a-t-il pas dit que le Dieu du ciel sonderait le coeur de chacun? Et n'avez-vous pas été avertis que par nature le coeur humain est plus trompeur que tout, et souvent désespérément pervers?
« N'avez-vous pas lu aussi le passage où Ezéchiel a enseigné à vos pères que la religion doit devenir une réalité dans votre expérience individuelle? Vous cesserez d'employer le proverbe qui dit: « Les pères ont mangé des raisins verts, et les dents des enfants ont été agacées ». « Aussi sûrement que je suis vivant, dit le Seigneur Dieu, voici, toutes les âmes sont à moi, l'âme du père comme celle du fils. Seule mourra l'âme pécheresse » (4). Ensuite Ezéchiel prévit même le présent jour lorsqu'il annonça de la part de Dieu: «Je vous donnerai aussi un nouveau coeur, et je mettrai en vous un nouvel esprit».
(4) Ezéchiel XVIII-2 et la suite.
« Vous devriez cesser de craindre que Dieu punisse une nation pour le péché d'un individu. Le Père céleste ne punira pas non plus un de ses enfants croyants pour le péché d'une nation, bien qu'un membre individuel d'une famille doive souvent supporter les conséquences matérielles des fautes familiales et des transgressions collectives. Ne saisissez-vous pas que l'espoir d'une nation meilleure -- ou d'un monde meilleur -- est lié au progrès et à l'éclairement des individus? »
Ensuite le Maître expliqua que le Père céleste (après que les hommes aient discerné cette liberté spirituelle) veut que ses enfants terrestres commencent l'ascension éternelle de la carrière du Paradis. Celle-ci consiste en une réponse consciente de la créature à l'invitation divine de l'esprit intérieur qui la pousse à trouver le Créateur, à connaître Dieu, et à chercher à lui ressembler.
Les apôtres furent grandement aidés par ce sermon. Ils comprirent tous plus pleinement que l'évangile du royaume est un message destiné aux individus, et non à la nation.
Bien que les habitants de Capharnaüm fussent habitués à l'enseignement de Jésus, ils furent étonnés par son sermon de ce jour de sabbat. En vérité, il enseigna avec autorité, et non comme les scribes.
Juste au moment où Jésus finissait de parler, un jeune homme de la congrégation, qui avait été très agité par ses paroles, fut saisi d'une violente attaque d'épilepsie et poussa de grands cris. À la fin de la crise, lorsqu'il reprit conscience, il parla dans un état de rêve et dit: « Qu'avons-nous à faire avec toi, Jésus de Nazareth? Tu es le saint de Dieu; es-tu venu pour nous détruire? » Jésus pria l'assistance de rester tranquille, prit le jeune homme par la main, et dit: « Sors de cet état » -- et le garçon fut immédiatement réveillé.
Ce jeune homme n'était pas possédé par un esprit impur, un démon; il était victime d'une épilepsie ordinaire. Mais on lui avait fait croire que son infirmité provenait du fait qu'il était possédé par un démon. Il y croyait, et se comportait en conséquence dans tout ce qu'il pensait ou disait au sujet de sa maladie. Toute la population croyait que ces phénomènes étaient directement causés par la présence d'esprits impurs. Elle crut donc que Jésus avait chassé un démon de cet homme (5) -- mais ce n'est pas à ce moment-là que Jésus guérit cet épileptique. Comme on va le voir, c'est plus tard dans la même journée, après le coucher du soleil, que ce jeune homme fut réellement guéri. Longtemps après la Pentecôte, l'Apôtre Jean, qui fut le dernier à relater par écrit les actes de Jésus, évita toute allusion à ces soi-disant « expulsions de démons » en raison du fait qu'après la Pentecôte il ne se produisit plus jamais de cas de possession par des démons.
(5) Cf. Luc IV-31 à 37; Marc I-21 à 27.
À la suite de cet incident banal, l'histoire se répandit rapidement dans Capharnaüm que Jésus avait chassé un démon d'un homme qui s'était trouvé miraculeusement guéri dans la synagogue à la fin de son sermon de l'après-midi. Le sabbat était le moment propice pour la diffusion rapide et efficace de cette rumeur sensationnelle. L'histoire fut également transmise aux hameaux des environs de Capharnaüm et beaucoup de gens y crurent.
Dans la grande maison de Zébédée, où Jésus et les douze avaient établi leur quartier général, la majeure partie de la cuisine et du ménage était faite par la femme de Simon Pierre et la mère de celle-ci. La maison de Pierre était proche de celle de Zébédée. Jésus et ses amis s'y arrêtèrent en revenant de la synagogue, parce que la belle-mère de Pierre souffrait depuis plusieurs jours de refroidissement et de fièvre. Il se trouva par hasard que la fièvre la quitta au moment où Jésus était debout auprès d'elle, tenant sa main, lui caressant le front, et lui prodiguant des paroles de consolation et d'encouragement. Jésus n'avait pas encore eu le temps d'expliquer à ses apôtres qu'il ne s'était produit aucun miracle à la synagogue. Ayant cet incident tout frais et vivace dans leur mémoire, et se rappelant l'eau et le vin de Cana, ils prirent cette coïncidence pour un nouveau miracle, et plusieurs d'entre eux sortirent précipitamment pour en répandre la nouvelle dans la ville.
Anatha, la belle-mère de Pierre, souffrait de malaria. Elle non plus ne fut pas miraculeusement guérie par Jésus à ce moment-là. C'est seulement plusieurs heures plus tard, après le coucher du soleil, que sa guérison survint en relation avec l'événement extraordinaire qui se produisit dans la cour devant la maison de Zébédée.
Ces cas sont typiques de la manière dont une génération cherchant des prodiges et un peuple imaginant des miracles saisirent infailliblement toutes ces coïncidences comme prétexte pour proclamer qu'un nouveau miracle avait été accompli par Jésus.
3. -- LA GUÉRISON AU COUCHER DU SOLEIL
Au moment où Jésus et ses apôtres s'apprêtaient à prendre leur repas du soir à la fin de ce mémorable jour de sabbat, tout Capharnaüm et ses environs étaient en émoi au sujet des prétendues guérisons miraculeuses. Tous les gens malades ou souffrants se préparèrent à aller trouver Jésus ou à se faire transporter près de lui dès que le soleil se serait couché. D'après les enseignements juifs, il était même interdit de rechercher la santé durant les heures sacrées du sabbat.
Donc, aussitôt que le soleil eut disparu à l'horizon, des centaines d'hommes, de femmes, et d'enfants souffrants commencèrent à se diriger vers la maison de Zébédée à Bethsaïde. Un homme partit avec sa fille paralysée dès que le soleil eut disparu derrière la maison de son voisin.
Les événements de la journée avaient préparé le cadre de cette scène extraordinaire au coucher du soleil. Même le texte que Jésus avait employé pour son sermon de l'après-midi laissait entendre que la maladie devait être bannie. Et il avait parlé avec une puissance et une autorité sans précédent! Son message était irrésistible! Sans avoir fait appel à l'autorité humaine, il avait parlé directement à la conscience et à l'âme des gens. Il n'avait eu recours ni à la logique, ni à des arguties de la loi, ni à des explications ingénieuses, mais il avait fait un puissant appel, direct, clair, et personnel, au coeur de chacun de ses auditeurs.
Ce sabbat fut un grand jour dans la vie terrestre de Jésus, et même dans la vie d'un univers. À tous égards en ce qui concernait l'univers local, la petite ville juive de Capharnaüm fut alors la capitale de Nébadon. La poignée de Juifs dans la synagogue de Capharnaüm ne représentait nullement les seuls êtres qui entendirent l'importante proclamation clôturant le sermon de Jésus: « La haine est l'ombre de la peur; la vengeance est le masque de la lâcheté ». Les auditeurs ne purent jamais oublier non plus ses paroles bénies proclamant que « l'homme est le fils de Dieu, et non un enfant du démon ».
Peu après le coucher du soleil, alors que Jésus et les apôtres s'attardaient encore autour de la table du souper, la femme de Pierre entendit des voix dans la cour de devant et alla regarder à la porte. Elle vit qu'un grand nombre de malades se rassemblaient et que la route venant de Capharnaüm était encombrée d'arrivants qui venaient chercher la guérison des mains de Jésus. À ce spectacle, elle repartit immédiatement informer son mari, qui prévint Jésus.
Lorsque le Maître arriva sur le perron de la maison de Zébédée, son regard rencontra des rangs serrés d'infirmes et d'affligés. Il aperçut près de mille êtres humains malades et souffrants; c'était du moins le nombre de personnes assemblées devant lui, mais toutes n'étaient pas en mauvaise santé. Quelques-unes étaient venues assister ceux qu'elles aimaient dans leur effort pour obtenir la guérison.
La vue de ces mortels accablés, hommes, femmes, et enfants, souffrant en grande partie par suite des fautes et des transgressions commises par ses propres Fils auxquels il avait confié l'administration de l'univers, toucha particulièrement les sentiments humains de Jésus et mit au défi la divine miséricorde de ce bienveillant Fils Créateur. Jésus savait bien qu'il ne pourrait jamais créer un mouvement spirituel durable en s'appuyant sur des prodiges purement matériels. Il avait suivi avec persévérance la ligne de conduite consistant à ne pas faire valoir ses prérogatives de créateur. Depuis Cana, rien de surnaturel ni de prodigieux n'avait accompagné son enseignement. Néanmoins, cette multitude affligée de maux toucha son coeur compatissant et fit un puissant appel à sa tendresse compréhensive.
De la cour de devant partit une voix criant: « Maître, prononce la parole, guéris nos malades, et sauve nos âmes ». À peine ces mots eurent-ils été prononcés qu'une immense légion de séraphins, de contrôleurs physiques, de Porteurs de Vie, et de médians, semblable à celle qui accompagnait toujours ce Créateur incarné d'un univers, s'apprêta à manifester son pouvoir créatif si son Souverain lui en donnait le signal. Ce fut l'un des moments de la carrière terrestre de Jésus où la sagesse divine et la compassion humaine se trouvèrent tellement enchevêtrées dans le jugement du Fils de l'Homme qu'il chercha refuge en faisant appel à la volonté de son Père.
Lorsque Pierre implora le Maître de prêter l'oreille à ces cris de détresse, Jésus abaissa son regard sur la foule des malades et dit: « Je suis venu dans le monde pour révéler le Père et pour établir le royaume. J'ai vécu jusqu'à ce jour ma vie dans ce dessein. Si cependant c'était la volonté de Celui qui m'a envoyé, et si ce n'était pas incompatible avec ma consécration à proclamer l'évangile du royaume céleste, je désirerais voir mes enfants guéris -- et .. ». le reste de ses paroles se perdit dans le tumulte.
Jésus avait transféré à son Père la responsabilité de la décision de guérir. Evidemment la volonté du Père n'opposa aucune objection, car à peine les paroles du Maître eurent-elles été prononcées que l'ensemble des personnalités célestes servant sous le commandement de l'Ajusteur de Pensée Personnalisé de Jésus fut puissamment mobilisé. La vaste légion descendit au milieu de cette foule bigarrée de mortels souffrants, et en quelques instants hommes, femmes, et enfants furent guéris, parfaitement guéris de toutes leurs maladies physiques et de leurs autres troubles de santé. Jamais on n'avait vu pareille scène sur terre avant ce jour, et jamais on n'en a revu depuis lors. Pour ceux d'entre nous qui étaient présents et virent ce flot d'énergie curative, ce fut vraiment un spectacle passionnant.
Parmi tous les êtres stupéfaits par cette explosion soudaine et inattendue de guérison surnaturelle, Jésus fut le plus surpris. À un moment où sa sympathie et son intérêt humains étaient centrés sur la scène de souffrance et d'affliction étalée devant lui, il avait négligé de garder présentes à sa pensée humaine les recommandations de son Ajusteur Personnalisé au sujet du temps. L'Ajusteur l'avait averti que, sous certaines conditions et dans certaines circonstances, il était impossible de limiter l'élément temps dans les prérogatives créatrices d'un Fils Créateur. Jésus désirait voir ces malades rendus bien portants si cela n'était pas contraire à la volonté de son Père. L'Ajusteur Personnalisé de Jésus décida instantanément qu'un tel acte d'énergie créative accompli à ce moment-là ne transgresserait pas la volonté du Père du Paradis. Par cette décision compte tenu de l'expression préalable du désir de guérison de Jésus -- l'acte créatif exista. Ce qu'un Fils Créateur désire et que son Père veut EXISTE. Dans toute la vie ultérieure de Jésus sur terre, jamais plus une telle guérison physique massive de mortels n'eut lieu.
Comme on pouvait s'y attendre, la renommée de cette guérison au coucher du soleil à Bethsaïde, le port de Capharnaüm, se répandit dans toute la Galilée et la Judée, ainsi que dans des régions plus lointaines. Une fois de plus les craintes d'Hérode furent éveillées; il envoya des observateurs pour lui rendre compte de l'oeuvre et des enseignements de Jésus, et aussi pour savoir s'il était l'ancien charpentier de Nazareth, ou bien Jean le Baptiste ressuscité d'entre les morts.
Durant le reste de sa carrière terrestre, et principalement à cause de cette démonstration involontaire de guérison physique, Jésus devint autant un médecin qu'un prédicateur. Il est vrai qu'il continua son enseignement, mais son travail personnel consistait surtout en soins donnés aux malades et aux affligés, tandis que ses apôtres s'occupaient de prêcher en public et de baptiser les croyants.
La majorité de ceux qui profitèrent de la guérison physique surnaturelle, ou créative, lors de cette démonstration d'énergie divine au coucher du soleil, ne tirèrent pas un bénéfice spirituel permanent de cette extraordinaire manifestation de miséricorde. Un petit nombre d'entre eux furent vraiment édifiés par ce ministère physique, mais cette stupéfiante manifestation curative indépendante du temps ne fit aucunement progresser le royaume spirituel dans le coeur des hommes.
Les guérisons miraculeuses qui accompagnèrent de temps à autre la mission de Jésus sur terre ne faisaient pas partie de son plan pour proclamer le royaume. Elles furent incidentes et inhérentes à la présence sur terre d'un être divin jouissant de prérogatives créatrices presque illimitées, en association avec une combinaison sans précédent de miséricorde divine et de compassion humaine. Toutefois, ces prétendus miracles valurent beaucoup de désagréments à Jésus, en ce sens qu'ils lui procurèrent une publicité soulevant des préventions et lui apportèrent une notoriété qu'il ne désirait pas.
4. -- LA FIN DE LA SOIRÉE
Durant toute la soirée qui suivit ce grand déchaînement de guérisons, la foule heureuse et réjouie envahit la maison de Zébédée, et l'enthousiasme émotif des apôtres de Jésus s'éleva à son plus haut diapason. Du point de vue humain, ce fut probablement le plus grand jour de tous les grands jours de leur association avec Jésus. Jamais avant ni après leurs espoirs ne s'élevèrent à de telles hauteurs d'expectative confiante. Quelques jours seulement auparavant, alors qu'ils étaient encore à l'intérieur des frontières de la Samarie, Jésus leur avait dit que l'heure était venue où le royaume devait être proclamé en puissance, et maintenant ils avaient vu de leurs propres yeux ce qu'ils supposaient être l'accomplissement de cette promesse. Ils étaient passionnés par la vision de ce qui allait arriver si cette stupéfiante manifestation de pouvoir curatif n'était qu'un commencement. Les doutes qui flottaient encore chez eux sur la divinité de Jésus furent bannis. Ils étaient littéralement enivrés et abasourdis par l'extase de leur enchantement.
Mais quand ils cherchèrent Jésus, ils ne purent le trouver. Le Maître était fort troublé de ce qui s'était produit. Les hommes, femmes, et enfants qui avaient été guéris de diverses maladies s'attardèrent longtemps dans la soirée, espérant que Jésus reviendrait et qu'ils pourraient le remercier. Voyant les heures passer et le Maître rester dans l'isolement, les apôtres ne parvenaient pas à comprendre sa conduite; sans la persistance de son absence, leur joie aurait été complète et parfaite. Lorsque Jésus revint, il était tard, et pratiquement tous les bénéficiaires de la guérison étaient rentrés chez eux. Jésus refusa les félicitations et l'adoration des douze et des retardataires restés pour le saluer; il se borna à dire: « Ne vous réjouissez pas de ce que mon Père ait le pouvoir de guérir le corps, mais plutôt de ce qu'il ait la puissance de sauver l'âme. Allons nous reposer, car demain il faudra nous occuper des affaires du Père ».
À nouveau déçus, perplexes, et le coeur attristé, les douze hommes allèrent se coucher mais, sauf les jumeaux, peu d'entre eux dormirent beaucoup cette nuit-là. À peine le Maître faisait-il quelque chose pour encourager l'âme et réjouir le coeur de ses apôtres, qu'il semblait immédiatement mettre en pièces leurs espoirs et démolir de fond en comble leur courage et leur enthousiasme. Tandis que ces pêcheurs désorientés se regardaient les uns les autres dans les yeux, ils n'avaient qu'une pensée: « Nous ne pouvons le comprendre. Que signifie tout cela? »
5. -- DE BONNE HEURE LE DIMANCHE MATIN
Jésus ne dormit pas non plus beaucoup cette nuit de samedi. Il se rendit compte que le monde était plein de détresse et de difficultés matérielles. Il prévit le grand danger qu'il y aurait à être obligé de consacrer aux soins des malades et des affligés une partie de son temps si importante que cela interférerait avec sa mission d'établir le royaume spirituel dans le coeur des hommes, ou tout au moins que cela subordonnerait sa mission à des facteurs physiques. À cause de ces idées, et d'autres idées similaires, qui occupèrent la pensée humaine de Jésus durant la nuit, il se leva le dimanche matin bien avant l'aurore et se rendit seul dans un des sites retirés qu'il préférait pour communier avec le Père.
En cette heure matinale, Jésus prit pour thème de prière la sagesse et le jugement; il voulait empêcher sa compassion humaine, jointe à sa miséricorde divine, de l'influencer en présence des souffrances matérielles au point que tout son temps serait occupé à des cures physiques au détriment du domaine spirituel. Il ne souhaitait pas éviter complètement de soigner les malades, mais il savait qu'il lui faudrait également accomplir son oeuvre plus importante d'enseignement spirituel et d'éducation religieuse.
Jésus s'en allait souvent prier dans la montagne parce qu'il n'avait pas de local isolé pour faire ses dévotions personnelles.
Pierre ne put dormir cette nuit-là; peu après que Jésus fit sorti pour prier, il réveilla de très bonne heure Jacques et Jean, et tous trois allèrent trouver leur Maître. Après plus d'une heure de recherches, ils découvrirent Jésus et le supplièrent de leur donner les raisons de son étrange conduite. Ils désiraient savoir pourquoi il était troublé par la puissante effusion de l'esprit de guérison, alors que tous les gens débordaient de joie et que ses apôtres se réjouissaient tellement.
Durant plus de quatre heures, Jésus s'efforça d'expliquer aux trois apôtres ce qui était arrivé. Il leur apprit ce qui s'était passé et leur exposa les dangers de ce genre de manifestations. Jésus leur confia le motif pour lequel il était allé prier à l'écart. Il chercha à faire comprendre à ses collaborateurs immédiats les vraies raisons pour lesquelles on ne pouvait bâtir le royaume du Père ni sur l'accomplissement de prodiges, ni sur des guérisons physiques. Mais ils ne parvenaient pas à comprendre cet enseignement.
Entre temps, tôt dans la matinée du dimanche, beaucoup d'autres âmes en peine ainsi que de nombreux curieux commencèrent à se réunir autour de la maison de Zébédée. Ils réclamaient Jésus à grands cris. Les apôtres étaient tellement désorientés qu'André et plusieurs de ses compagnons partirent à la recherche de Jésus en laissant Simon le Zélote parler à l'assemblée. Lorsqu'André eut trouvé Jésus en compagnie des trois, il dit: « Maître, pourquoi nous laisses-tu seuls avec la foule? Regarde, tout le monde te cherche; jamais auparavant tant de personnes n'ont recherché ton enseignement. Actuellement la maison est entourée de gens venus de près et de loin à cause de tes oeuvres puissantes. Ne veux-tu pas revenir avec nous leur apporter ton ministère? »
Quand Jésus entendit cela, il répondit « André, ne t'ai-je pas appris, ainsi qu'aux autres, que ma mission sur terre consiste à révéler le Père, et mon message à proclamer le royaume? Comment donc se fait-il que tu souhaites me détourner de mon travail pour contenter des curieux et satisfaire ceux qui cherchent des signes et des prodiges? N'avons-nous pas été parmi eux durant tous ces mois? Se sont-ils attroupés en foule pour entendre la bonne nouvelle du royaume? Pourquoi viennent-ils maintenant nous assiéger? Est-ce pour la guérison de leur corps physique ou parce qu'ils ont reçu la vérité spirituelle pour le salut de leur âme? Quand les hommes sont attirés vers nous par des manifestations extraordinaires, la plupart ne viennent pas chercher la vérité et le salut, mais plutôt la guérison de leurs maladies physiques et la délivrance de leurs difficultés matérielles.
« Tous ces temps-ci j'ai été à Capharnaüm. Aussi bien dans la synagogue qu'au bord de la mer, j'ai proclamé la bonne nouvelle du royaume à ceux qui avaient des oreilles pour entendre et un coeur pour recevoir la vérité. La volonté de mon Père n'est pas que je revienne avec vous pour alimenter des curiosités et m'occuper du ministère des choses physiques, à l'exclusion des affaires spirituelles. Je vous ai ordonnés pour prêcher l'évangile et soigner les maladies, mais il ne faut pas que je me laisse absorber par les guérisons en laissant de côté mon enseignement. Non, André, je ne retournerai pas avec vous à Bethsaïde. Allez dire aux gens de croire à ce que nous leur avons enseigné et à se réjouir dans la liberté des fils de Dieu. Et apprêtez-vous à partir avec moi pour les autres villes de Galilée où le chemin a déjà été préparé pour la prédication de la bonne nouvelle du royaume. C'est dans ce but que je suis venu de chez le Père. Donc, allez et préparez notre départ immédiat pendant que j'attends ici votre retour ».
Après que Jésus eut ainsi parlé, André et les autres apôtres repartirent tristement vers la maison de Zébédée, renvoyèrent la foule assemblée, et s'apprêtèrent rapidement pour le voyage comme Jésus l'avait ordonné. Ainsi, ce dimanche après-midi 18 janvier de l'an 28, Jésus et ses apôtres partirent pour leur première tournée réellement publique et franche de prédication dans les villes de Galilée. Au cours de ce premier périple, ils prêchèrent l'évangile dans bien des villes, mais m'allèrent pas à Nazareth.
Ce dimanche après-midi, peu après que Jésus et ses apôtres furent partis pour Rimmon, ses frères Jacques et Jude arrivèrent à la maison de Zébédée pour le voir. À midi, Jude avait cherché son frère Jacques et insisté auprès de lui pour qu'ils rendent visite à Jésus, mais lorsque Jacques consentit à accompagner Jude, Jésus était déjà parti.
Les apôtres répugnaient à quitter Capharnaüm où tant d'intérêt avait été suscité. Pierre calcula que mille croyants au moins auraient pu être baptisés dans le royaume. Jésus les écouta patiemment, mais refusa de revenir sur sa décision. Le silence régna pendant un certain temps, puis Thomas dit en s'adressant à ses compagnons: « Allons-y! Le Maître a parlé. Peu importe que nous ne puissions comprendre pleinement les mystères du royaume des cieux. Nous sommes certains d'une chose, c'est que nous suivons un instructeur qui ne cherche pas de gloire pour lui-même ». Et, à contre-coeur, ils s'en allèrent prêcher la bonne nouvelle dans les villes de Galilée.
À GILBOA ET DANS LA DÉCAPOLE
LES mois de septembre et d'octobre de cet an 27 furent employés à une retraite dans un camp isolé sur les pentes du Mont Gilboa. Jésus y passa le mois de septembre seul avec ses apôtres, les enseignant et les instruisant dans les vérités du royaume.
Il y avait bien des raisons pour que Jésus et ses apôtres fissent à ce moment-là une retraite sur la frontière de la Samarie et de la Décapole. Les chefs religieux de Jérusalem étaient très hostiles. Hérode Antipas détenait toujours Jean en prison, craignant autant de le libérer que de l'exécuter, et il continuait à suspecter Jean et Jésus d'être quelque peu de connivence. Ces conditions rendaient contre-indiqué le projet d'une campagne active soit en Judée, soit en Galilée. Il y avait encore une troisième raison d'être prudent: la tension lentement croissante entre les chefs des disciples de Jean et les apôtres de Jésus, tension qui s'aggravait avec l'augmentation du nombre des croyants.
Jésus savait que les temps du travail préliminaire d'enseignement et de prédication étaient à peu près passés, et que ses prochains actes impliqueraient le commencement du plein effort final de sa vie terrestre; il ne voulait pas que le déclenchement de cette entreprise fût en aucune manière éprouvant ou embarrassant pour Jean le Baptiste. C'est pourquoi Jésus avait décidé de passer quelque temps dans une retraite à instruire ses apôtres, et ensuite de travailler paisiblement dans les villes de la Décapole jusqu'à ce que Jean fût ou bien exécuté, ou bien libéré pour se joindre à eux dans un effort unifié.
1. - LE CAMPEMENT DE GILBOA
A mesure que le temps passait, les douze étaient de plus en plus dévoués à Jésus et s'engageaient plus à fond dans le travail du royaume. Leur dévotion était surtout une affaire de fidélité personnelle. Ils ne saisissaient pas son enseignement complexe; ils ne comprenaient pleinement ni la nature de Jésus, ni la signification de son effusion sur terre.
Jésus expliqua clairement à ses apôtres qu'ils faisaient une retraite pour trois raisons:
| 1. Pour confirmer qu'ils avaient foi dans l'évangile du royaume et le comprenaient. |
| 2. Pour permettre à l'opposition à leur oeuvre de se calmer, tant en Judée qu'en Galilée. |
| 3. Pour attendre la décision sur le sort de Jean le Baptiste. |
Durant leur séjour sur le Mont Gilboa, Jésus donna aux douze beaucoup de détails sur sa jeunesse et sur ses expériences sur le Mont Hermon. Il leur révéla également une partie de ce qui s'était passé dans les montagnes durant les quarante jours qui suivirent immédiatement son baptême, et il les adjura instamment de ne parler à personne de cet épisode avant qu'il ne soit retourné vers le Père.
Au cours de ces semaines de septembre, les apôtres se reposèrent, eurent des entretiens, racontèrent leurs expériences depuis le moment où Jésus les avait appelés au service, et s'engagèrent dans un sérieux effort pour coordonner ce que le Maître leur avait enseigné jusqu'alors. Dans une certaine mesure, ils avaient tous le sentiment que ce serait leur dernière occasion de prendre un repos prolongé. Ils comprirent clairement que leur prochain effort public, soit en Judée soit en Galilée, marquerait le commencement de la proclamation définitive du royaume à venir, mais ils n'avaient pas d'idées bien définies sur ce que serait ce royaume lors de sa venue. Jean et André pensaient que le royaume était déjà venu; Pierre et Jacques croyaient qu'il était encore à venir; Nathanael et Thomas confessaient franchement qu'ils étaient perplexes; Matthieu, Philippe, et Simon Zélotès étaient incertains et troublés; les deux jumeaux étaient béatement ignorants de la controverse; et Judas Iscariot était silencieux et très réservé.
Jésus passa une grande partie de ce temps seul dans la montagne près du camp. A l'occasion, il emmenait Pierre, Jacques, ou Jean, mais le plus souvent il s'éloignait pour prier ou se recueillir seul. Après le baptême de Jésus et ses quarante jours dans les montagnes de Pérée, il n'est guère exact de qualifier de prière ces périodes de communion avec son Père, et il n'est pas non plus logique de dire que Jésus était en adoration. Par contre, il est entièrement correct d'appeler ces périodes des moments de communion personnelle avec son Père.
Le thème central des discussions durant tout le mois de septembre fut la prière et l'adoration. Après avoir analysé l'adoration pendant quelques jours, Jésus finit par prononcer son mémorable discours sur la prière, en réponse à la requête de Thomas: « Maître, apprends-nous à prier ».
Jésus avait enseigné une prière à ses disciples, une prière pour le salut dans le royaume à venir. Bien qu'il n'eût jamais interdit à ses disciples d'employer la forme de prière de Jean, les apôtres perçurent très tôt que Jésus n'approuvait pas entièrement la pratique de prononcer des prières immuables et officielles. Néanmoins, les croyants demandaient constamment qu'on leur apprenne à prier. Les douze désiraient ardemment connaître la forme de supplique que Jésus approuverait. Ce fut principalement à cause de ce besoin d'une supplique simple pour le commun du peuple que Jésus consentit alors, en réponse à la requête de Thomas, à leur enseigner une forme suggestive de prière. Jésus donna cette leçon un après-midi de la troisième semaine de leur séjour sur le Mont Gilboa.
2. - LE DISCOURS SUR LA PRIÈRE
« Jean vous a en vérité appris une simple forme de prière: « O Père, purifie-nous du péché, montre-nous ta gloire, révèle ton amour, et laisse ton esprit sanctifier notre coeur à toujours. Amen! » Il a enseigné cette prière pour que vous ayez quelque chose à enseigner à la multitude. Il n'avait pas l'intention de vous voir utiliser cette supplique immuable et officielle comme expression de votre propre âme dans vos prières.
« La prière est entièrement une expression personnelle et spontanée du comportement de l'âme envers l'esprit; la prière devrait être la communion des fils et l'expression de la fraternité. Quand elle est dictée par l'esprit, la prière mène au progrès spirituel coopératif. La prière idéale est une forme de communion spirituelle qui conduit à l'adoration intelligente. La vraie prière est l'attitude sincère d'un élan vers le ciel pour atteindre nos idéaux.
« La prière est le souffle de l'âme et devrait vous inciter à persévérer dans vos tentatives pour mieux connaître la volonté du Père. Si l'un de vous a un voisin et va vers lui à minuit en disant: « Ami, prête-moi trois miches, car un de mes amis en voyage est venu me voir et je n'ai rien à lui offrir », et si votre voisin répond: « Ne me dérange pas, car la porte est maintenant fermée et je suis au lit avec les enfants; je ne peux donc te donner de pain », vous insisterez en expliquant que votre ami a faim et que vous n'avez pas de nourriture à lui offrir. Votre voisin ne se lèvera pas pour vous donner du pain par amitié pour vous, mais je vous dis qu'à cause de votre importunité il se lèvera et vous donnera autant de miches qu'il vous en faut. Si donc la persistance gagne les faveurs même des hommes mortels, combien plus votre persistance dans l'esprit obtiendra-t-elle pour vous le pain de vie des mains bienveillantes du Père qui est aux cieux. Je vous le dis à nouveau: Demandez, et l'on vous donnera, cherchez et vous trouverez, frappez et l'on vous ouvrira. Car quiconque demande reçoit; celui qui cherche trouve; et la porte du salut est ouverte à celui qui frappe.
« Quel père d'entre vous, si son fils fait une demande inconsidérée, hésitera à lui donner selon la sagesse parentale (1) plutôt que selon les termes de la requête défectueuse du fils? Si l'enfant a besoin d'une miche, lui donnerez-vous une pierre simplement parce qu'il vous l'a étourdiment demandée? Si votre fils a besoin d'un poisson, lui donnerez-vous un serpent d'eau simplement parce que vous en avez attrapé un dans vos filets avec les poissons, et que l'enfant vous demande sottement le serpent? Si donc, étant mortels et finis, vous savez répondre aux prières et faire à vos enfants de bons cadeaux appropriés, combien plus votre Père céleste donnera-t-il l'esprit et nombre de bénédictions supplémentaires à ceux qui les lui demanderont? Les hommes devraient toujours prier et ne pas se décourager (2).
« Laissez-moi vous raconter l'histoire d'un certain juge qui vivait dans une ville perverse. Ce juge ne craignait pas Dieu et n'avait pas de respect pour les hommes. Or il y avait dans cette ville une veuve nécessiteuse qui allait constamment chez ce juge injuste en lui disant: « Protège-moi de mon adversaire ». Pendant quelque temps il ne voulut pas lui prêter attention, mais bientôt il se dit en lui-même: « Je ne crains pas Dieu et n'ai pas de considération pour les hommes, mais parce que cette veuve ne cesse de me déranger, je ferai droit à sa revendication de peur qu'elle ne m'épuise par ses visites continuelles » (3). Je vous raconte ces histoires pour vous encourager à persévérer dans la prière, et non pour vous laisser croire que vos suppliques modifieront la justice et la droiture du Père céleste. Votre persistance n'est pas destinée à gagner la faveur de Dieu, mais à changer votre comportement terrestre et à accroître l'aptitude de votre âme à recevoir l'esprit.
« Mais lorsque vous priez, votre foi est bien faible. Une foi authentique déplacera les montagnes de difficultés matérielles qui peuvent barrer le sentier de l'expansion de l'âme et du progrès spirituel.
| (1) Le mot anglais parental, signifiant aussi bien paternel que maternel, a été repris tel quel dans le texte français. | |
| (2) Cf. Luc XI-1 à 13. | |
| (3) Cf. Luc XVIII-1 à 8. |
3. - LA PRIÈRE DU CROYANT
Les apôtres n'étaient pas encore satisfaits; ils désiraient que Jésus leur donne une prière modèle qu'ils puissent enseigner aux nouveaux disciples. Après avoir écouté le discours sur la prière, Jacques Zébédée dit: « Très bien, Maître, mais c'est moins pour nous que nous désirons une forme de prière que pour les nouveaux croyants qui nous demandent si souvent: Apprenez-nous à adresser des prières acceptables au Père qui est aux cieux ».
Lorsque Jacques eut fini de parler, Jésus dit: « Si donc vous désirez encore une telle prière, je vous offrirai celle que j'ai apprise à mes frères et soeurs à Nazareth.
| Notre Père qui es aux cieux, |
| Que ton nom soit sanctifié. |
| Que ton règne vienne; que ta volonté soit faite |
| Sur terre comme elle l'est au ciel. |
| Donne-nous aujourd'hui notre pain pour demain |
| Rafraîchis nos âmes avec l'eau vivante |
| Et remets à chacun de nous ses dettes |
| Comme nous les avons aussi remises à nos débiteurs. |
| Sauve-nous dans la tentation, délivre-nous du mal, |
| Et rends-nous de plus en plus parfaits comme toi-même. |
Il n'est pas étonnant que les apôtres aient désiré que Jésus leur apprenne une prière modèle pour les croyants. Jean le Baptiste avait enseigna plusieurs prières à ses disciples; tous les grands instructeurs ont formulé des prières pour leurs élèves. Les éducateurs religieux des Juifs avaient vingt-cinq ou trente prières immuables qu'ils récitaient dans les synagogues et même aux coins des rues. Jésus était particulièrement opposé à la prière en public. Jusqu'alors, les disciples ne l'avaient entendu prier qu'en de rares occasions. Ils le voyaient passer des nuits entières en prière ou en adoration, et ils étaient très curieux de connaître la nature ou la forme de ses suppliques. Ils étaient poussés dans leurs derniers retranchements pour répondre aux multitudes demandant qu'on leur apprenne à prier comme Jean l'avait appris à ses disciples.
Jésus enseigna aux douze à toujours prier en secret, à partir seuls dans les tranquilles paysages de la nature ou à aller dans leur chambre et à fermer les portes quand ils entreprendraient de prier.
Après la mort de Jésus et son ascension auprès du Père, la pratique s'établit chez beaucoup de croyants de finir la soi-disant prière du Seigneur en y ajoutant: « Au nom du Seigneur Jésus-Christ ». Plus tard encore, deux lignes furent perdues dans les copies et l'on y ajouta la déclaration supplémentaire: « Car à toi appartiennent le royaume, le pouvoir, et la gloire, pour l'éternité ».
Jésus donna aux apôtres sous forme collective la prière telle que sa famille la formulait au foyer de Nazareth. Il n'enseigna jamais de prière personnelle officielle, mais seulement des suppliques collectives, familiales, ou sociales. Et il ne le fit jamais spontanément.
Jésus enseigna que la prière efficace doit être:
| 1. Désintéressée — pas seulement pour soi-même. | |
| 2. Croyante — conforme à la foi. | |
| 3. Sincère — honnête de coeur. | |
| 4. Intelligente — conforme à la lumière. | |
| 5. Confiante — en soumission à la volonté infiniment sage du Père. |
Quand Jésus passait des nuits entières sur la montagne à prier, c'était surtout pour ses disciples, et en particulier pour les douze. Le Maître priait très peu pour lui-même, mais il pratiquait beaucoup l'adoration, une adoration dont la nature était une communion compréhensive avec son Père du Paradis.
4. - COMPLÉMENTS SUR LA PRIÈRE
Pendant les jours qui suivirent le discours sur la prière, les apôtres continuèrent à poser au Maître des questions concernant cette pratique cultuelle d'une importance capitale. On peut résumer comme suit en langage moderne les instructions sur la prière et l'adoration que Jésus donna aux apôtres durant ces journées:
Quand vous répétez une supplique quelconque d'une manière fervente, quand cette prière est l'expression sincère d'un enfant de Dieu et qu'elle est formulée avec foi, si peu susceptible qu'elle soit de recevoir une réponse directe et si malavisée qu'elle puisse être, elle ne manque jamais d'accroître l'aptitude de l'âme à la réceptivité spirituelle.
Dans toutes vos prières, souvenez-vous toujours que la filiation est un don. Nul enfant ne doit s'occuper de gagner le statut de fils ou de fille; cela ne le regarde pas. L'enfant terrestre vient à l'existence par la volonté de ses parents. De même, l'enfant de Dieu parvient à la grâce et acquiert la nouvelle vie de l'esprit par la volonté du Père qui est aux cieux. Il faut donc que le royaume des cieux — la filiation divine — soit reçu comme par un petit enfant. On gagne la droiture — le développement progressif du caractère — mais on reçoit la filiation par grâce et au moyen de la foi.
La prière éleva Jésus à la super-communion de son âme avec les Chefs Suprêmes de l'univers des univers. La prière élèvera les humains à la communion du véritable culte. L'aptitude de l'âme à recevoir l'esprit détermine la quantité de bénédictions célestes que l'on peut s'approprier personnellement et comprendre consciemment comme une réponse à la prière.
La prière, et l'adoration qui lui est associée, sont une technique pour se détacher des besognes de la vie courante, des travaux monotones de l'existence matérielle. C'est une méthode pour s'épanouir spirituellement et acquérir l'individualité intellectuelle et religieuse.
La prière est un antidote contre l'introspection nuisible; au moins, la prière telle que le Maître l'a enseignée apporte ce bienfait à l'âme. Jésus employa avec persistance l'influence bénéfique de la prière pour autrui. Le Maître priait en général pour plusieurs personnes et non pour une seule. C'est seulement dans les grandes crises de sa vie qu'il pria pour lui-même.
La prière est le souffle de la vie de l'esprit au milieu de la civilisation matérielle des races de l'humanité. L'adoration constitue le salut pour les générations de mortels qui recherchent le plaisir.
De même que l'on peut assimiler la prière à la recharge des batteries spirituelles de l'âme, de même on peut comparer l'adoration à la synchronisation de l'âme pour capter les télécommunications universelles de l'esprit infini du Père Universel.
La prière est le regard sincère et plein de désir jeté par l'enfant sur son Père spirituel; c'est un processus psychologique consistant à troquer la volonté humaine contre la volonté divine. La prière fait partie du plan divin pour remodeler ce qui existe en ce qui devrait exister.
L'une des raisons pour lesquelles Pierre, Jacques, et Jean, qui accompagnaient si souvent le Maître dans ses longues veilles nocturnes, n'entendirent jamais Jésus prier vient de ce que leur Maître exprimait fort rarement ses prières en langage parlé. Pratiquement, toutes les prières de Jésus étaient faites dans son esprit et dans son coeur — en silence.
Parmi tous les apôtres, ce furent Pierre et Jean qui comprirent le mieux l'enseignement du Maître sur la prière et l'adoration.
5. - AUTRES FORMES DE PRIÈRE
Durant le reste de son séjour sur terre, Jésus attira de temps en temps l'attention des apôtres sur plusieurs autres formes de prière, mais il ne le fit que pour illustrer d'autres questions et enjoignit aux douze de ne pas enseigner aux foules ces « prières en paraboles ». Beaucoup d'entre elles venaient d'autres planètes, mais Jésus ne révéla pas ce fait aux douze. Parmi elles se trouvaient les suivantes:
| Notre Père en qui existent les royaumes de l'univers, | |
| Que ton nom soit exalté et ton caractère glorifié. | |
| Ta présence nous englobe et ta gloire est manifestée | |
| Imparfaitement à travers nous, comme elle se montre en perfection au ciel. | |
| Donne-nous aujourd'hui les forces vivifiantes de lumière, | |
| Et ne nous laisse pas errer | |
| Dans les mauvaises voies détournées de notre imagination. | |
| Car à toi appartiennent la glorieuse présence, le pouvoir éternel, | |
| Et à nous le don éternel de l'amour infini de ton Fils. | |
| Ainsi soit-il, en vérité perpétuelle. | |
| *** |
| Notre Parent créateur, qui es au centre de l'univers, | |
| Effuse sur nous ta nature et donne-nous ton caractère. | |
| Fais de nous par ta grâce tes fils et tes filles | |
| Et glorifie ton nom par notre entrée dans l'éternité. | |
| Laisse ton esprit d'adaptation et de contrôle vivre et habiter en nous | |
| Pour nous permettre de faire ta volonté sur cette sphère | |
| Comme les anges sont à tes ordres dans la lumière. | |
| Soutiens aujourd'hui nos progrès dans le sentier de la vérité. | |
| Délivre-nous de l'inertie, du mal, et de toute transgression impie. | |
| Sois patient avec nous, | |
| De même que nous témoignons une bonté aimante à notre prochain. | |
| Répands l'esprit de miséricorde dans notre coeur de créatures. | |
| Conduis-nous de ta propre main, pas à pas, dans le dédale incertain de la vie, | |
| Et quand viendra notre fin, reçois dans ton sein nos esprits fidèles. | |
| Ainsi soit-il, que ta volonté soit faite. et non nos désirs. | |
| *** |
| Notre Père céleste parfait et juste, | |
| Guide et dirige aujourd'hui notre voyage. | |
| Sanctifie nos pas et coordonne nos pensées. | |
| Conduis-nous toujours dans les voies du progrès éternel. | |
| Remplis-nous de sagesse jusqu'à la plénitude du pouvoir | |
| Et vivifie-nous de ton énergie infinie. | |
| Inspire-nous par la conscience divine | |
| De la présence et de la gouverne des armées séraphiques. | |
| Guide-nous toujours plus haut dans le sentier de lumière | |
| Justifie-nous pleinement au jour du grand jugement. | |
| Rends-nous semblables à toi en gloire éternelle | |
| Et reçois-nous à perpétuité dans ton service exalté. | |
| *** |
| Notre Père qui es dans le mystère, | |
| Révèle-nous ton saint caractère. | |
| Donne aujourd'hui à tes enfants terrestres | |
| De voir le chemin, la vérité, et la vie. | |
| Montre-nous le sentier du progrès éternel | |
| Et donne-nous la volonté d'y marcher. | |
| Établis en nous ta divine souveraineté | |
| Et effuse ainsi sur nous la pleine maîtrise de soi. | |
| Ne nous laisse pas errer dans des sentiers de ténèbres et de mort; | |
| Conduis-nous perpétuellement auprès des eaux vivantes. | |
| Par égard pour toi-même, écoute les prières que nous faisons; | |
| Sois heureux de nous rendre de plus en plus semblables à toi. | |
| À la fin, pour l'amour du divin Fils, | |
| Reçois-nous dans les bras éternels. | |
| Ainsi soit-il, que ta volonté soit faite et non la nôtre. | |
| *** |
| Glorieux Père et Mère, unifiés en un seul ascendant, | |
| Nous voudrions être fidèles à ta nature divine. | |
| Que ta propre personne revive en nous et à travers nous | |
| Par le don et l'effusion de ton esprit divin; | |
| Nous te copierons ainsi imparfaitement dans cette sphère | |
| Tel que tu te montres en perfection et en majesté au ciel. | |
| Donne-nous jour après jour notre doux ministère de fraternité | |
| Et conduis-nous d'instant en instant dans la voie de l'entraide d'amour. | |
| Sois toujours et infailliblement patient avec nous | |
| Comme nous témoignons ta patience à nos enfants. | |
| Donne-nous la divine sagesse qui accomplit bien toutes choses | |
| Et l'amour infini qui est bienveillant envers toute créature | |
| Effuse sur nous ta patience et ta bonté aimante | |
| Afin que notre charité enveloppe les faibles du royaume. | |
| Et quand notre carrière sera achevée, fais d'elle un honneur pour ton nom, | |
| Un plaisir pour ton esprit, et une satisfaction pour le soutien de notre âme. | |
| Que le bien éternel de tes enfants mortels ne soit pas celui que nous souhaitons, | |
| O notre Père aimant, mais celui que tu désires. | |
| Ainsi soit-il. | |
| *** |
| Notre Source toujours fidèle et notre Centre tout-puissant, | |
| Que le nom de ton Fils plein de grâce soit saint et révéré. | |
| Tes bontés et tes bénédictions sont retombées sur nous, | |
| Nous donnant le pouvoir d'accomplir ta volonté et d'exécuter tes commandements. | |
| Donne-nous d'instant en instant le soutien de l'arbre de vie; | |
| Rafraîchis-nous jour après jour avec les eaux vives de ce fleuve. | |
| Conduis-nous pas à pas hors des ténèbres et dans la lumière divine. | |
| Renouvelle nos pensées par les transformations de l'esprit intérieur, | |
| Et quand la fin mortelle finira par nous atteindre, | |
| Reçois-nous près de toi et envoie-nous dans l'éternité. | |
| Couronne-nous des diadèmes célestes du service fructueux, | |
| Et nous glorifierons le Père, le Fils, et la Sainte Influence. | |
| Ainsi soit-il, dans tout un univers sans fin. | |
| *** |
| Notre Père qui habites dans les lieux secrets de l'univers, | |
| Que ton nom soit honoré, ta miséricorde révérée, et ton jugement respecté. | |
| Que le soleil de la droiture brille sur nous au milieu du jour, | |
| Tandis que nous te supplions de guider nos pas indociles dans le clair-obscur. | |
| Conduis-nous par la main dans les voies que tu auras choisies. | |
| Et ne nous abandonne pas quand la route est dure et l'heure sombre. | |
| Ne nous oublie pas comme nous t'oublions et te négligeons si souvent. | |
| Sois miséricordieux et aime-nous comme nous souhaitons t'aimer. | |
| Regarde-nous d'en haut avec bonté et pardonne-nous avec miséricorde | |
| Comme nous pardonnons en justice à ceux qui nous chagrinent et nous blessent. | |
| Puissent l'amour, le dévouement, et l'effusion du Fils majestueux | |
| Nous procurer la vie éternelle avec ta miséricorde et ton amour sans fin. | |
| Puisse le Dieu des univers effuser sur nous la pleine mesure de son esprit; | |
| Donne-nous la grâce de nous plier aux directives de cet esprit. | |
| Puisse le Fils nous guider et nous mener jusqu'à la fin de l'âge | |
| Par le ministère aimant d'armées séraphiques dévouées. | |
| Rends-nous toujours de plus en plus semblables à toi-même, | |
| Et lors de notre fin, reçois-nous dans l'embrassement éternel du Paradis. | |
| Ainsi soit-il, au nom du Fils d'effusion | |
| Et pour l'honneur et la gloire du Père Suprême. | |
Bien que les apôtres ne fussent pas libres de présenter ces leçons sur la prière dans leurs enseignements publics, ils profitèrent beaucoup de toutes ces révélations dans leur expérience religieuse personnelle. Jésus utilisa ces modèles de prière et d'autres encore comme exemples liés à l'instruction intime des douze. La permission de reproduire ces sept spécimens de prière dans le présent exposé a été spécifiquement accordée.
6. - CONFÉRENCE AVEC LES APÔTRES DE JEAN
Vers le 1ier octobre, Philippe et plusieurs autres apôtres se trouvaient dans un village voisin, achetant des vivres, lorsqu'ils rencontrèrent quelques uns des apôtres de Jean le Baptiste. Cette rencontre fortuite sur la place du marché eut pour résultat une conférence de trois semaines au camp de Gilboa entre les apôtres de Jésus et les apôtres de Jean, car Jean, imitant le précédent de Jésus, avait récemment nommé apôtres douze de ses principaux disciples. Il l'avait fait en réponse à la demande pressante d'Abner, chef de ses loyaux partisans. Jésus resta présent au camp de Gilboa durant toute la première semaine de cette conférence commune, mais s'absenta durant les deux dernières semaines.
Vers le 8 octobre, Abner avait rassemblé tous ses disciples au camp de Gilboa et se trouvait prêt à conférer avec les apôtres de Jésus. Durant trois semaines, ces vingt-quatre hommes tinrent session trois fois par jour et six jours par semaine. La première semaine, Jésus se mêla à eux entre leurs sessions du matin, de l'après-midi, et du soir. Ils voulaient que le Maître se joigne à eux et préside leurs délibérations conjointes,,mais il refusa fermement de participer à leurs discussions. Ils consentit cependant à leur parler en trois occasions, et ces allocutions de Jésus aux vingt-quatre portèrent sur les sujets de la compassion, de la coopération, et de la tolérance.
André et Abner prirent alternativement la présidence de ces réunions communes des deux groupes apostoliques. Il y avait bien des difficultés à débattre et de nombreux problèmes à résoudre. Maintes et maintes fois ils voulurent soumettre leurs ennuis à Jésus, sans autre résultat que de l'entendre dire: « Je ne m'occupe que de vos problèmes personnels et purement religieux. Je suis le représentant du Père auprès des individus et non auprès des groupes. Si vous êtes personnellement en difficulté dans vos relations avec Dieu, venez à moi; je vous écouterai et vous conseillerai dans la solution de votre problème. Mais si vous entreprenez de coordonner des interprétations humaines divergentes relatives à des questions religieuses et d'établir une religion sociale, il vous faut résoudre tous ces problèmes en prenant vos propres décisions. Toutefois, je vous accompagnerai toujours de ma sympathie et de mon intérêt. Quand vous arriverez à des conclusions sur ces affaires d'importance non-spirituelle, et pourvu que vous soyez tous d'accord, je vous garantis d'avance ma pleine approbation et ma sincère coopération. Maintenant, pour ne pas vous gêner dans vos délibérations, je vous quitte pour quinze jours. Ne vous inquiétez pas de moi. Je m'occuperai des affaires de mon Père, car nous avons d'autres royaumes en dehors de celui-ci.
Après avoir ainsi parlé, Jésus descendit la pente de la montagne, et ils ne le virent plus pendant deux semaines entières. Ils ne surent jamais où il était allé ni ce qu'il avait fait durant ces jours-là. Il fallut quelque temps aux vingt-quatre pour s'atteler sérieusement à l'étude de leurs problèmes, tant ils étaient déconcertés par l'absence du Maître. Toutefois, au bout d'une semaine, ils se retrouvèrent au coeur de leurs discussions, sans pouvoir faire appel à l'aide de Jésus.
La première question sur laquelle le groupe se mit d'accord fut l'adoption de la prière que Jésus leur avait si récemment apprise. Ils votèrent à l'unanimité d'accepter cette prière comme celle qui devait être enseignée aux croyants par les deux groupes d'apôtres.
Ils décidèrent ensuite qu'aussi longtemps que Jean vivrait, soit en prison soit en liberté, les deux groupes de douze apôtres poursuivraient leur propre travail et tiendraient tous les trois mois des réunions d'une semaine en des lieux à convenir de temps en temps.
Leur problème le plus sérieux était la question du baptême. Leurs difficultés étaient d'autant plus graves que Jésus avait refusé de faire une déclaration quelconque sur le sujet. Ils parvinrent finalement à l'accord suivant: « Tant que Jean vivrait, ou tant qu'ils n'auraient pas éventuellement modifié cette décision, seuls les apôtres de Jean baptiseraient les croyants et seuls les apôtres de Jésus instruiraient définitivement les nouveaux disciples. En conséquence, depuis ce moment-là et jusqu'après la mort de Jean, deux apôtres de Jean accompagnèrent Jésus et ses apôtres pour baptiser les croyants, car le conseil conjoint avait voté unanimement que le baptême deviendrait l'étape initiale dans l'alliance des étrangers avec les affaires du royaume.
Il fut ensuite convenu que si Jean mourait, les apôtres de Jean se présenteraient à Jésus et se soumettraient à ses directives; ils cesseraient alors de baptiser, à moins d'y être autorisés par Jésus ou ses apôtres.
Ils votèrent ensuite qu'au cas où Jean mourrait, les apôtres de Jésus commenceraient à baptiser avec de l'eau en symbole du baptême de l'Esprit divin. La repentance devait-elle ou non être attachée à la prédication du baptême? La question fut laissée au choix de chacun, et aucune décision obligatoire pour le groupe ne fut prise. Les apôtres de Jean prêchaient: «Repentez-vous et soyez baptisés », et les apôtres de Jésus proclamaient: «Croyez et soyez baptisés ».
Telle est l'histoire de la première tentative des disciples de Jésus pour coordonner des efforts divergents, régler des différences d'opinion, organiser des entreprises collectives, légiférer sur des observances extérieures, et rendre sociales les pratiques religieuses personnelles.
Ils étudièrent bien d'autres questions mineures et se mirent unanimement d'accord sur les solutions. Ces vingt-quatre hommes eurent une expérience vraiment remarquable pendant les deux semaines où ils furent obligés d'affronter les problèmes et de régler les difficultés sans Jésus. Ils apprirent à différer d'opinion, à discuter, à lutter, à prier, et à transiger, tout en respectant le point de vue de l'interlocuteur et en maintenant au moins un certain degré de tolérance pour ses opinions sincères.
L'après-midi de leur discussion finale sur les questions financières, Jésus revint, entendit leurs délibérations, écouta leurs décisions, et dit: «Telles sont donc vos conclusions; j'aiderai chacun de vous à mettre en pratique l'esprit de vos décisions communes ».
Deux mois et demi plus tard, Jean fut exécuté. Durant ce laps de temps, ses apôtres restèrent avec Jésus et les douze. Ils travaillèrent tous ensemble et baptisèrent des croyants au cours de cette période d'apostolat dans les villes de la Décapole. Le camp de Gilboa fut levé le 2 novembre de l'an 27.
7. - DANS LES VILLES DE LA DÉCAPOLE
Durant les mois de novembre et de décembre, Jésus et les vingt-quatre travaillèrent tranquillement dans les villes grecques de la Décapole, principalement à Scythopolis, Féras, Abila, et Gadara. Ce fut réellement la fin de la période préliminaire de reprise en mains de l'oeuvre et de l'organisation de Jean. La religion collective d'une nouvelle révélation doit toujours payer le prix du compromis avec les formes et usages établis de la religion précédente qu'elle cherche à sauver. Les disciples de Jésus durent accepter le principe du baptême pour entraîner avec eux, en tant que groupe religieux social, les disciples de Jean le Baptiste. Quant aux disciples de Jean, en se joignant à ceux de Jésus, ils renoncèrent à presque toutes leurs pratiques, sauf au baptême avec de l'eau.
Jésus enseigna peu en public au cours de cette mission dans les villes de la Décapole. Il passa beaucoup de temps à instruire les vingt-quatre et tint de nombreuses sessions spéciales avec les douze apôtres de Jean. Avec le temps, ils comprirent mieux pourquoi Jésus n'allait pas visiter Jean en prison et ne faisait aucun effort pour assurer sa libération. Mais ils ne purent jamais comprendre pourquoi Jésus n'accomplissait pas d'oeuvres miraculeuses, pourquoi il ne manifestait pas de signes extérieurs de son autorité divine. Avant de venir au camp de Gilboa, ils avaient surtout cru en lui à cause du témoignage de Jean, mais bientôt ils commencèrent à croire en lui par suite de leur propre contact avec le Maître et ses enseignements.
Durant ces deux mois, les membres du groupe travaillèrent la plupart du temps deux par deux, un apôtre de Jésus avec un apôtre de Jean. L'apôtre de Jean baptisait, l'apôtre de Jésus instruisait, et tous deux prêchaient l'évangile du royaume tel qu'ils le comprenaient. Et ils gagnèrent beaucoup d'âmes parmi les Juifs apostats et les Gentils.
Abner, chef des apôtres de Jean, devint un dévoué croyant en Jésus, qui le nomma plus tard chef d'un groupe de soixante-dix éducateurs chargés par le Maître de prêcher l'évangile.
8. - AU CAMP PRÈS DE PELLA
À la fin de décembre, ils allèrent tous près du Jourdain, à proximité de Pella, où ils recommencèrent à enseigner et à prêcher. Les Juifs et les Gentils venaient à ce camp pour entendre l'évangile. Un après-midi, pendant que Jésus enseignait la foule, certains amis intimes de Jean apportèrent au Maître le dernier message qu'il devait recevoir du Baptiste.
Jean était maintenant en prison depuis un an et demi, et durant presque tout ce temps-là Jésus avait travaillé très discrètement; il n'était donc pas étonnant que Jean s'inquiétât du royaume. Les amis de Jean interrompirent la leçon de Jésus en lui disant: « Jean le Baptiste nous a envoyés te demander si tu es vraiment le Libérateur ou si nous devons en chercher un autre ».
Jésus s'arrêta pour dire aux amis de Jean: « Retournez dire à Jean qu'il n'est pas oublié. Dites-lui ce que vous avez vu et entendu, que la bonne nouvelle est prêchée aux pauvres. Après avoir dit encore quelques mots aux messagers de Jean, Jésus se tourna à nouveau vers la foule et dit: « Ne croyez pas que Jean mette en doute l'évangile du royaume. Il s'enquiert seulement pour rassurer ses disciples qui sont aussi mes disciples. Jean n'est pas un faible. A vous qui avez entendu Jean prêcher avant qu'Hérode ne le mette en prison, laissez-moi vous demander ce que vous avez vu en lui. Un roseau secoué par le vent? Un homme d'humeur changeante et habillé de vêtements douillets? En règle générale, ceux qui sont vêtus somptueusement et vivent en sybarites se rencontrent dans les cours des rois et les châteaux des riches. Mais qu'avez-vous aperçu en voyant Jean? Un prophète? Oui, je vous le dis, et bien plus qu'un prophète. Il a été écrit de Jean Voici, j'envoie mon messager devant ta face; il préparera le chemin devant toi (1).
« En vérité, en vérité, je vous le dis, parmi ceux qui sont nés de femme, il ne s'en est pas élevé de plus grand que Jean le Baptiste; pourtant, même le plus petit dans le royaume des cieux est plus grand que lui, parce qu'il est né d'esprit et sait qu'il est devenu un fils de Dieu » (2).
Beaucoup de ceux qui entendirent Jésus ce jour-là se soumirent au baptême de Jean, proclamant ainsi publiquement leur entrée dans le royaume. Et depuis lors les apôtres de Jean restèrent étroitement liés à Jésus. Cette circonstance marqua l'union réelle des disciples de Jean et de ceux de Jésus.
Après que les messagers se furent entretenus avec Abner, ils partirent pour Macharée raconter tout cela à Jean, qui fut fortement encouragé et fortifié dans sa foi par les paroles de Jésus et le message d'Abner.
Ce même après-midi, Jésus continua à enseigner, disant: « A quoi comparerai-je cette génération? Beaucoup d'entre vous ne recevront ni le message de Jean ni mon enseignement. Vous ressemblez à des enfants jouant sur la place du marché, qui appellent leurs camarades et disent: « Nous avons joué de la flûte pour vous et vous n'avez pas dansé; nous avons gémi et vous ne vous êtes pas affligés ». Il en est de même pour certains d'entre vous. Jean est venu, ne mangeant pas et ne buvant pas, et ils ont dit qu'il était possédé par un démon. Le Fils de l'Homme vient, mangeant et buvant, et les mêmes personnes disent: « Voyez, il est un gourmand et un buveur de vin, un ami des publicains et des pêcheurs! » En vérité, les enfants de la sagesse légitiment la sagesse.
« Il semble que le Père céleste ait caché quelques-unes de ces vérités aux intelligents et aux arrogants, tandis qu'il les a dévoilées à de petits enfants (3). Mais le Père fait bien toutes choses; il se révèle à l'univers par les méthodes de son propre choix. Venez donc, vous tous qui peinez et portez de lourds fardeaux, et vous trouverez du repos pour votre âme. Prenez sur vous le joug divin, et vous éprouverez l'indicible paix de Dieu » (4).
| (1) Malachie III-1. | |
| (2) Cf. Matthieu XI-11 | |
| (3) Cf. Matthieu XI-25. | |
| (4) Cf. Matthieu XI-28 à 30. |
9. - LA MORT DE JEAN LE BAPTISTE
Jean le Baptiste fut exécuté par ordre d'Hérode Antipas le soir du 10 janvier de l'an 28. Le lendemain, quelques disciples de Jean qui étaient allés à Macharée entendirent parler de l'exécution. Ils allèrent trouver Hérode et réclamèrent le corps, qu'ils placèrent dans une sépulture. Plus tard, ils l'inhumèrent à Sébaste, le village où habitait Abner. Le lendemain 12 janvier, ils partirent vers le nord, en direction du camp des apôtres de Jean et de Jésus près de Pella, et racontèrent à Jésus la mort de Jean. Jésus écouta leur rapport, congédia la multitude, appela les vingt-quatre autour de lui, et leur dit: « Jean est mort. Hérode l'a fait décapiter. Tenez ensemble ce soir une séance de conseil, et arrangez vos affaires en conséquence. Il n'y aura plus de délai. L'heure est venue de proclamer le royaume ouvertement et énergiquement. Demain nous irons en Galilée ».
De bonne heure le matin du 13 janvier, Jésus et les apôtres, accompagnés de quelque vingt-cinq disciples, se rendirent à Capharnaüm et logèrent pour la nuit dans la maison de Zébédée.
TRAVERSÉE DE LA SAMARIE
À la fin de juin de l'an 27, à cause de l'opposition croissante des chefs religieux juifs, Jésus et les douze quittèrent Jérusalem après avoir envoyé leurs tentes et leurs maigres effets personnels à la garde de Lazare à Béthanie. Allant vers le nord en Samarie, ils s'arrêtèrent à Béthel. Ils prêchèrent là durant plusieurs jours aux gens qui venaient de Gophna et d'Ephraïm. Un groupe de citoyens d'Arimathie et de Thamna vint inviter Jésus à visiter leurs villages. Le Maître et ses apôtres passèrent plus de quinze jours à enseigner les Juifs et les Samaritains de cette région, dont beaucoup venaient d'aussi loin qu'Antipatris pour entendre la bonne nouvelle de l'avènement du royaume.
Les populations de la Samarie du sud écoutèrent Jésus avec joie, et à l'exception de Judas Iscariot, les apôtres réussirent à vaincre une grande partie de leurs préjugés contre les Samaritains. Il était très difficile à Judas d'aimer ces Samaritains. La dernière semaine de juillet, Jésus et ses associés se préparèrent à partir pour les nouvelles villes grecques de Phasaélis et d'Archélaïs, proches du Jourdain.
1. -- PRÉDICATION À ARCHÉLAÏS
Durant la première quinzaine d'août, le groupe apostolique établit son quartier général dans les villes grecques d'Archélaïs et Phasaélis; il y fit sa première expérience de prédication à des rassemblements composés presque exclusivement de Gentils -- Grecs, Romains, et Syriens -- car il y avait peu d'habitants juifs dans ces deux villes grecques. Au contact de ces citoyens romains, les apôtres rencontrèrent de nouvelles difficultés à proclamer le message du royaume à venir et de nouvelles critiques des enseignements de Jésus. À l'une des nombreuses conférences du soir avec ses apôtres, Jésus écouta attentivement les objections à l'évangile du royaume rapportées par les douze à la suite de leurs expériences avec les gens touchés par leur travail personnel.
Une question posée par Philippe décrivait typiquement leurs difficultés. Philippe dit: « Maître, ces Grecs et ces Romains prennent notre message à la légère et disent que ces enseignements ne conviennent qu'à des chétifs et à des esclaves. Ils affirment que la religion des païens est supérieure à notre enseignement parce qu'elle incite à acquérir un caractère, fort, robuste, et vigoureux. Ils disent que nous cherchons à convertir tous les hommes en spécimens débiles de non-résistants passifs, inaptes à subsister longtemps sur terre. Ils t'aiment, Maître, et ils admettent largement que ton enseignement est céleste et idéal, mais ils refusent de nous prendre au sérieux. Ils affirment que ta religion n'est pas pour ce monde, que les hommes ne peuvent pas vivre selon ton enseignement. Maintenant, Maître, qu'allons-nous dire à ces Gentils? »
Après avoir entendu des objections similaires contre l'évangile du royaume présentées par Thomas, Nathanael, Simon Zélotès, et Matthieu, Jésus dit aux douze:
« Je suis venu dans ce monde pour faire la volonté de mon Père et pour révéler à toute l'humanité son caractère aimant. Cela, mes frères, c'est ma mission, et cette chose-là je la ferai sans me soucier que mes enseignements risquent d'être mal compris par les Juifs et les Gentils de notre époque ou d'une autre génération. Il ne devrait pas vous échapper que même l'amour divin a ses disciplines sévères. L'amour d'un père pour son fils oblige souvent le père à mettre un frein aux activités malencontreuses de son rejeton étourdi. L'enfant ne comprend pas toujours les motifs sages et affectueux de la discipline restrictive du Père. Mais je vous déclare que mon Père au Paradis gouverne effectivement un univers d'univers par le pouvoir contraignant de son amour. L'amour est la plus grande de toutes les réalités spirituelles. La vérité est une révélation libératrice, mais l'amour est la relation suprême. Quelles que soient les bévues de vos contemporains dans l'administration actuelle de leur monde, l'évangile que je vous proclame gouvernera ce même monde dans un âge à venir. Le but ultime du progrès humain consiste à reconnaître respectueusement la paternité de Dieu et à matérialiser affectueusement la fraternité des hommes.
« Qui vous a dit que mon évangile était destiné seulement à des esclaves et à des débiles? Vous, mes apôtres choisis, ressemblez-vous à des débiles? Jean avait-il une apparence chétive? Remarquez-vous que je sois esclave de la peur? Il est vrai que l'évangile est prêché aux pauvres et aux opprimés de cette génération. Les religions du monde les ont négligés, mais mon Père ne fait pas acception de personnes. En outre, les pauvres d'aujourd'hui sont les premiers à prêter attention à l'appel à la repentance et à accepter la filiation. L'évangile du royaume doit être prêché à tous les hommes -- Juifs et Gentils, Grecs et Romains, riches et pauvres, libres et esclaves -- et également aux jeunes et aux vieux, aux hommes et aux femmes.
« Parce que mon Père est un Dieu d'amour et se réjouit de pratiquer la miséricorde, ne vous imprégnez pas de l'idée que le service du royaume est d'une facilité monotone. L'ascension au Paradis est la suprême aventure de tous les temps, la rude obtention de l'éternité. Le service du royaume sur terre fera appel à toute la courageuse virilité que vous et vos collaborateurs pourrez rassembler. Beaucoup d'entre vous seront mis à mort à cause de votre fidélité à l'évangile de ce royaume. Il est facile de mourir au front, dans une guerre matérielle, quand votre courage est renforcé par la présence de vos camarades de combat, mais il faut une forme supérieure et plus profonde de courage et de dévouement pour sacrifier sa vie, calmement et tout seul, pour l'amour d'une vérité enchâssée dans le coeur humain.
« Aujourd'hui les incroyants peuvent vous reprocher avec mépris de prêcher un évangile de non-résistance et de vivre une vie de non-violence, mais vous êtes les premiers volontaires d'une longue lignée de croyants sincères à l'évangile de ce royaume, qui étonneront toute l'humanité par leur consécration héroïque à ces enseignements. Aucune armée n'a jamais déployé plus de courage et de bravoure que vous et vos loyaux successeurs n'en montreront en allant proclamer au monde entier la bonne nouvelle -- la paternité de Dieu et la fraternité des hommes. Le courage de la chair est la forme inférieure de bravoure. La bravoure mentale est un type plus élevé de courage humain, mais la bravoure supérieure et suprême est une fidélité intransigeante aux convictions éclairées sur les réalités spirituelles profondes. Ce courage constitue l'héroïsme des hommes qui connaissent Dieu. Or vous êtes tous des hommes qui connaissez Dieu; vous êtes même en vérité les associés personnels du Fils de l'Homme ».
Ceci n'est pas la totalité de ce que Jésus dit en cette occasion, mais c'est l'introduction de son discours. Il s'étendit ensuite longuement sur cette déclaration pour l'amplifier et l'illustrer. Ce fut l'une des allocutions les plus passionnées que Jésus ait jamais adressées aux douze. Le Maître parlait rarement à ses apôtres en laissant apparaître de la véhémence dans ses sentiments, mais ce fut une des rares circonstances où il parla avec une gravité manifeste accompagnée d'une émotion marquée.
Le résultat sur la prédication publique et le ministère personnel des apôtres fut immédiat; à partir de ce jour-là, leur message prit un nouveau ton de maîtrise courageuse. Les douze continuèrent à acquérir l'esprit positivement dynamique du nouvel évangile du royaume. Désormais, ils ne s'occupèrent plus autant de prêcher les vertus négatives et les injonctions passives de l'enseignement aux multiples facettes donné par leur Maître.
2. -- LEÇON SUR LA MAÎTRISE DE SOI
Jésus était un exemple, devenu parfait, d'un homme maître de soi. Quand il fut injurié, il n'injuria pas; quand il souffrit, il ne proféra aucune menace contre ses tortionnaires; quand il fut accusé par ses ennemis, il s'en remit simplement au juste jugement de son Père céleste.
À l'une des conférences du soir, André demanda à Jésus: « Maître, devons-nous pratiquer le renoncement à soi comme Jean nous l'a enseigné, ou devons-nous rechercher la maîtrise de soi comme tu l'enseignes? En quoi ton enseignement diffère-t-il de celui de Jean? » Jésus répondit:
« En vérité, Jean vous a enseigné la voie de la droiture conforme à la lumière et aux lois de ses ancêtres; c'était la religion de l'examen de conscience et du renoncement à soi. Mais je viens avec un nouveau message d'oubli de soi et de maîtrise de soi. Je vous montre le chemin de la vie tel que mon Père céleste me l'a révélé.
« En vérité, en vérité, je vous le dis, quiconque commande sa propre personnalité est plus grand que celui qui s'empare d'une ville. La maîtrise de soi est la mesure de la nature morale d'un homme et l'indice de son développement spirituel. Dans l'ancien ordre, vous pratiquiez le jeûne et la prière. En tant que créature nouvelle née d'esprit, vous apprenez à croire et à vous réjouir. Dans le royaume du Père, vous deviendrez de nouvelles créatures; les anciennes choses sombreront dans l'oubli; voici, je vous montre comment toutes choses doivent devenir nouvelles. Par votre amour réciproque, vous allez convaincre le monde que vous avez passé de l'esclavage à la liberté, de la mort à la vie éternelle.
« Par l'ancienne manière de faire, vous cherchez à supprimer, à obéir, et à vous conformer à des règles de vie; par la nouvelle méthode, vous êtes d'abord transformés par l'Esprit de Vérité, ce qui renforce votre âme intérieure par le constant renouvellement de votre pensée; vous êtes alors doués du pouvoir d'accomplir avec certitude et joie la gracieuse, acceptable, et parfaite volonté de Dieu. Ne l'oubliez pas -- c'est votre foi personnelle dans les promesses extrêmement grandes et précieuses de Dieu qui assure que vous partagerez la nature divine. Ainsi, par votre foi et la transformation de l'esprit, vous devenez en réalité les temples de Dieu, et son esprit habite réellement en vous. Si donc l'esprit demeure en vous, vous n'êtes plus des esclaves liés à la chair, mais des fils de l'esprit, libres et affranchis. La nouvelle loi spirituelle vous dote de la liberté due à la maîtrise de soi, qui remplace l'ancienne loi de la peur, la servitude de soi et l'esclavage du renoncement à soi-même.
« Maintes fois, quand vous avez mal agi, vous avez pensé à attribuer la responsabilité de vos actes à l'influence du malin, alors qu'en réalité vous vous êtes simplement laissé égarer par vos propres tendances naturelles. Le prophète Jérémie ne vous a-t-il pas dit jadis que le coeur humain est plus trompeur que tout, et même parfois désespérément pervers? Combien il est facile de vous tromper vous-mêmes et de vous adonner ainsi à des craintes stupides, à des plaisirs assujettissants, à la méchanceté, à l'envie, et même à une haine vengeresse?
« Le salut vient par la régénération de l'esprit, et non par les actes pharisaïques de la chair. Vous êtes justifiés par la foi et admis à la communion par la grâce, et non par la peur et le renoncement à la chair, bien que les enfants du Père qui sont nés d'esprit soient constamment et toujours maîtres d'eux-mêmes et de tout ce qui concerne les désirs de la chair. Quand vous savez que vous êtes sauvés par la foi, vous êtes réellement en paix avec Dieu. Tous ceux qui suivent la voie de cette paix céleste sont destinés à être sanctifiés dans le service perpétuel des fils toujours progressants du Dieu éternel. Dorénavant ce n'est plus un devoir, mais plutôt votre privilège exalté, que de vous purifier de tous les maux de la pensée et du corps tandis que vous cherchez à vous perfectionner dans l'amour de Dieu.
« Votre filiation est basée sur la foi, et vous devez rester insensibles à la peur. Votre joie est née de la confiance dans la parole divine; vous ne serez donc pas amenés à douter de la réalité de l'amour et de la miséricorde du Père. C'est la bonté même de Dieu qui conduit les hommes à un repentir sincère et authentique. Pour vous, le secret de la maîtrise de soi est lié à votre foi en l'esprit qui vous habite et qui opère toujours par amour. Et même cette foi qui sauve, vous ne l'avez pas par vous-mêmes; elle est aussi un don de Dieu. Si vous êtes les enfants de cette foi vivante, vous n'êtes plus les esclaves de vous-mêmes, mais plutôt les maîtres triomphants de vous-mêmes, les fils de Dieu affranchis.
« Si donc, mes enfants, vous êtes nés de l'esprit, vous êtes délivrés pour toujours de l'esclavage conscient d'une vie de renoncement et de surveillance perpétuelle des désirs de la chair; vous êtes transférés dans l'heureux royaume de l'esprit, d'où vous produisez spontanément les fruits de l'esprit dans votre vie quotidienne; or les fruits de l'esprit sont l'essence du type supérieur de contrôle de soi agréable et ennoblissant, allant jusqu'aux sommets de l'aboutissement humain -- la véritable maîtrise de soi.
3. -- DIVERSION ET DÉTENTE
À cette époque, un état de grande tension émotive et nerveuse se développa parmi les apôtres et parmi leurs disciples immédiatement associés. Ils ne s'étaient guère habitués à vivre et à travailler ensemble. Ils éprouvaient des difficultés croissantes à maintenir des relations harmonieuses avec les disciples de Jean. Le contact avec les Gentils et les Samaritains était une grande épreuve pour ces Juifs. En outre, les récents propos de Jésus avaient accru le trouble de leurs pensées. André était désemparé; ne sachant plus que faire, il alla trouver le Maître avec ses problèmes et ses perplexités. Lorsque Jésus eut entendu le chef apostolique lui raconter ses difficultés, il dit: « André, tu ne peux tirer les hommes de leur confusion par des explications quand ils se trouvent dans un pareil imbroglio et que tant de personnes éprouvant des sentiments violents sont impliquées. Je ne puis faire ce que tu me demandes -- je ne me mêlerai pas de ces difficultés sociales personnelles -- mais je me joindrai à vous pour jouir d'une période de trois jours de repos et de détente. Va vers tes frères, et annonce leur que vous allez tous monter avec moi sur le Mont Sartaba où je désire me reposer un jour ou deux.
« Maintenant, va trouver individuellement tes onze frères et dis leur à chacun: Le Maître désire que nous prenions, seuls avec lui, une période de repos et de détente. Nous avons tous éprouvé récemment beaucoup de tourments et de tension mentale; je suggère donc que durant ces vacances nous ne fassions aucune mention de nos épreuves et de nos difficultés. Puis-je compter sur toi pour coopérer avec moi dans cette affaire? Prends ainsi contact avec chacun de tes frères personnellement et en privé ». Et André fit ce que le Maître lui avait recommandé.
Ce fut une merveilleuse expérience pour chacun d'eux; ils n'oublièrent jamais cette journée d'ascension de la montagne. Durant tout le trajet, ils ne dirent presque rien de leurs difficultés. En arrivant au sommet du Mont Sartaba, Jésus les fit asseoir autour de lui et leur dit: « Mes frères, il faut que vous appreniez tous la valeur du repos et l'efficacité de la détente. Comprenez bien que la meilleure méthode pour résoudre certains problèmes embrouillés consiste à les laisser de côté pendant quelque temps. Ensuite, quand vous revenez rafraîchis par le repos ou l'adoration, vous êtes en mesure d'attaquer vos difficultés avec une tête plus claire et une main plus ferme, sans mentionner un coeur plus résolu. Par ailleurs, vous trouverez bien souvent que l'importance et les proportions de votre problème se sont amenuisées pendant que vous reposiez votre pensée et votre corps ».
Le lendemain, Jésus assigna à chacun des douze un thème de discussion. La journée entière fut consacrée à des souvenirs et à des conversations sur des sujets étrangers à leur apostolat. Ils furent momentanément choqués lorsque Jésus négligea même -- verbalement -- de dire ses grâces en rompant le pain pour leur déjeuner de midi. C'était la première fois qu'ils le voyaient omettre cette formalité.
Au cours de leur ascension de la montagne, la tête d'André était farcie de problèmes. Jean était démesurément perplexe dans son coeur. Jacques était cruellement troublé dans son âme. Matthieu était très à court d'argent parce que le groupe avait séjourné parmi les Gentils. Pierre était surmené et avait été récemment plus fantasque que d'habitude. Judas souffrait d'une attaque périodique de susceptibilité et d'égoïsme. Simon était anormalement bouleversé par ses efforts pour concilier son patriotisme avec l'amour de la confraternité humaine. Philippe était de plus en plus interloqué par la manière dont les événements se déroulaient. Nathanael avait moins d'humour depuis son contact avec la population des Gentils, et Thomas traversait une période de profonde dépression. Seuls les jumeaux étaient dans un état normal et ne s'inquiétaient de rien. Tous étaient très perplexes sur la manière de s'entendre paisiblement avec les disciples de Jean.
Le troisième jour, lorsqu'ils se remirent en route pour descendre de la montagne et revenir à leur camp, un grand changement s'était produit en eux. Ils avaient fait l'importante découverte que bien des perplexités humaines n'ont pas d'existence réelle, que beaucoup de difficultés pressantes sont les créations d'une peur exagérée et le résultat d'une appréhension excessive. Ils avaient appris que la meilleure manière de traiter ces ennuis consistait à les négliger. En s'en allant, ils avaient laissé ces problèmes se résoudre d'eux-mêmes.
Leur retour de ces vacances marque le commencement d'une période de relations considérablement améliorées avec les partisans de Jean. Une grande partie des douze céda réellement à l'hilarité lorsqu'ils notèrent le changement mental de chacun et observèrent l'absence d'irritation nerveuse dont ils bénéficiaient par suite de leurs trois jours de vacances loin de la routine des devoirs quotidiens de la vie. La monotonie des contacts humains risque toujours de multiplier sérieusement les perplexités et d'accroître les difficultés.
Dans les deux villes grecques d'Archélaïs et de Phasaélis, le nombre des Gentils qui crurent à l'évangile fut restreint, mais les douze apôtres gagnèrent une précieuse expérience dans ce premier travail important auprès de populations exclusivement païennes. Un lundi matin vers le milieu du mois, Jésus dit à André: « Pénétrons en Samarie ». Et les douze partirent immédiatement pour la ville de Sychar, près du puits de Jacob.
4. -- LES JUIFS ET LES SAMARITAINS
Depuis plus de six cents ans, les Juifs de Judée, et plus tard ceux de Galilée, avaient été en mauvais termes avec les Samaritains. Voici à peu près comment était née la discorde entre Juifs et Samaritains. Environ 700 ans avant J.-C., Sargon, roi d'Assyrie, réprima une révolte en Palestine centrale et emmena en captivité plus de vingt cinq mille Juifs du nord du royaume d'Israël. Il installa à leur place un nombre à peu près égal de descendants des Cuthites, des Sépharvites, et des Hamathites. Plus tard, Assurbanipal envoya encore d'autres colonies habiter la Samarie.
L'inimitié religieuse entre Juifs et Samaritains datait du retour de captivité des Juifs de Babylone, quand les Samaritains essayèrent d'empêcher la reconstruction de Jérusalem. Plus tard, ils offensèrent les Juifs en prêtant assistance aux armées d'Alexandre. En remerciement de leur amitié, Alexandre octroya aux Samaritains la permission de bâtir un temple sur le Mont Gérizim; ils y adorèrent Jéhovah et leurs dieux tribaux, et offrirent des sacrifices très semblables à ceux des services du temple à Jérusalem. Du moins continuèrent-ils ce culte jusqu'à l'époque des Macchabées, où Jean Hyrcanus détruisit leur temple du Mont Gérizim. Au cours de ses travaux en faveur des Samaritains après la mort de Jésus, l'apôtre Philippe tint de nombreuses réunions sur le lieu de cet ancien temple samaritain.
Les antagonismes entre Juifs et Samaritains étaient devenus classiques et historiques. Depuis l'époque d'Alexandre, les deux groupes avaient de moins en moins de rapports. Les douze apôtres ne répugnaient pas à prêcher dans les villes grecques et autres cités païennes de la Décapole et de la Judée, mais ce fut pour eux une rude épreuve de fidélité envers leur Maître quand celui-ci leur dit: « Allons en Samarie ». Toutefois, au cours de l'année qu'ils avaient passée avec Jésus, ils avaient acquis une forme de fidélité personnelle qui transcendait même leur foi dans ses enseignements et leurs préjugés contre les Samaritains.
5. -- LA FEMME DE SYCHAR
Lorsque le Maître et les douze arrivèrent au puits de Jacob, Jésus était fatigué du voyage et s'arrêta près du puits, tandis que Philippe emmenait les apôtres à Sychar pour l'aider à rapporter des vivres et des tentes, car ils se proposaient de demeurer quelque temps dans le voisinage. Pierre et les fils de Zébédée auraient bien voulu rester avec Jésus, mais il les pria d'accompagner leurs collègues en disant: « Ne craignez rien pour moi. Les Samaritains seront amicaux. Ce sont seulement nos frères, les Juifs, qui cherchent à nous faire du mal ». Il était à peu près six heures cette soirée d'été quand Jésus s'assit près du puits pour attendre le retour des apôtres.
L'eau du puits de Jacob était moins saline que celle des puits de Sychar; elle était donc très appréciée comme boisson. Jésus avait soif, mais ne disposait d'aucun moyen pour tirer de l'eau du puits. Aussi, lorsqu'une femme de Sychar arriva avec sa cruche et se prépara à puiser, Jésus lui dit: «Donne-moi un peu à boire ». Cette femme de Samarie savait que Jésus était un Juif à cause de son apparence et de ses vêtements, et elle supposa qu'il était un Juif de Galilée à cause de son accent. Elle s'appelait Nalda, et elle était une créature avenante. Elle fut très surprise de voir un homme juif lui parler ainsi près du puits et lui demander à boire, car en ces temps-là on n'estimait pas convenable pour un homme qui se respectait de parler en public à une femme, et encore bien moins pour un Juif d'adresser la parole à une Samaritaine. Nalda demanda donc à Jésus: « Comment se fait-il que toi, un Juif, tu me demandes à boire à moi, une Samaritaine? » Jésus répondit: « En vérité je t'ai demandé un peu à boire, mais si seulement tu pouvais comprendre, tu me demanderais une gorgée d'eau vivante ». Alors Nalda dit: «Mais tu n'as rien pour puiser, et le puits est profond. D'où tirerais-tu donc cette eau vivante? Es-tu plus grand que notre père Jacob qui nous donna ce puits, qui y but lui-même, et qui y fit aussi boire ses fils et son bétail? »
Jésus répliqua: « Quiconque boit de cette eau aura de nouveau soif, mais quiconque boit de l'eau de l'esprit vivant n'aura jamais soif. Cette eau vivante deviendra en lui une source de rafraîchissement qui jaillira jusque dans la vie éternelle ». Nalda dit alors: « Donne-moi de cette eau pour que je n'aie pas soif et que je n'aie plus besoin de faire tout ce chemin pour puiser. En outre, tout ce qu'une Samaritaine pourrait recevoir d'un homme aussi digne d'éloges que toi sera un plaisir ».
Nalda ne savait comment interpréter l'empressement de Jésus à lui parler. Elle voyait sur le visage du Maître l'expression d'un homme intègre et saint, mais elle prit sa bienveillance pour une familiarité ordinaire et interpréta faussement son symbolisme comme une manière de lui faire des avances. Étant une femme de moralité peu sévère, elle se disposait à devenir ouvertement coquette lorsque Jésus, la regardant droit dans les yeux, lui dit d'une voix impérative: « Femme, va chercher ton mari et amène-le ici ». Ce commandement ramena Nalda au sens des réalités. Elle vit qu'elle avait mal jugé la bonté du Maître et perçut qu'elle avait mal interprété le sens de ses paroles. Elle eut peur; elle commença à comprendre qu'elle se trouvait en face d'une personne exceptionnelle et chercha à l'aveuglette dans sa pensée une réponse appropriée. En grande confusion elle dit: « Mais, Monseigneur, je ne puis appeler mon mari, car je n'ai pas de mari ». Alors Jésus reprit: « Tu as dit la vérité, car tu as peut-être eu jadis un mari, mais l'homme avec qui tu vis maintenant n'est pas ton mari. Il vaudrait mieux que tu cesses de prendre mes paroles à la légère et que tu recherches l'eau vivante que je t'ai offerte aujourd'hui ».
Nalda fut alors dégrisée, et son moi supérieur fut éveillé. Ce n'était pas entièrement de son gré qu'elle était une femme immorale. Elle avait été brutalement et injustement rejetée par son mari et réduite à la misère; elle avait alors consenti à vivre avec un Grec, mais sans mariage régulier. Nalda se sentait maintenant très honteuse d'avoir si étourdiment parlé à Jésus. Fort contrite, elle dit alors au Maître: « Mon Seigneur, je me repens de la manière dont je t'ai parlé, car je perçois que tu es un saint homme et peut-être un prophète ». Elle était sur le point de demander une aide directe et personnelle au Maître lorsqu'elle fit ce que tant de personnes ont fait avant et après elle -- elle éluda la question du salut personnel en s'orientant vers une discussion de théologie et de philosophie. Elle détourna rapidement la conversation ayant trait à sa personne vers une controverse théologique. Montrant du doigt le Mont Gérizim, elle continua en disant: « Nos pères adoraient sur cette montagne, et cependant toi tu dis que le lieu où les hommes devraient adorer se trouve à Jérusalem; où donc est le bon endroit pour adorer Dieu? »
Jésus perçut la tentative de l'âme de la femme pour éviter un contact direct et scrutateur avec son Créateur, mais il vit aussi la présence dans cette âme d'un désir de connaître la meilleure manière de vivre. Après tout, il y avait dans le coeur de Nalda une véritable soif d'eau vive. Il la traita donc avec patience en disant: « Femme, laisse-moi te dire que le jour vient bientôt où tu n'adoreras le Père ni sur cette montagne ni à Jérusalem. Tu adores actuellement quelque chose que tu ne connais pas, un mélange de la religion de nombreux dieux païens et de la philosophie des Gentils. Les Juifs au moins savent qui ils adorent; ils ont dissipé toute confusion en concentrant leur adoration sur un seul Dieu, Jéhovah. Tu devrais me croire quand je dis que l'heure viendra bientôt -- elle est même déjà venue -- où tous les adorateurs sincères adoreront le Père en esprit et en vérité, car ce sont précisément de tels adorateurs que le Père recherche. Dieu est esprit, et ceux qui l'adorent doivent l'adorer en esprit et en vérité. Tu n'obtiendras pas le salut en connaissant simplement un lieu de culte ou la manière dont les autres devraient adorer. Ton salut viendra quand tu recevras dans ton propre coeur l'eau vivante que je t'offre dès maintenant ».
Mais Nalda tenta encore un effort pour éluder la discussion du problème embarrassant de sa propre vie sur terre et du statut de son âme devant Dieu. Une fois de plus elle recourut à des questions générales sur la religion en disant: « Oui, je sais que Jean a prêché au sujet de la venue du « Convertisseur », celui que l'on appellera le Libérateur, et que, lors de sa venue, il nous annoncera toutes choses -- ». Interrompant Nalda, Jésus lui dit avec une assurance impressionnante: « Moi qui te parle, je suis celui-là ».
C'était la première proclamation de sa nature et de sa filiation divines que Jésus eût fit faite directement, positivement, et ouvertement sur terre. Et elle fut faite à une femme, à une Samaritaine, et à une femme dont la réputation était jusqu'alors douteuse aux yeux des hommes. Mais l'oeil divin voyait plus en cette femme une victime du péché des autres qu'une pécheresse volontaire; elle était maintenant une âme humaine qui désirait le salut; elle le souhaitait sincèrement et de tout coeur, et cela suffisait.
Nalda était sur le point d'exprimer son ardent désir personnel pour des choses meilleures, mais juste au moment où elle allait exposer le véritable désir de son coeur, les douze apôtres revinrent de Sychar. Arrivant sur la scène où Jésus parlait si intimement avec cette femme -- une Samaritaine et une femme seule -- ils furent plus qu'étonnés. Ils déposèrent rapidement leurs approvisionnements et s'écartèrent, nul n'osant faire d'observations à Jésus tandis qu'il disait à Nalda: « Femme, va ton chemin; Dieu t'a pardonné. Tu vivras désormais une nouvelle vie. Tu as reçu l'eau vivante; une joie nouvelle jaillira dans ton âme et tu deviendras une fille du Très-Haut ». Percevant la désapprobation des apôtres, la femme abandonna sa cruche et s'enfuit vers la ville.
En y entrant, elle déclara à tous ceux qu'elle rencontra: « Sortez vers le puits de Jacob et allez y vite, car vous y rencontrerez un homme qui m'a dit tout ce que j'ai fait dans ma vie. Pourrait-il être le Convertisseur? » Avant le coucher du soleil, une foule de gens s'était rassemblée au puits de Jacob pour entendre Jésus. Et le Maître leur développa le sujet de l'eau vivante, le don de l'esprit intérieur.
Les apôtres ne cessèrent jamais d'être choqués par l'empressement de Jésus à parler aux femmes, à des femmes de réputation douteuse, ou même immorales. Il fut très difficile à Jésus d'enseigner à ses apôtres que les femmes, même qualifiées d'immorales, ont une âme qui peut choisir Dieu pour Père, et qu'elles peuvent devenir ainsi des filles de Dieu candidates à la vie éternelle. Même dix-neuf siècles plus tard, bien des gens montrent la même répugnance à saisir les enseignements du Maître. La religion chrétienne elle-même a été bâtie avec persistance autour du fait de la mort du Christ au lieu de l'être autour de la vérité de sa vie. Le monde devrait s'occuper davantage de sa vie bienfaisante, révélatrice de Dieu, que de sa mort tragique et désolante.
Le lendemain, Nalda raconta toute l'histoire à l'apôtre Jean, mais il ne la révéla jamais entièrement aux autres apôtres, et Jésus ne leur donna pas de détails.
Nalda informa Jean que Jésus lui avait dit « tout ce qu'elle avait fait dans sa vie ». Jean eut souvent envie d'interroger Jésus sur son entretien avec Nalda, mais ne le fit jamais. Jésus n'avait dit à la Samaritaine qu'une seule chose sur elle-même, mais son regard planté dans ses yeux et la manière dont il l'avait traitée avaient fait repasser en un instant dans la pensée de Nalda une revue panoramique de sa vie accidentée, si bien qu'elle associa toute cette rétrospection de sa vie passée avec le regard et les paroles du Maître. Jésus ne lui avait jamais dit qu'elle avait eu cinq maris. Elle avait vécu avec quatre hommes différents depuis que son mari l'avait répudiée. Au moment où elle comprit clairement que Jésus était un homme de Dieu, ce fait et tout son passé lui revinrent à la mémoire avec tant de vivacité qu'elle répéta ultérieurement à Jean que Jésus lui avait réellement tout raconté sur elle-même.
6. -- LE RENOUVEAU RELIGIEUX EN SAMARIE
À la fin du jour où Nalda attira la foule hors de Sychar pour voir Jésus, les douze venaient d'arriver de Sychar avec le ravitaillement. Ils supplièrent Jésus de manger avec eux au lieu de parler à la population, car ils n'avaient rien pris de toute la journée et ils avaient faim. Mais Jésus savait que l'obscurité allait bientôt les envelopper, de sorte qu'il persista dans sa détermination de parler aux gens rassemblés avant de les renvoyer. Lorsqu'André essaya de le persuader de manger un morceau avant de parler à la foule, Jésus dit: « J'ai un aliment à manger que vous ne connaissez pas ». Quand les apôtres entendirent cela, ils se dirent entre eux: « Quelqu'un lui a-t-il apporté quelque chose à manger? Se peut-il que la femme lui ait donné de la nourriture en même temps que de l'eau? » Lorsque Jésus les entendit parler entre eux, il alla vers les douze avant de haranguer la multitude et leur dit: « Mon aliment est de faire la volonté de Celui qui m'a envoyé et d'accomplir Son travail. Vous devriez cesser de dire qu'il y a encore tant et tant de temps avant la moisson. Voyez ces gens qui sortent d'une ville de Samarie pour nous entendre; je vous dis que les champs ont déjà blanchi pour la moisson. Celui qui récolte reçoit des gages et rassemble ce fruit pour la vie éternelle; en conséquence, les semeurs et les moissonneurs se réjouissent ensemble, car c'est en ceci que réside la vérité du dicton: l'un sème et l'autre récolte. Je vous envoie maintenant pour faire une récolte à laquelle vous n'avez pas travaillé; d'autres ont peiné, et vous allez bénéficier de leur travail ». Il disait cela en se référant aux prédications de Jean le Baptiste.
Jésus et les apôtres allèrent à Sychar et prêchèrent deux jours avant d'établir leur camp sur le Mont Gérizim. Beaucoup d'habitants de Sychar crurent à l'évangile et demandèrent à être baptisés, mais les apôtres de Jésus ne baptisaient pas encore.
Lors de la première nuit de campement sur le Mont Gérizim, les apôtres s'attendaient à des reproches de Jésus en raison de leur comportement envers la femme au puits de Jacob, mais il ne fit aucune allusion à la question. Au lieu de cela, il leur fit la mémorable causerie sur « Les réalités qui sont centrales dans le royaume de Dieu ». Dans chaque religion, il est très facile de laisser certaines valeurs devenir disproportionnées et de permettre à des faits d'occuper, en théologie, la place de la vérité. En fait, la croix est devenue le centre même du christianisme ultérieur, mais elle n'est pas la vérité centrale de la religion que l'on peut tirer de la vie et des enseignements de Jésus de Nazareth. (pas en gras dans le texte original)
Le thème de l'enseignement de Jésus sur le Mont Gérizim fut le suivant: il désirait que tous les hommes voient Dieu comme un Père-ami, de même que lui (Jésus) est un frère-ami. Maintes et maintes fois il leur inculqua que l'amour est le plus grand lien dans le monde -- dans l'univers -- de même que la vérité est la plus grande proclamation de l'observance de ce lien divin.
Jésus affirma pleinement sa personnalité aux Samaritains parce qu'il pouvait le faire en sécurité, et parce qu'il savait qu'il ne reviendrait plus jamais au coeur de la Samarie prêcher l'évangile du royaume.
Jésus et les douze campèrent sur le Mont Gérizim jusqu'à la fin d'août. Durant la journée, ils prêchaient la bonne nouvelle -- la paternité de Dieu -- aux Samaritains, et ils passaient la nuit au camp. Le travail que Jésus et les douze firent dans les villes de Samarie amena quantité d'âmes au royaume et contribua grandement à préparer la voie à l'oeuvre merveilleuse de Philippe dans ces régions, après la mort et la résurrection de Jésus et après la dispersion des apôtres aux confins de la terre par suite de la cruauté avec laquelle les croyants furent persécutés à Jérusalem.
7. -- ENSEIGNEMENTS SUR LA PRIÈRE ET LE CULTE
Aux conférences du soir sur le Mont Gérizim, Jésus enseigna nombre de grandes vérités; il insista en particulier sur les suivantes:
1. La vraie religion est l'activité d'une âme individuelle dans ses relations auto-conscientes avec le Créateur. La religion organisée est la tentative des hommes pour rendre collectif le culte des personnes religieuses individuelles.
2. L'adoration la contemplation du monde de l'esprit doit alterner avec le service, avec le contact de la réalité matérielle.
Le travail doit alterner avec les divertissements; la religion devrait avoir l'humour pour contrepoids. La philosophie profonde devrait être relayée par la poésie rythmique. Le surmenage de la vie -- la tension de la personnalité dans le temps -- devrait être allégé par le repos que procure l'adoration.
Le sentiment d'insécurité né de la peur de l'isolement de la personnalité dans l'univers devrait avoir pour antidote la contemplation du Père au moyen de la foi et les tentatives pour concevoir clairement le Suprême.
3. La prière est destinée à moins faire réfléchir les hommes et à mieux leur faire comprendre la vérité. Elle n'est pas destinée à provoquer l'accroissement des connaissances, mais plutôt l'expansion de la clairvoyance.
4. L'adoration a pour but d'anticiper sur la vie meilleure qui nous attend, et d'en refléter ensuite les nouvelles significations spirituelles sur la vie actuelle. La prière est un soutien spirituel, mais l'adoration est divinement créative.
5. L'adoration est la technique consistant à se tourner vers l'Être Unique pour recevoir l'inspiration permettant de servir la multitude. L'adoration est l'étalon qui mesure le degré auquel l'âme s'est détachée de l'univers matériel et s'est attachée simultanément en sécurité aux réalités spirituelles de toute la création.
6. La prière est la réminiscence du moi supérieur -- la pensée sublime. L'adoration est l'oubli de soi -- la super-pensée. L'adoration est l'attention sans effort, le vrai repos idéal de l'âme, une forme d'exercice spirituel reposant.
7. L'adoration est l'acte d'une fraction qui s'identifie avec le Tout, le fini avec l'Infini, le fils avec le Père; le temps consiste à emboîter le pas à l'éternité. L'adoration est la communion personnelle du fils avec le Père divin, l'imagination par l'âme et l'esprit humains de comportements reposants, créatifs, fraternels, et romanesques.
Les apôtres ne comprirent qu'une faible partie des enseignements du Maître au camp, mais les habitants de certaines autres planètes les comprirent aussitôt et de nouvelles générations les comprendront sur Urantia.
LA PÂQUE À JÉRUSALEM
DURANT le mois d'avril, Jésus et les apôtres travaillèrent à Jérusalem, en sortant de la ville tous les soirs pour se reposer la nuit à Béthanie. Toutefois, Jésus passait une ou deux nuits par semaine à Jérusalem chez Flavius, un Juif grec chez qui beaucoup de Juifs éminents venaient le consulter en secret.
Au cours de sa première journée à Jérusalem, Jésus annonça sa visite à l'ancien grand-prêtre Annas, son ami d'autrefois, un parent de Salomé, femme de Zébédée. Annas avait entendu parler de Jésus et de ses enseignements, et lorsque Jésus se présenta chez le grand-prêtre, il fut reçu avec beaucoup de réserve. Quand Jésus perçut la froideur d'Annas, il prit immédiatement congé et lui dit en partant: « C'est principalement la peur qui rend les hommes esclaves, et l'orgueil qui est leur grande faiblesse. Te trahiras-tu toi-même en te faisant esclave de ces deux destructeurs de la joie et de la liberté? » Mais Annas ne répondit rien, et le Maître ne le revit plus jusqu'au moment où Annas siégea avec son gendre pour juger le Fils de l'Homme.
1. -- ENSEIGNEMENT DANS LE TEMPLE
Durant tout ce mois, Jésus ou l'un de ses apôtres enseignèrent quotidiennement dans le temple. Quand les foules de la Pâque étaient trop nombreuses pour avoir accès à l'enseignement du temple, les apôtres organisaient de nombreux groupes éducatifs en dehors de l'enceinte sacrée. Voici l'essentiel de leur enseignement:
| 1. Le royaume des cieux est à portée de la main. |
| 2. En ayant foi dans la paternité de Dieu, vous pouvez entrer dans le royaume des cieux et devenir ainsi les fils de Dieu. |
| 3. L'amour est la règle de vie dans le royaume -- être suprêmement dévoué à Dieu, tout en aimant son prochain comme soi-même. |
| 4. L'obéissance à la volonté du Père produit les fruits de l'esprit dans votre vie personnelle; elle est la loi du royaume. |
Les multitudes qui venaient célébrer la Pâque entendaient cet enseignement, et des centaines d'auditeurs se réjouissaient de la bonne nouvelle. Les chefs civils et religieux des Juifs commencèrent à se préoccuper sérieusement de l'activité de Jésus et de ses apôtres; ils examinèrent entre eux la conduite à tenir vis à vis du groupe apostolique.
En plus de leur enseignement dans le temple et au dehors, les apôtres et autres croyants faisaient beaucoup de travail personnel parmi les foules de la Pâque. Les hommes et les femmes touchés par le message de Jésus lors de la célébration de cette Pâque en répandirent la nouvelle jusqu'aux frontières les plus lointaines de l'empire romain, et aussi en Orient. Ce fut le commencement de la diffusion de l'évangile du royaume à l'étranger. L'oeuvre de Jésus n'était plus limitée à la Palestine.
2. -- LA COLÈRE DE DIEU
Il y avait à Jérusalem, assistant aux festivités de la Pâque, un riche négociant juif de Crète nommé Jacob qui aborda André et lui demanda de voir Jésus en privé. André arrangea une rencontre secrète chez Flavius pour le lendemain soir. Ce Jacob ne pouvait comprendre les enseignements du Maître et venait par désir de se renseigner plus complètement sur le royaume de Dieu. Il dit à Jésus: « Rabbi, Moïse et les anciens prophètes nous disent que Jéhovah est un Dieu jaloux, un Dieu très courroucé et d'une colère féroce. Les prophètes disent qu'il hait les pécheurs et se venge de ceux qui n'obéissent pas à sa loi. Toi et tes disciples vous nous enseignez au contraire que Dieu est un Père compatissant et bon, qui aime tellement les hommes qu'il voudrait les accueillir tous dans ce nouveau royaume céleste que tu proclames si proche ».
Lorsque Jacob eut fini de parler, Jésus répondit: « Jacob, tu as bien exposé les enseignements des prophètes de jadis qui instruisirent les enfants de leur génération conformément aux lumières de leur temps. Notre Père au Paradis est invariant, mais le concept de sa nature s'est élargi et accru depuis l'époque de Moïse jusqu'à l'époque d'Amos, et même jusqu'à la génération du prophète Isaïe. Maintenant je me suis incarné pour révéler le Père dans une nouvelle gloire et annoncer son amour et sa miséricorde à tous les hommes sur tous les mondes. À mesure que l'évangile de ce royaume se répandra sur terre avec son message de courage et de bonne volonté à tous les hommes, il s'établira des relations meilleures chez les familles de toutes les nations. Le temps passant, les pères et les enfants s'aimeront davantage les uns les autres, ce qui amènera une meilleure compréhension de l'amour du Père céleste pour ses enfants terrestres. Rappelle-toi, Jacob, qu'un père sincère et bon non seulement aime sa famille collectivement en tant que famille -- mais aussi qu'il en aime individuellement chaque membre et prend de lui un soin affectueux ».
Après une discussion prolongée sur le caractère du Père céleste, Jésus s'arrêta pour dire: « Toi, Jacob, qui es père d'une famille nombreuse, tu connais bien la vérité de mes paroles ». Et Jacob dit: « Mais, Maître, qui t'a dit que j'étais le père de six enfants? Comment as-tu su cela à mon sujet? » Et le Maître répliqua: « Il suffit de dire que le Père et le Fils connaissent toutes choses, car en vérité ils voient tout. Aimant tes enfants comme un père terrestre, il faut maintenant que tu acceptes comme une réalité l'amour du Père céleste pour toi -- non pas simplement pour tous les enfants d'Abraham, mais pour toi, pour ton âme individuelle ».
Jésus poursuivit: « Quand tes enfants sont très jeunes et que tu dois les punir, ils peuvent penser que leur père est courroucé, plein de rancune et de colère. Leur manque de maturité ne leur permet pas de pénétrer au delà de la punition pour discerner l'affection prévoyante et corrective du Père. Mais quand ces mêmes enfants deviennent des hommes et des femmes, ne serait-il pas insensé de leur part de s'attacher à ces anciennes et fausses conceptions au sujet de leur père? À mesure que les siècles s'écoulent, l'humanité ne devrait-elle pas mieux comprendre la vraie nature et le caractère aimant du Père qui est aux cieux? Quel profit tires-tu de l'illumination spirituelle des générations successives si tu persistes à envisager Dieu comme Moïse et les prophètes? Je te dis, Jacob, qu'à la brillante lumière de cette heure, tu devrais voir le Père comme aucun de tes prédécesseurs ne l'a jamais aperçu. En le voyant ainsi, tu devrais te réjouir d'entrer dans le royaume où règne un Père aussi miséricordieux, et tu devrais veiller à ce que sa volonté d'amour domine désormais ta vie ».
Et Jacob répondit: « Rabbi, je crois, et je désire que tu me conduises dans le royaume du Père ».
3. -- LE CONCEPT DE DIEU
Ce soir-là les douze apôtres, dont la plupart avaient écouté cette analyse du caractère de Dieu, posèrent à Jésus de nombreuses questions sur le Père qui est aux cieux. La meilleure manière de présenter les réponses du Maître à ces questions consiste à les résumer en terminologie moderne.
Jésus réprimanda doucement les douze en leur disant en substance: « Ne connaissez-vous pas les traditions d'Israël se rapportant à la croissance de l'idée de Jéhovah, et ignorez-vous l'enseignement des Écritures concernant la doctrine de Dieu? » Puis le Maître se mit à instruire les apôtres sur l'évolution du concept de Dieu tout au long du développement du peuple juif. Il attira leur attention sur les phases suivantes de la croissance de l'idée de Dieu:
1. Jéhovah -- le dieu des clans du Sinaï. C'était le concept primitif de la Déité que Moïse éleva au niveau supérieur de Seigneur Dieu d'Israël. Le Père céleste ne manque jamais d'accepter l'adoration sincère de ses enfants terrestres, si rudimentaire que soit leur concept de la Déité ou le nom par lequel ils symbolisent sa divine nature.
2. Le Très Haut. Ce concept du Père céleste fut proclamé à Salem par Melchizédek à Abraham, et transmis au loin par ceux qui crurent ultérieurement à cette idée agrandie et élargie de la Déité. Abraham et son frère avaient quitté Ur parce que l'adoration du soleil y avait été instaurée. Ils crurent à El Elyon -- le Dieu Très Haut -- enseigné par Melchizédek. Ils avaient une conception mixte de Dieu, consistant en un mélange de leurs anciennes idées mésopotamiennes et de la doctrine du Très Haut.
3. El Shaddai. À cette époque reculée, beaucoup d'Hébreux adoraient El Shaddai, le concept égyptien du Dieu du ciel, concept qu'ils avaient appris à connaître durant leur captivité dans le territoire du Nil. Longtemps après l'époque de Melchizédek, ces trois conceptions de Dieu se fondirent en une seule et formèrent la doctrine de la Déité créatrice, le Seigneur Dieu d'Israël.
4. Elohim. Depuis l'époque d'Adam, l'enseignement de la Trinité du Paradis a subsisté. Rappelez-vous que les Écritures commencent par affirmer que « Au commencement les Dieux créèrent les cieux et la terre » (1). Cela dénote qu'au moment où ce passage fut rédigé, le concept trinitaire de trois Dieux en un avait trouvé place dans la religion de nos ancêtres.
(1) Cf. Genèse I-1. La Bible classique emploie le singulier: Dieu créa les cieux et la terre.
5. Le Suprême Jéhovah. À l'époque d'Isaïe, ces croyances au sujet de Dieu s'étaient élargies en un concept du Créateur Universel à la fois tout-puissant et infiniment miséricordieux. Ce concept évoluant et grandissant de Dieu supplanta finalement toutes les idées antérieures sur la Déité dans la religion de nos pères.
6. Le Père qui est aux cieux. Maintenant nous connaissons Dieu comme notre Père céleste. Notre enseignement fournit une religion où le croyant est un fils de Dieu. Telle est la bonne nouvelle de l'évangile du royaume céleste. Le Fils et l'Esprit coexistent avec le Père, et la révélation de la nature et du ministère de ces Déités du Paradis continuera à s'élargir et à s'éclaircir au cours des âges sans fin de la progression spirituelle éternelle des fils ascendants de Dieu. En tous temps et au long des âges, l'adoration sincère de tout être humain -- quant au progrès spirituel individuel -- est reconnue par l'esprit intérieur comme un hommage rendu au Père qui est aux cieux.
Jamais auparavant les apôtres n'avaient été aussi choqués qu'en entendant raconter cette croissance du concept de Dieu dans la pensée juive des générations antérieures; ils étaient trop désemparés pour poser des questions. Tandis qu'ils restaient assis en silence devant Jésus, le Maître poursuivit: «Vous auriez connu ces vérités si vous aviez étudié les Écritures. N'avez-vous pas lu le passage de Samuel disant: « Et la colère du Seigneur s'embrasa contre les Israélites, au point qu'il excita David contre eux en disant: Va dénombrer Israël et Juda? (2)» Ce n'était pas étonnant, car à l'époque de Samuel les enfants d'Abraham croyaient réellement que Jéhovah avait créé à la fois le bien et le mal. Mais lorsqu'un écrivain ultérieur narra ces événements après l'agrandissement du concept juif de la nature de Dieu, il n'osa pas attribuer le mal à Jéhovah, et c'est pourquoi il dit: « Et Satan s'éleva contre Israël et incita David à dénombrer les Israélites » (3). Ne pouvez-vous discerner que ces passages des Écritures montrent clairement comment le concept de la nature de Dieu continua à grandir de génération en génération?
| (2) 2 Samuel XXIV-1. |
| (3) 1 Chroniques XXI-1. |
« Vous devriez aussi avoir discerné la croissance de la compréhension de la loi divine en parfaite harmonie avec ces conceptions grandissantes de la divinité. Quand les enfants d'Israël sortirent d'Égypte à une date antérieure à la révélation élargie de Jéhovah, ils avaient reçu dix commandements qui leur servirent de loi jusqu'à l'époque où ils campèrent devant le Sinaï, et voici ces dix commandements:
| « 1. Vous n'adorerez aucun autre dieu, car l'Éternel est un Dieu jaloux. | |
| « 2. Vous ne fondrez pas de statues des dieux. | |
| « 3. Vous ne négligerez pas d'observer la fête des pains sans levain. | |
| « 4. Tous les miles premiers-nés des hommes et du bétail sont à moi, dit l'Éternel. | |
| « 5. Vous travaillerez six jours, mais le septième jour vous vous reposerez. | |
| « 6. Vous ne manquerez pas d'observer la fête des premiers fruits et la fête des moissons à la fin de l'année. | |
| « 7. Vous n'offrirez le sang d'aucun sacrifice avec du pain levé. | |
| « 8. L'animal sacrifié pour la fête de la Pâque ne sera pas laissé sur place jusqu'au matin. | |
| « 9. Vous apporterez à la maison de l'Éternel votre Dieu les premiers des premiers fruits de la terre. | |
| « 10. Vous ne ferez pas bouillir un chevreau dans le lait de sa mère. |
« Ensuite, au milieu des tonnerres et des éclairs du Sinaï, Moïse leur donna les dix nouveaux commandements, et vous serez tous d'accord qu'ils sont des expressions plus dignes d'accompagner l'élargissement des concepts de la Déité de Jéhovah. N'avez-vous jamais remarqué le double enregistrement de ces commandements dans les Écritures? La première fois, la délivrance du joug égyptien est donnée comme raison pour observer le sabbat (1) mais, dans une rédaction ultérieure, les croyances religieuses évoluantes de nos ancêtres exigèrent que ce texte soit changé pour reconnaître le fait de la création comme motif d'observer le sabbat (2).
| (1) Deutéronome V-6. |
| (2) Exode XX-11. |
« Ensuite vous vous souviendrez qu'une fois de plus -- au temps spirituellement mieux éclairé d'Isaïe -- ces dix commandements négatifs furent changés en la grande loi positive d'amour, l'injonction d'aimer Dieu suprêmement et d'aimer son prochain comme soi-même. Moi aussi je proclame que cette loi suprême d'amour pour Dieu et pour les hommes constitue tout le devoir des hommes ».
Quand le Maître eut fini de parler, aucun des apôtres ne lui posa de questions. Ils allèrent chacun se reposer pour la nuit.
4. -- FLAVIUS ET LA CULTURE GRECQUE
Flavius, le Juif grec, était un prosélyte n'ayant pas accès au temple, car il n'avait été ni circoncis ni baptisé. Comme il appréciait beaucoup la beauté dans l'art et la sculpture, la maison qu'il occupait durant ses séjours à Jérusalem était un bâtiment magnifique. Elle était délicieusement ornée de trésors sans prix qu'il avait acquis çà et là au cours de ses voyages dans le monde. Quand il eut pour la première fois l'idée d'inviter Jésus, il craignit que le Maître ne s'offensât de voir ces « images ». Mais lorsque Jésus entra chez lui, Flavius fut agréablement surpris de voir qu'au lieu de le réprimander pour avoir ces objets soi-disant idolâtres ornant la maison, le Maître manifestait un grand intérêt pour toute la collection. Jésus posa maintes questions flatteuses sur chaque objet, tandis que Flavius l'accompagnait de pièce en pièce en lui montrant ses statues favorites.
Le Maître vit que son hôte était désorienté par son attitude favorable vis-à-vis des arts; en conséquence, quand ils eurent fini d'inspecter toute la collection, Jésus lui dit: « Parce que tu apprécies la beauté des choses créées par mon Père et façonnées par des mains d'artistes, pourquoi t'attendrais-tu à recevoir des reproches? Parce que Moïse a jadis cherché à combattre l'idolâtrie et l'adoration des faux dieux, pourquoi tous les hommes devraient-ils réprouver la reproduction de la grâce et de la beauté? Je te dis, Flavius, que les enfants de Moïse l'ont mal compris, et maintenant ils transforment en faux dieux sa prohibition des statues et des images des choses célestes et terrestres. Même si Moïse a enseigné ces restrictions à la pensée enténébrée de jadis, en quoi cela concerne-t-il notre temps où le Père céleste est révélé en tant que Souverain Spirituel universel? Flavius, je te déclare que dans le royaume à venir on n'enseignera plus n'adorez pas ceci et n'adorez pas cela; on ne s'occupera plus de commandements pour s'abstenir de ceci et pour prendre garde d'éviter cela, mais tout le monde s'occupera plutôt d'un devoir suprême. Ce devoir des hommes s'exprime en deux grands privilèges: l'adoration sincère du Créateur infini, le Père paradisiaque, et le service aimant rendu à nos semblables. Si tu aimes ton prochain comme toi-même, tu sais réellement que tu es un fils de Dieu.
« À une époque où mon Père n'était pas bien compris, Moïse avait raison d'essayer de résister à l'idolâtrie, mais dans l'âge à venir le Père aura été révélé dans la vie du Fils, et cette nouvelle révélation de Dieu rendra définitivement vain de confondre le Père Créateur avec des idoles de pierre ou des statues d'or et d'argent. Désormais les hommes intelligents peuvent jouir des trésors de l'art sans confondre cette appréciation matérielle de la beauté avec l'adoration et le service du Père céleste, le Dieu de toutes les choses et de tous les êtres».
Flavius crut tout ce que Jésus lui enseigna. Le lendemain il alla à Béthanie au delà du Jourdain se faire baptiser par les disciples de Jean. Il le fit parce que les apôtres de Jésus ne baptisaient pas encore les croyants. Lors de son retour à Jérusalem, Flavius donna un grand festin pour Jésus et invita soixante de ses amis. Et parmi ces invités, beaucoup se mirent aussi à croire au message du royaume à venir.
5. -- LE DISCOURS SUR L'ASSURANCE
L'un des grands sermons que Jésus prêcha dans le temple durant cette semaine de la Pâque fut une réponse à une question posée par un de ses auditeurs, un habitant de Damas. Cet homme demanda à Jésus: « Rabbi, comment saurons-nous avec certitude que tu es envoyé par Dieu et que nous pouvons vraiment entrer dans ce royaume dont toi et tes disciples vous proclamez qu'il est à portée de la main? » Et Jésus répondit:
Quant à mon message et à l'enseignement de mes disciples, vous devriez les juger à leurs fruits. Si nous vous proclamons les vérités de l'esprit, l'esprit témoignera dans votre coeur que notre message est authentique. Quant au royaume et à votre assurance d'être acceptés par le Père céleste, je vous demande s'il y aurait parmi vous un père, digne de ce nom et ayant du coeur, qui laisserait son fils dans l'anxiété ou dans le doute au sujet de son appartenance à sa famille ou de l'affection de son père? Vous autres pères terrestres, prenez-vous plaisir à torturer vos enfants en les laissant dans le doute sur la permanence de l'amour que vous leur portez dans votre coeur humain? Votre Père céleste ne laisse pas non plus ses enfants, nés d'esprit par la foi, dans l'incertitude sur leur position dans le royaume. Si vous recevez Dieu en tant que Père, alors en vérité vous êtes certainement les fils de Dieu. Et si vous êtes ses fils, alors vous êtes en sécurité dans la position et la situation de tout ce qui concerne la filiation divine et éternelle. Si vous croyez à mes paroles, vous croyez par là-même à Celui qui m'a envoyé, et en croyant ainsi au Père, vous avez rendu certain votre statut dans la citoyenneté céleste. Si vous faites la volonté du Père qui est aux cieux, vous ne manquerez jamais d'obtenir la vie éternelle de progrès dans le royaume divin.
« L'Esprit Suprême témoignera avec votre esprit que vous êtes vraiment les enfants de Dieu. Si vous êtes les fils de Dieu, alors vous êtes nés de l'esprit de Dieu, et quiconque est né de l'esprit a en lui-même le pouvoir de vaincre tous les doutes; c'est cela la victoire qui triomphe de toute incertitude, c'est votre foi elle-même.
« Le Prophète Isaïe a dit en parlant de cette époque: « Quand l'esprit sera répandu d'en haut sur nous, alors l'oeuvre de droiture sera la paix, la tranquillité, et l'assurance pour toujours ». Pour tous ceux qui croient sincèrement à ce royaume, je deviendrai une garantie de leur admission dans la miséricorde éternelle et la vie perpétuelle du royaume de mon Père. Vous donc qui entendez ce message et croyez à cet évangile du royaume, vous êtes les fils de Dieu et vous avez la vie perpétuelle. La preuve pour le monde entier que vous êtes nés d'esprit est que vous vous aimez sincèrement les uns les autres.
La foule des visiteurs resta de longues heures avec Jésus, lui posant des questions et écoutant attentivement ses réponses encourageantes. L'enseignement de Jésus enhardit même les apôtres à prêcher l'évangile du royaume avec plus de force et d'assurance. L'expérience à Jérusalem fut une grande inspiration pour les douze. C'était leur premier contact avec des foules aussi nombreuses, et ils apprirent bien des leçons profitables qui leur furent ultérieurement fort utiles pour leur apostolat.
6. -- LA VISITE DE NICODÈME
Un soir chez Flavius, un certain Nicodème vint voir Jésus; il était un membre riche et assez âgé du sanhédrin juif. Il avait beaucoup entendu parler des enseignements du Galiléen, si bien qu'il alla un jour l'écouter pendant qu'il enseignait dans la cour du temple. Il aurait voulu aller souvent écouter les leçons de Jésus, mais il craignait d'être vu parmi les auditeurs assistant à son enseignement. En effet, les dirigeants des Juifs s'écartaient déjà tellement du point de vue de Jésus que nul membre du sanhédrin n'aurait accepté d'être identifié ouvertement d'une manière quelconque avec lui. En conséquence, Nicodème avait pris des dispositions avec André pour voir Jésus en privé et précisément ce soir-là après la tombée de la nuit. Pierre, Jacques, et Jean se trouvaient dans le jardin de Flavius lorsque l'entretien commença, mais plus tard ils entrèrent tous dans la maison, où le discours se poursuivit.
En recevant Nicodème, Jésus ne fit pas montre d'une déférence spéciale. En parlant avec lui, il ne fit ni compromis ni tentative indue de persuasion. Le Maître n'essaya pas de repousser son interlocuteur recherchant le secret, et ne fut pas sarcastique. Dans tous ses rapports avec le distingué visiteur, Jésus fut calme, grave, et digne. Nicodème n'était pas délégué officiellement par le sanhédrin; il venait voir Jésus essentiellement à cause du sincère intérêt qu'il portait personnellement à l'enseignement du Maître.
Après avoir été présenté par Flavius, Nicodème dit: « Rabbi, nous savons que tu es un instructeur envoyé par Dieu, car nul homme ne pourrait enseigner de la sorte si Dieu n'était pas avec lui. Je désirerais en savoir plus long sur tes enseignements au sujet du royaume à venir ».
Jésus répondit à Nicodème: « En vérité, en vérité, je te dis, Nicodème, qu'à moins d'être né d'en haut un homme ne peut voir le royaume de Dieu ». Alors Nicodème répondit: « Mais comment un homme peut-il naître de nouveau quand il est vieux? Il ne peut entrer une seconde fois dans le sein de sa mère pour renaître ».
Jésus dit: « Néanmoins je te déclare qu'à moins de naître de l'esprit, un homme ne peut entrer dans le royaume de Dieu. Ce qui est né de la chair est chair, et ce qui est né de l'esprit est esprit. Ne t'étonne pas que j'aie dit qu'il fallait naître d'en haut. Quand le vent souffle, tu entends le bruissement des feuilles, mais tu ne vois pas le vent -- ni d'où il vient ni où il va - et il en est ainsi pour quiconque est né de l'esprit. Avec les yeux de la chair on peut apercevoir les manifestations de l'esprit, mais on ne peut effectivement discerner l'esprit ».
Nicodème répondit: « Mais je ne comprends pas -- comment cela peut-il être? » Jésus dit: « Est-il possible que tu sois un éducateur d'Israël et que tu ignores tout cela? Ceux qui connaissent les réalités de l'esprit ont donc le devoir de révéler ces choses à ceux qui discernent seulement les manifestations du monde matériel. Nous croiras-tu si nous te parlons des vérités célestes? As-tu le courage, Nicodème, de croire en quelqu'un qui est descendu du ciel, au Fils de l'Homme lui-même? »
Nicodème dit alors: « Mais comment puis-je commencer à saisir cet esprit qui doit me recréer en me préparant à entrer dans le royaume? » Jésus répondit: « L'esprit du Père céleste demeure déjà en toi. Si tu désires être conduit par cet esprit d'en haut, tu commenceras très bientôt à voir avec les yeux de l'esprit; ensuite si tu choisis de tout coeur la gouverne de l'esprit, tu naîtras d'esprit, car le dessein unique de ta vie sera de faire la volonté de ton Père qui est aux cieux. En te trouvant ainsi né de l'esprit et heureux dans le royaume de Dieu, tu commenceras à produire dans ta vie quotidienne les abondants fruits de l'esprit ».
Nicodème était entièrement sincère. Il fut profondément impressionné, mais repartit désorienté. Il était un homme accompli quant au développement de soi, à la maîtrise de soi, et même quant aux hautes qualités morales. Il était raffiné, égocentrique, et altruiste, mais il ne savait pas comment soumettre sa volonté à celle du divin Père, comme un petit enfant accepte de se soumettre aux directives d'un père terrestre sage et aimant, et devenir ainsi en réalité un fils de Dieu, un héritier progressif du royaume éternel.
Mais Nicodème rassembla assez de foi pour prendre possession du royaume. Il protesta timidement lorsque ses collègues du sanhédrin cherchèrent à condamner Jésus sans l'entendre. Plus tard, avec Joseph d'Arimathie, il reconnut audacieusement sa foi et réclama le corps de Jésus, même au moment où la plupart des disciples avaient fui, terrorisés, la scène des souffrances et de la mort finale de leur Maître.
7. -- LA LEÇON SUR LA FAMILLE
Après la période active d'enseignement et de travail personnel de la semaine de la Pâque à Jérusalem, Jésus passa le mercredi suivant à se reposer à Béthanie avec ses apôtres. Cet après-midi-là, Thomas posa une question qui provoqua une longue et instructive réponse. Thomas dit: « Maître, le jour où nous avons été sélectionnés comme ambassadeurs du royaume, tu nous as dit beaucoup de choses et tu nous as donné des instructions sur notre mode personnel de vie, mais qu'allons-nous enseigner aux foules? Comment ces gens devront-ils vivre après la venue du royaume dans sa plénitude? Tes disciples posséderont-ils des esclaves? Tes fidèles rechercheront-ils la pauvreté et fuiront-ils la richesse? La miséricorde sera-telle seule à prévaloir, de sorte que nous n'aurons plus de lois ni de tribunaux? » Jésus et les douze passèrent tout l'après-midi et toute la soirée après le souper a discuter les questions de Thomas. Pour la clarté de notre exposé, nous présentons le résumé suivant des instructions du Maître:
Jésus chercha d'abord à faire comprendre à ses apôtres que lui-même vivait sur terre une vie unique d'incarnation, et qu'eux, les douze, avaient été appelés à participer à cette expérience d'effusion du Fils de l'Homme. En tant que collaborateurs, eux aussi devaient participer à bien des restrictions et obligations spéciales de l'expérience d'effusion. Il y eut une indication voilée que le Fils de l'Homme était la seule personne ayant jamais vécu sur terre qui pouvait simultanément voir dans le coeur même de Dieu et dans les profondeurs de l'âme humaine.
Jésus expliqua très clairement que le royaume des cieux est une expérience évolutionnaire, commençant ici sur terre et progressant par étapes successives de vie jusqu'au Paradis. Au cours de la soirée, il affirma nettement qu'à un certain stade futur de développement du royaume il reviendrait visiter ce monde avec puissance spirituelle et gloire divine.
Il expliqua ensuite que « l'idée du royaume » n'était pas la meilleure manière d'illustrer les relations de l'homme avec Dieu, mais qu'il employait cette métaphore parce que le peuple juif était dans l'attente du royaume et que Jean avait prêché en parlant du royaume à venir. Jésus dit: « Les gens d'une autre époque comprendront mieux l'évangile du royaume s'il est présenté en termes exprimant les relations de famille -- le jour où ils comprendront la religion comme l'enseignement de la paternité de Dieu, de la fraternité humaine, et de la filiation avec Dieu ». Ensuite le Maître discourut assez longuement sur la famille terrestre comme une illustration de la famille céleste et répéta les deux lois fondamentales de la vie: le premier commandement d'amour pour le père, pour le chef de famille, et le second commandement d'amour mutuel entre les enfants, tu aimeras ton frère comme toi-même. Il expliqua ensuite que cette qualité d'affection fraternelle se manifestait invariablement par un service social désintéressé et plein d'amour.
Vint ensuite l'analyse mémorable des caractéristiques fondamentales de la vie de famille et de leur application aux relations existant entre Dieu et l'homme. Jésus exposa qu'une vraie famille se fonde sur les sept faits suivants:
1. Le fait de l'existence. Les rapports naturels et les phénomènes de ressemblance physique sont liés dans la famille: les enfants héritent certains traits de leurs parents. Les enfants tirent leur origine de leurs parents; l'existence de leur individualité dépend de l'acte des parents. La relation de père à enfant est inhérente à toute la nature et imprègne toutes les existences vivantes.
2. Sécurité et plaisir. Les pères dignes de ce nom prennent grand plaisir à pourvoir aux besoins de leurs enfants. Beaucoup de pères ne se contentent pas de leur fournir simplement le nécessaire, mais aiment aussi à veiller à leurs plaisirs.
3. Instruction et éducation. Les pères avisés font soigneusement des plans pour instruire et éduquer convenablement leurs fils et leurs filles. Ils les préparent dès leur jeunesse aux responsabilités plus grandes de leur vie d'adulte.
4. Discipline et contrainte. Les pères prévoyants prennent aussi des dispositions pour la discipline, la gouverne, la réprimande, et parfois la contrainte nécessaires à leurs jeunes enfants dépourvus de maturité.
5. Camaraderie et loyauté. Un père affectueux entretient des rapports intimes et aimants avec ses enfants. Il prête toujours une oreille attentive à leurs demandes; il est toujours prêt à partager leurs épreuves et à les aider dans leurs difficultés. Le père porte un intérêt suprême aux étapes du bonheur de sa progéniture.
6. Amour et miséricorde. Un père compatissant pardonne généreusement. Les pères ne nourrissent pas d'idées de vengeance contre leurs enfants. Ils ne ressemblent ni à des juges, ni à des ennemis, ni à des créanciers. Les vraies familles sont fondées sur la tolérance, la patience, et le pardon.
7. Dispositions pour l'avenir. Les pères temporels aiment laisser un héritage à leurs fils. La famille continue d'une génération à la suivante. La mort ne met fin à une génération que pour marquer le début d'une autre. La mort termine une vie individuelle, mais non nécessairement la vie d'une famille.
Pendant des heures le Maître étudia l'application de ces caractéristiques de la vie de famille aux relations de l'homme (l'enfant terrestre) avec Dieu (le Père au Paradis) et voici sa conclusion: « Je connais à la perfection l'ensemble des relations d'un fils avec le Père, car j'ai déjà atteint maintenant, dans le domaine de la filiation, tout ce que vous devrez atteindre dans l'éternel futur. Le Fils de l'Homme est prêt pour son ascension à la droite du Père, de sorte qu'en moi le chemin est encore plus largement ouvert à chacun de vous pour voir Dieu et, avant que vous ayez achevé la glorieuse progression, pour devenir parfaits comme votre Père céleste est parfait ».
Lorsque les apôtres entendirent ces paroles saisissantes, ils se rappelèrent les déclarations que Jean avait faites à l'époque du baptême de Jésus; ils gardèrent aussi un souvenir très vif de cette expérience en liaison avec leurs prédications et leurs enseignements après la mort et la résurrection du Maître.
Jésus est un Fils divin à qui le Père Universel fait pleine confiance. Il a été avec le Père et l'a totalement compris. Il avait maintenant vécu sa vie terrestre à la pleine satisfaction du Père, et son incarnation dans la chair lui avait permis de comprendre pleinement les hommes. Jésus était la perfection de l'homme; il avait atteint la perfection que tous les croyants sincères sont destinés à atteindre en lui et par lui. Jésus révéla aux hommes un Dieu de perfection et se présenta lui-même à Dieu comme fils perfectionné des mondes.
Bien que Jésus eût discouru durant des heures, Thomas n'était pas encore satisfait, car il dit: « Maître, nous ne trouvons pas que le Père céleste nous traite toujours avec bonté et miséricorde. Bien des fois nous souffrons amèrement sur terre, et nos prières ne sont pas toujours exaucées. Sur quels points manquons-nous de saisir le sens de ton enseignement? »
Jésus répondit: « Thomas, Thomas, combien de temps faudra-t-il pour que tu acquières l'aptitude à écouter avec l'oreille de l'esprit? Combien s'écoulera-t-il d'années avant que tu discernes que notre royaume est un royaume de l'esprit et que notre Père est aussi un être spirituel? Ne comprends-tu pas que je vous enseigne en tant qu'enfants de l'esprit dans la famille spirituelle des cieux, dont le chef paternel est un esprit infini et éternel? Ne me laisseras-tu pas dépeindre la famille terrestre comme une homologie des relations divines, sans appliquer littéralement mon enseignement aux affaires matérielles? Ne pouvez-vous séparer mentalement les réalités spirituelles du royaume d'avec les problèmes matériels, sociaux, économiques, et politiques de notre temps? Quand je parle le langage de l'esprit, pourquoi persistez-vous à traduire ma pensée dans le langage de la chair, simplement parce que je me permets d'employer des comparaisons avec le monde physique de la vie courante? Mes enfants, je vous supplie de cesser d'appliquer l'enseignement du royaume de l'esprit aux sordides affaires d'esclavage, de misère, de maisons, et de terres et aux problèmes matériels d'équité et de justice humaines. Ces questions temporelles concernent les hommes de ce monde, et bien que d'une certaine manière elles affectent tous les hommes, vous avez été appelés à me représenter dans le monde comme je représente mon Père. Vous êtes les ambassadeurs spirituels d'un royaume d'esprit, les représentants spéciaux du Père spirituel. Il devrait déjà m'être possible de vous instruire comme des adultes du royaume de l'esprit. Faudra-t-il toujours que je vous parle comme à des enfants? Ne croîtrez-vous jamais en perception spirituelle? Néanmoins je vous aime et vous supporterai jusqu'au bout de notre association dans la chair. Et même après cela, mon esprit vous précédera dans le monde entier ».
8. -- EN JUDÉE MÉRIDIONALE
Vers la fin d'avril, l'opposition contre Jésus était devenue si prononcée chez les pharisiens et les sadducéens que le Maître et ses apôtres décidèrent de quitter Jérusalem pour un temps et d'aller vers le sud enseigner à Bethléhem et à Hébron. Tout le mois de mai fut employé à faire de l'apostolat personnel dans ces villes et chez les habitants des villages environnants. Au cours de ce déplacement, les apôtres ne firent aucune prédication en public, mais seulement des visites de maison en maison. Pendant qu'ils enseignaient l'évangile et soignaient les malades, Jésus et Abner passèrent une partie du mois à Engaddi à visiter la colonie naziréenne. Jean le Baptiste avait quitté les lieux, et Abner était devenu chef de ce groupe. Beaucoup de membres de la confrérie naziréenne se mirent à croire en Jésus, mais la majorité de ces hommes ascétiques et originaux refusa de l'accepter comme un instructeur envoyé du ciel, parce qu'il n'enseignait ni le jeûne ni d'autres formes de renoncement.
Les habitants de cette région ne savaient pas que Jésus était né à Bethléhem. Comme la majorité des disciples, ils supposaient toujours que le Maître était venu au monde à Nazareth, mais les douze apôtres connaissaient le fait.
Ce séjour en Judée méridionale fut une période de travail utile et reposant; le royaume s'accrut de nombreux adeptes. Au début de juin, l'agitation contre Jésus s'était si bien calmée à Jérusalem que le Maître et les apôtres y retournèrent pour instruire et encourager les croyants.
Bien que Jésus et les apôtres eussent passé tout le mois de juin à Jérusalem où aux environs, ils ne prêchèrent pas publiquement durant cette période. Ils vécurent la plupart du temps sous des tentes qu'ils plantaient dans un parc ou jardin ombragé nommé Gethsémani, situé sur la pente ouest du Mont des Oliviers, non loin des gorges du Cédron. Ils passaient généralement les sabbats de fin de semaine chez Lazare et ses soeurs à Béthanie. Jésus ne pénétra que rarement à l'intérieur des murs de Jérusalem, mais un grand nombre d'investigateurs allèrent jusqu'à Gethsémani pour le voir. Un vendredi soir, Nicodème et un certain Joseph d'Arimathie s'aventurèrent à rendre visite à Jésus mais, après être arrivés devant l'entrée de la tente du Maître, ils rebroussèrent chemin par peur. Bien entendu, ils ne se doutaient pas que Jésus avait connaissance de tous leurs déplacements.
Quand les dirigeants des Juifs apprirent que Jésus était revenu à Jérusalem, ils se préparèrent à l'arrêter; mais remarquant qu'il ne faisait pas de sermons publics, ils conclurent qu'il avait été effrayé par leurs menaces antérieures et décidèrent de le laisser poursuivre son enseignement de cette manière privée, sans le molester davantage. Les affaires suivirent donc tranquillement leur cours jusqu'aux derniers jours de juin lorsqu'un certain Simon, membre du sanhédrin, se rallia publiquement aux enseignements de Jésus après l'avoir annoncé au préalable aux chefs des Juifs. Immédiatement une nouvelle agitation s'éleva pour appréhender Jésus, et elle devint si forte que le Maître décida de se retirer dans les villes de la Samarie et de la Décapole.